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RÉSUMÉ* DES FAITS RELATIFS AU POIDS DU COEUR. q5 ARTICLE TROISIEME.
DE LA DÉTERMINATION DU VOLUME ET DU POIDS DU COEUR PENDANT LA VIE PAR LA PERCUSSION, L'INSPECTION ET LA PALPATION DE LA REGION PRECORDIALE. — DE LA MANIÈRE DE PROCEDER A h'ailtopsie OU A L'EXAMEN DE CET ORGANE APRÈS LA MORT.
I. En traitant de la situation du cœur et de ses rapports, nous avons vu qu'une portion de la face antérieure de cet organe n'était pas, chez la grande majorité des sujets, recouverte par la partie antérieure-inférieure des poumons. La partie du thorax en rapport avec cette portion rendant un son mat à la percussion , tandis que tous les points environnants fournissent un son clair, rien n'est plus facile que de mesurer l'étendue de la région du cœur au-devant de laquelle ne se trouve pas, de chaque côté, une lame de la partie antérieure-inférieure de chaque poumon.
Il est vrai, comme nous l'avons déjà noté précédemment, qu'on n'apprécie ainsi que l'étendue de la partie du cœur non recouverte par les poumons; mais cette étendue étant généralement d'autant plus grande que le cœur est plus volumineux, sa mesure peut, jusqu'h un certain point, être considérée comme un moyen indirect de déterminer la mesure du volume total de cet organe.
Ce mode de mensuration se trouve en défaut dans les cas, d'ailleurs assez rares, où les poumons s'insinuent entre le péricarde et les parois pectorales, de manière à recouvrir le cœur dans toute sa face antérieure.
Avenbrugger et Corvisart sont les premiers qui se soient occupés de ce mode d'appréciation du volume du cœur pendant la vie.
C'est par le procédé de la percussion médiate (i), dont M. Piorry est l'inventeur, que l'on détermine aujourd'hui
(1) De la Percussion médiate. Paris, 18i8, in-S°.
q6 ANATOMIÈ DU COEUR.
l'étendue de la matité de la région précordiale, et une très longue expérience m'a démontré que le meilleur de tous les plessimètres est le doigt indicateur de la main qui ne percute pas. Je suis vraiment surpris que ce plessimètre naturel ne soit pas unanimement reconnu comme le plus simple à la fois et le plus fidèle.
La précision avec lnquelle on détermine l'étendue de la portion du cœur qui n'est pas masquée pour ainsi dire par les poumons , est vraiment admirable. Nous avons l'habitude, surtout dans les cas de maladie du cœur, mais quelquefois aussi dans d'autres cas, et pour l'instruction des élèves, de mesurer exactement pendant la vie, et immédiatement avant l'ouverture des cadavres quand les individus succombent, l'étendue de la matité, soit de haut en bas, soit transversalement. Nous mesurons directement ensuite, après l'ouverture de la poitrine, la portion du cœur sur laquelle ne s'avancent pas les poumons, et constamment ces dernières mesures s'accordent entièrement avec celles fournies par la matité.
A l'état normal, l'étendue de la matité de la région précordiale est d'environ un pouce et demi à deux pouces (4o à 54 mill.) carrément, et nous savons, d'après ce qui a été dit précédemment, que c'est là précisément la mesure de la portion de la surface du cœur, dégagée de tout contact avec les poumons. L'étendue de cette matité augmente beaucoup dans les hypertrophies du cœur avec ou sans dilatation des cavités, dans les dilatations simples ou avec amincissement, et dans les cas d'accumulation passive du sang à l'intérieur du cœur, produite par plusieurs maladies. 11 n'est pas rare, par exemple, de trouver alors de la matité dans une étendue de 5 à 6 pouces (î 55 à 102 mill.) en carré.
Les données fournies par l'inspection et la palpation de la région précordiale pour la détermination du volume et du poids du cœur, sont si évidentes en elles-mêmes, qu'il suffit de les avoir notées en passant.
RÉSUMÉ DES FAITS RELATIFS AU POIDS DU COEUR. g?
J'ai cru devoir dire ici quelques mots de la manière de procéder à l'examen du cœur après la mort, à son autopsie en quelque sorte, parce que je me suis souvent assuré que plusieurs médecins, même parmi nos meilleurs anatomopalhologistes , la pratiquent d'une manière vicieuse. C'est ainsi, par exemple, qu'ils commencent par couper le cœur en travers, et qu'ils se contentent ensuite d'un coup d'œil plus ou moins superficiel sur l'épaisseur des parois de cet organe et sur la capacité de ses cavités. Je ferai d'abord remarquer qu'après cette sorte de section conique, il est difficile de bien évaluer la capacité de chacun des deux ventricules. Mais j'ajouterai qu'il faut examiner avec le plus grand soin non seulement l'épaisseur des parois et la capacité des cavités, mais aussi les valvules, les orifices, les colonnes charnues, leurs tendons, la membrane interne, les vaisseaux, et même, s'il est possible, les nerfs du cœur; en un mot, toutes les parties dont se compose cet organe. J'ai fait voir plus haut combien il importait d'en indiquer le poids et les dimensions.
Je terminerai donc en recommandant de substituer au procédé qui consiste à couper le cœur en travers, celui de fendre successivement, avec des ciseaux, les différentes cavités de cet organe. Les incisions seront pratiquées sur la face antérieure de ces cavités et dirigées parallèlement à leur axe principal. En procédant ainsi, on ne s'exposera pas à ne point voir un rétrécissement de quelque orifice du cœur, comme cela est arrivé naguère à une personne fort versée, d'ailleurs, dans les investigations anatomico- pathologiques. Voici le fait: En i83i il mourut , dans le service dont j'étais momentanément chargé à l'Hôtel-Dieu, un sujet chez qui j'avais diagnostiqué un rétrécissement d'un orifice du cœur. Cet organe avait été coupé en travers, puis examiné comme on le pratique ordinairement, et l'on vint m'annoncer que le rétrécissement que j'avais diagnostiqué n'existait point. J'étais, je l'avoue, fort désappointé; et cependant, me dis-je,
il existe ce rétrécissement. Je pris le cœur, je l'ouvris avec plus de soin, et je montrai aux élèves réunis dans l'amphithéâtre un magnifique rétrécissement qui avait échappé au premier examinateur !
Depuis que ceci est écrit, un bon nombre de personnes n'en continuent pas moins à examiner le cœur avec si peu de soin et de méthode , qu'il n'est pas étonnant que tant d'erreurs soient journellement commises au sujet de l'anatomie pathologique de cet organe , comme aussi sur tant d'autres objets du même genre.