DES SYMPTÔMES ET DU DIAGNOSTIC DE LA CARDITE
§ Ier. Diagnostic de la cardile générale, aiguë ou chronique. On ne trouve pas dans les auteurs de signes spéciaux qui puissent nous faire reconnaître ou même soupçonner l'exiss tence de la cardite générale, soit à l'état aigu , soit a l'état chronique.
« Il me paraît bien difficile , pour ne pas dire impossi- »ble, de faire un ensemble de signes certains auxquels on »peut distinguer le carditis d'avec l'inflammation du péri- » carde : les signes et les symptômes semblent être les «mêmes. » C'est ainsi que s'exprime Corvisart sur le diagnostic de la cardite (1).
Il ne faut pas chercher dans l'ouvrage de Laënnec des lumières sur le diagnostic de la cardite générale, soit aiguë, soit chronique , puisque ce célèbre observateur déclare qu'/7 ri 'existe peut-être pas un seul exemple incontestable et bien décrit de cette maladie.
Je n'ai jamais rencontré de cardite qui ne fût compliquée de péricardite ou d'endocardite, et j'avoue que les signes de ces deux dernières phlegmasies ont seuls frappé mon attention. Jusqu'ici , je ne connais donc aucun signe qui puisse caractériser spécialement la cardite. Ce qui me parait certain , c'est que la complication d'une cardite très aiguë avec la péricardite ou l'endocardite est une circonstance des plus aggravantes.
(1) Aux pages 246 et 249 de YEssài sur les maladies du cœur, on lit aussi qu'il est impossible de diagnostiquer le carditis; et de là sans doute le nom à'occulic , que Corvisart lui donne , après l'avoir divisé en aigu et chronique.
A la page 419 enlin, Corvisart dit qu'il est impossible de bien constater la cardile, même aiguë, autrement que par l'ouverture , c'est-à-dire quand le malade a succombe.
Le ramollissement inflammatoire du cœur, tel qu'on l'observe assez ordinairement chez les individus atleints des anciennes fièvres essentielles des auteurs, aserail-il la cause, »se demande Laënnec , de la fréquence extraordinaire du «pouls qui survient souvent dans la convalescence de ces «fièvres (1)?» Gela paraît assez probable. Toutefois, un simple travail inflammatoire de la membrane interne du cœur suffit pour produire le phénomène ci-dessus signalé, et nous croyons avoir démontré qu'un travail de cette nature, dans les cas dont il s'agit ici, n'est pas aussi rare qu'on l'avait cru jusqu'à présent.
§ II. Diagnostic des lésions consécutives à une cardite partielle. 1° Abcès, ulcérations et perforations du cœur.
Aucun signe positif et caractéristique n'annonce l'existence des ulcérations simples et des abcès du cœur. Tous lespalhologistes sont malheureusement d'accord à ce sujet.
Quant aux perforations par lesquelles peuvent se terminer les ulcérations du cœur , si des adhérences ne s'opposent pas à l'effusion du sang dans le péricarde, et que ces perforations siègent sur les parois de l'organe , une mort aussi rapide que la foudre est le plus souvent le seul signe par lequel elles nous révèlent leur existence.
Que si la perforation affecte la cloison interventricula ire ou interauriculaire, la mort n'en est point le résultat immédiat, et il est même des cas où cet accident ne donne lieu à aucun symptôme grave. Au reste, nous reviendrons sur ce point en traitant de ce vice de conformation du cœur, connu sous le nom de persistance du trou de Botal.
(1) Je sais fort bien que dans l'état typhoïde prolongé, les divers tissus tendent à perdre de leur consistance, et que la décomposition putride, prompte à s'emparer des cadavres des individus morts dans cet état, est aussi une cause de ramollissement; mais il n'en est pas moins vrai que le ramollissement du cœur, chez les sujets affectés d'une inflammation typhoïde, avec violente réaction fébrile, est quelquefois le résultat d'un travail inflammatoire.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CARDITE. 6s5
2° Ànévrisme faux-consécutif du cœur.
Le diagnostic des tumeurs anévrismales du cœur est encore enveloppé d'une profonde obscurité. Dans aucun des quinze à dix-huit cas aujourd'hui connus, la maladie n'a été, je ne dis pas diagnostiquée, mais même soupçonnée. Comme les parois du cœur elles-mêmes , les parois de la tumeur anévrismale pourraient, par le seul progrès du mal , ou sous l'influence de quelque cause mécanique , se rompre, et de là une hémorrhagie soudainement mortelle. Dans l'observation de M. le docteur Pétigny, cet accident était en quelque sorte sur le point de s'accomplir, tant étaient minces les parois dans une des régions de la tumeur anévrismale.
Sans doute , l'emploi éclairé du toucher, de l'inspection, de la percussion et de l'auscultation nous procurera par la suite quelques lumières sur ie diagnostic des tumeurs anévrismales du cœur. Il est clair, en effet, qu'elles doivent donner lieuà unematité dont l'étendue sera proportionnelle à leur volume, qu'elles peuvent à la longue soulever la partie des parois pectorales à laquelle elles sont sous-jacentes et qu'un bruit anormal se produit probablement, à l'instant où une certaine quantité de sangpénèlre dans la poche anévrismale i ainsi qu'au moment où ce liquide en est expulsé. Toutefois , il est à présumer que le diagnostic restera toujours assez difficile , dans beaucoup de cas , attendu qu'une foule de lésions autres que les tumeurs anévrismales du cœur peuvent être accompagnées de la plupart des mêmes signes physiques que ces dernières. Les cas où le diagnostic pourrait être établi sont ceux où la tumeur aurait un énorme volume et ferait saillie dans la région précordiale.
Les réflexions que nous venons de présenter s'accordent
au reste avec l'opinion de M. Breschet, opinion exprimée
dans des termes dont quelques uns pourraient être plus
précis aujourd'hui. « Le diagnostic des tumeurs anévris-
• maies du cœur, dit-il, est fort difficile à établir il nous
» semble que la poitrine doit donner un son presque mat » vers sa partie inférieure gauche ; que les pulsations du cœur
• doivent se faire entendre différemment et vers la base et
• vers le sommet de cet organe; que dans ce dernier lieu
• elles doivent être obscures et devenir un frémissement, » peut-être avec bruissement ou susurras, »
ARTICLE TROISIEME