Définition du phénomène. — On a déjà VU (681) qu'on
entend par évaporation une production lente de vapeur à la surface d'un liquide. C'est par évaporation que les étoffes mouillées sèchent à l'air, ou que l'eau contenue dans un vase ouvert disparaît complètement au bout d'un certain temps. C'est à l'évaporation qui se produit à la surface des mers, des lacs, des rivières et du sol, que sont dues les vapeurs qui s'élèvent dans l'atmosphère, s'y condensent en nuages et se résolvent en pluie.
Tout liquide s'évapore dès que sa tension de vapeur n'est pas nulle ; mais son évaporation cesse, quelle que soit la température, dès que l'air ambiant est saturé; ou du moins, s'il y a encore évaporation, elle est équilibrée par une condensation équivalente.
709. Cas particuliers d'évaporation. — 1° Évaporation de V acide sulfurique. — Ce liquide ne donne plus de vapeurs au-dessous de 30°, même dans le vide. En effet, si l'on place sous le récipient de la machine pneumatique deux capsules contenant l'une de l'acide sulfurique, l'autre de l'eau de baryte, et qu'on fasse le vide, l'eau ne se trouble pas tant que la température est inférieure à 50°. Cela prouve qu'il ne se produit pas de vapeurs acides; car, s'il s'en produisait, elles se dissoudraient aussitôt dans l'eau de baryte et il y aurait formation de sulfate de baryte, lequel est blanc, complètement insoluble et se précipiterait dans la liqueur.
2° Évaporation du mercure. — Faraday l'avait étudiée par une expérience très nette. En appliquant une feuille d'or sur l'extrémité inférieure d'un bouchon, et fermant avec celui-ci un flacon contenant du mercure, il vit au bout de quelques jours l'or blanchir en s'amalgamant; il constata, en outre, que le phénomène ne se produisait qu'autant que la température était supérieure à — 6°. De là il avait conclu que — 6° était la température limite de l'évaporation du mercure. Davy, qui avait trouvé de son côté pour limite — 7°, admettait qu'à des températures peu supérieures à cette limite les vapeurs de mercure forment seulement une couche de quelques centimètres au-dessus de la surface libre du liquide : ce qui est opposé à la loi générale de la diffusion des fluides aeriform.es (241). Or, dès 4858, Regnault avait observé que le mercure se vaporise à — 15° ; et récemment, M. Merget (de Lyon) a constaté que ce liquide donne encore des vapeurs à — 44°. De plus, il a reconnu que les vapeurs mercurielles possèdent un pouvoir diffusif ie\, que dans les locaux vastes et élevés on en constate la présence, à la température ordinaire, depuis le sol jusqu'au plafond, même quand elles sont émises par des surfaces d'évaporation peu étendues.