CANCER DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
Nous n'avons que peu de choses à dire sur cette maladie rare et fort peu observée jusqu'à ce jour, et sur laquelle nous manquons à peu près complètement d'expérience personnelle. Le court exposé que nous allons communiquer sera tiré des deux auteurs qui se sont occupés spécialement des maladies de la moelle épinière , Abercrombie et Ollivier (d'Angers). Nous avons pu ainsi réunir 7 observations qui, à part celles de l'auteur anglais , appartiennent encore , en majeure partie , à des auteurs divers , à Wolf , Collin , Hardy, Serres et Guersant fils. La plupart de ces observations sont en outre rapportées avec trop peu de détails pour permettre de tracer l'histoire complète de cette maladie.
§ Ier. Anatomie pathologique.
Les tumeurs cancéreuses de la moelle épinière et de ses enveloppes sont ordinairement de nature encéphaloïde , constituées par un tissu mou , d'un jaune rosé, assez vasculaire , infiltré d'un suc lactescent abondant. Le cancer dur et squirrheux ne s'y trouve qu'exceptionnellement.
Quant au siège, aucune portion du rachis et de son contenu n'en est exempte. C'est ainsi que nous avons déjà vu , en parlant du cancer du système osseux , que la substance des vertèbres pouvait devenir le siège de dépôts cancéreux. Parmi les observations que nous avons sous les yeux , nous trouvons une fois pour point de départ de la tumeur carcinomateuse le tissu cellulaire qui entoure extérieurement la dure-mère. Le siège le plus fréquent paraît être dans les méninges. C'est ainsi qu'un de ces cancers méningiens avait acquis une telle étendue , que tout en laissant à peu près intacte la moelle épinière à laquelle il n'adhérait qu'à la superficie, il avait, d'un autre côté, fait disparaître les apophyses épineuses des vertèbres dorsales depuis la deuxième jusqu'à la huitième, et, en outre, les apophyses transverses correspondantes étaient plus ou moins profondément cariées. Dans un autre cas , le cancer avait pris son ori-
gine entre les feuillets de l'arachnoïde spinale ; la moelle était ramollie dans toute son épaisseur au niveau de la deuxième vertèbre dorsale. On voyait de plus, le long du cervelet, des deux côtés, des plaques blanchâtres; mais comme l'individu présentait en même temps des tubercules pulmonaires et de la suppuration dans plusieurs articulations , nous sommes à nous demander si ces deux plaques du cervelet n'étaient pas tuberculeuses. Dans un autre cas , une tumeur existait également entre les feuillets de l'arachnoïde, qui siégeait au niveau de la deuxième vertèbre dorsale , à la partie gauche et postérieure de la moelle ; sa forme était olivaire, et elle ne tenait que par quelques filaments au feuillet interne de l'arachnoïde, dans la cavité de laquelle elle était presque libre ; la portion de la moelle qui correspondait à la tumeur était réduite au tiers de son volume , et ramollie au-dessus ainsi qu'au-dessous. Dans un autre cas, un fongus hématode existait à la partie interne de la dure-mère, sur la partie antérieure et latérale , près du grand trou occipital. L'apophyse odontoïde était cariée et en partie détruite. Nous avons enfin 2 cas de ces 7 observations dans lesquels le siège de la maladie était dans la substance de la moelle elle-même. Dans l'un, qui appartient à Abercrombie , on trouve à l'autopsie une masse fongueuse analogue à la substance médullaire du cerveau qui prenait naissance de la moelle épinière, s'étendait de la troisième vertèbre lombaire jusqu'au coccyx; plusieurs vertèbres lombaires et dorsales étaient altérées par la carie. Dans un dernier cas enfin , qui appartient à M. Guersant fils, on trouve des masses encéphaloïdes dans la partie postérieure et inférieure du cervelet; elles descendaient dans le rachis en comprimant la moelle en haut et en arrière, de manière que les corps restiformcs et olivaires étaient eux-mêmes altérés et comme transformés en matière cérébriforme. L'origine de la maladie, dans ce fait, pourrait plutôt être rapportée à la base du cerveau. Nous n'avons , du reste , pas cité tous les exemples que nous trouvons dans divers auteurs. Mais nous croyons avoir suffisamment prouvé que ces tumeurs cancéreuses , ordinairement encéphaloïdes , pouvaient tirer leur origine du tissu cellulaire extra-méningien , des méninges et de la substance de la moelle ; cela n'a rien d'étonnant , car on sait que le cancer peut naître partout où il y a du tissu cellulaire , et l'existence de celui qui cloisonne la substance de la moelle n'est pas douteux pour les anatomistes modernes.