Impression photographique : Procédé au charbon. — C'est
un procédé pour l'impresssion ou le tirage par la lumière d'épreuves positives d'une solidité et d'une durée presque indéfinies. Il a été inventé par M. Poitevin. On l'appelle aussi procédé a la gélatine bichromatée, parce qu'il est fondé sur la propriété photochimique de cette substance.
Si l'on prend comme substance impressionnable un bichromate alcalin ou terreux et comme substance révélatrice un corps mucilagineux, tel que la gélatine, l'albumine, la fibrine ou la gomme arabique, un mélange, à volumes égaux, de leurs solutions concentrées devient insoluble, même dans l'eau chaude, après avoir été exposé à la lumière.
Supposons donc qu'on sensibilise une feuille de papier à l'aide d'une couche uniforme d'un mélange intime de bichromate de potasse, de gélatine et de noir de fumée, puis qu'on l'expose au soleil, une fois sèche, derrière un cliché négatif : tous les points de la couche qui auront été touchés par la lumière, à travers les
blancs du cliché, deviendront insolubles. Si donc on lave la feuille à l'eau tiède, on enlèvera toute la gélatine non insolée, et il ne restera que les points insolés, colorés en noir par le charbon. Ce sera une épreuve positive au charbon, ayant la teinte et la solidité des impressions ordinaires à l'encre grasse.
545. Procédés d'impression mécanique appliqués à la photographie. — Héliogravure. — Dans tous les procédés photographiques précédents, les épreuves positives sont obtenues exclusivement par l'action directe de la lumière. Le nombre de ces épreuves se trouve donc pratiquement restreint et leur prix est nécessairement élevé. On a réalisé un grand progrès, à ce dernier point de vue, en appliquant les procédés d'impression mécanique, de la lithographie et de la gravure, au tirage des épreuves positives : la lumière n'intervient plus que pour la production du cliché négatif et pour le passage de celui-ci à la planche d'impression. Une fois celle-ci obtenue, on peut tirer mécaniquement un nombre indéfini d'épreuves. Ces procédés mécaniques sont désignés sous le nom générique de photogravure ou héliogravure. On peut les ramener tous à deux types :
1° Procédé de Niepce de Saint-Victor. — Il consiste à graver, au moyen des acides, une planche métallique, sur laquelle l'action directe de la lumière a (ait des réserves formant le dessin. Le but de l'inventeur était d'obtenir des gravures sur acier. On recouvrait la planche d'acier d'une couche d'un vernis impressionnable, on faisait sécher, puis on appliquait un cliché positif sur papier ou sur verre, et l'on exposait à la lumière, comme pour obtenir nue épreuve. Enfin la plaque impressionnée, après avoir été traitée par une substance révélatrice (huile de naphte mélangée de benzine), était attaquée par un mélange d'acide nitrique étendu ou d'alcool. La gravure était achevée à l'eau-forte.
2° Procédé de Poitevin. — On coule sur une surface quelconque une couche uniforme de gélatine bichromatée, on y applique, après dessiccation, un cliché photographique, positif ou négatif, et l'on soumet le tout à l'action de la lumière solaire, directe ou diffuse. On pourrait aussi opérer d'après nature, en exposant directement la plaque bichromatée au foyer d'une chambre noire. Après l'impression, on plonge dans l'eau la couche de gélatine : sur tous les points qui n'ont pas été impressionnés, la gélatine se gonfle peu à peu et donne des reliefs, tandis que les points impressionnés, ne s'humectant pas ou peu, forment les creux. On a donc une planche gravée sur gélatine, où les creux correspondent aux blancs du dessin et les reliefs aux noirs. Il ne reste plus qu'à la transformer en planche sur cuivre par la galvanoplastie.
3° Photoglypticou procédé Woodbury. — C'est un procédé dérivé du précédent, et rentrant dans la même catégorie.
Quand l'action de la lumière sur la couche de gélatine a été assez prolongée, les reliefs deviennent assez marqués, assez durs, pour laisser une empreinte sur une plaque de plomb ou d'alliage contre laquelle on les comprime. On obtient ainsi un moule assez net pour servir de planche, avec laquelle on peut tirer des épreuves sur papier, par un procédé très curieux. On coule dans les creux une solution chaude de gélatine teintée en noir ou autrement, on applique par-dessus la feuille de papier, et l'on met le tout sous presse, de ma-
nière à chasser l'excès du liquide qui pourrait se trouver à la surface des reliefs. Après la compression et le refroidissement, la gélatine adhère au papier et s'enlève avec lui. Les noirs de l'objet, qui avaient produit les creux du moule, sont marqués en noir par une plus grande épaisseur de la couche de gélatine sur le papier.
4° Phototypograhie. — Enfin ces moules creux peuvent encore servir à produire par la galvanoplastie des moules en relief, propres à l'impression typographique (phototypographie) .
546. Photographie micrographique. -— C'est une branche nouvelle de la photographie, qui comprend les deux problèmes suivants :
1° Fixer, au moyen des procédés photographiques ordinaires, les images agrandies des objets microscopiques {photomicrographie).
2° Obtenir des images microscopiques d'objets de grandeur ordinaire, de manière à réunir un très grand nombre d'épreuves dans un petit espace.
Photomicrographie. — L'ensemble des procédés et des appareils qui résolvent la première question constitue la photomicrographie. Le dispositif le plus simple est dû à M. Girard. On [substitue un microscope à l'objectif ordinaire d'une chambre noire (fig. 615) d et, au moyen du miroir, on éclaire fortement le
Fig. 615.
petit objet, dont l'image grossie va so projeter sur l'écran de la chambre noire et s'imprimer sur la plaque sensibilisée. La suite des opérations photographiques s'effectue comme d'habitude. Ce procédé s'applique à toutes les recherches micrographiques : il permet d'en fixer les découvertes et de les étudier d'une manière permanente.
1 On sait que dans ces conditions le microscope ordinaire peut donner des images réelles agrandies, et droites par rapport à l'objet.
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Épreuves microscopiques. — La deuxième question a été résolue d'abord par les procédés et les appareils de M. Bertsch, complétés ensuite et perfectionnés par MM. Neyt, Dagron, Moitessier et J. Girard. C'est ainsi qu'on est parvenu à faire ces imperceptibles photographies qu'on enchâsse dans une monture quelconque, et qui, vues à la loupe, prennent les dimensions des épreuves ordinaires.
C'est par ces procédés que, pendant le siège de Paris, on a pu expédier en province de longues et volumineuses dépêches réduites à une surface microscopique et à un poids minuscule. M. Dagron
employait de minces pellicules de collodion, assez sensibles pour n'exiger que deux secondes de pose. Sur chacune d'elles on pouvait photographier 12 à 16 pages in-folio, contenant en moyenne 5000 dépêches; 18 de ces feuilles, introduites dans un tuyau de plume, pesaient environ 1 demi-gramme, et constituaient la charge d'un pigeon voyageur. La figure 611 est le fac-similé de l'une de ces dépêches. Arrivées à destination, elles étaient agrandies et projetées sur un écran blanc à faide d'un microscope photo-électrique. Les épreuves photographiques étant négatives, leurs images projetées étaient positives, et l'on pouvait en transcrire immédiatement le contenu.
Épreuves amplifiées. — Ce procédé d'amplification des épreuves microscopiques a été également utilisé pour obtenir des images très agrandies d'objets de grandeur naturelle. On tire d'abord un cliché négatif de l'objet à la chambre noire, puis, à l'aide de celui-ci, on fait un cliché positif de mêmes dimensions, qu'on amplifie ensuite au microscope solaire. Cette épreuve amplifiée est donc négative : elle peut servir ensuite au tirage d'un nombre indéfini d'épreuves positives amplifiées.
A l'Exposition universelle de 1867 il y avait une photographie de la cathédrale d'Amiens, agrandie par ce procédé ; elle était formée de quatre morceaux et mesurait 5 mètres carrés de superficie. Le procédé a été employé avec succès pour la représentation agrandie des phénomènes astronomiques. La ligure 61o est une photographie amplifiée d'une région des montagnes lunaires, due à M. Warren de la Rue.
Fig. 614.
547. Héliochromie ou photographie des couleurs. — Ce problème si intéressant n'a encore reçu que des solutions incomplètes et imparfaites.
1° Expériences de M. Edmond Becquerel. — Il recouvrit, par l'électrolyse, une lame de plaqué d'argent d'une mince couche de chlorure, puis il l'exposa pendant une heure ou deux à l'action du spectre solaire (immobilisé à l'aide d'un héliostal). Le spectre s'imprima sur la plaque, avec ses couleurs propres et leurs intensités relatives. Le jaune seul était un peu pâle par rapport aux autres couleurs.
Il obtint de même les images d'objets colorés, avec leurs cou-
leurs propres. Une gravure coloriée qu'on appliquait sur la plaque sensible s'y reproduisait avec ses blancs, ses noirs et ses diverses teintes.
Mais ces épreuves colorées sont plus ou moins fugaces : dès qu'on les expose à la lumière diffuse, les couleurs s'altèrent et
Fig. 615.
s'effacent plus ou moins rapidement. C'est là le desideratum commun à toutes les solutions directes du problème de l'héliochromie.
2° Procédés indirects. — Une solution indirecte, proposée dès 1869 par MM. Ch. Gros et Ducos du Hauron, séparément, a été perfectionnée par M. Gros. Si l'on tamise la lumière émise par un objet lumineux, à l'aide d'une solution qui ne laisse passer que les couleurs d'une certaine région du spectre, par exemple le rouge orangé, on obtiendra une image négative particulière. Si l'on éclaire ensuite cette image avec la lumière correspondante, on aura, en la regardant par transparence, la même sensation que si l'on regardait l'objet
lui-même à travers un verre de cette couleur. Supposons qu'on prépare de la même manière deux autres négatifs, l'un avec les rayons de la région jaune, et l'autre avec ceux du bleu violet. En superposant ensuite les trois sensations, données par chacune de ces épreuves éclairées par transparence, on a une sensation résultante, qui rappelle sensiblement la coloration de l'objet réel. Cette superposition peut s'obtenir, soit par des réflexions simultanées de trois épreuves sur des glaces sans tain, soit en préparant successivement sur une même feuille trois positifs, correspondant successivement aux trois négatifs, et colorés chacun avec des pigments convenables.