‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 38 sur 142 · DESCRIPTION SUCCINCTE DES TISSUS CONSTITUANTS DU COEUR · texte numérisé non relu

DESCRIPTION SUCCINCTE DES TISSUS CONSTITUANTS DU COEUR

§ 1er. — Du tissu musculaire des parois du cœur, et description nouvelle des muscles tenseurs, redresseurs ou releveurs des valvules auriculo-ventriculaires.

La substance musculaire constitue réellement la base et comme la charpente de l'organe central de la circulation.

(1) Eu raison de la forme conique du ventricule , ces deux régions vont en se rapprochant lune de l'autre à mesure qu'elles se portent de la base de ce ventricule à sa pointe : elles ne sont donc pas exactement parallèles.

Plus dense , plus ferme et d'un rouge plus foncé que celui des muscles ordinaires ou volontaires , le tissu musculaire du cœur est composé de couches plus ou moins nombreuses, dont la disposition a long-temps été pour les anatomistes une énigme impénétrable. Sténon, le premier, s'exerça à démêler cet inextricable lacis musculaire : ses efforts ne purent y parvenir. Les tentatives de plusieurs anatomistes postérieurs à Sténon ne furent guère plus heureuses. Enfin, dans ces derniers temps, les mains habiles de MM. Wolff, Duncan, Gerdy et Filhos sont parvenues à mieux dérouler les fibres tortueuses et circom'olutées du cœur. Il résulte des recherches de ces derniers anatomistes , que les ventricules sont formés de plusieurs couches musculaires superposées , et dont le nombre est différent pour chacun d'eux. Ces couches musculaires sont , selon M. Gerdy, au nombre de six pour le ventricule gauche, et au nombre de trois seulement pour le ventricule droit, ce qui explique pourquoi le premier est bien plus épais que le second. D'ailleurs, la direction et l'étendue des fibres qui constituent ces plans nousculairesné sont pas les mêmes. Les fibres des couches externes sont , en général , obliques de haut en bas, d'avant en arrière , et de droite à gauche ; les moyennes sont dirigées en sens contraire, et les pius profondes, qui se réunissent pour former des espèces de colonnes saillantes â l'intérieur des ventricules, sont pour la plupart longitudinales. Les couches superficielles occupent toute la circonférence des ventricules, en passant parla pointe du cœur, tandis que les autres diminuent de longueur et de largeur, à mesure qu'elles deviennent plus profondes : voilà pourquoi les ventricules sont plus épais à leur base qu'à leur pointe. Suivant une loi énoncée par M. Gerdy, toutes les fibres , quelles que soient d'ailleurs leur étendue, leur situation et leur direction, forment des espèces d'anses dont la convexité regarde la pointe du cœur , et qui sont plus ou moins superficielles à une extrémité et profondes à l'autre ; de sorte ,

\1 ÀNATOMIE DU COEUR.

par exemple , que les fibres externes et internes sont les mêmes, renversées et ayant traversé l'épaisseur du ventricule. Les extrémités de ces anses musculaires s'insèrent constamment à la base du cœur, au pourtour des divers orifices auriculaires et artériels des ventricules, soit immédiatement, soit par les tendons attachés aux valvules auriculoventriculaires.

Les oreillettes ont également une structure très compliquée; elles sont composées de deux plans charnus, l'un externe , Vautre interne. Dans l'oreillette droite , le tissu musculaire, moins abondant que dans la gauche, laisse entre ses fibres des intervalles où les membranes interne et externe du cœur se touchent presque immédiatement. Celte disposition est très remarquable chez certains individus affectés d'une dilatation considérable de l'oreillette droite, avec épaississement de ses faisceaux charnus.

M. Filhos a publié , dans une excellente thèse sur la. physiologie et la. pathologie du cœur, quelques recherches que je m'empresse de consigner ici. 11 a nombre de fois cherché la continuité des fibres externes ou contournées du ventricule gauche avec celles qui forment le plan moyen , et il n'a jamais pu parvenir à la constater. Constamment il a vu les fibres externes se contourner de droile à gauche et de haut en bas, former une spirale vers la pointe de ce ventricule , et se terminer enfin à un raphé bien manifeste.

De ce raphé parlaient les fibres contournées internes, se comportant absolument comme les précédentes , mais dans une direction tout opposée.

Les fibres du ventricule droit n'affectent pas, suivant M. Filhos , une disposition semblable à celle des précédentes : elles semblent former des demi-ellipses dont les extrémités sont dirigées en haut et la convexité en bas. Du reste, les fibres externes sont sensiblement dirigées de haut en bas, et les fibres internes se portent dans un sens opposé.

Après avoir exposé ces remarques anatomiques et signalé

DESCRIPTION DES TISSUS DU COEUR. l3

l'opposition qui existe entre elles et celles de M. le professeur Gerdy, M. le docteur Filhos en déduit des corollaires physiologiques qu'il n'est pas le lisu de rapporter ici.

Les fibres musculaires du cœur, en se réunissant en faisceaux, forment, à l'intérieur des cavités de cet organe , ce que les anatomistes et les physiologistes appellent les colonnes charnues du cœur, lesquelles, fort mal étudiées jusqu'ici, diffèrent suivant qu'on les considère dans les oreillettes ou dans les ventricules , ou même dans chacune de ces cavités en particulier. C'est ainsi qu'elles sont hien plus prononcées dans les ventricules que dans les oreillettes; qu'elles sont plus nombreuses dans le ventricule droit que dans le gauche, mais que celui-ci en contient de plus volumineuses que ne le sont celles de l'autre; c'est ainsi que l'oreillette droite en est pourvue dans une grande partie de son étendue , tandis que l'oreillette gauche n'en offre que dans son appendice.

Certaines colonnes charnues, en s'entrecroisant dans toutes les directions, donnent à la surface interne des ventricules l'aspect d'une espèce de réseau dont les mailles seraient d'inégale grandeur et les filets de grosseur différente. Quelques uns des piliers charnus, détachés du cœur dans toute leur partie moyenne , n'y tiennent que par leurs extrémités, et par leur contraction doivent agir à la manière de la corde d'un arc que l'on tend.

D'autres colonnes charnues, libres seulement à l'une de leurs extrémités, donnent naissance à une foule de petits tendons qui vont se fixer au bord libre des valvules auriculoventriculaires. Nous allons consacrer quelques développements à la description des colonnes de cette dernière catégorie, que les auteurs n'ont point encore suffisamment étudiées, et que nous considérerons ici comme de véritables muscles spéciaux, ayant pour fonction de relever les valvules lorsqu'elles ont été abaissées pendant la diastole ventriculaire , et de produire ainsi l'occlusion des orifices.

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On verra par cette description , comme on a déjà pu entrevoir par ce qui précède , que les colonnes charnues ne sont point disposées avec cette confusion dont parlent quelques anatomisles. On ne saurait trop le répéter, il n'y a rien de confus dans la nature; tout y est, au contraire , bien ordonné ; tout y ci ses lois , pour nous servir du langage de Montesquieu , et chaque diversité est uniformité, chaque changement est constance.

Les colonnes charnues que nous regardons comme un appareil musculaire constant dans son mode de disposition anatomique, ainsi que dans son mode d'action physiologique , bien qu'il soit sujet, comme tous les appareils dn même genre, à certaines variétés; ces colonnes charnues, disons-nous, ont été assez exactement indiquées dans YAnatomie descriptive de Bichat, mais n'ont pas été décrites avec tous les détails nécessaires, et leurs fonctions ont été tout-àfait méconnues. Ce que je dis ici de X Anatomie descriptive de Bichat s'applique aux traités d'anatomie postérieurs à celuilà. On y chercherait vainement une description complètement satisfaisante des colonnes charnues qui nous occupent et des cordages tendineux par lesquels elles vont se fixer aux valvules. Aucun de leurs auteurs n'a déterminé d'une manière précise, n'a pour ainsi dire analysé la situation de ees muscles, ni par conséquent fait ressortir le rapport de leurs conditions anatomiquesavec le rôle qu'ils jouent dans le mécanisme des mouvements valvulaires.

Deux colonnes charnues, saillantes à l'intérieur delà cavité ventriculaire gauche, grosses quelquefois comme le petit doigt , naissent par de nombreux faisceaux de la paroi postérieure du ventricule, l'une en dehors, vers la jonction de la face antérieure de cotte cavité avec sa face postérieure pour former le bord gauche du cœur, l'autre en dedans , un peu en deçà du sinus où la face postérieure du ventricule vient se continuer avec celle formée par la cloison interventriculaire. Après avoir pris en quelque sorte leur ra-

DESCRIPTION DES TISSUS DU COEUR. l5

cine non loin de la pointe du cœur, les deux colonnes que nous décrivons se dirigent de bas en haut, et parvenues vers la moitié de la hauteur de la cavité ventriculaire, elles se détachent complètement de la paroi où elles avaient pris naissance , pour se terminer par une extrémité mousse , arrondie , dont aucun anatomiste n'a bien décrit la remarquable et presque constante disposition.

Cette extrémité se partage en plusieurs fascicules qui se réunissent ensuite de manière à ne plus composer que deux ou trois faisceaux principaux : ceux-ci forment, en se contournant, un cercle incomplet, c'est-à-dire éebancré du côté par lequel les deux colonnes se regardent réciproquement. Des deux faisceaux dont nous venons de parler, l'un est antérieur ou supérieur, l'autre postérieur ou inférieur ; chaque faisceau postérieur est un peu plus court que le faisceau antérieur qui lui correspond, et est aussi un peu moins gros. Du faisceau antérieur de chaque colonne, partent plusieurs tendons qui vont s'insérer à la lame antérieure de la valvule bicuspide; ils s'y rendent en divergeant, et rayonnent pour ainsi dire à la manière des plis d'un éventail. De chaque faisceau postérieur partent d'autres tendons qui vont également en rayonnant se fixer à la lame postérieure de la valvule bicuspide. Les angles de réunion des deux lames de cette valvule reçoivent aussi des tendons, de telle façon que tout le pourtour elliptique de la valvule indiquée est muni de filets tendineux, qui sont des subdivisions de ceux que nous avons dit naître de l'extrémité du double faisceau terminal de chaque colonne.

A l'endroit où les deux colonnes se terminent en se partageant en faisceaux, comme il vient d'être dit, elles laissent entre elles, lorsque la cavité du ventricule est déployée, un intervalle de 8, 10 ou 12 lignes(i8,23 ou 27 millim.): d'où il suit que, dans ce point, les tendons de ces colonnes sont fort éloignés les uns des autres, tandis qu'en raison de leur convergence réciproque vers le milieu du bord de chaque

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lame valvulaire, ils ne tardent pas à se rapprocher, et se touchent presquepar leurs côtésau point de leur commune insertion. Il résulte de ce que nous venons de voir, que rien n'estplus régulier quelamanière suivant laquelle lavalvule mi traie reçoit les filets tendineux dont elle est si abondamment pourvue. Constamment, en effet, les faisceaux antérieurs des deux colonnes charnues que nous étudions, fournissent les filets tendineux de la lame ou valve antérieure , tandis que ceux de la lame ou valve postérieure lui sont envoyés par les faisceaux postérieurs des colonnes indiquées, et toujours aussi chacune de ces colonnes s'insère à la moitié seulement de la double lame valvulaire qui lui correspond.

La colonne droite ainsi que les tendons qui en partent sont, en général, un peu plus volumineux que la colonne gauche et ses tendons. J'ai essayé de compter deux ou trois fois les filets tendineux dont est garnie la valvule mitrale, et j'ai trouvé que leur nombre était d'environ vingt-cinq.

Il naît aussi des côtés des colonnes qui nous occupent et de quelques autres colonnes beaucoup plus petites traversant en sens divers la surface venlriculaire, un certain nombre de minces filets tendineux dont l'insertion a lieu, non à la valvule mitrale, mais aux parois venlriculaires ellesmêmes.

Dans l'intervalle qui sépare les deux muscles tenseurs ou releveurs de la valvule bicuspide, existent quelques faisceaux charnus, dirigés transversalement de l'un à l'autre, et qui semblent destinés à les rapprocher ou du moins à les fixer dans leur position.

Outre les deux principales colonnes qui viennent d'être décrites, on en trouve bien, chez certains sujets, quelques autres beaucoup plus petites qui vont s'insérer par des filets tendineux au contour de la valvule mitrale; mais dans ces cas eux-mêmes les colonnes de celte dernière espèce ne semblent réellement que des appendices adjuvants des deux colonnes principales.

Lorsque les deux lames de la valvule bicuspide sont abaissées et écartées autant que possible l'une de l'autre, comme il arrive quand le sang pénètre de l'oreillette dans le ventricule, les colonnes 'charnues qui s'y fixent de la manière indiquée plus haut, ont évidemment pour effet, en se contractant pendant la systole , de redresser les tames valvulaires abaissées , puisqu'elles les tirent par tous les points de la circonférence au centre. C'est donc avec raison que j'ai cru devoir désigner ces colonnes musculaires sous le nom de muscles tenseurs, releveurs ou rapprocheurs des lames de la valvule mitrale. Par suite du mouvement de rapprochement que ces colonnes impriment aux lames opposées de la valvule bicuspide, l'orifice auriculo-ventriculaire gauche se trouve exactement et comme hermétiquement fermé.

Une fois que les lames de la valvule ont été ainsi rapprochées, elles deviennent immobiles pendant tout le temps que dure la contraction de leurs colonnes motrices, et ne peuvent point, d'ailleurs, en raison de leur disposition physique, être renversées ou abaissées sur les parois de l'oreillette , par l'effort du sang que presse de toutes parts le ventricule contracté.

De plus, lorsque les muscles releveurs de la valvule mitrale se contractent, ils se rapprochent en même temps par leurs faces correspondantes, et il est vrai de dire que pendant cette contraction toute la moitié gauche ou auriculaire du ventricule gauche est à peu près complètement effacée, tandis que l'autre lance dans l'aorte la colonne de sang qu'elle avait reçue de l'oreillette gauche.

Cette portion est donc une sorte de sinus ou de détroit qui livre passage au sang pendant la dilatation du ventricule, et qui se ferme pendant la contraction de celui-ci par le mécanisme exposé plus haut. C'est dans l'intervalle qui sépare les deux principales colonnes charnues destinées à mouvoir la valvule bicuspide, qu'existe, ainsi qu'il a été déjà i. 1

l8 ANATOMIE DU COEUR.

dit, la communication de cette portion du ventricule avec la portion aortique.

Quelques personnes ont récemment, je le sais, refusé aux deux colonnes charnues qui vont s'insérera la valvule bicuspide, les importantes fonctions que je leur ai le premier assignées; mais nier n'est pas réfuter.

Les colonnes charnues du ventricule droit sont plus multipliées, mais moins volumineuses que celles du gauche. Elles n'affectent pas exactement la même direction , ni le même arrangement. Celles qui viennent s'insérer par leurs tendons au bord libre de la valvule tricuspide ne sont pas au nombre de deux seulement î on en compte trois principales; elles ne se partagent pas, à leur extrémité, comme celles du ventricule gauche, en faisceaux distribuant leurs filets tendineux à deux lames opposées de la valvule. Les tendons de ces trois principales colonnes affectent, d'ailleurs, la même marche divergente que ceux des colonnes du ventricule gauche , et forment ainsi une sorte de cône tendineux tronqué, dont la base est au pourtour de la valvule tricuspide.

Outre les tendons fournis à cette valvule par les trois colonnes indiquées, elle en reçoit encore de petites colonnes disséminées Içà et là à la surface du ventricule : il en est d'autres enfin qui naissent immédiatement des parois du ventricule, tout près du pourtour de l'orifice auriculo-ventriculaire droit.

D'ailleurs, les colonnes qui envoient ainsi des tendons à la valvule tricuspide, ont évidemment les mêmes fonctions que celles qui se comportent d'une manière analogue à l'égard de la valvule bicuspide : elles constituent réellement les muscles releveurs ou tenseurs de la valvule triglochine. Ces muscles, en se contractant lorsque les trois lames de cette valvule sont abaissées, les tirent de la circonférence au centre par tous les points de leur contour, et par ce mécanisme \ l'orifice auriculo-ventriculaire droit se trouve exactement

DESCRIPTION OES TISSUS DV COEUR. ly

fermé. Comme celles du ventricule gauche , ces colonnes avec leurs tendons s'opposent , une fois que la valvule est ainsi redressée, à ce qu'elle puisse s'abaisser du côté des parois de l'oreillette correspondante.

§ IL Du tissu fibreux ou albugineux du cœur.

Les filets tendineux dont nous venons de parler à l'occasion des colonnes charnues du cœur, ne sont pas la seule substance de nature albuginée que possède le cœur. En effet, on trouve encore un tissu fibro-ligamenteux au point de réunion des ventricules avec les oreillettes d'une part, et avec les artères aorte et pulmonaire d'autre part, ainsi que dans la duplicature des valvules elles-mêmes. Ce tissu constitue, du moins en grande partie, les cercles ou les ellipses que l'on aperçoit à la base des valvules sous forme de zones blanchâtres. C'est lui surtout qui se métamorphose si souvent en tissu fibro-eartilagineux ou ossiforme , à la suite de maladies que nous décrirons plus tard. La consistance naturelle des cercles tendineux situés aux orifices du cœur en général, et aux orifices gauclies en particulier, ne s'éloigne pas d'ailleurs beaucoup de celles des fibro-cartilages.

Rappelons enfin ici que le sac dans lequel le cœur se trouve contenu n'est autr,e chose qu'une membrane fibreuse, sur laquelle se réfléchit la membrane séreuse qui enveloppe immédiatement le cœur et en .constitue la membrane externe.

§ III. Du tissu cellulaire et graisseux du cœur.

Il n'existe de tissu adipeux qu'à la surface du .cœur, audessous de la membrane séreuse; il occupe, principalement les sillons qui séparent les ventricules l'un de l'autre, et ceux où ces ventricules s'unissent aux oreillettes. Chez les personnes très grasses, toute la base du cœur, ,1a pointe de cet organe et ses bords sont entourés d'une masse de graisse

20 ANATOMIF. DU COEUR.

très considérable. Le tissu graisseux est ordinairement beaucoup plus abondant autour des cavités droites qu'autour des gauches.

Dans certaines maladies, le tissu cellulo-graisseux du cœur s'infiltre de sérosité et prend un aspect gélatinij orme. Quelques faits me portent à croire que les maladies de ce tissu jouent un rôle essentiel dans le développement de certaines productions accidentelles ou dégénérescences situées à l'extérieur du cœur.

On trouve peu de tissu cellulaire dans les interstices des fibres musculaires du cœur, où il est très fin et extrêmement serré; mais au-dessous des membranes interne et externe du cœur, il existe une couche assez épaisse de tissu lamineux, plus prononcée toutefois dans les oreillettes que dans les ventricules. Dans ces derniers, la couche cellulaire n'est parfaitement distincte que vers la région voisine des orifices artériels; elle devient de moins en moins apparente, à mesure qu'on se rapproche de la pointe.

§ IV. Du tissu séreux du cœur, et particulièrement de Vendocarde ou de sa membrane séreuse interne.

1 ° Du péricarde ou membrane externe du cœur.

Je ne ferai que rappeler cette membrane séreuse, sur la disposition de laquelle je n'ai rien à dire qui ne se trouve dans tous les traités d'anatomie. On sait que la membrane dont il s'agit, après avoir tapissé la surface extérieure du cœur et l'origine des gros vaisseaux, se réfléchit sur le sac fibreux dans lequel cet organe est contenu. Comme les autres organes enveloppés d'une membrane séreuse, le cœur est donc entouré de toutes parts par le péricarde, sans être contenu dans sa cavité. •

La face libre du péricarde est arrosée d'une sérosité qui en entretient le poli et amortit les frottements qui ont lieu pendant les mouvements du cœur contre les faces opposées de cette membrane. Nous verrons plus loin que

l'augmentation de ces frottements , dans certaines conditions morbides du péricarde , donne lieu à des bruits particuliers.

2° De t endocarde ou membrane interne du cœur.

Fort négligée par les anatomistes, l'étude de cette membrane est cependant de la dernière importance pour le médecin. Je lui donne le nom d'endocarde par opposition à celui de péricarde , qui sert à designer l'enveloppe extérieure du cœur. L'endocarde est, en effet, pour la surface interne du cœur, ce qu'est, pour la surface externe de cet organe, le feuillet séreux qui vient d'être décrit cidessus.

Un médecin , qui ne me saura pas mauvais gré, je pense, de ne point le nommer ici, combattait un jour l'existence de l'endocardite par cet argument , selon lui sans réplique, savoir : qu'il n'existe point d'endocarde. Plût au ciel que, parmi les malades traités par ce profond logicien, aucuns n'eussent jamais donné un éclatant démenti à son argument prétendu sans réplique ! Mais revenons à notre sujet.

J'ai dit qu'il importait beaucoup de bien connaître la membrane interne du cœur ou l'endocarde. On se convaincra facilement de cette vérité, si l'on réfléchit que les maladies de cet élément anatomique du cœur sont beaucoup plus communes qu'on ne l'avait cru jusqu'ici, et plus fréquentes, peut-être, que celles du péricarde lui-même et de la plèvre. Elles sont presque toujours méconnues à l'état aigu par le vulgaire des médecins, et passent souvent à l'état chronique; or, je n'exagérerai point en affirmant que les affections de l'endocarde ou de la membrane interne du cœur sont le point de départ le plus ordinaire, la cause- mère ou génératrice la plus fréquente de ces nombreuses lésions organiques, soit des valvules , soit des parois et des cavités du cœur, naguère , et même encore

Û1 ÀftAtOiïtIE DIT COEUR.

aujourd'hui , confondues entre elles sous le nom vague et banal d'àh'évrisme.

Voici comment se comporte l'endocarde dans les cavités gauches du cœur : nous le prendrons a l'origine de l'aorte avec la membrane interne de laquelle il se continue, ainsi (Ju'avec celle des artères coronaires. Parti du point indiqué, l'endocarde se réfléchit autour des valvules sygmoïdes, pénètre dans le ventricule gauche, le revêt dans toute son étendue , se déploie autour des colonnes charnues , enveloppe les tendons de celles qui vont s'insérer aux deux lames de la valvule bicuspide, se dédouble en quelque sorte pour tapisser l'une et l'autre face de chacune de ces lames, revêt la face interne de l'oreillette gauche et de son appendice , et va se continuer avec la membrane interne des veines pulmonaires.

Dans les cavités droites du cœur, l'endocarde affecte la même disposition que dans les gauches. Né de l'origine de l'artère pulmonaire * il se réfléchit autour des valvules sygmoïdes de cette artère, arrive au ventricule droit , le revêt dans toute son étendue, se comporte à l'égard de ses colonnes et de la valvule tricuspide , comme nous l'aVons vu en parlant de son trajet dans les cavités gauches, va se déployer sur la face interne de l'oreillette droite et se continuer avec la membrane interne des veines caves supérieure et inférieure (il se continue aussi directement avec la membrane interne des veines coronaires du cœur, qui viennent, comme on sait, s'ouvrir dans l'oreillette droite).

L'endocarde, à l'état normal, est blanc, demi-transparent, pellucide comme les membranes séreuses; comme elles, il s'imbibe facilement j et de là cette coloration rouge que l'on rencontre si souvent à l'intérieur du cœur, dans des circonstances que nous essaierons de déterminer plus loin.

L'épaisseur de l'endocarde ne dépasse pas celle des membranes séreuses les plus fines, telles que l'arachnoïde, par

exemple. Cette membrane est un peu plus mince dans les cavités droites que dans les gauches , dans les ventricules que dans les oreillettes; elle est sensiblement plus épaisse vers les orifices artériels et auriculo-ventriculaires que partout ailleurs ; aussi, dans les cas où l'endocarde a été affecté d'inflammation chronique , est-ce là que l'on rencontre, de la manière la plus prononcée, les altérations anatomiques qui caractérisent cette maladie , au nombre desquelles il faut placer son épaississement et celui des tissus cellulaire et fibreux sous-jacents. L'épaississement peut êtretel, que l'endocarde ait acquisl'épaisseur d'une membrane fibreuse. On peutsouvent alors y découvrir plusieurs couches superposées, comme il arrive à la suite de l'inflammation des autres membranes séreuses. Il est évident , d'ailleurs, que de ces diverses couches, il n'en est qu'une, la plus profonde , qui appartienne en propre à l'endocarde : les autres ne constituent réellement que des couches pseudomembraneuses organisées. Ces fausses membranes ainsi organisées sont le plus ordinairement partielles, disséminées, et forment des taches blanchâtres, lactescentes, analogues à celles qu'il est si commun de rencontrer sur le péricarde.

Dans quelques cas , l'épaississement de l'endocarde ne dépend point de l'organisation de ces fausses membranes , de ces couches parasites dont noirs venons de parler, mais bien, comme je le disais plus haut, de l'hypertrophie de la couche sous-jacente de tissu cellulaire. A l'état sain , l'endocarde adhère si étroitement avec ce tissu cellulaire , qu'on ne peut l'en détacher que par très petits lambeaux, surtout dans les ventricules. Dans certains états morbides, au contraire 5 on sépare l'endocarde du tissu cellulaire sous-jacent au moyen d'une traction très modérée , et on l'enlève par assez larges lambeaux. iNous rapporterons de nombreux exemples de ce fait dans le cours de cet ouvrage,

Autour des valvules , les deux feuillets de l'endocarde

2/j ANATOMIE DU COEUR.

adossés l'un à l'autre sont tellement adhérents, qu'il est impossible de les séparer. Ils sont en quelque sorte confondus avec l'élément fibreux de ces mêmes valvules , et , par la dissection ordinaire, ne peuvent en être détachés que vers la base, là où ils s'écartent pour contenir entre eux la zone tendineuse ou fibreuse qui borde les orifices du cœur (1). A la suite de certains états pathologiques des valvules, les feuillets de l'endocarde qui concourent h leur composition s'épaississent, s'hypertrophient parle mécanisme qui a été indiqué plus haut.

La surface libre de l'endocarde est d'un poli parfait à l'état normal. Mais, par l'effet de certaines affections morbides, cette membrane peut devenir inégale, rugueuse, et pour ainsi dire raboteuse. Cette sorte de dépolissement augmente nécessairement le frottement de la colonne sanguine qui traverse les cavités du cœur.

On n'aperçoit ni ramuscules vasculaires, ni filets nerveux dans la trame si fine de l'endocarde à l'état normal.

Il est probable que, à l'instar du péricarde, l'endocarde sécrète un liquide séreux destiné à en lubrifier la surface interne. Comme celle-ci est toujours en contact avec le sang, elle se trouve, en vertu de cette circonstance même, dans un état perpétuel de douce humidité favorable au mouvement de la colonne sanguine.

§ V. Des va'sseaux et des nerfs du cœur.

Les artères du cœur naissent de l'aorte immédiatement au-dessus du bord libre des valvules sygmoïdes; elles portent le nom de coronaires, et sont au nombre de deux, l'une droite, l'autre gauche. Leurs branches principales se

(1) Dans ce point, la membrane interne et la membrane externe du cœur sont presque en contact l'une avec l'autre par leur face adhérente. Cette proximité est une des raisons; pour lesquelles l'inflammation du péricarde est si souvent accompagnée de celle de l'endocarde , et réciproquement.

répandent sur toute la surface des ventricules , de la base au sommet, tandis que de petits rameaux seulement remontent vers les oreillettes.

Les veines du cœur sont à peu près ramifiées comme les artères, mais elles se réunissent ensuite en un tronc commun , connu sous le nom de grande veine coronaire , laquelle se dégorge dans l'oreillette droite. Plusieurs des branches veineuses du cœur s'ouvrent isolément dans l'oreillette indiquée, et constituent, autant de petites veines coronaires ou cardiaques.

Les vaisseaux lymphatiques du cœur, très nombreux, suivent le trajet des vaisseaux sanguins , et se réunissent ensuite en deux troncs, dont l'un passe devant et l'autre derrière l'aorte.

Les nerfs du cœur viennent d'un plexus formé par des rameaux que fournissent les ganglions cervicaux du nerf trisplanchnique ou grand sympathique, auxquels se réunissent quelques filets du pneumo-gastrique. Us ont été exactement décrits par Scarpa, qui a démontré, de la manière la plus éclatante, que ces nerfs envoyaient de nombreux rameaux dans le tissu propre du cœur, ce que Behrends et d'autres anatomistes avaient nié.

SECONDE SECTION

RECHERCHES NOUVELLES SDR LE POIDS ET EE VOLDME DU COEUR EN GÉNÉRAL, SUR LES DIMENSIONS ABSOLUES ET RELATIVES DE SES PAROIS , DE SES DIVERSES CAVITÉS , DE SES ORIFICES ET DES VALVULES QUI LEUR SONT ADAPTÉES.

On a vu plus haut que Corvisart , Laënnec et M. Cruveilhier déclaraient qu'il était impossible d'appliquer à la détermination du volume du cœur les procédés rigoureux du système métrique employé pour l'appréciation du volume et de la capacité des corps en général. Nous avons

26 A^ATOMIE DU COEUR.

promis de réfuter, au moins jusqu'à un certain point, cette décourageante assertion. Mais avant d'exposer les recherches que nous avons tentées sur cette matière , nous devons faire connaître les essais de quelques uns de nos devanciers.

Après avoir affirmé qu'il serait impossible d'indiquer géométriquement les proportions du cœur chez un homme sain, Laënnec ajoute : * Mais je crois, d'après les dissections que j'ai faites, pouvoir déterminer les proportions «naturelles du cœur de la manière suivante, qui , quoique » approximative, a cependant une exactitude suffisante.

y Le cœur, y compris les oreillettes, doit avoir un vo- » lume un peu inférieur, égal ou de très peu supérieur au «volume du poing du sujet. Les parois du ventricule gau- » che doivent avoir une épaisseur un peu plus que double «de celle des parois du ventricule droit (1) : leur tissu, «plus ferme et plus compacte que celui des muscles, doit «les empêcher de s'affaisser lorsqu'on ouvre le ventricule. »Le ventricule droit , un peu plus ample que le gauche, «présentant des colonnes charnues plus volumineuses, «malgré la moindre épaisseur de ses parois, doit s'affaisser » après l'incision (2) . »

« La raison indique , et l'observation prouve que, chez

(1) On va voir plus bas , que Laénnec ne détermine pas l'épaisseur des parois du ventricule droit, de sorte que le ternie de comparaison dont il se sert ici n'en est point un , à rigoureusement parler.

Laénnec ne dit rien de précis sur l'épaisseur réelle des parois des ventricules, sur leur capacité; il ne s'occupe nullement des dimensions des oreillettes, ni de celles des oriGces artériels ou auriculo-ventricalaires ; il ne parle ni de l'étendue des valvules, ni de la circonférence générale du cœur, ni de ses divers diamètres, etc. En résumé, hors sa comparaison, d'ailleurs assez heureuse , du volume du cœur avec celui du poing du sujet , Laénnec nous laisse dans la même incertitude que Corvisart, sur les conditions de poids et de volume du centre circulatoire à l'état normal.

(Test par erreur que , dans le passage cité, Laénnec dit que ta colonnes charnues du ventricule droit sont plus voluntineuscs que celles du gauche.

» un sujet sain et bien constitué , les quatre cavités du cœur «sont, à très peu de chose près, égales entre elles. Mais, » comme les parois des oreillettes sont très minces , et que » celles des ventricules ont beaucoup d'épaisseur, il en ré- » suite que les oreillettes ne forment guère que le tiers du «volume total de l'organe, ou la moitié de celui des ven- «tricules. *

La comparaison du volume du cœur avec Celui du poing du sujet, est un terme d'évaluation quelquefois assez voisin de l'exactitude. Néanmoins, les cas ne manquent pas où le cœur serait hypertrophié ou dilaté , s'il avait le volume du poing du sujet ; les cas inverses, c'est-à-dire ceux où le cœur serait soit atrophié, soit rétréci, s'il n'avait que le volume du poing du sujet, ne sont pas très rares non plus, bien que moins communs que les précédents.

Il n'est pas d'ailleurs rigoureusement exact de dire que

les quatre cavités du cœur sont sensiblement égales entre

elles. En effet, le plus ordinairement sur le cadavre , les

cavités droites l'emportent en capacité sur les gauches, et

les oreillettes sont plus amples que les ventricules. Il est

bien vrai que , dans certains cas, l'excès d'amplitude des

cavités droites sur les gauches peut être , en partie du

moins, le résultat de la distension que les premières ont

éprouvée , lorsque , pendant les angoisses de l'agonie, le

sang s'y accumule et les engorge. Toutefois, ce n'est pas là

l'unique ni même la principale cause de la différence que

nous signalons. Les expériences de Legallois démontrent,

par exemple, que, chez les animaux tués par hémorrhagie,

on observe la différence de capacité que nous signalons ici.

Or, dans ce cas , les cavités droites ne sont pas engorgées

par suite de l'embarras de la respiration , comme il arrive

chez les animaux asphyxiés. Cependant , il est bon de

noter que la disproportion entre la capacité des caùtés

droites et celle des cavités gauches paraît être moindre

chez les animaux "aies par hémorrhagie que chez les autres.

M. le professeur Cruveilhier, tout en soutenant que la détermination précise de la limite qui sépare l'état normal de l'état hyperlrophique du cœur lui paraît impossible , admet implicitement le contraire, quand il ajoute : «Je «n'admets donc d'hypertrophies pour le ventricule gauche » que lorsque les parois de ce ventricule atteignent 7 à 8 » lignes d'épaisseur (16 à 18 mill. ) (1) ; pour le ventricule droit, que lorsque ses parois ont 4 à 5 lignes (9 à 11 mill.) (2) ; pour le cœur en général, que lorsque le

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