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Partie insensible de la rétine : Punctum caecum. — La

rétine n'est pas également sensible dans toutes ses parties, ainsi

Fig. 625.

que le prouve l'expérience suivante, due à Mariotte. On marque deux points noirs sur un papier blanc, à quelques centimètres de distance l'un de l'autre, puis, le papier étant très rapproché de l'œil, on fixe le point de gauche avec l'œil droit en fermant l'œil gauche, ce qui n'empêche pas de voir l'autre point; mais si l'on éloigne lentement le papier, le point de droite disparaît au moment où l'on atteint une certaine distance, pour reparaître bientôt si l'on continue a éloigner le papier. La même chose a lieu si l'on regarde le point de droite avec l'œil gauche.

Mariotte a remarqué qu'au moment où le point cesse d'être visible, son image se projette sur l'insertion même du nerf optique. On a donné le nom de puncium cœcum à ce point qui paraît insensible à l'action de la lumière.

557. Persistance de l'impression sur la rétine. — Lorsqu'on fait

tourner rapidement un charbon incandescent, on aperçoit comme un ruban de feu contiuu; de même, la pluie qui tombe sous forme de grosses gouttes apparaît dans l'air comme une suite de filets liquides. Ces différentes apparences sont dues à ce que l'impression des images sur la rétine persiste encore après que l'objet qui l'a produite a disparu ou s'est déplacé. La durée de cette persistance varie avec la sensibilité de la rétine et l'intensité de la lumière. Plateau à Bruxelles, a trouvé qu'elle est en moyenne d'une demi- seconde.

L'impression des couleurs persiste aussi bien que celle de la forme des objets; car si l'on fait tourner des cercles divisés en secteurs peints de diverses couleurs, alors celles-ci se confondent et donnent la sensation de la couleur qui résulterait de leur mélange. Le bleu et le jaune donnent le vert; le jaune et le rouge, l'orangé; le bleu et le rouge, le violet; et la série des sept couleurs du spectre donne le blanc (disque de Newton (476, 5°).

Il existe plusieurs appareils curieux dont les effets s'expliquent par la persistance de la sensation sur la rétine. Tels sont le thanmatrope, le phénakisticope, la roue de Faraday, le caléidophone.

558. Images accidentelles. — Un objet coloré étant placé sur un fond noir, si on le regarde fixement pendant un certain temps, la vue est bientôt fatiguée, et l'intensité de la couleur s'affaiblit; dirigeant alors les yeux sur un carton blanc ou sur le plafond, on aperçoit une image de même forme que l'objet, mais d'une couleur complémentaire, c'est-à-dire qui formerait du blanc si elle était réunie à celle de l'objet. Pour un objet vert, l'image est rouge, et réciproquement; si l'objet est jaune, l'image est violette. Ces apparences colorées ont été signalées par Buffon, qui leur a donné le nom d'images ou de couleurs accidentelles.

Les couleurs accidentelles persistent d'autant plus longtemps, que l'objet observé a été plus vivement éclairé et que l'action de la lumière a été prolongée davantage. Elles ne s'éteignent pas, en général, d'une manière pro-

gressive, continue, mais offrent ordinairement des disparitions et des réapparitions alternatives. On observe encore que si, après avoir contemplé un objet coloré, on ferme les yeux rapidement en les abritant aussi parfaitement que possible de toute lumière, les images accidentelles n'en apparaissent pas moins.

Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer le phénomène des couleurs accidentelles. Darwin a proposé l'explication suivante :

1° La partie de la rétine fatiguée par une couleur est devenue insensible aux rayons de cette couleur, et n'est plus impressionnée que par sa couleur complémentaire;

2° Cette partie de la rétine prend spontanément un mode d'action opposé qui produit la sensation de la couleur complémentaire.

Mais la première proposition n'explique pas le fait ci-dessus, que les couleurs accidentelles apparaissent même dans l'obscurité; et la seconde n'est que l'énoncé même du phénomène des images accidentelles.

559. Irradiation. — L'irradiation est un phénomène par lequel les objets blancs ou d'une couleur très vive, vus sur un fond obscur, paraissent avec des dimensions plus grandes que celles qui leur sont propres. L'inverse a lieu pour un corps noir vu sur un fond blanc.

L'effet de l'irradiation est très sensible sur la grandeur apparente des astres, qui peuvent ainsi paraître plusieurs fois plus grands qu'ils ne le sont réellement.

D'après les recherches de Plateau, l'irradiation varie considérablement d'une personne à une autre, et même d'un jour à l'autre pour une même personne. Ce savant a constaté, en outre, que l'irradiation croit avec l'éclat de l'objet et la durée de la contemplation. Enfin elle se manifeste à toutes les distances.

560. Auréoles accidentelles, contraste des couleurs. — On nomme auréoles accidentelles des couleurs qui, au lieu de succéder à l'impression d'un objet comme les couleurs accidentelles, apparaissent autour de l'objet luimême lorsqu'on le regarde fixement. L'impression de l'auréole est opposée à celle de l'objet, c'est-à-dire que, si celui-ci se détache en clair, l'auréole est obscure; elle est claire, si l'objet est obscur.

Le contraste des couleurs est une réaction réciproque entre deux couleurs voisines, en vertu de laquelle chacune d'elles s'ajoute à la couleur complémentaire de l'autre. Ce contraste a été observé par M. Chevreul, qui en a fait une étude approfondie et en a donné la loi C'est par l'influence réciproque des auréoles accidentelles que s'explique le contraste des couleurs.

M. Chevreul a trouvé que, les couleurs rouge et orangé étant juxtaposées, le rouge tire sur le violet, et l'orangé sur le jaune. Avec le rouge et le bleu, la première couleur tire sur le jaune et la seconde sur le vert; avec le jaune et le bleu, le jaune passe à l'orangé et le bleu à l'indigo ; et ainsi de suite pour un grand nombre de combinaisons. On conçoit combien il importe, dans la fabrication des étoffes, des tapis, de savoir apprécier l'effet dû au contraste des couleurs.

561. Aberrations de réfrangibilité de l'œil. — On a longtemps attribué à l'œil humain un achromatisme parfait; mais cette opinion ne peut plus être admise depuis les expériences de Wollaston, de Young, de Fraùnhofer et de Mùller.

Expérience de Fraùnhofer. — Fraùnhofer a observé que, dans une lunette à deux verres, un fil très fin, placé à l'intérieur de l'instrument, au foyer de l'objectif, est vu distinctement au travers de l'oculaire, lorsque la lunette est éclairée obliquement avec de la lumière rouge, mais que le fil cesse d'être visible si l'on éclaire la lunette avec de la lumière violette, l'oculaire étant resté dans la même position. Or on remarque que, pour faire réapparaître le fil, il faut diminuer la distance des lentilles beaucoup plus que ne l'indique le degré

de réfrangibilité de la lumière violette dans le verre. Il faut donc admettre que, dans cette expérience, il y a un effet dû à l'aberration de réfrangibilité de l'œil.

Expérience de Millier. — Mùller, de son côté, en contemplant avec un seul œil un disque blanc placé sur un fond noir, a trouvé que l'image est pure quand l'œil est accommodé à la distance du disque, c'est-à-dire que l'image vient se faire sur la rétine; mais il a observé que si l'œil n'est pas accommodé à cette distance, c'est-à-dire si l'image se fait en avant ou en arrière de la rétine, le disque paraît entouré d'une bande bleue très étroite

En réalité, le chromatisme de l'œil est peu sensible. M. Helmholtz a parfaitement démontré que cela tient, en grande partie, à la faible impressionnabilité de l'œil pour les rayons extrêmes du spectre.

Aberration de sphéricité. — Quant à l'aberration de sphéricité, on a déjà vu comment elle est atténuée par l'iris (548), véritable diaphragme arrêtant les rayons marginaux qui tendent à traverser le cristallin, et ne laissant passer que les plus rapprochés de l'axe.

562. Distance de la vue distincte. — On appelle distance de la vue ou de la vision distincte la distance à laquelle les objets doivent être placés pour être vus nettement. Si le pouvoir réfringent de l'œil était invariable, il n'y aurait qu'une seule distance pour laquelle les objets extérieurs viendraient former une image nette sur l'écran rétinien : il n'y aurait donc, pour chaque individu, qu'une seule distance de la vision distincte. Cependant l'expérience prouve que l'œil peut voir nettement à des distances très variables, à partir d'une distance minimum, qu'on doit appeler punclum uroximum et qu'on appelle communément distance de la vision distincte. Elle est variable avec les individus, et souvent, pour le même individu, d'un œil à l'autre. Pour de petits objets, comme des caractères d'imprimerie, elle varie, pour un œil normal, de 15 à 30 centimètres.

Toutefois, si nous pouvons voir nettement à des distances très inégales, nous ne le pouvons pas simultanément. En effet, si l'on regarde à travers un voile de gaze, placé à 20 ou à 50 centimètres de l'œil, on peut voir nettement, au choix, mais successivement, soit le voile, soit les objets éloignés. Donc, quand l'œil est disposé pour voir à une certaine distance, il ne l'est pas pour voira une autre, mais il peut successivement s'adapter à l'une et à l'autre.

563. Accommodation. — Cette adaptation de Vœilh des distances variables ne peut se faire que par une sorte de mise au point spontanée de l'écran rétinien par rapport aux objets extérieurs diversement éloignés. Or la distance du fond de l'œil, c'est-à-dire de l'écran, au cristallin, étant constante, la mise au point ne peut s'effectuer que par une modification dans le pouvoir réfringent du système dioptrique de l'œil. Cette mise au point spontanée est ce qu'on appelle Y accommodation. Elle consiste en une augmentation de convexité du cristallin, produite par la contraction des

procès ciliaires, muscles qui l'embrassent circulairement. Le cristallin devient d'autant plus bombé que le muscle ciliaire se contracte davantage. Quand le muscle est extrêmement relâché, l'action réfringente du cristallin est faible ; elle atteint son maximum en même temps que la contraction du muscle *.

564. Vue normale. — Œil emmétrope. — Un œil est dit emmétrope (h {xsTpcv, conforme à la mesure, et &]>, œil) lorsqu'il est doué d'une vue normale. Les dimensions de son appareil dioptrique sont telles, que les objets lointains viennent se peindre nettement sur la rétine, lorsque le muscle de l'accommodation est au repos. L'image des objets plus ou moins voisins ne s'y fait nettement que grâce à un effort d'accommodation plus ou moins grand, qui donne au cristallin le pouvoir convergent nécessaire pour la mise au point.

Le punctum remotum, c'est-à-dire le point le plus éloigné de la vision distincte, est à Vin fini pour un œil emmétrope. Dans la pratique, la distance des objets visibles est limitée par la nécessité de produire sur la rétine des images qui ne soient ni trop petites, ni trop faibles pour impressionner le nerf optique : leur distance maximum dépend donc à la fois de leur grandeur et de leur éclat. Quant au punctum proximum, il ne dépend que de la force accommodatrice dont l'œil peut disposer : il est d'autant plus près que le cristallin est plus souple et le muscle ciliaire plus fort. Le docteur Java! a donné le nom, devenu classique, de parcours de Vaccommodation à la distance qui sépare le punctum proximum du punctum remotum.

Quand on reste dans les limites du parcours de l'accommodalion, la visibilité des objets, pour un œil emmétrope, dépend du rapport de leur grandeur à leur distance. L'œil qui peut distinguer des lettres de 1/4 de millimètre à la distance de 25 centimètres, lira aussi bien des lettres de 1 centimètre à 10 mètres et des lettres de 1 mètre de haut à 1 kilomètre. Mais au delà du punctum remotum et en deçà du punctum proximum cette règle de la visibilité ne s'applique plus. Ainsi, ce même œil emmétrope ne lira pas de lettres de 1/10 de millimètre, parce qu'il faudrait les rapprocher à 10 centimètres, c'est-à-dire en deçà du punctum proximum normal.

565. Presbytie. — Besicles ou lunettes à verres convexes. — Avec les progrès de l'âge, le cristallin devient moins souple et les muscles ciliaires moins forts. Il en résulte que la force d'accommodation de l'œil diminue et que le punctum proximum s'éloigne.

1. Dr Javal, Sur les maladies de l'œil, Revue Scientifique du 47 septembre

Cet écart s'effectue graduellement et atteint, vers l'âge de quarante à quarante-cinq ans une valeur telle, que les objets tenus à la main se trouvent placés en deçà du punctum proximum. A ce moment, l'œil emmétrope est devenu un œil presbyte. Cette infirmité de l'œil est la presbytie.

On remédie à la presbytie, ainsi qu'aux autres infirmités de l'œil, au moyen de simples verres oculaires, appelés vulgairement lunettes ou proprement besicles. Les verres de lunettes sont généralement fabriqués en crown-glass. Ils sont convexes ou concaves et ordinairement sphériques ; cependant on en construit depuis quelque temps de cylindriques. On inscrit sur ces verres des numéros qui indiquent, en pouces, le rayon de courbure de leur surface. Pour les verres en crown, par suite de la valeur de l'indice moyen

qui est ^» le rayon de courbure est exprimé par le même nombre A

que la distance focale principale. On peut donc dire qu'un verre en crown n° 20 est un verre de 20 pouces de foyer ou de 20 pouces de courbure.

On emploie pour les presbytes des besicles à verres convexes. En effet, la convexité du verre vient s'ajouter à celle du cristallin de manière à corriger le défaut de pouvoir convergent, et le punctum proximum est rapproebé suffisamment pour permettre la lecture, si les verres sont convenablement choisis.

Mais ce remède n'est pas sans inconvénients, car tout le parcours de l'accommodation se trouve déplacé en même temps, et le punctum remoium est rapproché en même temps que le punctum proximum : aussi le presbyte ne peut-il plus voir nettement les objets lointains à travers ses lunettes : il est obligé de regarder par-dessus.

Il y a une connexité remarquable entre l'âge du presbyte et le degré de la presbytie. En effet, on peut déduire, à trois ou quatre ans près, l'âge d'un individu emmétrope de la distance de son punctum proximum. De plus, les divers numéros de verres convexes, 48, 24, 16, 12, 10, correspondent généralement aux" âges de 48, 54, 60, QQf 72 et 78 ans.

566. Myopie. — Besicles ou lunettes à verres concaves. — h' œil myope est caractérisé anatomiquement par un diamètre antéropostérieur plus grand que celui de l'œil emmétrope. Il résulte de cet allongement plus ou moins exagéré de l'organe une réduction plus ou moins forte du parcours de l'accommodation : le punctum remotum n'est plus à l'infini, mais à une distance plus ou moins faible, et le punctum proximum est beaucoup plus voisin de l'œil myope que d'un œil emmétrope du même âge. M. Javal appelle

myopie légère celle où le punctum remotum est au delà de 55 centimètres, myopie moyenne celle où il est compris entre 55 centimètres et 10 centimètres, et myopie forte celle où la distance maximum de la vision distincte est intérieure à 10 centimètres.

L'écran rétinien étant à une distance plus grande de l'appareil dioptrique de l'œil, l'image nette des objets éloignés doit se former en avant de la rétine; tout se passe comme si l'œil avait un excès de pouvoir convergent. On comprend donc qu'on puisse corriger cette infirmité par l'usage de besicles à verres concaves, qui diminuent la convergence des faisceaux lumineux pénétrant dans l'œil, et leur permettent d'aller former leurs foyers sur la rétine.

La myopie n'est pas, comme la presbytie, une simple infirmité se développant avec l'âge, d'une manière régulière et pour ainsi dire indépendante de l'usage des besicles. C'est une maladie de Vœil, d'autant plus dangereuse qu'elle se développe lentement, sans douleur, et progressivement lorsqu'on n'en prend pas soin, jusqu'à ce que l'allongement graduel du globe oculaire et la distension de la rétine qui en résulte, suppriment la perception des images nettes, pour les objets rapprochés aussi bien que pour les objets lointains.

Remarquons en outre que les personnes affectées de myopie légère peuvent devenir presbytes. Il suffit pour cela que leur punctum proximum aille rejoindre leur punctum remotum, lequel n'est distant que de 55 centimètres environ. Cela peut arriver naturellement, avec les années, par suite d'une diminution graduelle dans le parcours de l'accommodation. Dans ce cas, la vision nette des objets très rapprochés ne pourra être obtenue qu'à l'aide de verres convexes.

567. Hypermétropie. — C'est une infirmité causée par une déformation anatomique exactement opposée à celle qui constitue la myopie : Y œil hypermétrope est plus court que Y œil emmétrope. Il en résulte une réduction du parcours d'accommodation, non pour les points éloignés de l'œil comme dans la myopie, mais pour les points voisins : le punctum proximum se trouve plus ou moins reculé, suivant le degré de l'hypermétropie. La vision des objets éloignés reste donc parfaitement nette, de sorte que l'infirmité peut passer inaperçue lorsqu'elle est faible. Les personnes légèrement hypermétropes en sont quittes pour devenir presbytes un peu plus tôt que les emmétropes et pour faire usage de verres convexes un peu plus forts que les verres suffisants pour les emmétropes du même âge. L'hypermétropie, plus ou moins forte, est d'ailleurs parfaitement corrigée par l'usage des verres convexes, car ceux-ci, en rendant plus convergents les rayons lumineux

émanés des objets voisins, leur permettent d'aller faire leur image sur l'écran rétinien.

568. Astigmatisme. — C'est le défaut de l'œil à la fois le plus fréquent et le moins connu. Chez toutes les personnes dont la vue est mauvaise ou délicate, chez tous les myopes qui ne voient pas parfaitement bien au loin malgré le secours des verres concaves, chez les presbytes qui ne parviennent pas à trouver des besicles convexes leur permettant de lire sans fatigue, il y a lieu de suspecter l'existence de l'astigmatisme '. Il faut encore le rechercher chez les personnes affectées de strabisme ou même d'une simple inégalité de force dans les deux yeux. Ce défaut se traduit encore bien souvent par du larmoiement, ou par des inflammations de la paupière ou de la conjonctive, qui sont rebelles à toute espèce de traitement.

La cause anatomique de l'astigmatisme est une difformité du globe oculaire : les milieux réfringents de l'œil astigmate, au lieu d'être des solides de révolution autour de son axe antéro-pos teneur, sont assimilables à des fragments d'ellipsoïdes à axes inégaux.

La conséquence physiologique est la suivante. Supposons, par exemple, qu'un œil emmétrope subisse un léger aplatissement, de telle sorte que son diamètre vertical devienne plus petit que son diamètre horizontal : l'œil deviendra myope dans le méridien vertical, tout en restant emmétrope dans le méridien horizontal ; il verra donc parfaitement les lignes verticales éloignées, tandis que les lignes horizontales lui paraîtront moins nettes. Ce caractère de l'astigmatisme n'est pas absolu. Il peut arriver que le défaut soit assez fort chez certaines personnes pour affaiblir notablement la vue, sans qu'elles se soient jamais aperçues de l'inégale netteté des lignes horizontales et des lignes verticales. M. Javal a démontré récemment que chez les jeunes gens en particulier le cristallin peut se déformer spontanément de manière à cornpenser V astigmatisme de la cornée. Cette importante découverte explique pourquoi l'astigmatisme passe si souvent inaperçu, tout en étant une cause de fatigue considérable.

Besicles cylindriques. — Ophthalmomèlre de Javal. — Il est évident qu'on ne peut remédier à cette infirmité avec des verres sphériques, les seuls que vendent ordinairement les opticiens, mais avec des verres qui agissent inégalement dans les différents méridiens de l'œil. L'astigmatisme, découvert par Thomas Young, a été corrigé pour la première fois par l'astronome Airy, au moyen de verres cylindriques.

Le docteur Javal a démontré que, si l'on assimile l'œil à un ellipsoïde à trois axes inégaux, tout verre cylindrique capable de ramener à l'égalité de réfringence les deux arcs situés dans le plan perpendiculaire h l'axe antéro-postérieur ramène en même temps tous les autres méridiens de l'œil au même pouvoir réfringent. La correction de l'astigmatisme se fera donc par l'emploi d'un verre cylindrique approprié. Ce problème est résolu avec précision et rapidité, du moins dans le cas de l'astigmatisme cornéen, à l'aide d'un ophthalmomètre inventé en 1881 par MM. Javal et Schiotz.

569. Diplopie. — La diplopie est une affection de l'œil qui fait qu'on voit les objets doubles, c'est-à-dire qu'on en voit deux au lieu d'un. La diplopie peut résulter d'une paralysie des muscles qui font mouvoir les yeux, par suite de laquelle les deux yeux cessent de converger vers le même point. Cette maladie peut aussi n'affecter qu'un seul des yeux. Ce dernier cas est dû à de l'astigmatisme irrégulier. Un seul œil peut être même affecté de triplopie ou de polyopie.

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