MALADIES DE LA GLANDE LAOKYMAI.E
k. Dans l'espace de trois ou quatre jours, nue ou plusieurs des glandules conglomérées s'enflamment, se remplissent de pus, et font saillie à la surface conjono livale. Par la pression, ei même par une simple tentative de renversement de la paupière, on fait jaillir une certaine quantité du pus ; dans d'autres cas, les douleurs cessent spontanément, le malade s'aperçoit qu'il existe du pus entre les paupières, et dès ce moment l'œdème disparaît.
Blarche, dnrée, terminaison. — De même que son début, l'évolution de celte maladie est très-rapide; dans l'espace de cinq à six jours, l'inflammation arrive à sa résolution complète. On peut dire que la guérison est ici la règle générale.
Diagnostic différentiel. — Il serait facile de confondre celle affection avec une conjonctivite catarrhale ou leucorrhéique des jeunes filles, cl même avec une conjonctivite purulente, si le début et la marche rapide de cette maladie, de même que l'absence de toute complication du côlé de la conjonctive, ne rendaient presque impossible une erreur de diagnostic. La sensibilité exagérée à l'angle externe de l'œil et une saillie plus prononcée de ce côté, de même qu'une infiltration séreuse dans la conjonctive ou la paupière lout entière, compléteront le diagnostic.
Étiologic. — Le plus souvent la cause de la maladie est constitutionnelle, lymphatique, strumeuse ou scrofuleuse ; aussi la rencontre-t-on surtout chez les enfants. J'ai vu souvent des personnes adulies présenter un chémosis séreux tellement considérable, qu'il faisait une saillie très-prononcée entre les paupières. On élait même souvent très-embarrassé dans le diagnostic, et l'on ne savait à quelle cause attribuer le mal, qui tenait simplement à l'inflammation des glandules conglomérées. Mackenzie a observé une affection de ce genre survenue à la suile d'un coup de pierre. Le docteur Ghàlons (1) a rapporté un cas d'altération de la glande lacrymale due à la syphilis.
Traitement. — Des fomentations chaudes et des cataplasmes de mie de pain et de lail ou de fécule de riz tièdes, appliqués deux fois par jour sur l'œil pendant une heure chaque fois, amènent le plus souvent la guérison de la maladie.
Mais quelquefois le gonflement est excessivement considérable dans la paupière supérieure, et un chémosis des plus prononcés soulève toute la conjonctive bulbaire, et empêche même les paupières de se fermer. Dans ce cas, je n'hésite pas à appliquer huit à dix sangsues à la région préauriculaire, et je pratique de larges excisions sur la conjonctive boursouflée. Les fomentations suivantes sont aussi employées avec succès :
"if Glycérine 50 grammes. | Suc de belladone 15 grammes.
Chauffez et préparez le glycérolé.
Un fait analogue s'est présenté dernièrement à mon observation; j'ai dù exciser les plis de la conjonctive, laquelle, une fois infiltrée/se couvrait de croûtes comparables aux croûtes diphthéri tiques. Ce traitement, combiné avec l'application des sangsues et l'atropine, amena la guérison au bout de dix jours.
B. Dacryodénite chronique [inflammation de la portion orbitaire de la y lande lacrymale). — Par suile de l'espace limité qu'elle occupe cl de l'inHain-
(l) Châlons, Adeniiis lacrymalis sypfiilitica {Prêtas. Vereint Zeéung, 1859). u° 42.
niaiion d'une de ses portions, la glande lacrymale lend à repousser les parties voisines et l'œil lui-même en avant. 13c là résultent des désordres bien plus graves que dans la forme précédente.
Sçhmidt et Todd ont décrit deux formes de l'inflammation qui nous occupe : l'une aiguë et l'autre chronique. Contrairement à l'opinion de ces deux observateurs, je pense, avec Desmarres père, que l'inflammation aiguë de cette portion ne se produit que d'une manière tout à fait exceptionnelle, tandis (pie ['inflammation chronique de la portion orbitaire de cette glande se rencontre un peu plus souvent.
Symptomatoiogie. — 1. L'affection débute lentement par une légère tuméfaction de la paupière et un engorgement des vaisseaux conjonctivaux partant de l'angle externe. Au bout de quelque temps, le volume de la paupière s'accroît à tel point, que cet organe ne peut plus se relever facilement: il y a un véritable ptosis.
2. Tar la palpalion, on sent un corps arrondi, élastique, un peu mollasse, dépassant le rebord orbitaire à l'angle externe de l'œil. C'est la glande qui fait saillie.
3. En soulevant la paupière et en ordonnant au malade de porter son œil en dedans, on aperçoit 'a l'angle externe une légère saillie profondément placée et plus facile à sentir au loucher.
h. La conjonctive devient de pus en plus rouge, et il se produit un engorgement chronique des gros vaisseaux conjonctivaux qui se dirigent vers le muscle, droit externe.
5. L'œil, constamment larmoyant, est sensible à la lumière. La température de cet organe est élevée, ce dont on peut s'assurer au moyen d'un pelit thermomètre spécial que j'ai fait construire à cet effet.
6. Ses mouvements sont un peu gênés, et le malade éprouve une sensation de plénitude et de tension dans l'orbite. Quelquefois des douleurs sourdes circumorbitaires surviennent par crises.
7. La tumeur, augmentant successivement de volume, chasse en partie l'œil de l'orbite, et il y a un exophthalmos marqué.
8. Par moments tous ces symptômes s'aggravent, et des crises inflammatoires subaiguës se manifestent, surtout si l'inflammation se communique à la portion palpébrale. J'ai observé, chez un de mes malades, plusieurs crises de ce genre. 11 y a quelquefois un chémosis séreux.
9. Selon Todd, la composition des larmes change sensiblement : elles deviennent acres et irritantes, ce qui explique la prédisposition de l'œil à des inflammations continuelles. Heynes, Walton et Hcymann n'ont pas vu de changement dans la sécrétion.
10. Celte affection, de très-longue durée, est sujette à des inflammations subaiguës qui se dissipent; un engorgement et une hypertrophie simple de cette glande en sont ordinairement la conséquence.
Étiologie. — La cause de colle affection est le plus souvent diathésique, scrofuleuse, tuberculeuse et quelquefois syphilitique. Rarement elle est due à un refroidissement ou à la propagation du mal des parties voisines, des affections des os, par exemple. Les auteurs l'ont observée surtout chez les enfants et les jeunes personnes; je l'ai vue, avec le docteur E. Barlhez, chez un sujei âgé de quarante ans.
'M MALADIES DE LA GLANDE LACH YMALK.
iv, minai*,,,, — Le plus souvent la terminaison est fâcheuse, et après plusieurs années la glande finit par s'hyperlrophier. Quelquefois, à la suite des attaques inflammatoires subaiguSs, la suppuration se déclare; le pus se fraye un passage à travers la peau, et il survient une fistule de la glande lacrymal,- qui peut quelquefois persister. C'est une fistule lacrymale vraie, ou dacryops fistvtotœ des auteurs, qui peut aussi se produire à la suite d'un traumatisme.
Traitement. — Il doit Cire surtout dirigé contre l'étal constitutionnel scrofuleux, lymphatique ou syphilitique. C'est pour cela qu'on doit prescrire rasage des sirops antiscrofuleux, sirop de brou de noix, ou amiscorbuiique iodé, huile de foie de morue, etc. Le régime sera tonique, substantiel, nutritif, fortifiant. L'air de la campagne et le séjour au bord de la mer seront d'une grande utilité' Localement, on fera matin et soir des frictions sur le front et la tempe avec l'onguent mercuriel belladonné; on appliquera des vésicatoires volants sur le front et à la tempe, et l'on badigeonnera la région périorbitaiic avec de la teinture d'iode.
Bibliographie. — Schmidt, Die Krankheïten dès Traencn Organe. Wfèn 1 8 0 î S r>3 — Todd, Dublin Hospital Reports, 1822, vol. III, p. /,08. - David, Méditai Gazfittê 1829, vol. III, p. 523. — Velpeau, Nouveaux Élément* de médecine opératoire, Paris 1839' p. 373. — Anderson, Edinburgh monflhy Joum. of Med. Sciences, el Annules doculùtiûul 1848, t. XIX, p. 243.— Jarjavay, Gaz. des hôpit., 1854, n« 324. — Chàlons, idenitil lacrymalis syphtlitica Med. Zeitung des Vereins fin- Heilkunde in Préussen, 1859 nn '|0
ARTICLE IL TUMEURS SOLIDES DE LA GLANDE LACliï.M ALE.
Les tumeurs solides de la glande lacrymale sont de diverses espèces. Polaillon (1), après avoir réuni toutes les observations que l'on a faites sur ces tumeurs, les a classées en trois groupes : dans le premier, il a rangé des tumeurs hypertrophiques ou adénomes; dans le second, des enchondromes, el dans le troisième de véritables cancers de la glande. Celte division nous a paru la plus rationnelle, et nous l'avons adoptée pour noire étude.
A. Adénome ou Hypertrophie. — Cette affection est très-rare: on ne connaît jusqu'à présent que dix cas, dont huit se trouvent analysés dans le travail de Paillon; le neuvième a été publié par Becker (de Vienne) (2), cl le dixième fait est celui que le professeur RicUet (3) a opéré à sa clinique en 1 869.
Anai omit- pathologique. — Il est rare d'avoir l'occasion d'observer au microscope des hypertrophies de celle glande; nous n'en connaissons que deux faits : celui de Cimier, examiné au microscope par Gluge, et celui de Chassaiguac, examiné par Lebert, dont Desmarres donne la description.
Dans le premier cas, l'hypertrophie était congénitale. Cimier en fit l'extirpation, et, ens'aidant du microscope, Gluge (ïi) a trouvé que la substance de la
(1) Polaillon, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 2e série, I8C8, t. I,p. 35.
(2) Becker, Augenklinik der Wiener UniversU&t, von Tclzer, Ilv.lel u. Becker. Wien, 1867, S. 162.
(3) Richet, Cours de clinique'chirurgicale,pr6tess&h\a Clinique de la Faculté en 1869. (A) Gluge, Hypertrophie congénitale de la glande lacrymale cl de ses canauto e&ràtcvrs
(Annales d'oculist., 30 avril 1850, t. XXIII. p. 146).