‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 40 sur 181 · RÉTINITE IDI0PATH1QUE · texte numérisé non relu

RÉTINITE IDI0PATH1QUE

On désigne sous le nom de rétinite idiopathique l'inflammation de la rétine qui ne peut être rattachée à aucune cause spéciale. Grâce aux progrès des connaissances ophthalmologiques, cette affection devient chaque jour de plus en plus rare. Les rétinites syphilitique, diabétique, etc., bien connues aujourd'hui, étaient sans aucun doute considérées jadis comme idiopathiques. Pour quelques auteurs, la rétinite dite essentielle serait une manifestation de la diathèse rhumatismale; d'autres ont affirmé qu'elle pouvait se développer à la suite d'une excitation trop intense ou trop prolongée de la rétine, de travaux excessifs ; mais l'influence de ces diverses causes n'est pas encore nettement établie.

Signes ophthalmoscopiques. — Le premier effet du processus inflammatoire est|de faire perdre au tissu nerveux cette transparence parfaite qui, à l'état normal, permet de voir la couleur rougeâtre delà choroïde. La rétine prend une teinte louche et grisâtre, en même temps les bords de la papille deviennent moins nets et semblent diffus. Pour bien apprécier ces altérations quand

I« M A i A Df ES DE LA RETINE,

elles sont encore peu accusées, il faut faire usage d'un miroir peu éclairant, et mettre à profit le grossissement fourni par l'examen a l'image droite.

A ce premier degré, il serait possible de confondre la teinte particulière du fond de l'œil avec le reflet grisâtre produit par un épaississement des libres du nerf optique au niveau de leur émergence de la papille, mais l'absence complète de troubles fonctionnelsdansce dernier cas permettra généralement d'éviter celte méprise. Quand l'affection progresse, cette teinte louche envahit peu à peu le fond de l'œil tout entier; la papille de moins en moins nette, paraît rouge, hyperémiéc, ses bords s'effacent au poinlqu'on a de la peine à les distinguer au milieu de cette sulfusion générale; ses veines dilatées et légèrement tortueuses apparaissent, puis disparaissent par places, selon qu'elles rampent à la surface ou sont enfoncées dans l'épaisseur du tissu rétinien légèrement tuméfié ; les artères sont amincies par suite de la compression qu'elles subissent.

Quelquefois, mais rarement pourtant, il se produit des hémorrhagies. Dans certains cas, on voit apparaître sur la surface grisâtre de la rétine de petites taches blanchâtres, tantôt de la dimension d'une tète d'épingle, tantôt presque aussi larges que la papille. En se groupant les unes près des autres, elles forment des figures irrégulières, et dans la région de la macula en particulier, elles présentent parfois la môme disposition étoilée que dans la rétinile albuminurique.

Quand l'inflammation a persisté pendant très longtemps, les parois des vaisseaux, et plus spécialement des artères, se présentent sous l'aspect de traînées blanchâtres longeant la colonne sanguine devenue filiforme. Ce double contour est le résultat de l'hypertrophie de la membrane adventice.

Les troubles fonctionnels sont loin de concorder avec l'examen ophthalmoscopique. Ils peuvent être très accusés alors que les lésions du fond de l'œil sont presque insignifiantes en apparence, et inversement, avec des désordres considérables, la diminution de la vision est parfois à peine sensible. Ceci prouve, d'une part, que les éléments sensoriels peuvent ne participer que dans une faible mesuré à l'inflammation delà rétine, d'autre part, qu'ils sont susceptibles d'éprouver une perturbation fonctionnelle considérable sans présenter pour cela de modification très apparente à l'ophthalmoscope.

Ces troubles de la vision ne deviennent définitifs que s'il se produit des lésions atrophiques de la rétine et du nerf optique; dans

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le cas au contraire, où les phénomènes inflammatoires s'amendent spontanément ou sous l'influence d'une médication rationnelle, la fonction de la rétine se rétablit rapidement.

Le traitement consiste à écarter toute cause d'irritation, lumière trop vive, travaux exigeant des efforts prolongés d'accommodation, etc.; on pourra prescrire, suivant l'état du sujet, soit quelques sangsues ou ventouses à la tempe, soit des dérivatifs sur le tube intestinal.

Les frictions mercurielles, l'iodure de potassium, les transpirations prolongées donnent dans certains cas de bons résultats.

Variétés. — Jseger et Mauthner (!) ont décrit sous le nom de rétinite avec striation verddtre, une forme de rétinite fort rare qui doit être rapprochée de la précédente. Dans le voisinage de la papille la rétine présente une teinte verdâtre, et avec le grossissement fourni par l'examen à l'image droite on aperçoit une fine striation radiée, en rapport avec l'épanouissement des fibres nerveuses.

La rétinite nyctalopique , signalée par Arlt (2), est caractérisée par une suffusion nuageuse péri-papillaire; la papille ellemême est hyperémiée, ou normale, ou même quelquefois plus pâle qu'à l'état ordinaire. Quant aux troubles fonctionnels, ils consistent dans une photophobie intense; pendant le jour ou en présence d'une vive lumière, les malades sont éblouis, tandis qu'au crépuscule ou avec un faible éclairage leur vision s'améliore.

RÉTINITE ALBUM1NURIQUE.

Wood et Wells, puis Landouzy, appelèrent les premiers l'attention sur les troubles de la vue chez les albuminuriques ; plus tard, Turck constata des lésions anatomiques de la rétine chez les sujets atteints de maladies des reins. Depuis la découverte de l'ophthalmoscope, les observations seront multipliées et l'on a pu reconnaître sur le vivant des altérations du fond de l'œil rendant compte del'amblyopie qui survient chez ces malades.

L'image ophthalmoscopique de la rétinite albuminurique, bien que variant suivant les cas, reste toujours assez caractéristique pour permettre, à première vue, de diagnostiquer l'affection principale.

(1) Lehrbuch der Oplhalmoscopie.

(2) Bericht ùber die Wiener Augenklimk. Vienne, 1807.

1M MAI.AhlES DE LA RÉTINE.

Les altération du fond de l'œil consistent dans l'apparition de fQym hémotrhagiquea et de taches blanchâtres. Dans la forme la plus commune, les hémorrhagiessonl discrètes, siègentlc long des vaisseaux, et affectent la forme de flammèches, comme toutes les hémorrhagies rétiniennes en général. A côté d'elles, on aperçoit de petites taches blanchâtres, disséminées d'une façon irrégulière dans le fond de l'œil ; leur diamètre est bien inférieur à celui de

Fig. 28. — Rétinilc iilbumimiriquc (forme bénigne).

la papille, le quart environ; elles sont rondes ou ovales, quelquefois leur forme rappelle celle d'un rein. Presque toujours la région de la macula présente des lésions caractéristiques : tantôt ce sont de très petites taches, de la grosseur d'une tête d'épingle, d'un blanc brillant très éclatant, très rapprochées les unes des autres et réunies en groupe; tantôt des stries blanchâtres, dirigées vers la tache jaune et formant une figure étoilée.

Les altérations que nous venons d'énumérer peuvent exister isolément, les parties les plus périphériques de la rétine se maintenant intactes, ainsi que la papille. Mais, le plus souvent, celle-ci présente des altérations manifestes. Son tissu, vivement injecté, a perdu sa transparence; il semble nuageux, comme infiltré de sé-

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