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DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ

démontre que ce décollement du corps vitré trouvé à l'autopsie était primitif, d'autant plus que jusqu'ici, malgré les efforts tentés de ce côté, le diagnostic de cette lésion n'a pu être porté sur le vivant. Brière (4) a bien cité un cas où une opacité grisâtre, membraneuse, occupant une certaine étendue du fond de l'œil, pouvait en imposer pour un décollement du corps vitré, mais la disparition complète de cette néo-membrane et le rétablissement de la vision sous l'influence d'un traitement spécifique ne permettent d'accepter ce diagnostic qu'avec les plus grandes réserves. Par contre, nous voyons fréquemment des décollements survenir brusquement, sans être précédés d'aucune altération appréciable des milieux transparents.

■ Le décollement du corps vitré dans le segment postérieur du globe oculaire, suivi tardivement de décollement rétinien, s'observe quelquefois à la suite des blessures accidentelles ou chirurgicales où il y a issue d'une partie plus ou moins considérable de ce milieu. De Wecker avait déjà signalé depuis longtemps comme une des complications de l'extraction du cristallin dans sa capsule, opération souvent accompagnée de la perte d'une certaine quantité de l'humeur vitrée, le décollement de la rétine qui survient à une époque où les dangers de l'opération paraissaient définitivement écartés.

H. Pagenstecher (2), ayant eu l'occasion d'examiner un certain nombre d'yeux énucléés pour des causes diverses, a trouvé sur quelques-uns d'entre eux des lésions non décrites jusqu'à ce jour. Ces lésions qui occupent le segment antérieur de l'œil consistent dans un décollement du corps vitré, qui est refoulé en arrière el séparé de la zonule et du corps ciliaire par l'interposition d'un liquide séreux. Sécrété sans aucun doute par la partie antérieure du tractus uvéal, ce liquide remplit l'espace correspondant au canal de Petit, qui se trouve par conséquent considérablement agrandi.

Pour faire bien comprendre les changements qui surviennent dans la disposition topographique de ces diverses parties, Pagenstecher rappelle en quelques mots les rapports que la zonule affecte avec le corps vitré dans les conditions normales. On sait que ce point d'anatomie oculaire a été étudié encore dernièrement et a donné lieu à plusieurs controverses.

La zonule a-t-elle, oui ou non, le caractère d'une véritable

(1) Annales d'nculistique, t. LXXIV.

(2) Archiv fur Ophth., t. XXII, 2° partie, p. 271.

2"2i MALADIES DU COUPS VIT H Ê.

membrane? ou bien, au contraire, exisle-t-il entre les fibres de la zonule des espaces vides, des fentes établissant une communication directe entre le canal de Petit et la ebainbre postérieure, de telle sorte que les liquides qui remplissent ces divers espaces puissent circuler librement de l'un à l'autre et arriver ainsi dans la chambre antérieure? Pagenstecher soutient qu'au point de vue clinique la zonule ne peut être considérée comme une membrane sans solution de continuité.

Les divers processus morbides intra-oculaires qui sont suivis de modification de tension déterminent des éraillures et une dissociation des éléments fibrillaires constituant la zonule. Ces modi-

Fig. M. — Décollement du corps vitre en avant.

ficalions se produisent, même normalement avec le temps, de telle sorte qu'on peut les considérer comme physiologiques.

Le canal de Petit doit donc Être considéré comme un espace perméable parcouru par les fibrilles de la zonule et rempli par un liquide pouvant pénétrer aisément dans la chambre postérieure ; ce serait la couche antérieure la plus superficielle du corps vitré, dont la consistance est assez ferme, qui formerait en réalité la paroi postérieure de la chambre postérieure. Pagenstecher a réussi à démontrer expérimentalement sur l'œil humain l'exactitude de cette disposition anatomique.

Sur des yeux normaux, énucléés dix à seize heures après la mort, il injectait, à l'aide d'une seringue de Pravaz, un liquide coloré dans la chambre antérieure, et il poussait l'injection

iusqu'à ce que l'œil eût repris sa consistance normale Dans cette Lérience la matière colorante s'accumulait en grande quantité surtout le pourtour équalorial du cristallin et arrivait même iusqu'au pôle postérieur en refoulant le corps vitre en arrière. Celui-ci se trouvait détaché du corps ciliaire et du cristallin absolument comme dans les cas pathologiques, quoique à un degré moins prononcé.

SYNGHISIS ÉT1N CELANT.

Desmarres a donné le nom de synchisis étincelant à une variété de ramollissement du corps vitré dans laquelle on observe, flottant dans ce milieu transparent, une multitude de paillettes élincelantes formées par des cristaux de cholestérine.

Celte affection s'observe, le plus souvent, chez les personnes âgées, généralement au-dessus de soixante ans ; elle est probablement alors le résultat d'un épaississe ment de la lame vitreuse de [ la choroïde. On l'a rencontrée quelquefois chez de jeunes sujets, \ mais presque toujours à la suite de blessures ou de luxations du ) cristallin.

A l'ophthalmoscope, les paillettes élincelantes formées par les r cristaux de cholestérine sont comparables à de la poussière d'or \ qui voltigerait dans un milieu liquide; la facilité extrême avec I laquelle ces cristaux se déplacent au moindre mouvement de r l'œil prouve bien qu'en pareil cas le corps vitré est complètement I ramolli.

Un examen minutieux permet de reconnaître deux variétés de % cristaux, formés : les uns, petits et très blancs, de tyrosine; les lî autres, plus gros et plus brillants, de cholestérine. Dans les cas ii typiques de synchisis élincelant, sauf ces paillettes étincelantes, il fi n'existe aucun autre corps flottant dans les milieux de l'œil. Ces J* particules brillantes, renfermées toujours en grande quantité dans 0' les couches antérieures du corps vitré adjacentes au cristallin et ;i à la région ciliaire, sont visibles à l'œil nu ou à l'éclairage oblique, J quand la pupille est dilatée par l'atropine.

Malgaignc, qui avait examiné la première malade dont Des- 1 marres nous a rapporté l'histoire, avait présumé que ces paillettes R brillantes étaient des molécules de cholestérine flottant dans le I corps vitré. Des examens chimiques et microscopiques faits ulté- I rieurement confirmèrent la justesse de ces prévisions. Le docteur AUAbiE. Mal. des yeux, 2e édit. n 15

"° MALADIES DU GORPB V I T II t..

Poucet (I), ayant eu l'occasion de pratiquer l'autopsie d'un (m| atteint de synchisis étincelant type, sans altération des membranes profondes, a trouvé :

1° Des cristaux de cholestôrinc, mais en faible quanlité;

2° Des cristaux de tyrosine, tantôt isolés, tantôl groupés en amas sphériques dont la surface est hérissée d'une multitude de fines aiguilles;

3° Des cristaux volumineux de phosphate de chaux. Ceux-ci s'étaient déposés à la surface de cellules en voie de prolifération: ces cellules elles-mêmes présentaient une ressemblance parfaite avec celles qui s'infiltrentdans le corps vitré à la suite de certains états inflammatoires du tractus uvéal.

Poncet pense qu'il survient d'abord des changements séniles dans la zone ciliaire, qui déterminent l'apparition des cellules migratrices autour desquelles se déposent, par la suite, les sels calcaires. Il compare cette dégénérescence aux athéromes des parois artérielles.

Le synchisis étincelant peut persister pendant plusieurs années sans entraîner de troubles visuels graves. Son étiologie particulière indique bien qu'il ne faut pas espérer le modifier par un traitement.

Les corps étrangers qui pénètrent le plus fréquemment dans le globe oculaire sont des parcelles de métal, des grains de plomb, des éclats de verre, de bois, d'acier, etc.

S'ils sont lancés avec une certaine violence, ils arrivent sur la paroi opposée à l'ouverture d'entrée, rebondissent et sont rejetés ainsi d'arrière en avant dans l'intérieur du corps vitré: une fois que leur vitesse acquise est épuisée, ou bien ils séjournent indéfiniment et s'enkystent dans le lieu même où ils se sont arrêtés, ou bien, subissant l'influence de la pesanteur, ils descendent dans la partie la plus déclive du globe oculaire. Quelquefois des corps assez volumineux, dont le poids spécifique est considérable, tels que des grains de plomb, restent enkystés dans les parties supérieures du corps vitré.

Dansquelquesobservations recueillies par J;eger (2), de Gra?fe(3), .

(1) Comptes rendus de la Société de chirurgie, 10 mm IS7G.

(2) Oeslr. Zeilschrift fur prakt. lleilkunde, 1857, n" 2.

(3) Archiv fur Ophth., t. III. 2' partie, p. 323.

les altérations provoquées par la présence du corps étranger ont pu être, pour ainsi dire, suivies pas à pas au moyen de l'ophthalmoscope. Quelques heures après la blessure, de fines opacités apparaissent dans le voisinage du corps étranger et tout le long du trajet qu'il a parcouru; lorsqu'il a rebondi sur la paroi opposée, un sillon nuageux indique également la voie rétrograde suivie avant l'arrêt définitif. Bientôt ces fines opacités se condensent et, enveloppant complètement le corps étranger, elles forment une membrane dans laquelle il s'enkyste et qui le dérobe aux regards. Pourtant, quand c'est un fragment métallique, il conserve souvent, malgré cette enveloppe, une lueur miroitante qui révèle sa nature. Une fois le corps étranger enkysté et maintenu dans une position fixe, l'œil tolère quelquefois impunément sa présence, le corps vitré s'éclaircitetla fonction visuelle se rétablit d'une façon satisfaisante. Malheureusement, une terminaison aussi favorable est tout à fait exceptionnelle : tantôt il se forme un véritable abcès autour du corps étranger et le corps vitré se trouble complètement; tantôt du tissu cellulaire s'organise, contracte des adhérences avec le corps ciliaire et la rétine, et en se rétractant amène le décollement de ces membranes, bientôt suivi de l'atrophie du globe. D'autres fois l'inflammation, très vive dès le début, se généralise et donne naissance à un phlegmon de l'œil. Enfin, si le corps étranger, au lieu d'être maintenu dans une position fixe, conserve une certaine mobilité, il provoque un état glaucomateux et quelquefois des accidents sympathiques du côté opposé.

Le procédé opératoire employé pour l'extraction des corps étrangers varie avec leur siège. S'ils occupent dans les parties déclives du globe oculaire un point assez éloigné du cristallin, on pratique à l'endroit correspondant une incision de la sclérotique dans la direction d'un des méridiens de l'œil, et en évitant autant que possible de léser les muscles droits. La sclérotique étant sectionnée, une légère pression sur le globe oculaire suffit pour que le corps étranger se présente dans la plaie ; quelquefois ce sont les masses opaques qui l'enveloppent qui apparaissent les premières: on les saisit avec des pinces et on les amène au dehors. Quand il s agit d'une parcelle de fer ou d'acier, on peut essayer de l'attirer dans la plaie au moyen d'une tige aimantée ou d'un électroaimant.

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