KYSTES ET TUMEURS DE L IRIS
Pour apprécier le degré d'altérations survenues dans la pupille et les membranes internés de l'œil, il est indispensable de recourir à l'examen par l'éclairage oblique, et L'ophthalmoscope.
L'éclairage oblique, permet de juger, comme le dit Guépin, de la nature de l'enveloppe du kyste, de son développement en arrière de l'iris, ainsi que de l'état de ses bords libres ou adhérents. L'étal de la pupille pourra être aussi précisé par ce mode d'exploration, et cela est d'autant plus important que, dans quelques cas, elle peut être recouverte par une sorte de voile léger de nature exsudative, comme cela avait lieu dans le cas relaté par moi (1). Le kyste dépasse ordinairement le bord de la pupille sous la forme d'un corps arrondi, convexe et bien régulier.
Lorsque la pupille n'est pas complètement cachée par le kyste, ou peut s'assurer avec l'ophthalmoscope si les membranes internes sont saines, si le cristallin et le corps vitré ne sont pas troublés. Cet examen est d'autant plus nécessaire que l'affection survient très-souvent à la suite de blessure, ou après les opérations de cataracte, dont les débris peuvent encore se trouver derrière l'iris, comme dans un cas rapporté par Guépin.
Diagnostic différentiel. — Le diagnostic ne présente point de difficulté ; on ne pourrait à la rigueur confondre l'affection qui nous occupe qu'avec un abcès, un condylome de l'iris ou avec une tumeur à myéloplaxe; mais toutes ces tumeurs sont couvertes de vaisseaux, tandis que le kyste présente une surface lisse, demitransparente, ne contenant à sa surface ni vaisseaux ni fibres iriennes. L'absence complète des plaies, anciennes ou récentes, sur la cornée, complétera le diagnostic, puisque l'on sait aujourd'hui que les kystes se développent presque toujours sous l'influence d'un traumatisme.
Anatomie pathologique. — Les recherches que Ch. Robin (2) a faites sur ce sujet démontrent que la paroi interne des kystes de l'iris ne contient pas d'épithélium, mais seulement une matière grisâtre, composée de fines granulations graisseuses et d'un petit nombre de granulations pigmentaires. La paroi est formée par le tissu de l'iris qui, d'après Ch. Robin, semble s'être dédoublé pour former une cavité. C'est aussi l'opinion de Bowman.
Quelquefois ces kystes contiennent des cils, comme dans les cas observés par Stoeber (3) représenté par la figure 157, et dans celui de de Graefe (4).
Fig. 157. — Kyste de l'iris.
Le liquide contenu dans les kystes de l'iris est ordinairement incolore ou légèrement brunâtre. Le kyste opéré par Stoeber contenait un liquide blanchâtre formé par des cellules graisseuses et des cristaux de cholestérine.
(1) Galezowski, Annales d'oculistique, 1862, t. XLVII, p. 239.
(2) Ch. Robin, Analyse anatomique des kystes, in Guépin fils, Thèse. Paris, 18C0,p. 18.
(3) Stoeber, Annales d'oculist., 1865, t. LIV, p. 80.
(h) Graefe, Archiv f. Ophihalm., Bd. III, Ablh. II, S. 412.
M A LA DIKS DE l.'lRIS.
Ètiologie. — Los kystes de l'iris reconnaissent le plus souvent pour cause le traumatisnie, soit que la blessure ail été accidentelle, soit qu'elle ail été faite par un chirurgien pendant l'extraction de la cataracte ou toute autre opération. Guépin a constaté cette cause dans tous les cas qu'il a pu recueillir. Nous ne trouvons jusqu'à présent qu'une seule exception à cette règle : c'est le fait rapporté par Stoeber, dans lequel cette cause n'a pu être invoquée. Quelques auteurs ont voulu attribuer la formation des kystes à la présence d'un cysticerque; mais, depuis les recherches de Robin, la présence de cet entozoaire est inadmissible.
Pronostic. — Il est assez grave. Si on laisse la maladie se développer, une irido-choroïdite peut en être la conséquence. Hulke (1) a rapporté un cas dans lequel une inflammation sympathique se déclara dans l'autre œil, mais qui fut enrayée immédiatement par l'excision du kyste.
Traitement. — Plusieurs moyens ont été employés dans le but d'arrêter et de guérir le mal.
Stoeber et quelques auteurs anglais ont eu recours aux antiphlogistiques, aux narcotiques et à d'autres moyens, mais sans aucun résultat.
L'extirpation de la tumeur avec excision de la partie correspondante de l'iris peut seule amener la guérison. Desmarres père a pratiqué plusieurs fois cette opération et toujours avec succès. Cependant, dans un cas d'iridectomie avec excision du kyste, de Graefe vit une irido-cyclite se déclarer et entraîner la perte de l'œil.
La ponction et la dilacération de l'enveloppe du kyste est toujours suivie de récidive et expose le malade à des inflammations consécutives et à des abcès de l'iris, comme cela est arrivé à Dixon et Wharton-Jones. C'est pour cette raison que ce procédé doit être complètement abandonné.
Stoeber (2) a broyé le kyste avec des pinces introduites par une ponction faite à la cornée ; mais la maladie récidiva.
B. Cysticerques de l'iris et de la chambre antérieure. — L'existence de cet animalcule dans la chambre antérieure, avec ou sans adhérence à l'iris, est démontrée par plus de vingt observations recueillies et publiées par divers auteurs. Les faits les plus remarquables ont été décrits par de Graefe (3), Soemmerring et Teale (5).
Cet entozoaire se présente ordinairement sous forme d'une petite vésicule transparente, laiteuse, et dont l'extrémité forme un prolongement plus ou moins fin qui se termine par une sorte d'ampoule. Cette ampoule constitue la tête de l'animalcule (flg. 159); son cou s'allonge ou s'élargit indépendamment de tout mouvement de l'œil. L'animalcule se meut en masse, se place en face de la pupille ou bien descend vers le grand cercle de l'iris (flg. 158), ce qui s'observe surtout pendant les contractions et les dilatations de la pupille.
Le cysticerque est le plus souvent adhérent par sa surface postérieure à l'iris au moyen d'un prolongement ou d'une exsudation, comme dans le cas rapporté
(1) Hulke, Roy. Lond. OpKth. Hosp. Rep., t. VI, p- 12.
(2) Stoeber, Gazette hebdomadaire, 1855, p. 155.
(3) Graefe, Arch. f. Ophthalm., 1854, Bd. I, Abth. I, S. 453. (û) Soemmerring, Iconographie de Sichel, p. 707.
(5) Teale, R. L. Ophth. Hosp. Reports, t. V, p. 320i
KYSTES ET TUMEURS DE L'iRTS. 3f)9
par do Gracie. On trouve aussi, au bout de quelque temps, une ou plusieurs sy-
uéchjes postérieures.
Le séjour prolongé d'un cysticerque en contact avec l'iris amène fréquemment
Fio. 158. — Cysticerque de l'iris, d'après Sichel. Fig. 159. — Tête du cysticerque.
des attaques d'iritis ou d'irido-choroïdile, suivies d'infiltration blanchâtre de la surface postérieure de la cornée.
Traitement. — L'extraction du cysticerque se fait de deux manières : après avoir pratiqué une incision linéaire dans la cornée, en face du bord de la pupille modérément dilatée, on introduit la pince dans la chambre antérieure, et l'on retire le parasite.
Desmarres père et Teale indiquent un autre procédé qui consiste à faire une incision au bord de la cornée, à saisir avec une pince l'iris avec le cysticerque, et à l'exciser.
G. Tumeurs soudes. — Les nœvi matemi de l'iris se rencontrent rarement, et nous ne connaissons jusqu'à présent qu'un seul fait de cette affection exactement observé par Mooren (1). La tumeur était située à la partie externe de l'iris, ressemblait à une mûre, s'étendait au devant de la pupille et touchait la surface postérieure de la cornée. Elle était sillonnée de nombreux vaisseaux ti èslarges. Une hémorrhagie se déclara dans la chambre antérieure, et se renouvela pendant toute une année. La vue centrale diminua sensiblement, et la durelé de l'œil augmenta; la papille devint excavée, ce qui détermina le malade à se faire opérer. Mooren pratiqua l'iridectomie et enleva la tumeur. Le second œil fut pris au bout de quelque temps d'une irido-choroïdite sympathique, pour laquelle l'iridectomie fut pratiquée.
D. TUT5ERCULES. — Ges tumeurs ne sont pas plus fréquentes que les précédentes. Desmarres (2) en a rapporté deux cas très-intéressants. L'une et l'autre s'étaient développées chez des malades atteints de l'éléphantiasis des Grecs. Des tubercules couvraient presque toute la surface du corps de ces deux malades. Les tumeurs de l'iris avaient détruit la cornée et l'œil. C'étaient probablement des tubercules mélanoliques.
L. Cancers. — Les tumeurs cancéreuses, développées primitivement dans l'iris,
(1) Mooren, Ophihalm, Beobachtungen, p. 125.
(2) Desmarres, Traité des mal. des yeux* 1855, t. II, p. 501.
360 MALADIES DE I.'lRIS.
sont très-rares, et l'on n'en connaît que quelques observations bien positives. Fano a rapporté un cas intéressant de tumeur cancéreuse. Celle tumeur, ticsvolumineuse, avait pris naissance dans l'iris, mais n'avait pas tardé à envahir la cornée. L'extirpation de l'œil fut pratiquée. Pour Fano, c'était une tumeur cancéreuse de nature encéphaloïde.
Nous pourrions citer ici les tumeurs de la chambre antérieure, constituées par les plaques à noyaux multiples ou myéloplaxes, que Desmi-rres a enlevées chez plusieurs malades après qu'elles avaient rempli la chambre antérieure. Ch. Robin, ayant examiné ces productions, les a rapportées à des affections de la cornée, et pense que, bien qu'elles soient adhérentes à l'iris, leur origine et leur point d'implantation est le point de jonction de la cornée et de la sclérotique. Cette maladie a été observée surtout chez les enfants.
Pendant que j'étais chef de clinique de Desmarres, j'ai vu une tumeur analogue chez un enfant âgé de dix-huit mois ; elle commençait à se développer dans le grand cercle de l'iris et me paraissait dépendre de celte membrane. Ni la cornée ni la sclérotique n'étaient encore malades.
Le diagnostic des tumeurs cancéreuses peut présenter au débul beaucoup de difficultés, à cause de la ressemblance qu'elles peuvent avoir avec les kystes ou les nœvi materni. Mais les kystes sont lisses à la surface et presque transparents; quant aux nœvi, ils sont très-rares et se développent d'une manière excessivement lente.
Traitement. — Au début de la maladie, lorsque la tumeur n'occupe qu'une partie bien limitée de l'iris, on excise cette membrane ainsi que la tumeur. Mais, aussitôt que la tumeur augmente de volume, on ne doit pas hésiter à faire une énucléation de l'œil.
Bibliographie.— I. Kystes : Ad. Richard, Gazelle hebdomadaire, 1854, p. 1002; — Guépin fils, Des kystes de l'iris, thèse de Paris, 1860 ; — Galezowski, Pupille artificielle dans les kystes de l'iris (Annales d'ocalist., 1862, t. XLVII, p. 239); — Stoeber, Annales cToculist. 1865, t. LIV, p. 80, et Gazette hebdomadaire, 1865, p. 155; — Graefe, Arch. f. Ophthal. Bd. III, Abth. II, S. 412 ; — Hulke, Royal London Ophtlialmic Hospit. Reports, t. VI, p. 12; — White Cooper, London med. Journal, September 1852; — Dixon in Mackensie, traduit par MM. Warlomont et Testelin, t. II, p. 262. — II. Cysticeroues : Dalrymple, The Laneet, August 1844;— Graefe, Archiv f. Ophthalm., 1854, Bd. I, Abth. I, S. 453; — Soemmerring et Scholt, in Sichel, Iconographie, p. 707 ; — Teale, Royal London Ophthalm. Hosp. Reports, t. V, p. 320. — III. Tumeurs solides : Mooren, Naevus mater?ius (Ophthalm. Beobachtunrjen, p. 125); — Desmarres, Tubercules et tumeurs myéloplaxes (Traité des mal. des yeux, 1 855, t. Il, p. 501); — Fano, Observation de cancer de l'iris ayant nécessité l'extirpation de l'œil (Annales d'oculist., 1865, t. LIV, p. 240).
ARTICLE IV