‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 119 sur 142 · TRAITEMENT DE LA PÊ*RICARDITE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA PÊ*RICARDITE

Quoi qu'il en soit, peu de péricardites, je le répèle, résisteront à notre méthode, si elles sont prises a leur origine.

Que si, par exception, malgré les secours de l'art convenablement administrés , la pérîcardite se prolongeait ou passait même à l'état vraiment chronique, il faudrait combiner sagement les émissions sanguines locales modérées, soit au moyen des sangsues, soit au moyen des ventouses scarifiées avec les divers révulsifs, tels que les larges vésicatoires, les cautères, lesmoxas, les sétons,la pommade stibiéo, l'huile de croton liglium, etc. Les frictions mercurielles pourront également être employées.

Un régime sévère, des bains tièdes répétés de temps en temps, favoriseront l'action des autres agents curatifs.

L'épancliement qui s'est opéré dans le péricarde est-il rebelle à toutes ces pratiques , le cas devient on ne peut plus embarrassant. L'évacuation du liquide au moyen d'une opération chirurgicale est un de ces problèmes thérapeutiques dont l'expérience n'a pas encore donné la solution, Nous ne pouvons donc nous prononcer formellement ni pour ni contre une tentative de ce genre.

Les médecins et les chirurgiens ne sont point encore d'accord sur la gravité de l'opération dont il s'agit, considérée en elle-même^ pour moi, je ne la crois pas très dangereuse. Mais, en tout cas, elle se présentera bien rarement à faire dans la pratique de ceux qui auront recours à notre méthode de traitement.

INous reviendrons, au reste -, sur l'opération en question en traitant de X hydropéricarde.

Le traitement des autn-s maladies du cœur dont la pérîcardite peut être compliquée, ou qu'elle a pu entraînera sa suite, sera indiqué aux articles consacrés à l'histoire de ceâ maladies.

§ II. Observations de péricardite terminée par la guérison.

OBSERVATION 53f.

Femme de 27 ans. — Péricardite et rhumatisme articulaires aigus. — Quatre saignées de trois palettes , quatre-vingt-six sangsues en quatre fois ; thrirf., opium , poudre de Dow. — Convalescence le dixième jour. — Le douzième jour la malade mange le huitième de la portion.

Victoire Chaudron, âgée de 27 ans, fille, d'une constitution délicate, peau fine, cheveux châtains, jouissant habituellement d'une assez bonne santé, bien réglée depuis l'âge de 19 ans, fut reçue à la Clinique (n° 4 , salle Sainte- Madeleine), le 10 mai i85Z|. Elle était accouchée à la Maternité , le 24 mars de la même année. Elle a nourri son enfant pendant quatorze jours, après lesquels il a succombé. Vers le 9e jour de ses couches, elle éprouva de violents maux de tête, de la fièvre (10 sangsues lui furent appliquées derrière les oreilles).

Environ vingt jours après son accouchement, elle s'est refroidie en lavant du linge, et ses lochies se sont supprimées (1). Quinze jours avant son entrée, elle avait repris ses fonctions de domestique et s'était beaucoup fatiguée. Pendant huit jours, elle ne fit son ouvrage qu'avec une grande peine. Une huitaine de jours avant son admission à la Clinique , les pieds s'étaient enflés et étaient devenus douloureux. Le 4 mai, elle fut obligée de s'aliter, et le 8, presque toutes les articulations étaient le siège d'un rhumatisme aigu.

20 sangsues aux cuisses, dans l'intention de rappeler les lochies, des cataplasmes sur les articulations, tels furent les moyens employés avant l'entrée delà malade à l'hôpital.

Quelques nausées et des vomissements, accompagnés de

(1) Cette femme attribuait aussi en partie la suppression des lochies à ce qu'elle avait bu une quantité considérable de tisane d'orge très froide.

OBSERV. DE PLT.TC. TFRlUriVÉE PAR LA. GTJERISON. 533

constipation, un peu de dyspnée, s'étaient joints, dans les derniers jours, aux douleurs rhumatismales.

10 et 11 mai. Plusieurs articulations, et spécialement celles des mains, des pieds et des genoux, sont très douloureuses, gonflées; la peau est luisante, tendue , un peu rouge : le moindre mouvement est impossible.

Peau chaude , sèche ; visage pâle ; un peu d'anxiété ; insomnie.

Pouls assez développé, souple, régulier, à 100 par minute ; respiration accélérée (à 48-52 par minute); peu de toux ; quelques crachats séro-muqueux.

Matité fort étendue dans la région précordiale (5 pouces 5 lignes verticalement (92 millim.), 5 pouces 7 lignes (97 millim.) transversalement) ; la main appliquée sur cette région sent à peine l'impulsion du cœur.

Les bruits du cœur, éloignés , obscurs, sont accompagnés d'un souffle très prononcé pendant la contraction ventriculaire ; point de souffle dans les carotides.

Sentiment de tiraillement vers l'extrémité du sternum et la région épigaslrique ; douleur médiocre dans les mêmes points pendant la toux et les larges inspirations.

Pœsonnance normale à la partie antérieure de la poitrine (la région précordiale exceptée) et raie sibilant ; en arrière, la résonnance et le murmure respiratoire sont à l'étal normal, si ce n'est à la partie inférieure où la respiration est un peu obscure. Point de souffle bronchique ni d'égophonie.

Bouche amère (la bile lui remonte toujours, ditlamalade, dans celte partie) ; langue blanche, médiocrement humide; inappétence ; soif vive ; nulle douleur dans le ventre,

Diagnostic Rhumatisme articulaire aigu; endo-péricardite.

Prkscription du 11 mai. Une saignée de "h pal.; 20 sangs. rég. précord.t catapl. ; viol, sir. de gomm.; lav, émoll,; diète.

12- Le sang offre un caillot à bords retroussés, recouvert d'une couenne très dense , élastique.

Soulagement : le léger sentiment de douleur vers l'extrémité du sternum et la région épigastrique n'existe plus; les battements du cœur sont plus superficiels, plus faciles à distinguer ; les deux bruits sont plus rapprochés de l'o* reille, etj le souffle qui accompagne le premier moins prononcé.

Les mains et le genou gauche sont encore fort douloureux.

Pouls à 96, assez fort et développé, mais sans dureté ; pçau un peu sèche. {Une saignée de 5 pal.; 12 sangs, rég. précord. )

Le soir, sentiment d'étouffement vers le creux de l'estomac, pouls à 108, plus tendu que le matin. (28 sangs, rég. précord. )

i3, Les battements du cœur sont très forts, repoussent la main , mais le bruit de soufflet a disparu; la matité a 3 pouces 10 lignes (io4 mill.) verticalement, et 5 pouces 5 à 4 lignes ( 88 à 90 mill. ) transversalement.- — Oppression moindre, au sentiment de la malade (1; ; pouls à 96.

Les membres inférieurs sont dégagés; les supérieurs commencent à se mouvoir. (Looc/i blanc avec thrid.; le reste ul suprà.)

i4. Battements du cœur de plus en plus superficiels, sans bruit de souffle distinct; pouls à 88, assez plein ; inspirations à 02-56, [%[mI, d'est, gomm. d'opium (îbniill/gr.) ) . i5, Légère recrudescence de la fluxion rhumatismale; mais les battements et les bruits du cœur conservent les caractères indiqués plus haut, et la respiration n'est point gênée.

(1) Le nombre des inspirations s'élève cependant à 40 par minute.

OBSERV. DE PÉRIC. TERMINEE PAR LA GUl^RISON. 535

Urines jumenteuses, déposant en abondance une matière fu rfu racée.

Pouls à 116-120. {Saignée de 5 palettes.)

16. Sérosité claire, abondante, dans la saignée de la veille; le caillot est recouvert d'une couenne dense, élastique.

Pouls à 108 ; urines moins chargées.

On sent toujours très distinctement au toucher les battements du cœur; les bruits sont un peu obscurs, mais sans souffle.

1 7 au matin. Soulagement ; sueurs dans la nuit ; moins de fièvre (pouls à 92-96); les articulations du pied et du genou sont encore douloureuses. — Le soir, pouls à 116 ; peau chaude et moite. {Continuation de l'opium et de la t h rida ce.)

18. Pouls à 96-100; respiration a 28-62 ; genou droit douloureux, gonflé (il a i5 pouces (35 2 millim.) de circonférence, tandis que le gauche n'a que 1 g pouces 4 lignes (554 millim.). {Nouvelle saignée de 5 palett.; pond, de iJow., i$gr.)

19. Genou très douloureux encore; pouls à 120; peau chaude, moite ; urines moins foncées en couleur, avec dépôt moins considérable, fortement acide comme les jours précédents. (26 sangs, sur le genou droit; 3 bouill. de pou l.)

20 et 21 . Pouls à 92-96 ; la douleur du genou a disparu ; langue humide , blanche. {Bouillon et potage.)

22 et 20. Il n'y a plus de douloureux que le pied droit. {Le demi-quart d'aliments.)

24 et 2Ô. La malade va très bien ; toutes les articulations sont libres , sans chaleur ni gonflement. (Pouls à 84 ; respir. à 16.)

s6 , 27,28, 29 , 3o. Point de rechute. Les battements et les bruits du cœur sont tout-à-fait normaux. La malade mange successivement le quart et la demie. {Bains tièdes»)

La malade sort le 8 juin , ayant repris ses forces»

L'auscultation et la percussion, pratiquées plusieurs fois dans les derniers jours que la malade a passés à l'hôpital, n'ont fourni aucun indice de maladie du cœur.

Réflexions.- — Il n'a rien moins fallu que de nombreuses saignées générales et locales, pratiquées d'abord coup sur coup, pour triompher delà double inflammation aiguë dont la femme qui fait le sujet de celte observation se trouvait atteinte.

Les conditions au milieu desquelles cette femme avait contracté et le rhumatisme et la péricardite , étaient d'ailleurs assez défavorables. On se rappelle qu'elle n'était accouchée que depuis une quinzaine de jours. Or , l'état puerpéral est, dans toutes les maladies , une circonstance des plus aggravantes. Cet état ne supporte pas toujours très bien les larges et copieuses saignées , et cependant ici, comme dans des cas plus favorables, elles sont très certainement le plus puissant moyen , la méthode la (dus efficace qu'on puisse opposer aux phlegmasies aiguës en général, et spécialement au rhumatisme articulaire aigu et à la péricardite.

Dans l'observation suivante, on verra une péricardite compliquée de pleurésie guérir plus rapidement encore que la précédente, bien qu'elle n'ait pas été attaquée aussi vigoureusement que cette dernière.

Jeune homme de 19 ans. — Péricardite aiguë, compliquée de pleurésie gauche (bruit de frôlement péricardique ; matité et légère voussure de la région précordiale). — En trois jours, deux saignées de trois pal. ; deux applic. de vent, de deux à trois pal. chacune. — Convalescence dés le cinquième jour. — Le malade mange le quart, le huitième jour après son entrée.

Un jeune homme de 19 ans, domestique, ayant essuyé de grandes fatigues depuis quelques jours, était indisposé depuis une quinzaine de jours, lorsqu'il fut admisàla Clinique^. i'A, salle St.-Jean de Dieu), le 21 septembre 1 854-

OBSERV. DE PÉRIC. TERMIM^E PAR LA GUERISON. 53y

Malgré son état d'indisposition , il avait continué à travailler jusqu'à la veille de son entrée qu'il fut obligé de s'aliter (vingt sangsues avaient été appliquées sur le côté gauche, qui avait été douloureux depuis le commencement de la maladie, mais surtout dans les derniers jours).

État du malade à la visite du 22. Face pâle, abattue; peau assez chaude et moite; pouls peu développé, facile à déprimer, régulier, à 1 12 ; 28 à 32 inspirations.

Légère voussure de la région précordiale , matitéfort étendue dans la même région (6 pouces ( 162 mill. ) transversalement et 4 pouces et 1/2 (122 mill.) verticalement) ; dans toute cette région , on entend distinctement un bruit de frôlement, analogue au froissement du parchemin , isochrone aux mouvements du cœur. A ce bruit s'en joint un autre qui se rapproche beaucoup du bruit de soufflet , et de plus un tintement argentin dû au choc du cœur contre le thorax; plus en dehors, bruit de tiraillement ou de craquement, qu'au premier abord on aurait pu rapporter au péricarde , mais qui se passait réellement dans la plèvre voisine, puisqu'il était isochrone aux mouvements respiratoires.

Dans toute l'étendue de la région précordiale , les bruits normaux du cœur sont éloignés, profonds, presque entièrement éclipsés par les bruits accidentels indiqués. Dans le décubitus en supination, l'impulsion du cœur se fait à peine sentir; cependant la région précordiale est ébranlée sensiblement pendant la contraction du cœur. En pratiquant l'auscultation sur les parties latérales du cou , on entend moins confusément qu'à la région précordiale le double bruit du cœur.

Malilé dans presque toute l'étendue du côté gauche; souffle bronchique s'étendant de la base de ce côté jusque vers le sommet de la poitrine ; égophonie criarde, aigre comme la voix du perroquet, à son maximum vers la pointe de l'omoplate et dans les environs ; absence de la respiration vésiculaire; décubitus sur le côté gauche. Lorsqu'on

fait parler le malade, les parois du côté gauche n'éprouvent aucune -vibration perceptible à la main. Le rebord cartilagineux des fausses côtes gauches est manifestement déjeté en dehors. Point de toux ni d'expectoration.

Le malade a dormi une heure la nuit dernière et a sué.

Les fonctions digestives n'offrent rien de notable; soif et inappétence comme dans tout état fébrile.

Le malade éprouve un sentiment de faiblesse profonde.

Diagnostic. Pleuro-péricardite avec épanchement pseudomembraneux.

Prescription. Une saignée de 3 pal. ; vent, scarif. région préeor. et côté gauche de la poitr. (5 pal.); catapL; viol.gniin . édulc . ; la i> . ; diète.

20. Soulagement; pouls h 96-100 ; 32 inspir.j persistance de la matité, de l'égophonie et du souffle bronchique , mais à un moindre degré; persistance du double bruit de frôlement , alternatif comme les mouvements du cœur. — Caillot recouvert d'une couenne d'une médiocre consistance. {Une saignée de 2 pal. 1/2 à "h pal.)

24. — 80 à 84 pulsations; on distingue encore mal l'impulsion du cœur; le double bruit du cœur se dégage sensiblement du bruit de frôlement péricardique. — La respiration vésiculaire revient dans plusieurs points , et le frottement pleural diminue. La matité n'occupe plus que la partie inférieure de la région postérieure gauche. (Vent, scarif] région pré cord. (2 pal.). )

26 et 26. Continuation de l'amélioration; bon sommeil; pouls à 84, régulier, assez plein.

La matité de la région précordiale a diminué de moitié; l'impulsion du cœur est plus facile à sentir; la voussure est à peine marquée; les deux bruits du cœur sont faciles à distinguer à travers le bruit de frôlement péricardique, qui est beaucoup moins prononcé que les jours précédents.

On eole.ud k respiration vésieulaire dans tout le eôté

OBSERV. DE PERÏC. TERMINEE PAR LA GUEUISON. 53g

gauche ; cessation du souffle bronchique , de l'égophonie et de la malité.

27. Fièvre nulle (pouls à 76 , point de chaleur anormale de la peau ) ; 24 inspirations; nul sentiment de dyspnée, ni d'anxiété; bon sommeil; retour de l'appétit.

Les bruits du cœur sont revenus à l'état normal , et le bruit de frôlement ou âeraclement a presque complètement disparu; la région précordiale n'offre plus que 2 pouces (54 mil!.) de malité en travers et verticalement. [Bouill. ; potag. ; lait; raisin.)

28 et 29. La convalescence marche très bien. Les battements et les bruits du cœur sont tout-à-fait normaux. Nulle oppression ; point de matilé dans le côté gauche, ni d'égophonie , ni de souffle bronchique; le bruit de raclement pleural s'est changé en un bruit de léger froissement de taffetas.

Expression de la physionomie tout-à-fait naturelle. (Le malade est suecessivement mis au demi-quart et auquart.)

Dans les premiers jours d'octobre, le malade n'éprouve plus rien qui annonce un état morbide. Cependant il reste encore un léger bruit de taffetas à la partie postérieure du côté gauche. — ■ Le malade mange la demie.

Le 4 octobre , sortie. Les battements et les bruits du cœur n'offraient rien d'anormal. La malité anormale de la région précordiale avait complètement disparu.

Réflexions. — La rapidité et la facilité avec lesquelles la pleuro-péricardite s'est dissipée dans le cas précédent, ont assurément de quoi surprendre ceux qui partageraient encore aujourd'hui l'opinion de plusieurs médecins sur l'immense gravité de la péricardite, même dégagée de toute complication. Mais chaque jour nous voyons les faits donner un heureux démenti à cette opinion.

La péricardite, il faut le répéter, n'est réellement une maladie très grave et prochainement mortelle, que dans les cas où elle 86 trouve compliquée d'une cardite$ d'un endo*

cardite très intense, ou d'une violente pleuro-pneumonie. Mais alors le danger principal vient plus de la complication, que de la péricardile elle-même. Toutes les fois que chez un sujet atteint de péricardite le visage se grippe, s'altère, que la respiration est profondément gênée, la circulation irrégulière et embarrassée , on a de très fortes présomptions que cette maladie n'est pas simple.

OBSERVATION ôo< (I).

Homme de 34 ans. — Pleuro-péricardite avec épanchement. — Saignée. — Vésicatoires, diurétiques et purgatif. — Guérison le neuvième jour (le malade mange alors le demi-quart).

In ouvrier, âgé de 54 ans, est entré , le 11 août 1 854 » à l'hôpital delà Charité (n° 19, salle Saint-Jean-de-Dieu). Il jouissait habituellement d'une bonne santé; mais il y a trois semaines qu'à la suite de fatigues et d'alternatives de chaud et de froid il commença à éprouver de l'oppression et de la toux. Bientôt il survint un léger dévoiement. Cet état continue jusqu'au jour de son entrée à l'hôpital, sans que le malade interrompe ses travaux et cesse de manger.

Le jour de son arrivée a l'hôpital, on lui fit une saignée de 5 palettes.

Etat du i5 août, à la -visite : constitution assez forte , figure pâle . respiration difficile , parole entrecoupée , 62 à 56 inspirations. Pouls petit, mou, facile à déprimer, à 128 puis, par minute; crachats assezeopieux, roulants, très légèrement striés de sang. — Le caillot de la saignée faite au malade à son arrivée présente une très légère couenne, et ne se rompt pas quand on le soulève hors du vase , en le tenant par son bord.

La région précordiale forme une voussure assez prononcée ; les espaces intercostaux sont dilatés à gauche.

(1) Cette observation a été recueillie par M. le docteur Raciborski , jeune médecin polonais d'une grande espérance.

La percussion donne un léger bruit de pot fêlé au-dessous de la clavicule gauche, ce qui tient probablement à la présence d'une bronche dilatée (1). Plus bas, on trouve de la malilé qui, à partir du bord droit du sternum , s'étend dans toute la partie externe du côté gauche. La main appliquée sur cette région , lorsque le malade parle , ne sent aucune vibration. Dans la région précordiale, on ne sent aucune impulsion du cœur, lorsqu'on y applique la main. Les bruits du cœur sont sourds et éloignés, mais on les analyse pourtant encore assez distinctement -^craquement assez fort , bruit de cuir neuf vers la pointe du cœur.

A droite et en avant, la résonnance est bonne jusqu'au bord supérieur du foie. Un peu de râle sous-crépitant au-dessous de la clavicule du même côté. En arrière et à gauche, on trouve, en haut, un son clair et une respiration normale. Dans le tiers inférieur, les côtes forment une voussure assez prononcée ; là, malilé complète et absence de respiration. Vers l'angle inférieur de l'omoplate, on trouve une égophonie très distincte. A droite et en arrière , on entend du râle humide sous-crépitant.

La mensuration donne 17 pouces ( 4^o mill.) de circonférence pour le côté gauche, et 16 (455 mill.) pourlecôlé droit.

Langue un peu rouge; salive légèrement acide; ventre un peu tendu, sans gargouillement manifeste.

Diagnostic. Péricardite compliquée de pleurésie gauche.

Prescript.on. Vésicatoire sur le côté gauche de la poitrine ; eau de lin et de chiendent avec oxymel scillitique ; potion gomrrieusè avec 24 gr. (12 décigr.) de scille. (Le pouls élait si misérable , le malade si décoloré, qu'on n'osa point pratiquer une nouvelle saignée.)

i5. La respiration paraît plus facile. Les battements du cœur sont très profonds, et on les dislingue assez diflicile-

(1) Il n'existe aucun autre indice d'excavation tuberculeuse.

ment ( 120 par minute). — Pouls faible , facile à déprimer, régulier.

La percussion de la région précordiale donne un son mat dans une étendue de 5 pouces et demi (p,5 miilim. ) de haut en bas. (En mettant le malade sur son séant, la matité ne change presque pas de niveau.) Dans le sens transversal, la matité de la région précordiale se continue avec celle du côté gauche de la poitrine.

A droite , la respiration se fait mieux dans la région sous-claviculaire , et le râle y est à peine marqué.

Les crachats sont blanchâtres.

Le malade n'est allé qu'une seule fois à la selle.

Ses urines sont rouges , mais sans dépôt (Même prescription , moins le vésicatoire. )

i4- Les battements du cœur sont plus superficiels , à 1 1 2.

i5. Le pouls se relève ; la respiration se fait bien mieux. — Le râle est très peu marqué. La région précordiale forme toujours une saillie assez sensible. La matité existe encore dans deux pouces et demi (G8 mill.) de haut en bas. En mettant le malade sur son séant, la main appliquée sur la région précordiale , on ne sent pas la pointe du cœur. Lorsqu'on le couche sur le côté droit, on entend la respiration du côté gauche.

Il y a eu hier deux selles. (Même tisane; — 2 bouillons , soupe aux herbes , 6 pruneaux.)

L7. — 96 à 100 pulsations. Les bruits du cœur sont plus superficiels, moins d'égophonie. ( Pot. gom. avec 3o gr. (i5 décigr.) descille; le reste ut supra.)

18. — 84 â 88 pulsations. Les bruits du cœur sont moins obscurs. La voussure a presque entièrement disparu. On peut déjà limiter la matité de la région précordiale en dehors. (Elle est de 5 pouces (81 miilim.) en travers et de 2 pouces 2 lignes (69 miilim.) seulement verticalement.) Le malade étant penché en avant , on entend les bruits du cœur plus distinctement , sans sentir encore la pointe de

cet organe. (5 bouillons : — pot. gommeuse ai'ec la scille en poudre. )

20. — Les battements du cœur sont devenus superficiels; la respiration est libre. (On sèche le vêsicatoire ; une médecine ordinaire,}

21. — 72 pulsations. — La respiration est normale ; les battements du cœur se distinguent parfaitement. En arrière, la respiration vésiculaire a remplacé le râle; l'égophonie et la matilé ont disparu. Le malade a eu plusieurs selies. {Lavement huileux ; — 5 bouillons; — 2 soupes aux herbes ; — un œuf. )

22. — Le malade se sentant tout-à-fait bien, demande et obtient sa sortie. La respiration était libre. La matilé avait cessé, et dans la région du cœur , et dans tout le côté gauche de la poitrine. Les battements et les bruits du cœur étaient revenus à l'état normal.

Réflexions. — Dans ce cas, lapleuropéricardite n'a, pour ainsi dire, offert aucune résistance aux moyens peu énergiques qui ont été mis en usage. Nous avouerons franchement que nous étions loin de nous attendre à une issue aussi promptement favorable, et que nous avions même porté un pronostic assez fâcheux , lorsque nous vîmes le malade pour la première fois. L'altération des traits, la pâleur du visage, l'oppression très forte, la fréquence et la petitesse du pouls , la constitution peu vigoureuse du sujet, Y âge de la maladie , tout concourait à nous alarmer. Mais dès les second et troisième jours, nous commençâmes à nous rassurer. Toutefois, il nous sembla prudent de ne point insister sur les émissions sanguines chez un sujet à demi anémique, et nous les remplaçâmes par les diurétiques et les purgatifs sagement administrés; moyens qui, en désemplissant le système sanguin, favorisent la résorption du liquide épanché, et constituent, sous ce point de vue, des espèces de saignées blanches , des émissions séreuses.

Mais on se tromperait gravement, si l'on croyait qu'une

péricardite un peu intense, surtout quand elle est compliquée d'endocardite, de pleurésie, de pleuro-pneumonie ou de rhumatisme articulaire, cède entièrement à un traitement tel que celui dont il vient d'être question. L'expérience la plus répétée et la plus exacte nous autorise à déclarer formellement qu'il n'en est point ainsi. Quelques unes des observations suivantes sont bien propres à démontrer notre assertion. Si nous les conservons dans cette seconde édition, c'est qu'elles sont éminemment intéressantes sous le point de vue qui nous occupe , et qu'elles restent là comme un témoignage éclatant du peu de valeur des émissions sanguines telles qu'on les employait avant la nouvelle formule.

orsr.?,v\Tiu\ 5Ge (l).

Jeune homme de 18 ans. — Rhumatisme articulaire aigu. — Suppression des douleurs articulaires avec invasion subite d'une pleuro-pneumonie double, et puis d'une péricardite avec épanchemenl. — Traitement par la mélhode ancienne des éniissiuns sanguines. — Guérison lente et diffiei ,

s Avrillon, Alexandre, âgé de 18 ans, est entré à la Charité le 2j juin 1 855 (service de M. Dalmas. Sa santé a toujours été extrêmement délicate : sa constitution est faible et lvmphalique; le travail auquel il est obligé de se livrer dépasse ses forces, et l'endroit où il couche est extrêmement humile. — Ce paraît être là le seul point de départ de la maladie qui l'a d'abord conduit à l'hôpital.

• Trois jours avant son entrée à la Charité, il fut pris subitement de douleurs rhumatismales très vires, qui après avoir, en 24 heures, parcouru successivement toutes h-s grandes articulations , vinrent en quelque manière établir leur centre de confluence >ur les genoux ., lesquels en avaient d'ailleurs été le siège primitif, — Douleurs assez vives pour arracher des cris au malade ; fièvre très intense ;

1 Je dois à l'obligeance de M. Fournet les détails de celte observation.

perte complète de l'appétit; sueurs excessives; tout a augmenté d'intensité jusqu'au moment de son entrée, 27 juin.

» Le lendemain, 28, il a été trouvé dans l'état suivant : La plupart des grandes articulations et surtout celles des genoux, étaient chaudes, tuméfiées, légèrement rougies, et retenues immobiles par l'acuité des douleurs que le malade y ressentait; douleurs qui avec une fugacité extrême faisaient des migrations rapides d'une articulation à une autre. La faiblesse du malade était considérable; le pouls plein, fort et fréquent. [Bourrache miellée; poudre de Dower, 3 gr. (i5 centigr.); saignée de 3 pal.; diète.)

«Dans la nuit du 28 au 29, insomnie, agitation considérable.

«29. Même état que la veille. [Même prescription; renouvellement de la saignée.)

» 5o. Les douleurs rhumatismales se sont fixées d'une manière plus spéciale dans les articulations supérieures et dans l'épaule en particulier. (Bourrache miellée; poudre de Dower, 8 gr. (4 décigr.); nouvelle saignée de 3 pal.; 2 bouill.)

» ier juillet. Persistance des mêmes symptômes et rien de plus; mais dès la matinée du 2 juillet tout a changé de face. Les douleurs articulaires ont subitement disparu, et le malade s'est au même instant trouvé pris des symptômes suivants : oppression considérable, inspirations très fréquentes et très douloureuses. Douleur très aiguë dans la partie inférieure droite de la poitrine , considérablement exaspérée par une toux sèche et fréquente ; même douleur dans la partie inférieure gauche de la poitrine, mais plus vive encore, et occupant d'une manière plus spéciale la région du sein gauche. Deux élèves qui ont , à la visite, ausculté le malade , ont constaté à la partie inférieure des deux côtés de la poitrine , l'existence d'une pleuro-pneumonie, laquelle cependant était plus marquée à gauche qu'à droite ; le malade assure n'avoir craché le sang, 1. 35

546 Maladies du coeur en particulier.

ni dans Ce moment, ni dans aucun autre temps de la ma ladie. [Saignée de "à pal.; bourrache miellée; 2 bouillons.)

» 3 juillet. Même état dans les symptômes. [Pot. gomm. avec sirop diacode, et 1 5 sangsues sur le sein gauche. )

» 4» Sonorité à la percussion à la partie postérieure et supérieure de la poitrine jusqu'au niveau de l'épine de l'omoplate, résonnance égophonique à ce niveau et dans toute la partie située au-dessous ; matité et absence du bruit respiratoire. — Quant aux symptômes de la pneumonie, ils n'ont jamais été que peu intenses , et ont suivi une marche rapidement décroissante. (Sous l'influence d'un vésicatoire appliqué vers le sein gauche et de l'administration des diurétiques , l'épanchement pleurétique de l'un et de l'autre côté a lui-même les jours suivants visiblement diminue.)

» 9. On fait une saignée de 2 palettes.

» 1 1 . On commence l'usage des purgatifs doux, (tïuile de ricin.)

» i'5". 20 nouvelles sangsues sont appliquées sur la région du sein gauche. — Je n'ai pu avoir de renseignements précis sur cette période de la maladie, cependant il ne paraît pas du tout que jusque là on ait rien observé, ou du moins soupçonné du côté du péricarde {les saignées, les sangsues, les vésicatoires , qui o lit été employés, n'ont été dirigés que contre les accidents de la double pleuro-pneuihonie , et surtout de l'a pleurésie du côté gauche.)

«Plus tard, il est survenu unepéricardîfe dont il importerait de fixer le début. Il ne me paraît pas qu'on puisse le faire remonter plus loin qu'au 16 ou 17 juillet.

» 17 juillet. Tis. de digitale , 2 5 sangsues sur la région précordiale.

» i'8 juillet. Lavement et potion purgatifs; i5 sangsues au cœur.

» 1 9 juillet. Smapismes aux mollets ; vin de Malaga; renouvellement de la potion purgative , et vèsicatoire sur la i~égion du péricarde.

» A cette époque, M. Dalmas avait reconnu à la région du cœur un bruit de soufflet distinct; oppression et fréquentes défaillances; délire. (C'est pour combattre ces phénomènes: alaxiques que l'on avait prescrite vin de Malaga et des sinaàismes , etc. )

» 20 juillet. M. Barth , interne du service, s'est aperçu que le bruit de soufflet qui avait été très bien constaté les jours précédents avait disparu , et il a reconnu dès ce moment une voussure manifeste à la région précordiale.

»Le bruit de soufflet qu'on avait vu disparaître, le 20 juillet, sous l'influence de l'augmentation del'épanchement du péricarde, a reparu le 26 juillet. C'est à partir du 28 que j'ai commencé à observer moi-même le malade. II était alors dans l'état suivant : il n'y a plus d'oppression apparente, seulement encore un reste de douleur sourde 4 profonde, augmentant dans le décubitus à droite , et qui a son siège à la région péricardienne. Le faciès est tranquille, mais pâle et affaissé; il n'y a' rien du côté du ventre ni de la tête.

» La région du péricarde est soulevée d'une manière frappante , sous forme d'une 'voussure à base large, étendue depuis la 2e Jusqu'à la 5e cote , et dont le centre ou le sommet est élevé au moins «1/2 pouce ( 14 niill. ) au-dessus du niveau du reste de la poitrine; sur cette vousswe les espaces intercostaux sont légèrement agrandis, et la maigreur du sujet permet aussi de constater que les parties molles intercostales de cette région ont subi un léger refoulement en dehors. Mesurée un peu au-dessous du sein , la circonférence du côté gauche droit de la poitrine l'emporte d'un 1/2 pouce (14 mill.) sur celle du côté gauche. Une matité complète existe dans toute l'étendue de la voussure. — Les battements du cœur sont forts , étendus, mais sans irrégularité , et en même temps sourds et comme profonds. — Appliquée sur la région du cœur, la main n'y éprouve pas de frémissement vibratoire, ce qui est dû sans doute à l'énorme éparichemeht du liquide. — Enfin , on

entend dans la région du cœur et aux deux artères carotides primitives un bruit de soufflet très prononcé.

La percussion et l'auscultation s'accordent pour démontrer que la résorption de l'épanchement pleurétique n'est point encore achevée. — La respiration se fait 28 fois par minute, et le pouls qui bat 102 fois est encore fort, dur et vibrant.

d Les jours suivants, le malade éprouvait un peu de mieux, quand, le 5i juillet, des imprudences de régime ont déterminé une recrudescence. — Pouls de 1 \I\ à 1 1 5 pulsations, extrêmement fort et large; oppression manifeste; 3o inspirations par minute. Face plus altérée , yeux cernés , chaleur générale , région abdominale douloureuse , langue rouge et sèche, constipation. Les battements du cœur sont plus tumultueux. [Le malade est mis à une diète sévère.)

«Les jours suivants, l'influence de la diète s'est rapidement fait sentir. Dès le 4 août, la respiration est tombée à 20 inspirations , et le pouls à 9G ou 98 pulsations. — Les battements du cœur sont beaucoup moins forts et moins profonds; le bruit de souffleta diminué; la matité précordiale n'est plus aussi étendue, et la voussure est manifestement moins prononcée. Mesurée , la poitrine n'offre plus qu'une différence de 3 lignes (7 mill. ) en faveur du côté gauche. Déjà le décubitus est indifférent, et la résorption de l'épanchement pleurétique s'opère d'une manière très sensible.

»Le 7 août, tout est mieux encore : les forces du malade se refont; on n'aperçoit plus qu'une légère voussure de la région précordiale; la matité n'occupe plus qu'un bon pouce de rayon. Le bruit de soufflet du cœur et des artères n'est plus que faible; les battements du cœur beaucoup plus calmes conservent encore quelque chose de sourd et de profond; et avec de l'attention, l'oreille appliquée à la région précordiale, perçoit de temps en temps une sorte de gargouillement, de flot de liquide, phénomène dont l'ap-

OBSERV. DE PÉRIC. TERMINEE PAR LA GUÉRISON. 54g

parition est due sans doute à la diminution considérable de l'épanchement (1).

» Le 1 1, le malade a mangé la 1/2 , et une légère recrudescence est aussitôt apparue ; mais un régime plus modéré en a fait justice dès le jour même.

» Enfin , le malade est sorti le ) 2 août , la face ayant une teinte plus vitale, la peau plus colorée , les forces presque entièrementrevenues; n'éprouvant aucune douleur, aucune oppression , aucune gêne précordiale. La voussure n'était presque plus appréciable ,1a matité presque réduite à l'état normal; le bruit de soufflet à peu près nul, tant dans le cœur que dans les artères carotides ; les battements du cœur entièrement calmes et redevenus superficiels; et la respiration , ainsi que la sonorité, reviennent progressivement dans la partie inférieure et postérieure delà poitrine , sans toutefois avoir encore atteint le degré normal. »

Réflexions. — On voit que la maladie s'est montrée rebelle aux émissions sanguines non formulées à notre manière, et qu'elle s'est prolongée plus d'un mois. Ajoutons qu'à la sortie , le cœur n'était pas dans un état complètement normal.

Homme de 39 ans. — Rhumatisme articulaire aigu. — Péricardite et probablement endocardite. — Saignées générales et locales non répétées suivantla nouvelle formule ; tartre slibié à haute dose; convalescence vers le vingtième jour seulement. — Guérison incomplète les jours suivants (il reste un léger bruit de souffle sibilant dans la région précordiale).

Ltienne Brunel , âgé de 5o ans, fortement constitué, journalier, cheveux châtains, jouissant habituellement d'une bonne santé, malgré les fatigues et les vicissitudes atmo-

(l)Cebruit se passait sans doutedans l'estomac ou les intestins, et non dans le péricarde. Pour qu'il eût eu lieu dans ce dernier, il aurait fallu un épanchement simultané de gaz et de liquides. Je suis surpris de l'explication qu'en donne M. Fournet.

sphériques auxquelles l'expose sa profession, disait être malade depuis une vingtaine de jours , lorsqu'il fut admis à la Clinique (n° 4> salle SaintJean-de-Dieu), le 19 janvier i853.

Il y a dix ans, cet homme, après s'être baigné à l'eau froide dans un moment où son corps était fortement échauffé, fut affecté d'un rhumatisme pour lequel il passa six semaines à l'hôpital. Depuis cette époque, il a éprouvé à diverses reprises des douleurs rhumatismales , et c'est pour une maladie de ce genre qu'il est entré dans notre service.

20 janvier. Presque toutes les articulations des membres supérieurs et inférieurs sont douloureuses, et les mouvements de ces parties très difficiles.

État de prostration et d'immobilité générale; visage animé; pouls à 98, assez fort; température de la peau à 370; sueur assez abondante; point de gêne dans la respiration; insomnie; sens et facultés intellectuelles à l'état sain; soif médiocre ; langue humide et rosée. [Saignée de 5 à 4 palett.; bour. et viol. mielL; lav.; diète.)

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