V.VESMO
Fig. 134. — Staphylome total de l'iris et de la cornée (*).
est caractérisée par une proéminence considérable de louie la cornée avec opacificalion complète, et donne à cette membrane l'aspect de la sclérotique.
Sytnptomatologie. — La cornée est remplacée par un tissu opaque, blanchâtre ou blanc-grisâtre, distendu outre mesure, et formant une saillie tellement prononcée, que les paupières sont fortement dilatées ; souvent même cetlc saillie ne peut se cacher sous ces voiles et proémine entre eux.
(") a, h, cornée cicatricielle on pseudo-cornée ; '', de ln pséwlo-cornéc avec la vraie cornée ; d, iris
OWtendu et sans ouverture papillafre. (Wharton Jones, Traiti des maladies des yeicx.)
308 MAI.ADIKS DE I.A COKNfeK.
On reconnaît à sa surface des vaisseaux plus ou inoins nombreux (lig. 133), sans que pour cela le staphylôme soil enflammé; mais il arrive quelquefois que le frottement exercé par les paupières ou les cils déviés, provoque une irritation très-violente,, et des ulcères se produisent dans les parties les plus saillantes. De là, résulte une vive inflammation qui peut se communiquer aux membranes internes de l'œil et donner lieu a une hydrophthalmie, etc.
La perception de la lumière se conserve pendant longtemps et, si la cornée était transparente, le malade verrait assez bien ; mais, à la longue, la pression intraoculaire déprime fortement la papille du nerf optique en arrière ; il y a excavation de ce nerf et perte totale de la perception lumineuse.
Les symptômes inflammatoires sont ordinairement accompagnés de douleurs orbitaires plus ou moins vives, de larmoiement et d'irritation dans les paupières. Quelquefois la paupière inférieure se renverse en dedans et augmente les souffrances du malade.
Anatomie pathologique e* pathogénie. — Le slapbylôme cornéen est en général constitué par du tissu cicatriciel de nouvelle formation, tissu très-épais et très-dense, développé à la surface de l'iris qui s'est hernié à travers une large ulcération delà cornée. On aperçoit par places des amincissements considérables, dus aux ulcérations et aux perforations nouvelles.
"Wharton-Jones a démontré que le staphylôme n'est point le résultat d'une dégénérescence de la cornée, mais un produit cicatriciel nouveau qui s'est formé sur la surface de l'iris après la destruction de celte tunique. Warlomont et Testelin ont trouvé par places des fibres élastiques blanches, irrégulièrement entrelacées ; les fibres lamellées étaient opaques et avaient une disposition confuse. Ces observateurs ont trouvé ça et là des grains et des cellules pigmenlaires, provenant de l'iris.
En général la surface postérieure du staphylôme est recouverte, dans une grande partie, de l'iris qui y a pris des adhérences intimes, comme le fait voir la figure î 3Zi, que nous empruntons à Wharton-Jones. Dans plusieurs endroits, on reconnaît encore les traces de la membrane de Desceraett.
A mesure que l'on se rapproche de la sclérotique, on retrouve un plus grand nombre d'éléments de la cornée conservés.
Le cristallin reste très-souvent transparent et intact, et sa présence, après la destruction de la cornée, joue un rôle important dans le développement du staphylôme. En effet, l'humeur aqueuse qui s'accumule et se reproduit constamment au devant du cristallin, ne pouvant pas trouver assez de place en arrière, se porte contre le staphvlôme et le distend. Tout au contraire, quand le cristallin est détruit, le liquide occupe sa place et la pression intra-oculaire n'est pas si forte.
Il arrive très-souvent qu'au moment où la perforation de la cornée a heu sur une large surface, par exemple dans l'ophthahnie blennorrhagique, la capsule éclate et le cristallin s'échappe à travers l'ulcère ; dans d'autres cas, il sort avec sa
03 Wharton-Jones a constaté aussi un fait très-iniéressanl : c'est que, quand la tumeur devient trop grosse, l'iris, ne pouvant se distendre outre mesure, se sépare de la choroïde et se déchire en lambeaux; on trouve celle membrane attaclifc la pseudo-cornée par petits morceaux isolés et réticulés.
STAPHYLOMES OPAQUE ET PEf.I.UCIDE DE I.A CORNÉE. 309
Étiolofcie. — Les causes qui amènent la perforation partielle ou la destruction totale de la cornée contribuent à la formation du staphylôme. C'est ainsi que les abcès perforants, les corps étrangers implantés dans cette membrane, les ophthalmies purulente, blennorrhagique et scrofuleuse, sont autant de maladies qui prédisposent à celte affection. Selon Mackenzie, le staphylôme était beaucoup plus fréquent avant la propagation de la vaccine. Il serait bien plus rare si l'on faisait plus souvent des paracentèses dans les abcès de la cornée, au lieu d'attendre que la perforation spontanée et la destruction sur une large surface aient eu lieu.
Traitement. — Le staphylôme général de la cornée peut exister pendant longtemps sans amener une trop grande gène pour le malade; mais la difformité qu'il occasionne suffirait à elle seule pour décider le chirurgien à pratiquer l'ablation de la tumeur.
Cette indication devient urgente, lorsque le staphylôme est enflammé, qu'il occasionne des douleurs et qu'il se déclare un trouble de la vue de l'autre œil par sympathie.
Divers procédés sont mis en usage :
1. Amputation de l'hémisphère antérieur de l'œil. — Le malade est couché sur un lit, un aide écarte les paupières avec deux élévateurs introduits sous ces membranes. Une aiguille courbe, munie d'un fil, est passée, d'après l'avis de Desmarres père, à travers la tumeur près de sa base ; on maintient cette aiguille pendant quelques instants avec la main gauche, afin de permettre à l'humeur aqueuse de s'écouler. Au bout de deux ou trois minutes, l'opérateur se sert d'un staphylotome (fig. 135) ou d'un couteau de Beer (fig. 136) qu'il enfonce à la base de