PRÉVISION DU TEMPS
1206. Observations météorologiques. — Dès la fin du siècle dernier, Borda, Lavoisier, Laplace, entrevirent la possibilité de la prévision du temps à courte échéance par l'observation des phénomènes météorologiques. Des études dans ce but furent faites plus tard par Humboldt et par d'autres physiciens; mais c'est surtout depuis une trentaine d'années que le lieutenant Maury, de la marine américaine, et le contre-amiral Fitz-Roy, de la marine anglaise, ont fait voir l'importance d'observations météorologiques, continues et combinées, sur tous les points du globe, et c'est à l'instigation de Maury que les principaux États d'Europe et d'Amérique tinrent à Bruxelles, en 1853, un congrès international pour s'entendre sur l'adoption d'un plan uniforme d'observations sur la direction des vents et sur celle des courants marins. Depuis on a successivement établi un vaste réseau d'observatoires météorologiques reliés entre eux par des fils télégraphiques, en sorte qu'aujourd'hui un même observatoire peut suivre simultanément, sur une immense partie du globe, les grands courants le l'atmosphère, et prévoir plusieurs jours à l'avance les contrées vers lesquelles ils se dirigent.
1207. Signes du temps. — Les signes ou pronostics du temps sont : la direction et la force du vent à diverses altitudes, la hauteur du mercure dans le baromètre, la température de l'air, son état hygrométrique, l'état du ciel, et enfin les mouvements de l'aiguille aimantée.
1392 METEOROLOGIE.
Observés isolément et dans une seule localité, ces signes seraient incertains; ce n'est que par des observations simultanées, sur une grande étendue de pays, qu'on peut arriver à des résultats qui méritent confiance. Les signes qu'on doit surtout consulter sont a direction du vent et la hauteur du baromètre.
1208. Pronostics tirés des vents et des tourbillons. — L'étude de la force et de la direction des vents est une des plus importantes pour les pronostics du temps; c'est elle qui est la base des prévisions fournies par les observatoires.
On sait que la direction des vents se détermine par les girouettes; mais celles-ci ne donnent la direction des vents qu'à la surface du sol. Les nuages seuls et les ballons marquent la direction dans les hautes régions, et en même temps la vitesse. Il esta observer toutefois que la vitesse apparente des nuages est d'autant plus faible qu'ils sont plus élevés, et que leur direction précède souvent celle donnée par les girouettes.
Limitant ici à l'Europe et surtout à la France l'étude de l'influence des vents, remarquons qu'outre les grands courants équatoriaux et polaires, étudiés précédemment (1168), il existe dans l'Atlantique nord un vaste courant aérien qui souffle de l'Amérique du Nord vers l'Europe. Il atteint celle-ci au nord des Iles Britanniques, où il se transforme en vent du nord-ouest et en vent du nord, à mesure qu'il s'étend sur le continent. Sa vitesse moyenne est de 56 kilomètres à l'heure, mais elle varie avec les saisons.
Par suite de la rencontre des courants équatoriaux avec le courant atlantique nord, il se produit presque constamment, dans la masse de ce dernier, des mouvements tournants qu'on désigne sous le nom de tourbillons, et qui, déviant vers le sud avec le courant atlantique, se font sentir depuis le nord de la Norvège jusque sur les côtes de Portugal.
Par l'effet de leur mouvement tournant, les tourbillons aspirent l'air froid des hautes régions de l'atmosphère, et, cet air froid condensant les vapeurs contenues dans le courant équatorial, il en résulte que les tourbillons sont toujours accompagnés de pluie. Un tourbillon isolé étant de courte durée, il en est de même de la pluie qui l'accompagne; mais si plusieurs tourbillons se succèdent sans interruption, ce qui est fréquent, on a des pluies prolongées.
Dans l'Europe occidentale, ce sont principalement le courant de l'Atlantique et les tourbillons qui s'y forment qui occasionnent les changements dans l'atmosphère, et ce sont eux qui donnent naissance aux bourrasques et aux tempêtes si fréquentes en hiver sur nos côtes nord-ouest. C'est pourquoi l'art de la prévision du temps, surtout pour le nord et l'ouest de la France, consiste à suivre d'une manière continue la marche de ces grandes perturbations atmosphériques sur la mer du Nord et sur la Baltique.
1209. Pronostics tirés de la hauteur du baromètre. — 1° Variations normales de la hauteur barométrique. — Lorsqu'on observe le baromètre pendant plusieurs jours, on remarque que sa hauteur varie en chaque lieu, non seulement d'un jour à l'autre, mais encore dans une même journée.
L'amplitude des variations, c'est-à-dire la différence moyenne entre la plus grande et la plus petite hauteur, n'est pas partout la même. Elle croit de l'équateur vers les pôles. Les variations maxima, sauf les cas extraordinaires, sont de 6 millimètres sous l'équateur, de 50 sous le tropique du Cancer, de 40 en France, à la latitude moyenne, et de 60 à 25 degrés du pôle. Enfin, les plus fortes variations ont lieu en hiver.
On nomme hauteur moyenne diurne le nombre qu'on obtient en faisant la somme de vingt-quatre observations successives du baromètre, prises d'heure en heure, et en divisant cette somme par 24. Ramond a constaté qu'à notre latitude la hauteur du baromètre à midi est sensiblement égale à la moyenne du jour.