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TROISIÈME PARTIE

CONJONCTIVE

Anatomie. — La surface interne des paupières est tapissée par une membrane lisse semblable à toutes les muqueuses, et qui est connue sous le nom de conjonctive.

Elle commence sur le bord libre des paupières comme un prolongement de l'enveloppe cutanée, revêt la forme d'une membrane mince, rosée, complètement transparente et adhère d'une manière très-intime au bord ciliaire. De là elle s'étend sur toute la paupière, recouvre le tarse et les glandes de Meibomius ; parvenue sur le bord orbitaire, elle double la capsule de Tenon et se porte sur le globe de l'œil, qu'elle recouvre jusqu'au pourtour de la cornée.

La conjonctive présente des particularités anatomiques qu'il importe de noter. Nous les étudierons successivement dans les diverses régions qu'elle occupe :

1° La portion ciliaire (flg. 72) a, 6, qui a son origine au niveau de l'implantation des cils, recouvre toute l'épaisseur du bord libre et contournant la crête formée par la lèvre postérieure de ce bord libre se porte sur la surface postérieure des paupières.

Fie. 72. — Conjonctive dans ses Fie. 73. — Conjonctive (**).

différentes portions (*).

Elle est mince, d'un blanc rosé, fortement adhérente aux parties sous-jacentes. Les points lacrymaux, ainsi que les orifices des glandes de Meibomius, s'ouvrent sur celte partie de la conjonctive.

2. La portion palpébralc de la conjonctive (lig. 72, 6, c) est encore plus mince et plus délicate; elle adhère intimement au cartilage tarse, au moyen d'un tissu cellulaire mince et très-peu extensible. Elle n'est pas complètement lisse, étant pourvue de petites saillies papillaires; mais, malgré sa vascularité plus ou moins grande, elle est assez transparente pour laisser voir la couleur blanchâtre du cartilage tarse, ainsi tfie les glandes de Meibomius.

3. La portion angulaire recouvre la dépression qui existe entre les points lacrymaix, l'angle interne des paupières et le globe de l'œil. Celle dépression constitua ce qu'on appelle le lac lacrymal.

( ) a, portion ciliaire île lu conjonctive; lie, portion pnlpélirulc ; cd, portion du cul -de-sne conjonctive] ; tlg et «A, porlin oculaire on seléroticole. (Quadri.) 111.1 (' ) Ajcaroncule lacrymale ; B, B, points lacrymaux.

CONJONCTIVE

Dans cet espace on remarque une petite saillie arrondie et globuleuse qui remplit le fond et la partie interne du lac lacrymal : c'est la caroncule lacrymale (fig. 73, A) sur laquelle on peut distinguer des poils excessivement lins et les orifices de quelques follicules. Après l'avoir recouvert, la conjonctive se porte sur le globe de l'œil et forme en cet endroit un repli connu sous le nom de pli se mi -lunaire. C'est le vestige de la membrane clignotante que l'on trouve cbez les animaux.

L'angle externe n'offre rien de particulier, si ce n'est qu'on y aperçoit les ouvertures des conduits de la glande lacrymale.

4. En se réfléchissant sur le globe de l'œil, la conjonctive forme des plis plus ou moins nombreux et un cul-de-sac assez profond, que l'on désigne sous le nom de cul-de-sac ou sillon occulo-palprbral. D'après Richet (»), le fond de ce sillon est éloigné du bord libre de la paupière supérieure de 22 à 25 millimètres, et de M à 13 de l'inférieure.

Ce cul-de-sac est beaucoup plus profond en haut qu'en bas. Ici la conjonctive s'unit au ligament occulo-palpébral au moyen d'un tissu cellulaire à mailles trèslarges, ce qui lui permet de se distendre et de glisser sur le globe de l'œil.

5. La po'rtion oculaire ou scléroticale de la conjonctive est mince et complètement transparente ; elle laisse voir la sclérotique et rend le globe de l'œil très-luisant. Elle adhère à la capsule de Tenon qui recouvre la sclérotique au moyen de mailles larges dans lesquelles on trouve des cellules graisseuses.

Près du bord externe et interne de la cornée, la conjonctive recouvre une petite élevure blanc jaunâtre qui n'est autre qu'un amas de tissu cellulo-graisseux plus dense que l'on appelle pinguecula et qui adhère intimement à la sclérotique.

En'se rapprochant de la cornée, la conjonctive s'amincit, adhère plus intimement à la sclérotique et empiète légèrement sur la cornée dans une étendue de 2 à 3 millimètres, la couche épitbéliale seule se prolonge sur le reste de la cornée.

Structure — La surface de la conjonctive est tapissée par des couches plus ou moins épaisses de cellules épithéliales. Selon Krause, ces cellules sont cylindriques sur la portion palpébralc, et elles se transforment successivement sur la sclérotique en

épithélium pavimenteux, épais de 0.0 6 millimètres.

Le tissu propre de la coujonctive, analogue au derme de la peau, est constitué par le tissu lamineux qui forme sur la portion palpébrale et dans le cul-de-sac des saillies en forme de papilles, ce qui a permis à Krause d'appeler ce tissu corps papillaire. Ce corps papillaire s'amincit Irès-sensiblemenl sur la sclérotique, et, d'après Kolliker, il fait complètement défaut au delà du cul-de-sac. A peine visibles au voisinage des cils, les papilles deviennent plus saillantes au niveau du cartilage tarse (fig. 74); leur relief est moins prononcé au niveau du cul-de-sac conjonclival, mais leur base est plus large. Chacune des papilles est composée de tissu cellulaire, dans lequel s'incurvent de petites anses vascnlaires.

Artères. — Les vaisseaux artériels de la conjonctive i roviennent des branches musculaires lacrymales, ainsi que d'autres branches terminales de l'artère opliihalmique. Elles communiquent avec les artères palpébrales et la temporale superficielle. Les artères de la conjonctive bulbaire ont de* anastomoses avec les ciliaires antérieures.

Les veines de la conjonctive se rendent dans les vej»es

ophlbalmiques, faciales, temporales, etc. i u ,un* laeon-

VaissecL lymphatiques. - L'existence des vaisseaux lymphatiques dan jonctive est contestée par plusieurs anatomistes. Mais les recherches de Brufl \ h

(1) Richet, Traité dïanat. médico-chir., p. 357.

(2) Bruch, Zeitschrift fiir wissenschaftt. Zoologie, 18o3, t. \, p.

Fig. 74. — Papilles de la conjonctive.

CONJONCTIVE

Krauso, Brescliel, elc, onl démontré que ces vaisseaux s'y rencontrent en grande quantité ; près de la cornée ils forment des arcs très-peu recourbés, que Teichmann appelait cercle lymphatique.Yers les angles externe et interne de l'œil les lymphatiques gagnent la face et se rendent dans les ganglions sous-maxillaires.

Nerfs. — Les nerfs proviennent des rameaux nasal, frontal et lacrymal de la branche ophlhalmique de Willis. Papenheim a trouvé quelques rameaux nerveux ciliaires se rendant directement de la sclérotique à la conjonctive. Krause (1 ) a reconnu, en outre, des corpuscules claviformes, dans l'intérieur desquels viennent se terminer des fibres nerveuses. Ils sont placés immédiatement au-dessous de la couche épilhéliale et sont beaucoup plus nombreux dans la conjonctive palpébrale que dans celle du bulbe de l'œil, ce qui explique la grande sensibilité de sa portion palpébrale. Les fibres du grand sympathique exercent aussi leur influence sur la circulation de la conjonctive. Claude Bernard a démontré qu'en coupant la portion céphalique du grand sympathique il provoquait immédiatement une rougeur excessive de cette membrane.

Glandes. — La conjonctive palpébrale contient dans son épaisseur deux sortes de glandes : les glandes en grappes et les follicules clos.

Les glandes en grappes, ou glandes en acinus, occupent les deux culs-de-sac conjonctivaux ; elles sont plus nombreuses en haut qu'en bas, et s'étendent d'un ano-le à l'autre. Les aeini, plus ou moins nombreux, se groupent autour d'un canal commun qui s'ouvre dans le cul-de-sac. Sappey les a décrites sous le nom de glandes sous-conjonctivales (fig. 75).

FiG. 75. — Glanges muqueuses ou sousconjonctivales des paupières (*).

Fig . 76.

Glandes de Meibomius.

Les glandes folliculaires se trouvent surtout dans la moitié interne du cul-de-sac (voy. fig. 81). Elles sont constituées par une enveloppe celluleuse vasculaire, se prolongeant dans l'intérieur de la glande pour y constituer des cloisons. Ces follicules contiennent un liquide et n'ont point de canaux excréteurs.

Glandes de Meibomius. — Dans l'épaisseur du tarse, et au-dessous de la conjonctive, on trouve les glandes de Meibomius, qui sont au nombre de 30 à 40 pour la paupière supérieure, et de 20 à 30 pour la paupière inférieure (fig. 76).

En renversant la paupière saine, on les aperçoit sous forme de stries blanches, parallèles entre elles et perpendiculaires au bord libre. D'après Sappey, ce sont des glandes sébacée débouchant dans des canaux excréteurs communs (fig. 77), qui

(1) Krause, Die terminukn Korperchen der einfach scnsiblen Nerven . Hanovre, 1860.

(*) i, 1, corps de deu*glandes Boua-conjonotirales, ilont l'une est simple et l'autre bilobée; 2, 2, conduits excréteurs de ces glande»; 3, 3, embouchures de ceux-ci (SaBpejr),

158 MODE D'BXPLOBATTON !>K U CONJONCTIVE.

s'ouvrent par des ouvertures isolées entre les deux crêtes du bord libre des paupières. Marc Sée et Ed. Gruveilhier n'ont jamais vu plus d'une rangée de ces ouvertures sur le bord libre.

Fia. 77. — Glandes de Meibomius (*).

Physiologie. — Le rôle de la conjonctive est aisé à comprendre ; elle facilite les mouvements des paupières et la lubréfaclion de l'œil. D'un autre côté les nombreuses glandes qui se trouvent dans la conjonctive sécrètent des liquides de différente nature, et entretiennent l'humidité nécessaire à l'œil.

D'après Krause, les glandes acini sécrètent un liquide analogue aux larmes. Si cela est exact, il faut admettre que d'autres glandes fournissent une certaine quantité de sécrétion graisseuse au globe de l'œil , puisque en examinant la cornée à l'aide d'une loupe et à l'éclairage oblique, on constate facilement que sa surface est couverte d'une couche huileuse, sur laquelle on voit se répandre les larmes. D'où provient ce liquide graisseux ? C'est une question qui est encore à résoudre ; mais il ne me semble pas douteux que ce liquide huileux est sécrété par les glandes acini.

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