CHA.P. V. — PALPATION DE QUELQUES RÉGIONS EXTÉRIEURES DU CORPS
Chacune des régions du corps, oll'rant une conformation propre, nécessite des procédés de palpalion spéciaux, et il serait oiseux de formuler des règles Icà où suffit l'inslinct du pralicieu exercé. Signalons pourtant quelques applications qui n'ont pu trouver place dans le cours de cette étude.
A. Mamelles. — La palpation du sein chez la femme exige des précautions parliculiéres et une certaine éducation des doigis : la consistance inégale et variable de la glande est en effet la cause de fréquentes erreurs, et souvent les personnes inexpérimentées prennent pour une tumeur un
lobule glandulaire un peu gros el un peu dur.
La malade sera placée dans le décubitas doi'sal, pour que le sein, au lieu d'occuper une posiLion déclive, repose par sa base sur la paroi tboracique. Se servant alors de celLe paroi comme de point d'appui, le médecin explore les différents lobes de la glande; il déprime les tissus avec l'extrémité des doigts par de petites succussions brusques, et apprécie sans peine et sûrement les variations de volume et de consistance. Lorsqu'il a cru ti'ouver un point d'induration anomale, il le fait rouler entre ses doigts pour en mesurer le volume ; au moyen d'un pli de la peau à la surface, il recberclie les adbérences, et en même temps il s'assure de l'intégrité du mamelon. S'agit-il d'une collection purulente, il aura soin, pour manifester la fluctuation, de l'aire fixer d'abord la mamelle par la main d'un aide, afin de ne pas être trompé par la fausse sensation que donne la mobilité extrême de l'organe. Il devra compléter son examen par la palpation de la région uxillaire, dont les ganglions lympbalii jues son! engorg'^s dans presque toutes les maladies de la mamelle.
B. TesUcules. — Pour explorer les glandes séminales, on commence par soulever les bourses en masse avec la main droite, afin dé juger approximativement de leur volume et de leur poids. Pi'enanl ensuite la peau du scrotum entre le pouce et l'index, on la l'ait glisser sous les doigts, de manière à l'isoler dos enveloppes profondes, à en apprécier l'épaisseur, la consistance, et à reconnaître le calibre des vaisseaux qui la parcourent. Puis on pince la racine des bourses entre le pouce et les autres doigis, de manière à faire saillir les testicules revêtus de leur séreuse : quand la cavité vaginale
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■renferme un épaiachement liquide, une hydrocélc, on le reconnaîL aisément à la foi'me régulière, à l'élasticité, au volume de la tumeur; lo diagnostic devient certain quand on arrive à en consLaler la transparence. Les épanchements mixles et ceux qui sont accompagnés d'épaississemenls et d'induration de la séreuse, comme cela a lieu dans VlnJmatocélc, sont plus difficiles à reconnaître, et on les confond parfois avec de véritables tumeurs du testicule.
Quand on a reconnu l'état des enveloppes, il faul explorer la glande séminale elle-même : pour cela, on commence par isoler les deux bourses l'une de l'autre en saisissant le scrotum entre deux doigts au niveau du raphé; on évite ainsi toute confusion entre le testicule di'oit et le testicule gauche. Cette précaulion prise, on n'a pas de peine à découvi'ir de chaque côté un corps arrondi ou plutôt ovo'ide, surmonté, en arrière et en haut, d'un autre corps allongé qui le coiffe à la manière d'un casque; ce dernier n'est autre que l'épididyme, siège ordinaire de la plupart des maladies de la glande séminale, et dont les déformations masquent parfois entièrement le corps de l'organe. Lorsqu'on exerce une pression un peu plus forte au niveau du testicule proprement dil, on détermine une douleur profonde, contusive, toute particulière, que le malade sait fort bien signaler; cette douleur, qui persiste à moins que l'organe ne soit entièrement dégénéré, sert dans les cas pathologiques à faire reconnaître la situation exacte de la glande séminale. Le testicule étant ainsi reconnu et maintenu immobile, on palpe successivement de bas en haut loute la longueur de l'épididyme, en le pressant enlre le pouce et l'index, de façon à s'assurer qu'il n'existe dans
son épaisseur ni incliirations ni noyaux ; on soulève un peu la peau afin de rechercher les tractus fibreux, indice ordinaire d'une ancienne fistule.
On Lerniine par l'examen du cordon, c|ue l'on suit depuis son origine épididymaire jusqu'au canal inguinal. En faisant glisser la pulpe des doigts l'une sur l'autre, on dissocie aisément les éléments delà tige funiculaire : au milieu on sent le canal déférent sous la forme d'un cordon plein, arrondi, plus ou moins volumineux, légèrement sensible à la pression ; en avant et en arrière sont les deux paquets veineux qui, parfois énormément dilatés en cas de varicocéle, olfrent alors au palper la sensation tout à fait caractéristique d'un intestin de poulet. Quelquefois une hernie ou toute autre tumeur envahit et déforme la région du cordon : l'examen se complète alors par l'exploration de l'anneau inguinal.
C. jUmeaux herniaires. — Les orifices naturels ou accidentels qui livrent passage aux viscères hernies offrent en général un contour net et tranchant qui les rend facilement reconnaissables an toucher; d'autre part, les organes élastiques ont la propriété de transmettre, presque aussi nettement que le ferait un liquide, les ébranlements communiqués à la masse intestinale avec laquelle ils sont en rappoi t : il en résulte que la palpalion fournit au diagnostic des hernies des signes presque pathognomoniques.
La méthode à employer ne varie guère, au moins dans SCS règles essentielles. S'agit-il d'une poinle de h ernie inguinale , on place le pouce sur le cordon l'ongle en haut, et on le porte doucement en haut et en dehors vers l'orifice inguinal; en coillant le doigt par la peau du scrotum, on arrive ainsi directement sur l'anneau dont on sent nettement le
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contour rif^ide et dans lequel on fait pénétrer la pulpe du pouce. On commande alois au malade de tousser, et à chaque secousse de toux on perçoit une impulsion transmise au doi^^^t parle cul-desac péritonéal brusquement tendu. La hernie estelle plus considérable, a-t-on aiïaireà une véritable bubonocèle, on commence par la presser entre les doigts, de manière à repousser les viscères herniés dans la direction de l'orifice inguinal, et d'ordinaire on voit la tumeur se réduire, dispaiailre avec un gargouillement caractéi'istique. Si la réduction est empêchée par des adhérences ou par toute autre cause, il suffit d'appliquer trois doigts sur la hernie et de faire tousser le malade, pour obtenir une sensation d'expansion qui ne laisse aucun doute sur la nature de la tumeur.
Pour explorer l'anneau crural, on procède à peu près de la même manièi e ; seulement la pointe de hernie, dissimulée par le l'ascia cribriformis, est beaucoup plus difficilement appréciable; elle se devine plutôt qu'elle ne se perçoit, à la sensibilité particulière dont la région est le siège; en revanche, quand lanse intestinale déplacée dilatant un des orifices du fascia est venue faire saillie à la partie interne du triangle de Scarpa, les doigts appliqués à la surface de la tumeur et pressant dans la direction d'avant en arrièi'e perçoivent aisément, et le gargouillement qui accompagne la réduction de la hernie, et l'impulsion communiquée par les secousses de loux.
La hernie ombilicale, très apparente à tous les degrés de son développement, se recoinialt par la simple apposition des doigts, sans qu'il soit nécessaire d'employer aucun procédé spécial. Quant aux autres espèces de hernie, qui ne .se rencontrent
d'ailleurs que très rarement, il est impossible d'en assujellir l'examen à des règles précises. C'est à l'observateur de tirer le meilleur parti des ressources que lui fournit, pour chaque cas particulier, l'investigation physique.