OPÉRATIONS DES CATARACTES CONGÉNITALES
Nous avons dit plus haut quelles sont les différentes formes et les variétés des cataractes congénitales : ce sont les cataractes capsulaires centrales, corticales molles ou liquides, et les cataractes stratifiées.
OPÉRATION DM U CA I AKAtVl I. K l CHOU DE LA MÉTHODE. '» "»•"'
H est évident que, pour des variétés aussi nombreuses, il est impossible d'indiquer la méthode à laquelle il faut s'arrêter. D'une manière! générale, on peut conseiller de choisir celle qui présentera le moins de danger et qui rétablira le plus facilement la vue.
1° Les cataractes capsulaires occupent le plus souvent un point très-limité de la pupille el ne gênent nullement la vision; c'est pourquoi aucune intervention chirurgicale n'est réclamée. Mais si l'opacité est très-large, et si l'enfant ne peut voir que lorsque la pupille est dilatée, il est alors nécessaire de recourir à l'iridectomie ou à Yiridesis, méthode employée avec tant de succès par Critchett dans les cataractes zonulaires. L'enfant doit être préalablement endormi, et, après l'opération, l'application d'un bandage compressif sur les deux yeux sera absolument indiquée.
2° Dans les cataractes stratifiées ou zonulaires, aucune opération n'est nécessaire pendant toute la période de l'enfance. Chez eux les pupilles sont suffisamment larges pour qu'ils puissent voir par les parties périphériques du cristallin. Mais, avec l'âge, la pupille se resserre et la vision se trouble : l'opération d'iridectomie ou d'iridésis réussissent dans ces cas à rétablir la vue.
3° Les cataractes molles, laiteuses, constituent une des formes les plus fréquentes des cataractes congénitales des enfants. Leur opération se fait habituellement par une simple discision, méthode presque exclusivement suivie par les chirurgiens de Dublin et entre autres par le docteur Jacob. Dans d'autres cas, on doit appliquer la méthode combinée de discision préalable et d'extraction linéaire, avec ou sans iridectomie, ainsi que je l'ai toujours fait jusqu'à présent.
k° Lorsque la cataracte congénitale est volumineuse et que l'opérateur n'esi appelé à pratiquer l'opération qu'à l'âge de dix, quinze ou vingt ans, on n'hésitera pas à faire l'extraction linéaire modifiée d'après le procédé de de Graefe ou de Critchett.
Quant à l'extraction à lambeaux ou l'abaissement, ces deux méthodes devront être abandonnées : l'abaissement expose l'œil à des souffrances et à des iridochoroïdites consécutives; l'extraction à lambeaux est, chez les enfants, tout aussi dangereuse que la méthode précédente. Les petits opérés « s'ennuient, comme le dit M. Giraldès, d'avoir les yeux couverts, supportent difficilement le bandeau, essayent de l'enlever, s'agitent, et cette agitation, ces frottements, compromettent le succès de l'opération ».
ARTICLE XL
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'OPÉRATION DE LA CATARACTE ET SUR LE CHOIX DE LA MÉTHODE.
Nous avons étudié en détail les différentes méthodes opératoires; il nous reste à définir quelle est l'époque où l'opération doit être pratiquée, quelle est la méthode à laquelle on doit accorder la préférence dans un cas donné, et s'il faut opérer un œil ou les deux yeux à la fois.
1. LA MATURITÉ DE LA CATARACTE N'EST PAS UNE CONDITION INDISl'KN -
sarle pour l'opération. — Les cataractes incomplètes peuvent être tout aussi facilement opérées (pie les cataractes mûres; mais, dans ce cas, les fibres cristalli-
MALADIES ni) CRISTALLIN.
nionnos iransparentesétant plus agglutinées entre elles cl avec la capsule, une grande partie d'entre elles restent dans l'œil et donnent lieu à des cataractes secondaires.
Pour parer à ces inconvénients, on avait généralement l'habitude de remettre l'opération jusqu'à l'époque OÙ la cataracte devient mûre.
Je ne partage pas cette opinion, et, dès que la vue est gênée, dès qu'un œil ne peut que difficilement compter les doigts à 30 centimètres, je procède à l'opération surtout lorsqu'il s'agit des cataractes demi-molles. Dans le cas où les couches antérieures sont en grande partie transparentes, je commence par faire une discisiOD préalable de la capsule, et au bout de deux semaines je fais l'extraction linéaire simple ou modifiée.
2. On ne doit opérer a la fois qu'un seul oeil. — L'extraction de la cataracte ne doit être jamais faite sur les deux yeux à la fois, d'abord à cause d'une plus grande irritation que peut éprouver le malade, et ensuite à cause du danger qu'il y aurait d'exposer le malade à perdre les deux yeux à la fois par suite des accidents qui peuvent survenir en dehors' de toute prévision, et malgré toutes les précautions. Tout au contraire, si L'opération ne réussit pas sur un œil, les accidents qui surviennent pendant ou après l'opération peuvent fournir un enseignement précieux pour l'opération de l'autre œil.
3. La cataracte monoculaire doit être opérée, bien que l'altke oeil soit sain. — Il est incontestable que le cristallin une fois enlevé dans un œil, la vision binoculaire ne peut plus avoir lieu ; pourtant les malades s'habituent vite à cet état de choses et n'en sont point gênés. D'autre part, on obtient par celte opération des avantages considérables : l'étendue du champ visuel est sensiblement agrandie, et les malades ont la démarche plus sûre.
A la suite dé l'opération, les malades voient double pendant quelque temps ; mais cette diplopie se dissipe à la longue complètement, ainsi que j'ai pu le constater chez un grand nombre de mes malades.
Comme les cataractes qui surviennent dans un seul œil sont le plus souvent molles ou demi-molles, il faudra employer l'extraction linéaire simple, même sans excision de l'iris.
U. Les cataractes congénitales des enfants doivent être opérées après l'âge de deux ans. — Il est prudent de retarder l'opération de la cataracte chez les enfauts jusqu'à l'âge de deux ans, pour éviter les inflammations do l'iris qui pourraient compromettre à jamais la vue. Chez eux, de même que chez les adultes, on n'opérera qu'un seul œil à la fois.
5. Époque de l'extraction des cataractes secondaires.— Les cataractes secondaires pourront être enlevées dès que la plaie cornéenne sera cicatrisée et que toute irritation de l'œil aura cessé. J'ai pu la pratiquer bien souvent qnaire semaines après l'extraction de la lentille, et avec un plein succès.
6. On donnera la préférence a l'incision cornéenne supérieure ou inférieure selon les cas. — Chez les personnes pusillanimes, inquiètes on fera de préférence l'incision en bas; chez les autres il y a avantage à prat.quer 1 incision cornéenne à la partie supérieure.
7 La méthode opératoire sera choisie d'après la nature ni: la cataracte et ..es complications qu'elle présente. - a. En général nous donnons la préférence à la méthode de de Graefe modifiée par Critchelt. comme la
LUXATION DU CRISTALLIN. 'lf>7
plus certaine dans ses résultais définitifs. Ainsi, tontes les fois que le cristallin est volumineux, que la cataracte est dure ou mixte, que le malade tousse, qu'il est vieux, asthmatique, etc., et que, d'après les anciennes indications, on faisait l'extraction à lambeaux, ou l'abaissement, nous pratiquons l'extraction linéaire modifiée.
b. Lorsqu'il n'y a aucune complication et que le sujet est jeune, on peut faire l'extraction à lambeaux, mais en ayant soin d'exciser l'iris.
c. Lorsque la cataracte est molle ou liquide, l'extraction linéaire simple ou avec excision de l'iris sera indiquée.
d. La cataracte molle incomplète, disséminée, etc., sera complétée par des discisions successives, et enlevée ensuite par l'extraction linéaire simple.
e. Les cataractes secondaires seront opérées par l'extraction linéaire simple, ou quelquefois par la discision avec deux aiguilles.
/: La méthode d'abaissement ne pourra être raisonnablement appliquée que dans les cas où le corps vitré est très-ramolli, liquide, que l'iris est tremblotant et que le malade est impatient, agité. C'est dans des conditions semblables que nous avons vu Desmarres père, Laugier et Richet appliquer avec succès celle méthode.
Bibliographie. — Desmarres, Opération de la cataracte et de la pupille artificielle dans un cas de microphthalmos double (Gaz. des hôpitaux, 1850 , n° U). — Guépin, Des cataractes de naissance et des ojiérations qui leur conviennent (Ann. d'oculist., t. XXX, p. 75, 1853). — Jacob, On the Opération for Cataract with the fine Necdletrough the Cornea. Dublin, 1850. — De Graefe, II» Kranke, deren eines Auge an Staar operirt ist, sehen und ùber die Fragc, où ernsetlige Cataractoperation und einseitige Pupillenbildung bei gèsundeh zweilen Ange zweckdieri/ichsei (Archiv f. Op/tth., Bd. Il, Ablh. II, S. 178, 185G). — Foucher, Leçons sur la cataracte, recueillies et publiées par Bousseau et Vaslin. Paris, 1 808, p. 2M et suiv. — Giraldès, Leçons cliniques sur les maladies chirurgicales des enfants, Paris, 1809, p. 113.
Les attaches cristalliniennes peuvent être rompues en partie ou en totalité, et le cristallin lui-même peut subir un déplacement dans un sens ou l'autre, accident auquel on a donné le nom de luxation du cristallin.
Ce déplacement peut être partiel et limité à un seul côté, le cristallin n'éprouvera dans ce cas qu'un mouvement de bascule; nous l'appellerons subluxation.
Lorsque le cristallin a quitté en totalité la place qu'il occupait pour se porter, soit dans la chambre antérieure, soit dans la chambre postérieure, soit dans le corps vitré, ou sous la conjonctive, il y aura une luxation complète.
A. Subluxation. — Syniptomatoiogie. — 1. A la suite d'un accident, d'une blessure, d'une contusion à la région orbitaire, d'une chute, etc., la vue se trouble tout d'un coup; le malade voit les objets confus comme à travers un brouillard, et il ne peut rien fixer.
2. L'œil ne présente ordinairement aucune rougeur, surtout si on l'examine quelque temps après l'accident.
3. La chambre antérieure a subi quelques modifications : elle est agrandie vers un de ses bords, tandis que l'iris du côté opposé semble être plus saillant et refoulé en avant. Cette disposition anomale s'explique par la pression exercée par le bord du cristallin resté adhérent, pendant que le côté opposé plonge en arrière dans le corps vitré, et s'écarte de l'iris dans la même proportion.
/l">8 MALADIES 1)L CRiSTALMN.
Quelquefois celte différence est peu sensible, mais alors la chambre antérieure est augmentée égaloment dans tons les sens.
U. L'iris, manquant de l'appui solide qu'il avait, devient tremblotant ; quelqueibis il change de couleur et devient plus foncé. La pupille est plus large que dans l'œil sain, souvent irrégulière, elle se contracte d'une manière incomplète.
5. Le cristallin conserve le plus souvent toute sa transparence, la capsule restant intacte, la nutrition de la lentille continue de se faire par les mêmes lois d'endosmose et d'exosmose. Quelquefois pourtant ce corps s'opacifie, et nous avons vu à la Clinique de la Faculté, dans le service du professeur Richet, un malade âgé de cinquante-deux ans, qui. depuis plus de trente ans, portait dans l'œil droit un cristallin subluxé opaque, dont le bord interne plongeait profondément dans le corps vitré.
6. En examinant l'œil malade à l'éclairage direct, à l'aide de l'ophthalmoscope, on aperçoit d'un côté le bord opaque du cristallin en forme de demi-cercle noir, sensiblement rapproché de l'axe optique. Un fait analogue s'est présenté, en 1870, dans le service de notre excellent confrère et ami, le docteur L. Labbé, à l'hôpital Saint- Antoine; la dilatation de la. pupille permettait même de voir en apparence deux papilles du nerf optique, l'une à travers le cristallin luxé, et l'autre en dehors de la lentille et à travers les seules couches du corps vitré. C'est pour la même raison que les malades atteints de celle affection se plaignent quelquefois de diplopie monoculaire.
B. Luxation complète dans la chambre postérieure. — Lorsque le ci i--
Fig. 227. — Position du cristallin (*).
tallin a perdu ses attaches habituelles, que la zonule de Zinn a cédé partout, et que la capsule postérieure s'est décollée delà cupule hyaloïdienne sans que pourtant celle dernière soil roinpue}le cristallin, n'étant plus retenu dans sa loge m (ug. H 'h
(•) k, cornée, tran.pnrento; h h, h\s limitai 1. ppiUs 91 <Mt«yan| sur 1, ^.MIU.; I. lapnpiilp; m, cupnle l.vnlMuienne ; n, b, nerf optique; r, Ifhtne .1" "">r «pH<pi< h
glisse et descend en bas vers le point g, en appuyant davantage contre l'iris. Dans ces conditions, le boni supérieur se place en face de la pupille et la divise en deux moitiés, ainsi que le représente la figure 228.
SymptQUiaioIogte. — Signes unatomiques. — La fixation complète du cristallin se reconnaît, de même que la subluxation, par l'augmentation de la chambre antêriéore, par le tremblement de l'iris, et par la dilatation et l'immobilité de la pupille. B.
A l'oplitbalmoscope, on constate un demi-cercle noir, divisant la pupille en deux moitiés, comme on le voit sur la figure 228. Ce phénomène s'observe mu tout lorsque le malade regarde en haut. A l'é- fig. 228. — Luxation clairage ophihalmoscopiquc, le fond de l'œil oppa- 1,11 cristallin (*).
raît rouge au-dessus et an-dessous de la ligne circulaire noire. Gomme la lentille A se trouve en bas, tandis que dans la partie supérieure du champ pupillaire, en G, ce corps n'existe point, la réfringence de ces deux parties de la pupille sera différente ; ronséquemment, deux images rétiniennes seront perçues, l'une au-dessus et l'autre au-dessous de cette ligne, comme on peut juger par une figure de notre atlas ophtîialmoscopique.
Signes fonctionnels. — La luxation se produit le plus souvent d'une manière subite, et les malades constatent un trouble notable de la vue : ils peuvent à peine distinguer les objets en masse; mais ce trouble n'est pas constamment le même, et, dans certaines positions de la tête, lorsque celle-ci est rejetée toul a fait en arrière ou fortement abaissée, la vision est meilleure et même tout à fail claire.
La diplopie existe aussi dans certaines positions delà tête, et suivant la position de l'objet.
Par moments, les sujets affectés voient devant leurs yeux un disque grisâtre, accompagné d'étincelles et d'éclairs. La flamme d'une bougie semble entourée d'un demi-cercle lumineux; la convexité est tournée en bas, et les deux bouts apparaissent en haut. Ge phénomène est évidemment occasionné par les rayons lumineux réfléchis par le bord du cristallin.
Tous ces symptômes peuvent cesser, lorsque le bord du cristallin n'a pas dépassé le bord supérieur de la pupille ou que cette dernière est fortement rétrécie par l'éserine.
C. Luxation dans le corps vitré. — Les signes extérieurs- sont ici les mêmes que ceux qui se rencontrent dans les formes précédentes; il se produit notamment : augmentation de la chambre antérieure, tremblement de l'iris et dilatation relative de la pupille. La vue est très-voilée, et le malade distingue à peine les gros objets. En essayant des verres convexes n° 5 pour la vision à distance et le n° 2 1/2 pour lire, on reconnaît immédiatement que le cristallin
Srldonim; n, muscle oilinire au-dessus duquel n» voit la chambre poslérlcurn en ï | p b, liiimeui' hvnloule iviiiffisgnnt lu cavité de l'œil derrière I» cristallin ; 350, membrane de l'humeur vitrée ; p, lonuie de Zinp avec «en boni postérieur nwlnio-donté ; n, canal de Petit ; a, paroi postérieure de ce canal j, chambre antérieure remplie par l'humeur aqueuse; c, terminaison de la conjonctive au niveau de la punition de l.i cornée et de la sclérotique ; sclérotique; .1, choroïde ; r, rétine.
(*) A, cristallin luxé ; H, iris avec pupille dilalée, au milieu de laquelle ou aperçoit, le rphurd opaque du eristdllin ; e, partie de la pupille on le cristallin rf'pxlsw point.
A60 MALADIES DU CRISTALLIN
n'existe point derrière la pupille, si, avec ces verres, la vue est corrigée comme chez les personnes opérées de la cataracte.
Signes ophthalmoscopiques. — Cette forme de luxation survient le plus souvent après un accident : nue contusion, une blessure reçue sur l'œil, etc. Dans ces cas, le cristallin se luxe en masse et se couche en bas du corps vitré ; mais, comme la capsule se déchire ordinairement par suite du choc, il se produit nécessairement l'opacification progressive de la lentille, et ses débris, en sortant de l'intérieur de la capsule, surnagent dans le corps vitré. On y voit en outre d'autres flocons dus a des épanchements de sang, et des exsudations (ibrineuscs.
En bas de la chambre postérieure et tout près de Vora serrata, il se montre un corps blanc, opaque, d'une forme ronde et à contours circulaires réguliers : c'est le cristallin Luxé.
Dans un cas particulier, j'ai vu la luxation se produire dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Un malade reçut la tige d'une fusée sur l'œil, le 15 août 1808, et perdit la vue. En l'examinant le 3 septembre de la même année, j'ai pu constater la projection de l'iris en avant, une luxation du cristallin en bas du corps vilré ci la trace d'une déchirure de la capsule postérieure à travers laquelle la lentille s'était échappée. Le corps vitré remplissait la capsule, qui était aussi volumineuse que le cristallin lui-même et repoussait l'iris en avant. Le malade pouvait lire avec le n° U 1/2 biconvexe les caractères du n° 3 de l'échelle typographique, et il pouvait voir très-bien au loin avec le n° 9.
L'iris est quelquefois entraîné en arrière par le cristallin luxé, ce qui tient probablement h une adhérence de celte membrane avec la capsule, ou bien à la pression exercée par le corps vitré entraîné dans la chambre antérieure et placé a cheval sur l'iris.
Diagnostic différentiel. - - Il n'est pas toujours bien facile de reconnaître la luxation du cristallin dans le corps vitré, surtout lorsque ce dernier est rempli de flocons. On voit dans ce cas un corps blanchâtre flotter en bas de l'humeur vitrée et qui peut faire penser à un décollement de la rétine ; mais si l'on examine avec soin, on ne larde pas à constater qu'il est rond, que ses bords sont bien tranchés. Le tremblement exagéré de l'iris, la présence de tous les phosphenes, et la cause traumatique de la maladie nous mettront sur la voie d'un diagnosl.c exact.
D LUXATION DANS LA CHAMBRE ANTÉRIEURE. - Le Cristallin luxé peut SC
porter dans la chambre antérieure et y rester pendant un temps plus ou moms long sans v provoquer de souffrances.
Dans cette nouvelle position, il peut conserver sa transparence et rendre le diagnostic difficile à cause du peu de différence qui existe entre sa d.aphane.te et c le de l'humeur aqueuse. Mais lorsque l'œil exécute des mouvements brusques, on ne tarde pas à apercevoir le refoulement de l'iris en arrière, son tremblotemem, et un reflet brillant vers le bord de la lentille.
Ta Z allin cataracte et qui a été abaissé dans le ceps ,i<ré bout de quelque temps dans la région pupillane et passer dans I cb rnbrc n Heure Ce fait s'observe ordinairement sur les cataractes dures, dont le noyau m
rétorïe as On voit alors dans la chambre antérieure un corps ,aunan-e transparent, simulant dans la partie déclive un bypopvon ; mars sa tomu arrondie ne laisse pas de doute pour le diagnostic.
Le cristallin luxé dans la chambre antérieure csi rarement enveloppé de sa capsule. A la longue, il diminue de volume et ne remplit qu'une partie de celte cavité. Moins le cristallin est volumineux, plus il a de facilité pour passer dans la chambre postérieure, surtout lorsque la pupille reste un peu élargie cl que le malade rejette sa tête en arrière. Desmarres père a vu des individus qui réduisaient leur lentille à volonté, en renversant fortement la tête en arrière.
Ces sortes de luxations se produisent souvent d'une manière spontanée ; dans d'autres cas, elles ont une cause traumatique, récente ou ancienne. On connaît l'histoire d'un malade qui a été présenté en 185! à la Société de chirurgie, par H. Larrey. Ce malade, fortement myope, avait fait en 1845 une chute de la hauteur d'un second étage; cinq ans plus tard, la vue de son œil gauche se troubla tout d'un coup. C'était une luxation du cristallin dans la chambre antérieure, ainsi que Larrey le constata. Un an plus tard, le cristallin est devenu opaque et l'opération d'extraction à lambeaux ayant été suivie d'une phlegmasie grave, l'œil se perdit totalement. Dix ans plus tard, le même malade a été examiné par Fano (1), qui constata dans son autre œil une luxation du cristallin dans la chambre antérieure; ce corps avait toute sa transparence, et pouvait facilement se porter d'une chambre oculaire à l'autre.
DeGraefe (2) a rapporté un cas de luxation survenue chez un garçon de neuf ans, à la suite d'un coup de fouet; le cristallin devint opaque au bout de dix mois. L'opération de la discision fut suivie d'une ulcération de la cornée et de la perle de l'œil.
Il résulte de ces fails et de plusieurs autres rapportés par les auteurs, que le cristallin luxé dans la chambre antérieure, peut y rester pendant un certain temps sans provoquer d'inflammation et sans perdre sa transparence. Mais à la longue, il s'opacifie, et, par sa pression continuelle sur l'iris, il occasionne des irido-choroïdites graves. Leur extraction n'est pas exempte non plus de danger.
Traitement. — Le plus souvent, aucun traitement n'est exigé par la luxation de la lentille dans la chambre postérieure ; mais si l'œil est enflammé, on a recours aux moyens antiphlogisliques. Ramener le cristallin de la chambre antérieure dans la postérieure et le maintenir Je plus longtemps possible dans cetle position, tel doit être le premier soin du chirurgien, et son but constant.
Pour cela, on doit d'abord dilater la pupille, laisser le malade dans la position horizontale, la tête rejetée en arrière. Sous l'influence de ces moyens, la lentille se laisse réduire, après quoi on instillera de l'éserine pour rétrécir la pupille et empêcher une nouvelle luxation. L'instillation d'éserine devra être continuée pendant un certain temps.
Si les névralgies ciliaires et l'iritis commençaient à se déclarer, il serait urgent d'arrêter sur-le-champ le progrès de la maladie, de peur de voir une ophthalraie sympathique apparaître dans l'autre œil. C'est alors qu'on aura recours à l'extraction par le procédé de de Gracfe, en ayant soin de retirer le cristallin au moyen d'un crochet.
E. Luxation sous-conjonctivale. — Pour que le cristallin puisse sortir de
(1) Fano, Traité des maladies de§, y eux, t. II. p. '230.
(2) De Gracie, Ârchiv /. Ôphthalm,, bel, l, Abth, \, S. 338.
de
462 MALADIES DU CK16TALL1N
l'œil et se loger sous la conjonctive, il faut que la sclérotique soit déchirée ou coupée. Cet accident ne peut, eu effet, se produire que dans les conditions sui- \ antes :
1. 11 faut qu'une blessure directe ou par contre coup soit produite dans la région ciliairc et non loin de la cornée.
Le plus souvent, la plaie qui livre le passage au cristallin se rencontre près du bord supérieur et interne de la cornée, l'iris fait hernie dans la plaie, et, au voisinage, on trouve une tumeur transparente sous-conjonctivale qui n'est autre que le cristallin. C'est ainsi que les choses se sont passées dans un cas dont nous MMM1 publié les détails (1).
La sclérotique se déchire souvent dans la même région par coulre-coup ; au moment où l'œil reçoit une violente contusion près de l'angle externe et se laisse aplatir, la rupture se produit du côté opposé et dans le point qui n'est pas soutenu par le squelette osseux, c'est-à-dire au voisinage de la cornée. Dans ces cas, U cornée reste le plus souvent intacte. Une seule fois Businelli a vu la rupture ' celte dernière membrane se déclarer à la suite d'un coup de bâton.
2. La direction de la rupture scléroticale est habituellement parallèle au bord de 1 la cornée.
3. Lue autre condition, c'est la déchirure des attaches naturelles du cristallin, avec oa sans déchirure de la capsule. Dans le premier cas, le cristallin luxé sous la conjonctive esl enveloppé de sa capsule et forme une tumeur ronde et régulière, Lorsque, au contraire, la capsule est restée dans l'œil, le cristallin est aplati, broyé, et forme une tumeur irrégulière sous la conjonctive.
k. Pour que le cristallin puisse passer de l'intérieur de l'œil sous la conjonctive, le choc seul, et la compression que subit cet organe pendant l'accident, suffisent pour le chasser au dehors. L'écoulement de l'humeur aqueuse et du corps vitré au moment de la rupture de la sclérotique facilite sa sortie, en entraînaut la lentille
par son courant rapide.
oiagnostic. — H n'est pas difficile de diagnostiquer cette forme de luxation ; une cause traumatique ayant amené des ecchymoses sous-conjonclivales, avec enflure des paupières, doit nous indiquer la nature de l'affection. La pupille est en outre irrégulière, l'iris est foncé et entraîné dans la plaie scléroticale, qui esl d'une forme linéaire, saillante et noire. Quelquefois, il y a du sang dans la chambre antérieure, dans la pupille ou dans l'intérieur de l'œil, comme cela avait lieu dans un cas rapporté par le docteur Pope.de Saint-Lonis (2) Au voisinage de la plaie scléroticale, on constate une saillie globuleuse du volume d un cristal!.... presque transparente, à contours bien limités, dure au loucher et recouverte par
k rSw^ il fauujouter les suivanls, qui ont été signalés p.r le docteur Tillaux : a, la paupière supérieure perd sa convexité; b, elle présente un aspect , idé et p£é; c, lecreuxUito-palpébral est moins profond que ce.u, du cote
opposé.
(1) Galezowski, Luxation du cristallin sous la conjonctive (Courrier médical, 7 j«nvîej
"S'ï^'v-. Saint-Louis), Dislocafion of */S^^^***H (Saint-Louis Med. and SurgiM Smrnai, vol. VU. 1bo6, .
Lorsque tous ces signes existent, le doute n'est plus possible. Eri effet, le développement d'un kyste sous-conjonclival après un traumatisme est difficile à admettre. Le corps vitre accumulé sous la conjonctive pourrait former aussi une saillie; mais cette saillie serait beaucoup moins régulière, et ressemblerait plutôt à un chémosis séreux qu'à la tumeur régulière (pic forme le cristallin luxé.
Pronostic — Ordinairement cet accident n'est pas dangereux tant qu'il n'existe pas d'autres altérations plus sérieuses dans l'intérieur de l'œil ; l'inflammation cède au bout de quelques jours, aussitôt que le cristallin a été enlevé.
Traitement. — Après un accident pareil, le premier soin du chirurgien est d'inciser la conjonctive près du bord inférieur de la tumeur et de retirer te cristallin. On immobilise ensuite les deux yeux au moyen d'un bandage compressif très-doux, et l'on applique des compresses d'eau glacée sur l'œil blessé. Quelques jours suffisent pour apaiser les douleurs etfaire cesser l'irritation, qui, du reste, n'est jamais très-vive.
La plaie de la sclérotique se cicatrise lentement, c'est pourquoi il est nécessaire de comprimer cet œil avec un bandage pendanl trois ou quatre semaines.
Immédiatement après l'accident, lorque l'iris est fortement hernié dans la plaie, il serait bon d'instiller dans l'œil quelques gouttes d'éserine ; la réduction serait ainsi obtenue, surtout si la compression méthodique est pratiquée pendant un temps nécessaire.
Bibliographie. — Boyer, Traite des maladies chirurgicales, t. IV, p. 6àù, 5e édit. Paris, 1847. — Ch. Pope, Dislocation of the Crys'talline Uns heneath tlie Conjunctiva, Extraction of the inner Canthus (Saint-Louis Mcd. and Sur gical Journal, vol. VIII, 1850). — Roux, Bull, de la Société de chirurgie, 20 mai 1852. — White Cooper, De là nuptm'e de la sclérotique et delà perte du cristallin (Annales d'oculist., t. XXXII, p. 167). — Graefe, Fiillc von spontànên Linsen dislocation (Archiv /'. Ophlh., Bd. II, Ablh. I, S. 250), et Bcobadïtung ciner partiellen Dislocation rte- Linse untei- die Conjunctiva durch eine^Trauma (Archiv f. Qphihalm., Bd. III, Abth. 2, S. 305). — Tillaux, Luxation sons-con/jondwalc du cristallin (Bull, de la Soc. de chirurgie, 1867). — Giorgini, Luxation frauniatique du cristallin (Giomale d'ophlhalmologia italiano, 1868). — Businelli, Luxation sous-conjoncfivale du cristallin à travers une rupture de la sclérotique (tiiorn. d' nphthalmologia italiano. 1868; et Annales d'oculist., 1869, mai-juin, p. 285). — Galezowski, Luxation du cristnllu, sous la conjonctive (Courrier médical, 7 janvier 1865, p. 5) ; et Traité d' optdhalmoscopie avec Atlas cliromolith. Paris, 1871.