RÉSULTATS
Papier ordinaire
Sel d'argent.
Image noire.
Papier imprégné d'azotate\ Sulfate de 1er ou acide gal-
Id.
ou d'iodure d'argent. ( lique.
^Azote, urane, sulfate de fer.
Image noir-bleu
Papier imprégné de chlo-fSulfate de cuivre, bichlo-
rure d'or ( rure de mercure, sel d'é-
) tain.
Papier imprégné d'amidon. 1 Tournesol bleu.
Image rouge.
o30. Photographie sur papier. — La photographie sur papier fut un grand progrès sur la daguerréotypie, dont elle supprima les principaux inconvénients. En effet, les plaques métalliques étaient lourdes, embarrassantes et coûteuses ; l'image, malgré sa netteté et le fini des détails, ne pouvait être vue que sous une certaine incidence, à cause du miroitement de la plaque métallique ; enfin l'épreuve était unique, et il fallait recommencer l'opération pour obtenir chaque copie.
Tous les procédés de photographie sur papier ou sur verre comprennent deux opérations distinctes: Par la première, on obtient une image dont les teintes sont renversées, c'est-à-dire où les parties claires sont devenues noires, et inversement : c'est Yimage négative ou le négatif. Dans la seconde opération, la première image sert à en former une seconde dont les teintes sont renversées de nouveau, et se retrouvent, par conséquent, dans leur ordre naturel : c'est Yimage positive ou le positif.
Le premier procédé de photographie sur papier est dû au physicien anglais Talbot; il fut perfectionné par Blanquard-Évrard (de Lille). Nous ne le décrirons point, parce qu'il n'est plus en usage.
551. Photographie sur plaques de verre albuminées. — Les épreuves photographiques sur papier étaient beaucoup moins fines que les épreuves daguerriennes ; de plus, les détails n'étaient pas visibles, à cause du grain et de la texture fibreuse du papier. On réalisa un premier progrès, à ce point de vue,
PHOTIMJRAPHIE. 737
en substituant au papier ordinaire un papier ciré ou gélatine, à surface très polie; mais le plus grand progrès fut fait par Niepce de Saint-Victor, qui réussit à déposer la couche photogénique, formée d'albumine sensibilisée, sur une plaque de verre ou de glace bien polie.
552. Photographie au collodion. — C'était le procédé le plus généralement employé avant l'invention du procédé au gélatinobromure. Il consiste dans la substitution du collodion à l'albumine pour la préparation des plaques de verre sensibilisées. Il fut inventé en 1851 par un photographe anglais, M. Archer.
On sait que le collodion n'est pas autre chose qu'une dissolution de coton-poudre ou fulmicoton dans un mélange d'alcool ordinaire et d'éther sulfurique. Voici, par exemple, une formule de collodion normal :
Fulmicoton 12
Alcool vinique à 40° (Gay-Lussac) 500
Éther sulfurique rectifié 600
Le collodion qui sert en photographie est mélangé préalablement avec une solution alcoolique d'iodures et de bromures de potassium, de cadmium et d'ammonium, à laquelle on a ajouté une paillette d'iode.
Nous allons décrire l'opération surtout à cause de son importance historique. Toutefois ce procédé est encore employé aujourd'hui dans certaines circonstances.
I. Épreuves négatives sur verre. — On nettoie d'abord une plaque de verre. Pour cela on la frotte : 1° avec un tampon de linge imbibé de terre pourrie délayée dans de l'alcool, 2° avec un linge trempé d'alcool seul, 3° avec une peau de daim. De la propreté de la plaque dépend en majeure partie la réussite de l'épreuve. Ordinairement, l'opérateur s'assure de la propreté de la plaque en projetant son haleine sur la surface polie. La buée qui en résulte doit s'étaler uniformément, si la netteté est la même en tous les points.
La plaque étant bien nettoyée, on la prend par l'un de ses coins, et, la tenant en Fair horizontalement, l'on verse sur l'angle opposé le collodion liquide préparé d'après la formule ordinaire ; puis on incline la plaque clans différents sens, de manière à obtenir une couche de collodion bien uniforme dans toute son étendue, et on finit par l'incliner vers l'un de ses angles de manière à faire couler l'excès de liquide. Dans le cas où la plaque serait de grandes dimensions, l'opération se fera plus aisément si l'on pose la plaque sur un support quelconque, par exemple sur une bouteille munie de son bouchon : ce support sert à l'opérateur comme d'une sorte de pivot central.
L'éther du collodion se vaporisant, celui-ci prend l'aspect d'un voile opaque. A ce moment, on plonge rapidement la plaque dans une dissolution contenant 1 gramme d'azotate d'argent pour 10 grammes d'eau; là Fiodure de potassium se transforme en iodure d'argent. Cette opération doit être faite dans une pièce obscure, éclairée seulement par une bougie ou par une lampe recouverte soit d'un, verre jaune-orangé, soit d'un cylindre de papier de la même couleur.
On laisse la plaque environ une minute dans le bain d'argent, puis on la fait égoutter. Pendant qu'elle est encore humide (et ce point est tellement impor-
GANOT. 47
tant que, pour prévenir une dessiccation trop rapide de la couche de collodion, on ajoute du sucre au bain d'argent), on la place dans un châssis fermé, et on la porte dans la chambre noire de Daguerre (fig. 610), et l'on opère comme nous l'avons indiqué pour les plaques métalliques. Sous l'influence de la lumière, l'iodure d'argent éprouve un commencement de décomposition ; mais l'image n'est pas encore apparente, parce que l'action n'a pas été assez prolongée.
La durée de la pose dépend de l'intensité de la lumière. Elle peut varier de 2 ou 5 secondes à plusieurs minutes. Toutes choses égales d'ailleurs, elle est toujours moins grande que dans les procédés précédents.
Pour révéler l'image, on peut employer deux procédés : 1° le procédé à l'acide pyrogallique, 2° le procédé au sulfate de fer ammoniacal.
Dans le premier cas, on plonge la plaque dans une dissolution d'acide pyrogallique additionnée d'acide acétique cristallisable : partout où l'iodure a éprouvé un commencement de décomposion, il se forme un gallate d'argent qui est noir, et l'image apparaît rapidement. Les parties ombrées de l'image qui n'ont pas reçu l'action de la lumière restent blanches, l'iodure d'argent n'ayant pas été décomposé. Mais comme ce sel noircirait spontanément par l'action de la lumière, — ce qui ferait disparaître l'image, — on lave la plaque dans une dissolution d'hyposulfite de soude ou de ferrocyanure de potassium étendue, qui dissout tout ce qui reste d'iodure d'argent. Cette opération a pour effet de fixer l'image, c'est-à-dire de la rendre inaltérable par la lumière.
Il est préférable d'employer le sulfate de fer ammoniacal pour révéler l'image. Dans ce cas, on verse le liquide révélateur sur la plaque, absolument comme on l'a fait du collodion; il faut avoir bien soin de ne le laisser séjourner en aucun point, sous peine d'y faire une tache. L'image vient graduellement, et plus ou moins vite, suivant que la pose a été plus ou moins longue. 11 ne faut jamais chauffer. Cependant il est à remarquer que la solution froide agit moins rapidement que la solution tiède.
Remarques {Procédé Taupenol).— 1° Les plaques sensibilisées au collodion doivent être employées sur-le-champ, tandis que les plaques albuminées présentaient l'avantage de pouvoir attendre plus de huit jours avant d'être exposées à la lumière. On peut donner cette même propriété aux plaques collodionnées. en ayant soin de les albuminer préalablement. C'est en cela que consiste le procédé de Tanpenot, dit au collodion sec. On peut utiliser aussi le collodion sec, à condition de plonger la plaque collodionnée et impressionnée dans une solution étendue d'acide tannique, puis de la laisser sécher dans l'obscurité.
2° D'ailleurs ces procédés ont beaucoup perdu de leur importance depuis l'invention du gélatino-bromure. Si le procédé au collodion a survécu dans quelques cas particuliers, il est toujours employé humide.
II. Épreuves positives sur papier. — L'épreuve négative ainsi obtenue sert à produire un nombre indéfini d'images positives. Pour cela, on la recouvre d'un papier sensibilisé au chlorure d'argent, on comprime l'épreuve et le papier entre deux laines de verre, et l'on expose le tout à l'action de la Lumière. 11 se reproduit alors sur le papier une copie renversée de l'image négative, où les parties claires sont remplacées par des ombres, et réciproquement; on a donc ainsi une image positive. 11 reste à la fixer, en lavant le papier, comme ci-dessus, dans une dissolution d'hyposulfite de soude. Enfin, pour lui donner du ton, c'est-à-dire pour la virer, on la plonge pendant quelques heures dans un bain de chlorure d'or, contenant 1 gramme de chlorure pour 1 litre d'eau.
III. Épreuves positives sur verre. — On obtient directement de belles épreuves positives sur verre en préparant d'abord les plaques comme pour faire des épreuves négatives. L'exposition à la lumière doit être moitié moins prolongée que pour les plaques négatives.
Si on les plonge ensuite dans une dissolution saturée de protosulfate de 1er, l'image apparaît subitement; mais elle est négative. Pour la rendre positive, on la fixe comme précédemment. On lave, on vernit avec un vernis à l'alcool, et l'on recouvre le tout de bitume de Judée : sur l'autre face de la plaque on voit alors une image positive.
535. Procédé au gélatino-bromure d'argent. — Ce procédé, relativement récent, mais qui se répand chaque jour davantage, est fondé sur l'extrême sensibilité à la lumière de l'émulsion mélangée de gélatine et de bromure d'argent*
Préparation du gélatino-bromure. — Pour préparer rémulsion, on dissout au bain-marie 5 parties de gélatine dans 200 parties d'eau1, on y ajoute 20 parties de bromure de potassium, et lorsque le mélange est bien fluide et bien homogène, on y verse une solution composée de 50 parties de nitrate d'argent et de 100 parties d'eau -. 11 se forme du bromure d'argent insoluble, qui reste en suspension dans la masse, grâce à la présence de la gélatine, en même temps que de l'azotate de potasse qui reste en dissolution et qu'il faut éliminer par un grand nombre de lavages à l'eau.
Préparation des plaques sensibles. — L'émulsion est étendue à chaud sur des glaces polies, comme s'il s'agissait de collodion. On laisse sécher à l'abri de la lumière et dans un courant d'air, et l'on obtient ainsi des glaces émulsionnées recouvertes delà couche sensible dite au gélatino-bromure -\
Pose. — On opère avec ces glaces dans l'appareil photographique comme pour les autres procédés, sauf que la durée de pose est considérablement diminuée : elle peut être réduite à moins de ^ de celle du procédé au collodion.
Développement. — Le développement peut se faire soit par l'acide pyrogallique, soit par l'oxalate neutre de potasse.
Le second procédé, qui est supérieur au premier, est presque toujours employé.
La glace est plongée dans une solution composée de 1 volume de sulfate neutre de fer (h 50 pour 100) et de 5 volumes d'oxalate neutre de potasse (à 50 pour 100) ; dès que la gélatine est imprégnée de liquide, l'image apparaît et vient graduellement.
Il suffit d'ordinaire de 4 à 5 minutes pour obtenir un développement complet.
1. Il faut opérer dans un cabinet noir, éclairé seulement par une faible lumière rouge.
4. Il existe un grand nombre de formules pour la préparation de l'émulsion (où il entre aussi de l'iodure d'argent), mais celle-ci peut être considérée comme la formule théorique.
o. On trouve ces plaques toutes préparées dans le commerce, à des prix modérés.
Le cliché est lavé sous un robinet à eau, puis fixé dans une solution d'hyposulfîte de soude (à 15 ou 18 pour 100).
Il est repris et lavé à grande eau; après quoi on peut l'abandonner pendant 5 minutes dans un bain d'alun de chrome, qui fixe la gélatine, en lui faisant subir une sorte de tannage, et la rend imputrescible. Après quoi, le cliché est lavé de nouveau, puis on le fait sécher à l'air.
Remarques. — 1° La dessiccation à air libre dure de 3 à 6 heures, suivant la température et le courant d'air. On pourrait la réaliser en quelques minutes, en plongeant pendant 3 minutes le cliché dans de l'alcool méthylique à 90°. L'alcool absorbe l'eau, et, lorsqu'on retire le cliché, on le voit se dessécher très rapidement par évaporation de l'alcool.
2° Il faut avoir soin de ne pas dessécher les clichés directement à une température un peu élevée, car la gélatine fondrait et le cliché serait perdu.
534. Avantages du procédé au gélatino-bromure. — Les avantages qui rendent ce procédé bien supérieur aux anciens sont surtout la rapidité et la sensibilité. Cette rapidité et cette sensibilité sont telles, qu'on peut obtenir avec le gélatino-bromure des clichés très beaux dans des circonstances où le collodion ne fournirait que des résultats très imparfaits ou même nuls. Un autre avantage de ce procédé sur les autres, c'est la facilité avec laquelle on parvient à corriger les défauts du cliché, produits soit par excès, soit par insuffisance de pose.
S'il y a eu excès de pose, — et alors l'image est un peu grise, voilée et légère, — on renforce le cliché au moyen du bichlorure de mercure, qui lui donne l'intensité voulue1.
Dans le cas opposé, où il y a eu défaut de pose (ce qu'on peut toujours prévoir avant le développement comme dans le cas des instantanés), on ajoutera une goutte de solution d'hyposulfîte de soude (à 5 pour 100) dans le bain révélateur d'oxalate de fer. Une épreuve trop vigoureuse peut toujours être atténuée dans une solution de cyanure de potassium.
La sensibilité du gélatino-bromure est telle, que Ton ne peut s'éclairer dans le cabinet noir qu'avec une lumière artificielle très faible, entourée d'un verre rouge; toutes les autres nuances paraissent influencer plus ou moins les glaces.
Les épreuves obtenues par le gélatino-bromure sont tout aussi belles que celles qu'on obtenait avec le collodion; elles ont même
1. Si l'image apparaît très vite avec tous ses détails, ce qui est un indice d'excès de pose, on peut y remédier en ajoutant au révélateur quelques gouttes d'une solution (à 10 pour 100) de bromure de potassium dans l'eau distillée.
plus de douceur, comme ou peut le remarquer dans les photographies actuelles, qui sont toutes faites par ce procédé.
Remarque. — La transparence des clichés est cependant moindre avec le gélatino-bromure qu'avec l'albumine et le collodion, et par suite le tirage des épreuves se fait plus lentement ; c'est là peutêtre le seul inconvénient qu'on puisse reprocher à ce procédé, et encore est-il bien faible et relatif1.
555. Clichés au gélatino-bromure avec support de papier. — On peut remplacer le support-verre par un support de papier, comme nous l'avons vu précédemment (532). Les avantages de cette substitution sont une légèreté plus grande et une fragilité moindre, et aussi un prix de revient moins élevé.
On a tenté d'utiliser ce support en papier de deux façons distinctes : 1° comme support momentané, qu'on doit ensuite supprimer; 2° comme support permanent, qu'on rend ensuite suffisamment transparent.
1° Dans le premier cas, on interpose, entre l'émulsion de gélatine et le papier, un corps qui empêche la pellicule impressionnable d'y adhérer. On développe les clichés comme d'habitude, on les fixe, et quand ils sont secs, on détache avec un canif la pellicule de gélatine, qui peut alors servir de cliché.
Mais cette pellicule est d'une grande fragilité, et si l'on a des clichés d'une certaine dimension, elle ne peut plus être utilisée commodément. De plus, l'humidité la déforme, à moins qu'on ne la place sur une glace.
2° Pour ces diverses raisons, il est préférable de rendre le papier lui-même transparent et de s'en servir ensuite comme d'un support fixe. On a proposé pour cela divers procédés. Le procédé suivant, dû à M. Nodon, paraît très pratique.
Procédé Nodo?i2. — Le papier utilisé est celui qu'on trouve dans le commerce tout préparé au gélatino-bromure pour la photographie à la lumière artificielle (employé surtout pour les agrandissements).
La bande de papier est enroulée et tendue dans un châssis à rouleaux, de telle sorte qu'on peut obtenir successivement un nombre considérable de photographies instantanées en tournant simplement un bouton placé à l'extérieur du châssis.
Les clichés sont ensuite développés, fixés et passés à l'alun, comme les clichés de gélatino-bromure sur verre, et séchés à l'alcool si l'on veut aller vite.
Transparence. — La partie nouvelle et essentielle du procédé consiste dans la façon d'obtenir la transparence du papier. On avait déjà obtenu cette transparence au moyen de la cire, de l'huile à froid. Mais chacun de ces procédés avait de graves inconvénients : la cire se brisait facilement et manquait de transparence; l'huile en manquait aussi, s'altérait à la longue et l'épreuve se piquait. Enfin on avait renoncé à peu près à cette méthode.
M. Nodon a obtenu un excellent résultat de la façon suivante : Les précédents clichés, sur papier, étant bien desséchés, sont enduits au pinceau d'huile de ricin sur les deux faces et comprimés avec un fer chaud. Sous l'influence de la chaleur et de la pression, l'huile pénètre dans tout le tissu du papier. Le cliché est alors bien essuyé et plongé quelques instants dans un vernis spécial à l'alcool, puis séché.
1. C'est pourtant à cause de leur transparence et de leur grain plus fin que les clichés au collodion et à l'albumine ont conservé encore quelques emplois pour les projections et les agrandissements.
2. L'inventeur de ce procédé, M. Albert Nodon, a collaboré à la rédaction de tout ce chapitre ; et un amateur distingué, — qu'une longue et intelligente pratique de l'art photographique a rendu fort compétent, — nous a également donné de très utiles conseils.
Le cliché est alors d'une transparence presque égale à celle du verre, et d'une limpidité aussi grande. En outre, grâce à cette couche de vernis, l'huile se trouve emprisonnée et le cliché est inaltérable. On Je tire comme un cliché sur verre, l'épreuve vient presque aussi rapidement, et n'offre aucune trace de pointillé ni de granulé, comme cela avait lieu par les anciens procédés.
Enfin, — ce qui est un avantage notable au point de vue pratique, — chaque cliché coûte environ dix fois moins cher qu'un cliché semblable sur verre.
536. Photographie instantanée. — Ce n'est pas un procédé photographique distinct des précédents, c'est une application de ceux-ci faite dans des conditions telles, que la durée de la pose soit réduite à un instant, c'est-à-dire à une fraction de seconde extrêmement petite.
Nous ayons vu plus haut que la rapidité de l'impression lumineuse dépendait de plusieurs circonstances, telles que la sensibilité de la couche photogénique, l'éclairement de l'objet à reproduire, le diamètre de l'objectif et les dimensions des diaphragmes. En appliquant, à l'aide d'appareils et de dispositifs particuliers, le procédé au gélatino-bromure, on est arrivé à réduire à un instant presque inappréciable la durée de la pose. On parvient de cette manière à saisir Yimage d'objets mobiles, ou d'animaux en mouvement. Nous donnerons comme exemples les expériences les plus récentes de M. Marey, de MM. Stanford et Muybridge et de M. Janssen.
1° Expériences de M. Marey. — M. Marey a pu photographier sur une même plaque les différentes phases du mouvement dans la marche, la course ou le vol (juillet 1883).
Pour obtenir les diverses attitudes de l'homme, M. Marey fait marcher ou courir, devant un fond noir, une personne habillée de blanc. En avant de l'objectif tourne rapidement un disque percé de fenêtres équidistantes. Chaque fois qu'une de ces fenêtres passe devant l'objectif, il s'imprime sur la plaque l'image d'une attitude différente.
En multipliant les fenêtres, on obtient sur la plaque des phases très rapprochées; mais ces images finissent par empiéter les unes sur les autres. M. Marey est parvenu à éviter cette confusion. Pour cela, il habille le coureur d'un costume noir, portant des boutons brillants disposés en lignes, suivant la direction des jambes, des cuisses, des bras. Ces lignes brillantes apparaissent seules sur l'épreuve et elles suffisent pour représenter parfaitement la position des membres pendant le mouvement.
L'échelle est donnée par une ligne horizontale, présentant des rectangles de 0m,50 de longueur, alternativement blancs et noirs, qui est photographiée en même temps que le coureur.
Pour mesurer le temps qui sépare deux attitudes successives, on dispose sur le fond noir une aiguille brillante faisant un tour par seconde. Cette aiguille impressionne la plaque chaque fois qu'une fenêtre du disque passe devant l'objectif. Le temps est évidemment mesuré par l'angle que forment les deux positions de l'aiguille correspondantes aux deux attitudes du coureur.
2° Expériences de MM. Stanford et Muybridge. — Elles sont du même genre que les précédentes. Ces deux expérimentateurs sont parvenus à fixer les mouvements et les allures d'un cheval. Ils Tout photographié successivement au pas, au petit trot, au grand trot, au galop, à une vitesse de 1142 mètres par minute, et enfin attelé à un tilbury, à un tint de 715 mètres par minute.
5° M. Hieckel a photographe ainsi un train de banlieue, à vitesse ralentie de 16 kilomètres. L'épreuve a été faite au moment où le train traversait le pont d'Asnières : elle n'est pas absolument nette, mais elle présente un ensemble très reconnaissable. La durée de la pose n'a pas dépassé j~ de seconde.
i° Expériences de M. Janssen. — Dans le cas où l'objet éclairé a une intensité lumineuse énorme, comme le soleil, Y instantanéité de la pose n'est pas seulement un moyen de succès, elle en est la condition indispensable. En effet, quand l'action est trop prolongée, l'image photographique s'agrandit, s'irradie dans ses contours et perd toute netteté. M. Janssen est arrivé, à l'aide d'un mécanisme spécial, à réduire la durée de l'impression à 3^00 de seconde en été. Il emploie, d'autre part, un collodion d'une finesse particulière, préparé à haute température1, et il applique un procédé de développement lent à l'acide pyrogallique et au nitrate d'argent, nécessité par la faible durée de l'impression. Il a obtenu ainsi des images solaires où tous les détails de structure du noyau et des pénombres, les facules, les rides, les taches de la photosphère, etc., ressortent avec une admirable netteté.
5° Photographie des éclairs et des étincelles électriques. — On est parvenu à fixer par le gélatine-bromure la photographie des éclairs, dont la durée ne dépasse pas -^ de seconde, de même que les phénomènes si fugitifs de l'étincelle de la machine de Holtz ou d'induction.
6° Appareils employés. — L'instantanéité s'obtient au moyen de divers obturateurs qu'on peut dériver de deux types principaux : l'obturateur à volets, l'obturateur à guillotine.
L'obturateur à volets, qu'on appelle pneumatique parce qu'on le manœuvre à l'aide d'une poire en caoutchouc, est utilisé surtout dans l'atelier.
L'obturateur à guillotine, qui fonctionne simplement sous l'action de la pesanteur, est très commode pour prendre des vues à la campagne ou en voyage, à cause de sa légèreté et de sa simplicité.
L'obturateur mixte de Thury et Amey, qui est à guillotine avec déclenchement pneumatique, est beaucoup plus rapide que les précédents : il permet de réduire la durée de la pose à —■ de seconde.
557. Tirages des positifs sur papier : épreuves photographiques.
— Le cliché étant obtenu, il s'agit de le reproduire sur papier; c'est la seconde opération de la photographie; et si elle n'est pas la plus délicate, elle est de beaucoup la plus longue et la moins intéressante.
Préparation du papier sensible. — On trouve dans le commerce divers papiers tout préparés : papier salé, papier albuminé, gélatine, ou même tout sensibilisé.
Celui qui est presque exclusivement employé est le papier préparé à l'albumine d'œuf, qui donne des épreuves d'une grande finesse et d'une richesse de tons remarquable.
La feuille est mise à flotter pendant 3 à 5 minutes sur un bain de nitrate d'argent (h. 10 ou 15 centièmes). Après quoi on la soulève avec un crochet d'argent, après avoir eu soin de constater (dès le début de l'opération) qu'il ne s'est pas formé de bulles d'air entre le papier et le bain. Le nitrate d'argent a donné du chlorure
1. Il est probable que ces expériences eussent réussi encore mieux avec des plaques au gélatino -bromure.
d'argent impressionnable avec le chlorure de sodium dont le papier est imprégné. On laisse ensuite sécher le papier à l'air et dans l'obscurité.
Tirage. —Le cliché est placé dans un châssis-presse A (fig. 612).
Ce châssis-presse se compose d'un cadre en chêne A, au fond duquel est disposée une glace sans tain très forte; d'une double planchette à charnière P et de deux fermoirs à ressort BB'.
Le cliché est placé sur la glace, l'image en dessus, puis le papier sensibilisé est disposé sur l'image. Sur ce papier on place des morceaux de drap destinés à faire ressort contre le papier.
On dispose la planchette à charnière et on ferme le châssis au moyen des ressorts D et D' ; grâce à la pression uniformément répartie, le papier se trouve appuyé sur tous les points du cliché. En exposant le châssis à la lumière, on obtiendra une image positive, c'est-à-dire où à chaque partie blanche et transparente du cliché correspondra une partie noire, et où, par conséquent, la couleur véritable de l'objet photographié sera rétablie.
On regarde de temps en temps si le tirage est assez venu en ouvrant l'un des côtés du châssis. Lorsque l'exposition est suffisante, on retire la feuille et on fait les opérations suivantes.
Lavage des épreuves. — Les épreuves sont lavées à l'eau ordinaire pendant quelques minutes, afin d'éliminer une partie du nitrate d'argent qu'elles retiennent. Ce résidu de nitrate aurait l'inconvénient grave d'occasionner des taches au virage et d'épuiser rapidement le bain.
Virage. — Le virage a pour but de remplacer l'argent réduit, qui est altérable à l'air, par de l'or qui est inaltérable, et aussi de donner aux photographies un ton pourpre très riche et variable dans certaines limites. Le bain de virage se compose d'une solution de chlorure d'or (à 1 millième), à laquelle on ajoute une proportion variable de sels alcalins, tels que les borate, acétate, carbonate de soude, etc.
Il est utile de remuer constamment les épreuves dans le bain.
Fixage. — Le fixage s'opère dans une solution d'hyposulfite de soude à 40 ou 15 centièmes.
On laisse les épreuves pendant 5 à 10 minutes dans ce bain, qui dissout le chlorure d'argent, puis on les lave.
Ce lavage est une opération essentielle pour la conservation des épreuves. S'il restait en effet quelques traces d'hyposulfite dans l'épreuve, au bout d'un certain temps d'exposition à l'air humide il se dégagerait de l'acide sulfhydrique, qui donnerait, avec l'argent de l'image, un sulfure d'argent, lequel se transformerait lentement en sulfate, qui, bien que peu soluble, se dissoudrait peu à peu et finirait par disparaître.
Autrefois on lavait à deux ou trois eaux. Aujourd'hui on lave à dix eaux, et le lavage n'est jamais trop parfait.
558. Platînotypie. — Un nouveau procédé de tirage permet d'obtenir des épreuves positives entièrement inaltérables et d'une valeur artistique plus grande que les précédentes.
Ce procédé est fondé sur la propriété que possède un mélange sec de chlorure de platine et d'oxalate de fer, de se réduire à la lumière, en donnant une image noire produite par le platine réduit. On la développe dans un bain chaud d'oxalate de potasse, puis on la fixe dans une solution étendue d'acide chlorhydrique.
Ce nouveau procédé paraît devoir jouer prochainement un grand rôle en photographie, grâce aux nombreux avantages qu'il présente sur les anciens. Il permet en outre d'obtenir indifféremment des clichés sur papier, sur bois, sur étoffe, sur ivoire, etc.
559. Agrandissements photographiques. — On a souvent besoin, en photographie, d'agrandir des clichés. Dans ce ras, il existe deux modes d'agrandissement distincts.
1° On commence par préparer un cliché positif sur verre du négatif qu'on veut agrandir. On opère soit directement par superposition, soit dans une chambre noire par transparence. C'est avec ce nouveau cliché positif qu'on obtient par transparence dans la chambre noire un cliché agrandi et négatif. C'est de ce dernier que l'on se sert pour le tirage des épreuves.
2° Dans certains cas il est préférable, tant au point de vue de la netteté que de la rapidité, de se servir du papier préparé au gélatino-bromure. L'image agrandie du cliché négatif est projetée au moyen de la lumière solaire ou artificielle sur un écran, où est disposé le papier sensible. On développe comme à l'ordinaire, et on obtient ainsi des agrandissements fort beaux.
540. Photographie à la lumière artificielle. — Dans certains cas on peut utiliser la lumière artificielle, par exemple la lumière oxyhydrique ou celle du magnésium; la lumière d'une bougie seule suffit pour obtenir le tirage des épreuves positives par transparence au moyen du papier au gélatino-bromure.
541. Emaillage des photographies. — Les épreuves photographiques, après avoir été collées et satinées à froid, peuvent encore recevoir un glacé plus brillant qui en fait ressortir considérablement la valeur: c'est ce qu'on appelle Vémaillage.
L'émaillage s'obtient au moyen du collodion et de la gélatine.
Les épreuves sont trempées dans une solution chaude de gélatine, et appliquées sur une surface de verre ou mieux une glace recouverte de collodion normal et de gélatine. On laisse refroidir et sécher. La gélatine de la photographie adhère à la gélatine du collodion, et on enlève ainsi la couche de collodion qui donne un brillant magnifique.
Souvent on bombe les photographies pour donner encore plus de cachet à l'original.
542. Dégradés photographiques. — Certaines photographies sur foud blanc acquièrent une plus grande valeur artistique au moyen du dégradé, qui a pour effet de rapprocher davantage la photographie de la gravure ou du dessin au crayon. On arrive facilement à ce résultat en disposant au-dessus de la glace du châssis contenant le cliché un dégradateur, c'est-à-dire un verre sur lequel sont collées des feuilles transparentes de papier découpées à dentures. La lumière tamisée par ce dégradateur passe insensiblement du blanc au noir, et donne un fond blanc, car toute la partie du dégradateur est noire et imperméable à la lumière.
On se sert encore de verres jaunes dégradés.
543. Retouche photographique. — La retouche se fait sur le cliché négatif, à l'aide d'un crayon bien taillé, et quelquefois d'un pinceau lorsqu'elle a besoin d'être plus accentuée. La retouche a pour but d'enlever tous les défauts provenant soit du sujet lui-même, soit du cliché. Lorsque la retouche doit se faire dans des parties noires du négatif trop accentuées qui donneraient des blancs trop crus, on se sert d'une aiguille emmanchée, qui permet de faire une série de points très légers ou de stries dans ces noirs à adoucir.
La retouche se fait dans un châssis spécial dit à retouche, se composant d'une glace inclinée à 45°, sur un miroir qui renvoie la lumière du ciel; on peut ainsi par transparence bien juger de la valeur du cliché et des effets de la retouche.
La retouche se fait encore sur la gélatine elle-même, parfois sur le vernis, c'est-à-dire après avoir recouvert la gélatine d'un vernis préservateur. Si l'on voulait faire mordrele crayon davantage, on pourrait appliquer, à l'aide du doigt, une composition spéciale à base de colophane et d'essence de térébenthine.