‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 34 sur 142 · TRAITÉ CLINIQUE · texte numérisé non relu

TRAITÉ CLINIQUE

DES

RECHERCHES NOUVELLES SUR L ANATOMIE ET LA PHYSIOLOCIE DU COEUR, ET SPÉCIALEMENT SUR LES MUSCLES DE SES VALVULES, SA MEMBRANE INTERNE (ENDOCARDE) , SON VOLUME, SON POIDS, SES DIMENSIONS EN GENERAL ET CELLES DE SES DIVERSES PARTIES EN PARTICULIER, SES BRUITS, ETC.

Les maladies n'étant autre chose que des modilications plus ou moins profondes survenues clans l'état normal des diverses conditions anatomiques et physiologiques de l'organisme en général , ou de quelques unes de ses parties seulement, il est évident que la connaissance de cet état normal est une donnée de la plus haute importance, de la dernière nécessité même, pour tout observateur qui veut apporter, dans la détermination des états pathologiques, celte rigueur et cette précision sans lesquelles la médecine n'aurait jamais été digne de figurer au nombre des sciences exactes et positives.

Lorsque la structure et les fonctions d'un organe sont bien connues, on peut, il estvrai, se dispenser d'en parler en tète d'un ouvrage où l'on se propose d'étudier les maladies de cet organe : il suffit de renvoyer aux traités classiques d'anatomie et de physiologie. Mais il n'en est plus ainsi, lorsque l'organe dont il s'agit de faire connaître les maladies, posi. i

sède une structure dont beaucoup de particularités sont plus ou moins" complètement ignorées, et des fonctions sur le mécanisme desquelles les physiologistes sont loin d'être d'accord. Dans ce cas, si l'auteur qui se propose de tracer l'histoire des maladies d'un organe, a fait de nouvelles recherches qui puissent éclairer quelques points encore obscurs de son anatomie et de sa physiologie, il doit évidemment commencer par là son ouvrage. Or, c'est précisément la position où se trouve Fauteur de ce traité ; et de là les prolégomènes qu'on va lire.

S'il est un organe aux fonctions duquel on puisse faire une heureuse application des principes et des lois que nous enseignentles sciences physiques et mécaniques, c'est assurément le cœur. Mais par cela même que la physiologie du cœur considéré comme principal instrument de la circulation , rentre en quelque sorte dans le domaine de la physique et de la mécanique, il est clair que, pour bien comprendre et bien exposer les phénomènes et le jeu de cette sorte de machine vivante , il faut d'abord avoir fait une étude approfondie de son anatomie, et, si j'ose le dire, de sa construction; en avoir examiné, décrit, mesuré toutes les pièces, tous les rouages, tous les ressorts. Hé bien , non seulement le cœur n'a point encore été étudié avec cette exactitude que j'appellerais volontiers géométrique ou mathématique , mais on a même été jusqu'à dire qu'une telle méthode était impossible, impraticable ; et ce qui est vraiment déplorable, c'est que nous trouvons au premier rang de ceux qui professent cette décourageante doctrine, des hommes dont le nom fait justement autorité, tels que les Corvisart , les Laënnec, etc. Aucun d'eux n'a, d'ailleurs, entièrement méconnu les précieux avantages des données positives dont ils nient la possibilité.

Voici comment s'exprime Corvisart sur ce sujet, dans l'espèce de préambule dont il a fait précéder l'Histoire des anêvrismes du cœur en général :

« Avant d'entrer en matière sur la maladie dont il va » être question , il s'en présente une préalable : dans tous «les cas d'anévrismes du cœur, je dirai toujours que le » cœur est augmenté de volume ; il m'arrivera même de » dire que dans telle ou telle observation il avait acquis le «double de son volume naturel : il n'est point de lecteur «qui ne sente parfaitement que cette estimation ne peut «jamais être qu'approximative. Nous savons bien que son » volume varie selon l'âge, le sexe, le tempérament, le genre » de vie ; mais nous manquons et nous manquerons toujours j d'un étalon rigoureusement exact auquel nous puissions «rapporter le poids, le volume d'un cœur dilaté, épaissi » dans ses parois ; c'est donc une locution qui ne sera ja «mais rigoureuse: il n'est pas de médecin qui, tout en «l'adoptant, ne soit pénétré de son inexactitude , comme » de l'impossibilité d'avoir jamais un résultat plus posi- «tif (1). ».

L'opinion de Laënnec ne diffère point au fond de celle de Corvisart : « Il serait impossible, dit-il, d'indiquer géoj> métriquement les proportions du cœur chez un homme «sain. Le poids du cœur et l'épaisseur de ses parois , con- » sidérés d'une manière absolue , sont des données infidèles.-»

« La détermination précise de la limite qui sépare l'état «normal de l'état hypertrophique du cœur, dit M. le pro- «fesseur Cruveilhier , me paraît impossible à résoudre «d'une manière rigoureuse. Le volume, le poids du cœur, «l'épaisseur de ses parois, échappent à toute appréciation » rigoureuse , parce qu'ils sont éminemment variables (2). »

Je conviendrai bien volontiers que la détermination précise des dimensions et du poids du cœur est un problème difficile à résoudre; mais de ce que la solution de ce pro-

(1) .Essai sur les maladies du cœur, page 65 , troisième édition. 1818.

(2) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Hypertrophie ; tome X, page 223.

blême est difficile, il n'en faut pas conclure qu'elle soit entièrement impossible. Encore , si les auteurs qui nous affirment ainsi que les méthodes métriques ne sont pas applicables à la détermination du volume et du poids du cœur, s'étaient livrés à des recherches suivies sur cet objet, on saurait du moins quelle est la valeur de leur assertion. Mais rien ne prouve qu'ils aient entrepris de telles recherches, lesquelles sont, à la vérité, bien pénibles, bien arides , bien ingrates. Sans doute , le poids et le volume du cœur varient singulièrement suivant l'âge, le sexe , la constitution , les maladies; mais est ce à dire pour cela que l'on ne peut pas, dans des conditions données , parvenir à trouver la moyenne de ce volume et de ce poids? Non, sans doute, et j'espère que les faits que je rapporterai plus bas feront partager mon opinion aux lecteurs. C'est peu , d'ailleurs , que de déterminer d'une manière très approximative les dimensions réelles du cœur considéré en masse et pour ainsi dire en bloc ; il faut aussi mesurer les dimensions de chacune de ses cavités et de chacun des orifices par lesquels elles communiquent entre elles, ainsi que celles des valvules adaptées comme autant de soupapes à ces orifices; il faut en un mot mesurer, comme je l'ai dit plus haut , toutes les pièces , tous les rouages, tous les éléments, quels qu'ils soient, dont se compose l'admirable machine qui préside à la grande fonction de la circulation. Sans doute, je le répète, rien n'est plus difficile qu'une étude de ce genre ; mais c'est surtout au médecin qu'il importe de ne jamais oublier cette maxime si connue : labor omnia vincit improbus.

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