‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancer [electronic resource]Chapitre 101 sur 116 · CANCER DE LA MOELLE ÉPI NI ÈRE · texte numérisé non relu

CANCER DE LA MOELLE ÉPI NI ÈRE

§ II. Pathologie.

Le début du cancer de la moelle épinière et de ses enveloppes ne diffère en rien de celui des maladies chroniques de cet organe en général. Des douleurs très variables pour leur intensité , leur siège et leur durée, se montrent en premier lieu dans les membres inférieurs ou dans les membres supérieurs si le siège de la maladie est dans le voisinage des vertèbres cervicales. Parmi les douleurs qui sont ainsi l'irradiation de l'affection principale, onobservecellesquise font sentir dans le bassin, dans l'abdomen, dans la poitrine, dans le cou, selon que la portion atteinte de la moelle est plus ou moins haut placée. A ces douleurs , qui appartiennent plutôt aux terminaisons des nerfs , viennent bientôt se joindre des sensations douloureuses dans la partie centrale occupée par le cancer naissant. Ces douleurs peuvent même de bonne heure atteindre un certain degré d'intensité. Lorsque leur siège est près de la tête, on observe en outre, au début, de la roideur du cou , et quelquefois un renversement de la tête en arrière. Tous ces signes, auxquels de bonne heure viennent se joindre des troubles de la motilité, n'ont rien de pathognomonique, et ce n'est que lorsque le mal a pris une certaine extension , que l'on peut être mis sur la voie de préciser sa véritable nature. Ici nous insistons , avant tout , sur les signes physiques. En explorant avec soin toute la région spinale , on trouvera bientôt une portion plus douloureuse à la pression que tout le reste , et celle-ci correspond alors ordinairement au siège précis du cancer. Bientôt une tuméfaction diffuse se manifeste, et l'on perçoit , entre les interstices des apophyses vertébrales, un tissu mou et fluctuant qui tend à se faire jour au dehors , et qui , à mesure que le cancer s'accroît, altère de plus en plus les parties molles et osseuses qui opposent de la résistance à son développement. Si , dans la première période , quelques doutes ont pu exister sur l'existence d'une myélite ou d'une carie vertébrale, le doute disparaît dès que la tumeur fait saillie sous les téguments. Ceux-ci sont d'abord sillonnés de veines dilatées ; ensuite ils adhèrent à la surface du produit accidentel, puis ils s'injectent, et peuvent même devenir le siège d'une ulcération superficielle. C'est alors que le champignon cancéreux pullule et donne lieu habituellement à une suppuration sanieuse,et fréquemment à des hémorrhagies. Si l'usure des parois osseuses du rachis rapproche le cancer des méninges spinales des tumeurs perforantes des méninges cérébrales, la tendance à l'ulcération au contraire constitue une différence incontestable.

A ces signes locaux et exclusivement physiques viennent se joindre des troubles fonctionnels, qui ont surtout leur siège dans la sensibilité et la motilité. Des douleurs de plus en plus vives et constantes ont lieu sur le point malade, et s'irradient dans les membres dont les nerfs correspondent à la portion malade de la moelle. La plupart du temps ce sont les membres inférieurs. Ces douleurs ne sont pas constantes ; elles surviennent souvent par accès ; la marche et les mouvements les augmentent; on les observe aussi bien dans les membres déjà paralysés que dans ceux qui jouissent de leurs facultés motrices. Ce n'est qu'à une époque plus rapprochée de la fin, et même exceptionnellement, que cette disposition aux douleurs fait place à une insensibilité complète.

Quant aux troubles de la motilité, l'affaiblissement allant jusqu'à la paralysie est le symptôme le plus constant. La paralysie des membres inférieurs, la paraplégie, est plus fréquente que celle des bras. Les deux membres se paralysent tantôt à la fois , tantôt successivement. Nous savons que l'abolition des mouvements n'empêche pas les douleurs plus ou moins vives de s'y manifester ; en outre , on observe quelquefois des convulsions dans les extrémités affaiblies, et parfois la roideur, une flexion forcée, de la contracture et même l'atrophie. Lorsque le siège de la maladie est très haut, on peut constater, en outre, l'impossibilité de mouvoir la tête ; la paralysie des muscles de la nuque est accompagnée, dans ces cas, de douleurs occipitales. La déglutition est difficile en pareil cas, et s'accompagne d'un retentissement du mal sur les fonctions du nerf pneumo-gastrique qui se traduit par de l'enrouement et de la dyspnée.

A une période avancée de la maladie , la paralysie s'étend à la vessie et au rectum . Il y a d'abord constipation et difficulté d'uriner, et ensuite émission involontaire des matières fécales et des urines.

L'état général devient de plus en plus mauvais, et un dépérissement de plus en plus complet va quelquefois jusqu'aux dernières limites du marasme, auquel viennent se joindre toutes les souffrances du décubitus.

Nous n'avons point de données précises sur la durée de la maladie. Il nous a paru possible de la déterminer dans deux observations seulement. Elle a été une fois de deux ans et demi et une fois de six mois. Parmi les causes présumées, nous trouvons plusieurs fois notée une chute sur le dos. On sait à quoi s'en tenir sur la valeur de cette cause dans la plupart des observations ; car si , d'un côté , il ne répugne pas à l'esprit d'admettre qu'une chute puisse, chez un indi-

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