‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 125 sur 167 · STAPHYLOMES OPAQUE ET PELLUCIDE DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

STAPHYLOMES OPAQUE ET PELLUCIDE DE LA CORNÉE

On peui se servir encore, comme épreuve, d'une lunette slhénopéique de Donders, munie d'un verre concave quelconque. Au moyen de cet appareil les rayons latéraux sont supprimés, et il n'y a qu'un faisceau mince des rayons qui arrive sans dispersion à la rétine, et donne une image plus nette. Instinctivement les malades Cherchent à rapprocher les paupières pour constituer une sorte de fente à travers laquelle ils voient mieux.

Anatointe pathologique. — Il n'est pas douteux que le staphylôme pellucide ne soit du à un amincissement de la cornée, surtout dans toute sa partie centrale. Les recherches que j'ai faites sur un fragment de la cornée que j'ai eu l'occasion d'exciser, m'ont démontré que la cornée, même près de In sclérotique, était d'un tiers moins épaisse que dans l'état sain.

Étiologic. — Celte affection est presque toujours congénitale ; elle dépend de la conformation et de la structure anomales de la cornée quant à son épaisseur. Avec le développement de l'œil, la cornée, chez ces individus, se distend et s'amincit d'une manière très-sensible.

L'amincissement notable de cette tunique fait qu'elle ne présente pas de résistance à la pression intra-oculaire et qu'elle se distend de plus en plus. Mais à mesure que la cornée s'amincit, la transsudation de l'humeur aqueuse se produit plus rapidement, ce qui explique, selon Bowman, pourquoi la cornée n'éclate pas et pourquoi aussi elle n'augmente pas de volume.

Sichel et d'autres auteurs ont voulu rattacher la cause de celte maladie à l'ulcère de la partie centrale, à un ramollissement lent du tissu cornéen. L'observation nous montre que les taches et les ulcères n'existent pas toujours au sommet du staphylôme. Je pense même que l'ulcère n'est que le résultat de la saillie exagérée de la cornée qui, par suite du frottement contre les paupières, s'irrite plus facilement.

Le staphylôme pellucide se développe rarement dans l'âge mûr ; il se rencontre le plus fréquemment chez les enfants et les adultes qui n'ont pas dépassé vingtcinq à trente ans. J'ai eu l'occasion de l'observer chez un garçon de six ans, et la mère déclara que l'enfant ne voyait pas bien depuis sa naissance. Le docteur von Ammon l'a rencontré une fois chez plusieurs personnes de la même famille, et l'affection était congénitale.

Les slaphylômes coniques pellucides peuvent être acquis, mais ils sont trèsrares. Jusqu'à présent, je n'en ai vu que deux cas, dont l'un consécutif au glaucome chronique et l'autre à une blessure de la cornée. Très-soovent la maladie existe aux deux yeux; mais habituellement un œil est moins atteint que l'autre.

Pronostic. — Il est assez grave et, lorsque la maladie est arrivée à un degré très-avancé, peu de moyens réussissent à l'enrayer.

Traitement. — Des remèdes de toute nature ont été recommandés à diverses époques pour combattre cette affection; à part les méthodes opératoires, toutes celles qui ont pour but de fortifier et de consolider la cornée n'ont aucune valeur et doivent être abandonnées.

1° Bowman a proposé de transformer la pupille ronde en une sorte de fente verticale ou horizontale. A cet effet, il pratique deux opérations successives de déplacement de la pupille par le procédé d'iridodesis. On fait une petite incision dans le bord sclérolical et on y attire le bord pupillaire que l'on engage dans la

GALEZOWSKJ. on

plaie ; puis on laisse celle-ci se cicatriser. La même opération est pratiquée au bout de quelque temps dans le segment opposé de la cornée, ce qui rend la pupille ovale ou déforme longitudinale ; cette condition est, comme nous l'avons vu, favorable à la vision. Bowman donne de préférence la direction verticale à la pupille, afin que la paupière supérieure la cache en partie (fîg. 131) (1).

Bowman, Wells, Critchett en Angleterre, et Botto (2) en Italie, ont réussi par la même méthode à guérir plusieurs malades atteints de celte affection.

2° De Gracfe a cherché à réduire le staphylôme en enlevant une couche superficielle du tissu cornéen pour y former une ulcération et une cicatrice. A cet effet, il enfonce dans la cornée, près du sommet du cône et parallèlement à sa surface, un couteau fin <i cataracte, et taille un petit lambeau superficiel cornéen

FiG. 131. — Procédé de Bowman pour le staphylôme conique.

sans entrer dans la chambre antérieure ; puis, d'un coup de ciseaux il enlève ce petit lambeau. L'opération terminée, on cautérise les bords de la plaie avec un crayon de nitrate d'argent mitigé, et on renouvelle cette cautérisation tous les trois, quatre ou six jours. Après chaque cautérisation, on applique le bandage compressif. A la suite de cette opération, il se produit du tissu cicatriciel, qui, en s 'épaississant, rétracte le reste de la cornée et diminue sa courbure. Les résultats obtenus par Graefe (3) et Mayer (U) à l'aide de cette méthode, paraissent être trèssatisfaisants.

3° J'ai pensé qu'il y aurait avantage à faire une excision de l'iris et à enlever en même temps un lambeau de la cornée. Le succès a complètement couronné mon procédé. J'ai pratiqué cette opération sur les deux yeux d'un de mes malades. L'excision de l'iris a été faite dans la partie supérieure de cette membrane ; après quoi, j'ai enlevé immédiatement un lambeau de la cornée de 2 millimètres le long du bord de la plaie. A la suite de celte opération, j'ai fait une compression au moyen d'un bandage compressif pendant huit jours sur un œil et pendant quinze jours sur l'autre, jusqu'à la parfaite cicatrisation de la plaie. Après l'opération du second œil, la chambre antérieure est restée pendant dix jours non réunie ; mais elle s'est ensuite cicatrisée, et la vue a été sensiblement améliorée.

'1) Voy. Pupille artificielle.

f2ï Botto, Giorno le d'op/ilhrilm. it/ilinno, 1862.

}3) Graefe, Arclriv f. Ophlhalm., Bd. XII, Abth. 2, p. 215, et Bertnicr Utnmhc schrift, 1808, n° 23.

(4) Mayer, Gazette des hôpit., 1869.

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