‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancer [electronic resource]Chapitre 28 sur 116 · ALTÉRATIONS NON CANCÉREUSES CHEZ LES CANCÉREUX · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS NON CANCÉREUSES CHEZ LES CANCÉREUX

Nous abandonnons volontiers la coexistence du tubercule avec le cancer dans la même tumeur, et nous avons même longuement exposé les caractères du tissu que nous appelons phymatoïde, et qui, ressemblant au tubercule, n'est cependant qu'une infiltration granuleuse ou graisseuse, avec ou sans mélange fibrineux, offrant parfois un certain degré de dessèchement, mais étant toujours et primitivement de nature cancéreuse, et il est certain que le cancer ne peut pas devenir tubercule en se détériorant. Nous avons eu soin, dans toutes nos recherches , de distinguer le tubercule ancien , crétacé , desséché pour ainsi dire, de l'affection tuberculeuse récente, se manifestant par des granulations grises ou jaunes, par du tubercule infiltré, cru ou ramolli, par des cavernes de date récente. Nous ne faisons nullement entrer en ligne de compte les tubercules anciens, car on sait aujourd'hui qu'on en trouve des traces dans toute espèce d'autopsie. Mais quant aux tubercules récents, nous n'allons évidemment pas trop loin, en disant qu'on en rencontre assez souvent dans les affections cancéreuses, pour que nous ne puissions pas admettre cette incompatibilité. En voici quelques exemples : sur 45 autopsies de cancer utérin, nous avons trouvé 13 fois des tubercules en général, dont 5 fois des tubercules évidemment anciens et guéris , 5 fois des tubercules de peu d'étendue et n'ayant pas les caractères certains de la date récente, mais 3 fois des tubercules récents d'une manière nullement douteuse. Sur 34 autopsies de cancer de sein , nous avons trouvé 2 fois des tubercules récents. Sur 9 autopsies de cancer de l'œsophage, nous avons vu 2 cas de tubercules tout à fait récents. Sur 57 cas de cancer de l'estomac, nous avons trouvé 5 fois les tubercules anciens et 5 fois les tubercules évidemment récents. Sur 13 autopsies de cancer des os, nous avons encore eu 2 cas de tubercules anciens et 2 cas de tubercules évidemment récents. Nous voyons donc ici la fréquence osciller entre un cinquième et un dix-septième, et nous arrivons à la somme totale de 15 cas de tubercules sur 173 autopsies, ce qui fait 8,16 pour 100, en éliminant les tubercules anciens. Mais en faisant encore une concession, en regardant cette fréquence plus grande comme dépendant de circonstances accidentelles, comme due à ce que nous avons recueilli la plupart de nos observations à Paris et dans les hôpitaux, où les tubercules sont très fréquents, nous n'irons certainement pas trop loin en établissant comme règle générale qu'une tuberculisation récente et encore progressive se rencontre au moins dans un vingtième des cas chez des cancéreux , car nos relevés fournissent même la proportion d'un douzième. Or, lorsqu'on tient compte du fait que l'af-

fection tuberculeuse est beaucoup plus fréquente pendant la jeunesse qu'à un âge plus avancé, qu'atteignant en moyenne un sixième des populations, ce sixième doit évidemment être réduit à un quinzième, un dix-huitième et même au delà, pour ceux qui dépassent 40 ans, époque à laquelle le cancer devient très fréquent; en tenant compte, disons-nous, de ces faits, les cancéreux nous paraissent tout aussi disposés à devenir tuberculeux que les individus du même âge qui ne sont pas atteints de cancer. Seulement il nous a semblé que les cancéreux devenaient bien plus facilement tuberculeux que les phthisiques ne deviennent cancéreux , cas en effet fort rare et dont nous n'avons point encore observé d'exemple.

§ V. De la fréquence comparative du cancer dans les divers organes.

Il va sans dire que nous ne parlerons ici que du cancer primitif. La science possède peu de bons matériaux sur cette grave question, parce qu'une statistique de ce genre n'a de valeur que lorsqu'elle est faite avec un soin extrême , et toujours en vue des proportions avec la mortalité générale et la mortalité cancéreuse en particulier. Nous communiquerons à ce sujet plus loin le résultat de nos propres observations ; mais nous déclarons dès à présent qu'il ne peut avoir aucune valeur statistique, vu qu'il a été fait en dehors de tout but statistique proprement dit, au moins par rapport à la question de la fréquence comparative dans les divers organes. Bien au contraire, nous avons cherché plutôt à recueillir de nombreuses observations sur les maladies cancéreuses rares et dont l'histoire anatomique et pathologique était encore obscure.

Il y a une statistique sur la fréquence comparative qui a été reproduite par beaucoup d'auteurs et qui a ébloui bien des observateurs par ses chiffres à la fois élevés et très divisés, répartis surtout sur des organes nombreux. Ce tableau se trouve dans l'ouvrage de M. Tanchou (1). Cette statistique, qui se rapporte à 9,118 cas, est tirée des registres de l'état civil du département de la Seine, de 1830 à 1840. Nous allons d'abord reproduire ce tableau, si souvent cité, pour indiquer ensuite les raisons pour lesquelles il n'a pas pour nous une grande Valeur dans la question de la fréquence comparative du cancer dans les divers organes.

(1) J. Tanchou, Recherches sur le traitement médical des tumeurs du sein. Paris, 1844, p. 258 à 260.

FREQUENCE COMPARATIVE DU

Page 1