CRISTALLIN
Anatomic. — Le cristallin est un corps de forme lenticulaire, transparent, placé entre l'humeur aqueuse et l'humeur vitrée, à l'union du tiers antérieur de l'œil avec ses deux tiers postérieurs.
11 se compose d'une enveloppe ou capsule cristalline et d'une substance propre, transparente comme le cristal.
\ . La capsule cristalline forme un sac complètement clos, dans lequel le cristallin se trouve logé. Elle est diaphane, très-mince, mais en même temps très-élastique. Examinée au microscope, elle reste partout homogène et transparente, et on ne peut l'apercevoir que là où elle forme des plis; elle ressemble alors à des fragments de lamelle de verre, comme Ch. Robin (1) l'a montré (fig. 177).
On y distingue deux parties : la capsule antérieure, dont une des surfaces baigne dans l'humeur aqueuse, et la capsule postérieure qui adhère d'une manière trèsintime à l'enveloppe du corps vitré.
Au niveau de la grande circonférence du cristallin, la capsule est doublée par une autre membrane vitrée très-mince, qui, avant de quitter les procès ciliaires, se sépare en deux feuillets, dont le feuillet antérieur se confond avec la capsule antérieure, et le feuillet postérieur avec la capsule postérieure. Ces deux feuillets, réunis, se prolongent jusqu'à une certaine distance en arrière sur la membrane hyaloïdienne
hc. 177. — Capsule du cristallin.
Fig. 178. — Cellules épithéliales intracapsulaires (Polaillon).
et ne forment dans ce dernier point qu'une seule membrane pigmentée pai places. L'ensemble de ces deux feuillets vitrés adhérents la capsule, porte le nom de 1. me suspenseur du cristallin, ou zonule de Zinn. L'espace compns entre les deux Sets J'appelle canal de Petit; il est rempli d'un liqu.de transparent et fait le tour de la grande circonférence du cristallin.
La surface interne de la capsule antérieure est recouverte, d après Ch. Roh.n,
m Ch Robin Description anatomo-palhologiaue des cataractes consulaires et lentiCtA /aires (Mém. del'Acad.deméd. Paris, 1859, t. XXIII, p. 205).
CKIS'I ALLIN.
d'une couche de cellules épilhéliales polygonales. Elles sont très-régulièrement disposées, comme on peut en juger par la figure 1 78. La capsule postérieure ne contient point d'épithélium.
2. Substance propre du cristallin. — La masse contenue dans la capsule constitue la substance propre du cristallin. Elle est d'une transparence parfaite chez les jeunes sujets, légèrement ambrée chez les individus âgés.
Sa consistance n'est pas partout la môme; elle va en augmentant de la périphérie vers le centre, à tel point que la partie centrale constitue une sorte de noyau plus dense et plus compacte, auquel on donne le nom de noyau cristallinien.
La masse cristallinienne se compose de couches superposées et qui s'emboîtent d'une manière assez régulière (fig. 479 et 180). Chaque couche est, de son côté, constituée par des fibres cristalliniennes ou tubes, qui sont adossées régulièrement les unes aux autres.
Fig. 179. — Coupe verticale du cristallin humain, vu de profil et grossi de trois fois et un quart. (Fr. Arnold.)
Fig. 180. — Cristallin déhiscent, offrant trois fragments triangulaires à base courbe, et montrant des feuillets qui s'emboîtent les uns dans les autres. (Fr. Arnold.)
Ces fibres sont des tubes prismatiques, remplis d'un liquide transparent et munis de noyaux ; ils sont disposés à la surface antérieure de façon à former une figure étoilée à trois branches (voy. fig. 180); à la partie postérieure, on distingue le plus souvent plus de trois rayons, surtout dans les cristallins des adultes. Tous ces rayons indiquent les limites des segments qui composent le cristallin ; chaque segment est constitué par des fibres cristalliniennes qui s'irradient du centre vers la périphérie et contournent cette dernière en se portant en arrière.
La figure 181 représente, d'après Becker, les dispositions des fibres cristalliniennes, ainsi que leur terminaison indiquant la coupe des prismes.
3. Le noyau du cristallin ne paraît pas avoir une structure différente de celle des couches corticales. Pourtant, d'après Bowman, ses fibres sont plus étroites, plus denses et plus intimement unies les unes aux autres; d'où il résulte naturellement une impossihilité absolue de pouvoir distinguer des couches spéciales dans le noyau. Pour Ch. Robin, le noyau est constitué par les fibres dentelées ou fibres propres du noyau.
4. Les cellules du cristallin, ou globules de Morgagni, se trouvent à la surface du cristallin et ne sont, d'après Ch. Robin, que les cellules de la couche épithéliale qui tapisse la face interne de la capsule antérieure. Elles sont très-pâles, incolores, sans granulations. Plusieurs de ces cellules ne contiennent pas de noyaux; mais plus on s'approche du centre du cristallin, plus ces mêmes cellules deviennent granuleuses, apparentes, à contours limités; on y distingue alors des noyaux ronds ou ovales. Tout près du centre elles deviennent allongées, comprimées les unes contre les autres et finissent par former de véritables libres. On pourrait donc supposer que les cellules de Morgagni sont des cellules-mères, d'où naissent les fibres du cristallin. On
ClttSTALUN.
les appelle cellules de Morgagni, parce que ce sont elles qui, se décomposant après la mort, se réduisent en un liquide que l'on a appelé l'humeur de, Morgagnit
La forme du cristallin est celle d'une lentille biconvexe, dont la face postérieure est beaucoup plus bombée que la face antérieure.
Les courbures de ces surfaces ont été mesurées avec beaucoup de précision par Vallée, Krause, Helmhollz, Listing, etc.
FiG. 181 . — Fibres prismatiques du cristallin (*). Fie. 182. — Disposition dé-
fibres cristallinienncs à sa surface antérieure.
La section du cristallin, faile dans la direction de l'axe optique, représente une ellipse dont Chaussât (4) et Brewsler (S) ont déterminé les premiers l'indice de réfraction. .
Krause (3) et Vallée (4) ont trouvé que les coordonnées des surfaces antérieure et postérieure du cristallin conviennent à des courbes elliptiques, et le rayon de courbure de la surface antérieure est, d'après Vallée, de 1 0,nm,<2401 , tandis qu'il est de 5""°, 4 991 pour la surface postérieure.
D'après Helmholtz (5), l'indice de réfraction du cristallin est de 1 t»m, 41 89.
D'après Krause, l'épaisseur du cristallin dans la direction de l'axe optique varie, selon les individus, entre 7mm,1759 et 4mm,6296.
Un peu rougeâtre chez le fœtus, complètement transparent chez 1 adulte, le cristallin est légèrement jaunâtre chez le vieillard, ce qui ne diminue pourtant pas sa diaphanéité. Mais, avec l'âge, sa densité augmente notablement; il perd peu a peu son élasticité. Le muscle accommodateur ne peut plus modifier sa courbure, et I œil est alors atteint de ce défaut d'accommodation que l'on appelle presbytie.
Développement. — Selon Ch. Robin, le cristallin se forme par 1 inversion des
(1) Chaussât, Annales de chimie et de physique, 1819, ». X, p. 337.
(2) Brewsler, Edinburgh Philos. Journ., 1819, p. 41.
(3) Krause, Meckel's Àrchiv f. Anal, und Patho/., 1832. (Il) Vallée, Théorie de l'œil. Paris, 1843, p. 20.
(5) Helmholtz, Optique physiologique, trad. franç. Pans, 1868, p. 10û.
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MODE n'FXI'LOHATION DU CRISTALLIN.
téguments ilans l'intérieur de la vésicule oculaire de l'embryon. A en juger par les ligures de Remakffig. 183), le cristallin nall au milieu d'un espace vide, autour duquel se constituent des lamelles imbriquées. Il apparaît, d'après lluscbke, dans le cours de la troisième semaine-, d'abord attaché à la peau, il s'en isole de plus en plus. Dans la vie fœtale, la capsule est sillonnée d'un réseau vasculaire qui communique directement avec l'artère byaloïdienne. Entre le septième et le huitième mois, ces vaisseaux disparaissent complètement; ils peuvent cependant se reproduire pendant la vie à la suite de diverses altérations morbides de l'iris et de la capsule.
Fonctions et nutrition. — Le mode de nutrition du cristallin n'est pas bien connu ; pourtant, on peut dire avec une grande vraisemblance que celle-ci dépend du liquide avec lequel la capsule est en contact, c'est-à-dire de l'humeur aqueuse. Ce liquide possède très-probablement tous les matériaux nécessaires à sa nutrition, et passe par endosmose à travers la capsule. Nous savons, en effet, avec quelle rapidité l'eau distillée traverse cette membrane et augmente le volume d'un cristallin, qui a été desséché.
Les maladies des procès ciliaires, en altérant la composition de l'humeur aqueuse, peuvent par cela seul compromettre la nutrition du cristallin et le rendre opaque.
Selon Ch. Robin (1), les cellules intra-capsulaires, que d'autres appellent cellules de Morgagni, concourent au développement des fibres du cristallin.
Le rôle du cristallin est purement optique ; il sert à concentrer les rayons lumineux venant du dehors sur la rétine. Grâce à sa consistance élastique, il peut s'aplatir ou s'arrondir sous l'influence du muscle accommodateur, et concourt par conséquent avec le muscle ciliaire à l'accommodation.
Nous pensons, en outre, que la densité et la réfrangibilité différentes des couches corticales du cristallin et de son noyau produisent une correction complète de l'aberration chromatique de l'œil, qui existerait sans cette disposition (2).
Fig. 183. — Développement du cristallin (*).