OPHTHALMIE PURULENTE DES ADULTES ET OPHTHALMIE DES ARMÉES
L'ophlhalmie purulente des adultes est une affection des plus graves; elle est caractérisée par une suppuration abondante et une inflammation phlegmoneuse des paupières. Commune dans les pays chauds, en Égypte, dans l'Inde, en Algérie, où elle lègue d'une manière endémique, elle est très-rare, au contraire, en Europe, comme affection spontanée, surtout depuis la disparition des épidémies qui ont régné pendant quelque temps en Belgique et dans les diverses armées.
Celte affection est beaucoup plus grave que les autres ophthalmiês, et elle n'a rien de commun avec les conjonctivites catarrhales aiguës. On aurait donc tort de la considérer comme un degré plus avancé ou une aggravation de la conjonctivite catarr haie aiguë, ainsi que l'ont fait quelques auteurs. Hairion (1) a démontré par un tableau comparatif des caractères. différentiels de l'ophthalmie catarrhale et de l'ophthalmie militaire, combien diffèrent ces deux maladies.
Symptomatologie. — Les malades ressentent d'abord une vive démangeaison sur les bords des paupières ; vers le soir, les yeux semblent remplis de poussière et de sable ; il se manifeste en outre une sensation de chaleur et de picotement à la face interne des paupières. Le malin les cils sont collés, les yeux rouges et sensibles à la lumière. En renversant les paupières, on voit que les conjonctives sont baignées par un liquide clair, légèrement jaunâtre.
Dès les premiers jours, les paupières sont fortement gonflées et forment comme des bourrelets œdémateux, qui ne se voient point au début de la conjonctivite
(1) Hairion, Discours sur l'ophthalmie des armées. Bruxelles, 1864, p. 16.
catarrhale. La conjonctive palpébrale esl ronge jaunâtre avec de petites saillies disséminées.
Au bout de trois ou quatre jours, la rougeur s'accuse davantage; les conjonctives deviennent épaisses, boursouflées ; les papilles se gonflent d'une manière très-notable et des plis épais se forment dans le cul-de-sac conjonctive! La rougeur ne tarde pas à se communiquer à la conjonctive bulbaire ; alors le danger est considérable, imminent: l'œil lui-même est compromis.
Dans une inflammation aussi prononcée, les glandes de Meïbomius, ainsi que toutes les autres glandes conjonctivales, cessent de sécréter leur produit normal ; l'épithélium conjonctival se détruit ou se détache sur une grande surface, et il y a alors la sensation de graviers dans les yeux; mais, à mesure que l'inflammation de la muqueuse s'accroît, la sécrétion augmente. C'est une sorte de liquide blanc jauniltre ou verdàtre, visqueux, qui devient de plus en plus opaque. Dans la journée où l'on ne le laisse pas séjourner longtemps entre les paupières, il est un peu louche, d'une teinte légèrement jaune cilrin ; on le voit de temps en temps par gouttes couler sur la joue. La nuit, au contraire, ce liquide s'épaissit; il est verdàtre, gluant et colle fortement les paupières. C'est une véritable sécrétion purulente.
Les paupières sont extrêmement tuméfiées, épaissies par une infiltration séreuse ; la paupière supérieure augmente d'épaisseur et elle s'allonge en même temps, elle descend sur la paupière inférieure au point de rendre leur écartement
Fig. 87. — Opthalmie purulente des adultes.
presque impossible. Les yeux semblent excessivement volumineux, et leur aspect esl identique avec celui qu'on observe dans le phlegmon des paupières (voy.Ia figure 87).
En examinant attentivement l'état de la conjonctive palpébrale, on apercevra facilement que sa surface est couverte d'aspérités pinson moins prononcées. Dans certaines formes d'ophthalmies sporadiques, provenant de l'inoculation du pus de