ALTÉRATIONS .NON Ç ANCÉRËUSES CHEZ LES CANCÉREUX
cancéreux l'état le plus varie du tissu pulmonaire : son altération est presque nulle lorsqu'on a affaire à un semis cancéreux secondaire; mais lorsque les tumeurs sont essentielles, on peut y trouver des altérations phlegmasiques, hémorrhagiques, gangreneuses, des oblitérations vasculaires , la dilatation ou la disparition des ramifications bronchiques.
Un des caractères les plus fréquents du cancer est de faire contracter à l'organe qui en est primitivement atteint des adhérences avec les parties ambiantes , adhérences au moyen desquelles la propagation du cancer est singulièrement facilitée. C'est ainsi que les organes abdominaux et ceux du petit bassin entraînent les organes même placés aune certaine distance dans la propagation irradiante par l'intermédiaire du péritoine. La glande mammaire cancéreuse, en infiltrant le sternum, auquel elle finit par adhérer, est souvent ainsi en connexion directe avec les tumeurs cancéreuses du médiastin, après que le tissu cellulaire et les muscles pectoraux sont devenus de plus en plus adhérents à la glande malade, et c'est de proche en proche que l'infiltration cancéreuse a gagné le sternum , pour former ainsi des tumeurs irradiantes à sa face postérieure. C'est au moyen de ces adhérences que le cancer de l'estomac se propage au foie et aux épiploons, que le cancer du foie peut atteindre le rein ou la rate , que le diaphragme devient secondairement cancéreux par l'affection primitive de plusieurs organes abdominaux ; que les communications les plus anormales s'établissent, comme celles que nous avons vues, entre l'estomac et le côlon, entre l'œsophage et la trachée-artère , entre le rectum et la vessie. Ces adhérences , qui jouent un rôle si important dans l'extension du cancer, sont à la fois la cause et l'effet de la substitution progressive : la cause , en ce sens qu'elles rapprochent les parties distantes ; l'effet , par le travail de phlegmasie adhésive auquel elles doivent leur origine, et qui lui-même a été provoqué par la compression et l'état d'hypérémie dans lequel un tissu accidentel diffus et toujours croissant entretient nécessairement les parties qui l'entourent.
Parmi les altérations non cancéreuses plus éloignées , nous citerons les affections subinflammatoires des diverses portions du tube digestif, de l'estomac, de l'intestin grêle et des gros intestins ; et nous constaterons de nouveau le fait, que toute altération profonde de la nutrition réagit sur la circulation générale dans les parties même les plus éloignées du siège primitif de la maladie. Nous sommes de plus en plus frappé de la fréquence de ces inflammations
secondaires qui accompagnent le dépérissement. Les organes di gestifs en subissent une atteinte plus lente et hâtent d'une manière moins prononcée la fin du malade ; la phlegmasie pulmonaire, au contraire , tout en arrivant plus tardivement , entraîne bien plus vite la mort du malade. Quant à la stomatite et à la pharyngite pultacée, ainsi qu'à la phlébite adhésive, si tant est que ce soit une phlébite et non une simple conséquence de la coagulation du sang et de l'oblitération, elles tiennent également à la même cause générale, mais elles ont bien moins d'importance par rapport à la marche de la maladie. Nous avons vu que les épanchements séreux ou phlegmasiques n'étaient pas rares dans le voisinage des organes cancéreux ; mais en outre il existe une prédisposition générale aux épanchements séreux dans les grandes cavités. Nous passons rapidement sur toutes ces altérations pour ne pas tomber dans des répétitions inutiles , vu que nous serons complet sur tous ces points dans la partie spéciale de cet ouvrage. Nous mentionnerons enfin la fréquence des tumeurs fibreuses de l'utérus dans les autopsies de femmes qui ont succombé aux localisations les plus diverses du cancer.
Il nous reste un dernier point sur lequel nous devons nous étendre un peu plus longuement : c'est la coexistence des tubercules pulmonaires et du cancer.
C'est dans l'école de Vienne qu'on a le plus insisté sur cette espèce de loi d'exclusion entre diverses maladies , et qu'on a surtout formulé l'incompatibilité entre le tubercule et le cancer, incompatibilité signalée, du reste, déjà par Bayle. D'un côté, on se fondait sur l'observation directe ; d'un autre côté , on y appliquait la théorie des crases en vertu de laquelle les maladies appartenaient à des constitutions diverses du sang, selon que la partie aqueuse, l'albumine ou la fibrine y dominaient , division arbitraire , du reste , et dans laquelle l'examen à l'œil nu avait seul fixé les termes de comparaison. D'après cette théorie qui a fait un certain bruit pendant plusieurs années en Allemagne, et qui est abandonnée aujourd'hui, on avait placé le tubercule dans la crase fibrineuse et le cancer dans la crase albumineuse, et comme ces deux crases ne devaient pas se rencontrer ensemble chez le même malade, les maladies qui en découlaient devaient s'exclure. Nous ne pouvons accepter ni le fait d'observation ni l'explication , et nous ne réfuterons pas la théorie des crases, car nous n'avons pas l'habitude de combattre des ombres , qui n'ont pas même la chance d'être un jour des revenants. Quant à l'observation, la nôtre est contraire à cette loi d'exclusion.