‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 56 sur 142 · MOUVEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DU COEUR

l'ordre suivant lequel ils se succèdent, et qui est tel que nous venons de l'indiquer. De tous les mouvements que nous avons exposés, le principal est, sans contredit, la systole des ventricules , et spécialement celle du ventricule gauche, lequel, comme on sait, est bien plus épais, plus robuste que le droit (i).

Il est une circonstance de la contraction ventriculaire qui a vivement frappé l'attention des physiologistes , je veux dire le choc de la pointe du cœur contre les parois pectorales, entre les cartilages des cinquième et sixième côtes. Ce choc paraît singulier au premier aperçu : il semblerait , en effet , que le cœur , en se contractant en tous sens pendant la systole, doit s'éloigner de la paroi pectorale , au lieu de venir la choquer et pour ainsi dire la percuter. Par conséquent aussi, il semblerait plus naturel d'attribuer le choc dont il s'agit à la diastole , pendant laquelle le cœur, se dilatant dans tous les sens , doit réagir contre la région pectorale correspondante, à la manière d'un ressort qui se détendrait (2). Cette seconde hypothèse a trouvé des partisans , et dans ces derniers temps, M. le docteur Pigeaux a essayé de la remettre en honneur (3). Pour se défendre d'une telle erreur, il suffit cependant d'avoir attentivement examiné , pendant quel-

(1) Si l'on demande la cause ou la raison finale de cette différence d'épaisseur et de force qui existe entre les deux ventricules, on répondra que le ventricule gauche devant faire parcourir au sang un trajet bien plus long que ne l'est celui du sang mis en mouvement par le ventricule droit , il devait nécessairement être plus vigoureux que ce dernier.

(2) Comme la diastole ventriculaire est brusque, subite, énergique, M. Lane qui assistait aux expériences de M. Hope sur les mouvements du cœur, fut d'abord tenté de lui attribuer le choc contre les côtes. Mais après une observation plus attentive, M. Lane ne tarda pas à se convaincre qu'il s'était trompé.

(3) Depuis la première édition de ce Traité , M. Pigeaux a renoncé à cette opinion. Mais elle vient d'être reprise par M. Beau , dans un travail que nous examinerons plus loin.

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'ques instants , les contractions du cœur mis à nu sur un animal. Danstrois expériences dece genreque j'ai faites, j'ai vu constamment la pointe du cœur s'élever en avant pendant la systole ventriculaire, tandis que nu\ dé pi a ce ment, xvcWe, véritable locomotion n'accompagne la diastole ventriculaire. Or, il est évident que c'est au moment où la pointe du ventricule tend ainsi à se redresser et à se porter en avant que s'opère le choc contre les parois de la poitrine. Que si pendant la diastole il se manifeste dans certains cas un choc contre la paroi pectorale, ainsi que le démontreront des faits rapportés plus loin , ce choc est beaucoup moins prononcé que celui qui accompagne la systole ventriculaire. Le choc du cœur contre la poitrine pendant la systole ventriculaire peut être perçu chez l'homme par la vue , le toucher, et queiqufois l'ouïe. Jusqu'ici nous n'avons aucun instrument qui puisse nous faire apprécier rigoureusement et mesurer en quelque sorte cette impulsion. Ce genre de dynamomètre nous manquant , c'est par l'application de la main que nous jugeons principalement de la force ou de la faiblesse, de la régularité on de l'irrégularité du choc du cœur : nous tâtons ainsi le poids cardiaque.

L'explication du phénomène du choc du cœur contre la poitrine a long-temps embarrassé les physiologistes. On admet assez généralement aujourd'hui , avec Sénac , que ce phénomène dépend de trois causes : i° la dilatation des oreillettes, qui se fait pendant la contraction des ventricules ; 2° la dilatation de l'aorte et de l'artère pulmonaire, par suite de l'introduction du sang que les ventricules y ont poussé ; 5° le redressement de la crosse de l'aorte par l'effet de la contraction du ventricule gauche. J'avoue que cette explication ne m'a jamais paru bien propre à satisfaire complètement un esprit un peu difficile et sévère. La cause principale du phénomène que nous étudions existe très certainement dans la contraction même du ventricule , et

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cette cause ne fait nullement partie de celles indiquées par Sénac. Je dis que la cause principale du choc de la pointe du cœur contre la poitrine consiste réellement dans la brusque contraction des ventricules, et du ventricule gauche surtout, car l'inspection attentive de cette contraction le démontre. Et pour donner une juste idée de la valeur des causes invoquées par Sénac , je ferai remarquer que le mouvement de soulèvement de la pointe du cœur persiste encore quelque temps après que le cœur a été enlevé et mis sur une table, c'est-à-dire lorsque les oreillettes ne peuvent plus se dilater par l'abord du sang, et après que l'artère pulmonaire et l 'aorte ont été coupées , ce qui ne leur permet guère probablement ni de se dilater ni de se redresser.

Il me semble que celte sorte de mouvement de bascule de la pointe du cœur s'explique par la disposition même des fibres contournées du cœur : en effet, les fibres prenant leur point fixe aux zones tendineuses de la base de cet organe , ne doivent-elles pas , en se raccourcissant , imprimer un mouvement de redressement et de soulèvement à la pointe, qui est pour ainsi dire l'extrémité mobile du levier que représente alors le cœur? J'ai avancé tout-à-1'heure que le ventricule gauche était le principal agent du choc de la pointe contre la paroi thoracique pendant la systole ventriculaire : M. le docteur Filhos va plus loin, et soutient, peut-être avec raison, que le ventricule droit n'est pour rien dans ce phénomène.

Voici, d'ailleurs , les propres paroles de cet observateur distingué, que je cite toujours avec plaisir :

« Des phénomènes physiologiques particuliers à chaque » ventricule doivent nécessairement résulter de la différence ade disposition de leurs fibres musculaires. i° L'impulsion »du cœur sur les parois thoraciques est due seulement à la • contraction instantanée des fibres musculaires du ventri- »cule gauche, qui, tendant nécessairement à se redresser «vers la pointe de cet organe où elles sont contournées er

«spirale, la relèvent subitement et la lancent en avant. » 2° Les fibres du ventricule droit, en se contractant, ne «peuvent nullement produire le mouvement dont je viens «de parler. N'étant pas contournées , elles doivent se bor- »ner à produire un simple mouvement de contraction et » de dilatation, »

La systole constitue réellement l'état actif des ventricules et des oreillettes, de même que la contraction des muscles volontaires caractérise leur état d'activité. Mais la diastole est-elle un état purement passif des ventricules et des oreillettes , leur moment de relâche ou de repos ? N'estelle pas, au contraire, un nouveau mode d'activité de ces parties? On a longuement discuté ces questions, et trop souvent on les a fait dégénérer en de stériles disputes de mots. Il paraît probable que la diastole résulte réellement du retour des fibres musculaires raccourcies et contractées à la longueur et à la tension de leur état de repos, et qu'elle consiste essentiellement en un phénomène d'élasticité pour ainsi dire vivante. Au reste, quel que soit le principe de ce mouvement, la force qui le produit est très considérable dans les ventricules, comme on peut s'en convaincre en prenant dans sa main le cœur d'un animal vivant : on est vraiment surpris alors, comme le dit M. Magendie , de l'énergie avec laquelle la dilatation s'effectue.

Les physiologistes ne sont point encore parvenus à déterminer rigoureusement la farce de contraction des différentes cavités du cœur. M. le docteur Poiseuille a fait, dans ces derniers temps , un travail des plus remarquables sur la force de contraction du ventricule gauche , et il a imaginé pour la mesurer un instrument qu'il appelle hémodynamomètre, Comme les recherches de ce genre ne sont pas encore directement applicables aux matières cliniques qui sont l'objet principal de cet ouvrage, nous ne nous en occuperons pas plus long-temps ici.

Ce n'est que par le choc ou l'impulsion du cœur contre

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la région précordiale que le c///«c/e«-physiologiste peut évaluer la force de contraction des différentes cavités du cœur en général , et des ventricules en particulier. Pour évaluer ce choc, cette pulsation, cette sorte de pouls du cœur , on se sert de la vue ou de l'inspection , et de la main appliquée immédiatement ou médiatement sur la région du cœur (l'application médiate ou immédiate de l'oreille peut remplacer celle de la main).

Dans l'état normal , le choc qu'on observe à la région précordiale appartient à peu près exclusivement au ventricule gauche qui, comme nous l'avons vu , concourt seul ou presque seul à la formation de la pointe du cœur. Mais il est des cas pathologiques où le choc contre la poitrine est produit par les deux ventricules à la fois , cas dans lesquels c'est moins la pointe du cœur seule que la masse presque tout entière des ventricules qui vient heurter contre la poitrine.

Ce n'est qu'à l'état anormal que la diastole ventriculaire elle-même peut donner lieu à une impulsion appréciable contre les parois pectorales. On doit en dire autant de la systole des oreillettes.

Le choc produit par la contraction du ventricule gauche varie en force selon les individus, la constitution , le sexe , l'état de calme ou d'agitation. Nous nous occuperons plus loin des modifications que lui imprime l'état morbide (1).

(1) Il serait utile d'avoir un procédé par lequel on put mesurer, d'une manière précise et en quelque sorte mathématique , l'impulsion du cœur. Mais on coysQjt qu'un tel procédé pourrait être assez facilement imaginé: on pourrait, par exemple, évaluer la force du choc du cœur par un instrument analogue à ce dynamomètre au moyen duquel on calcule la force d'un coup de poing [pugilomètre. )

Le sphygmomètre de M. Hérisson , convenablement modifié, pourrait également servir à la mesure de la force du choc du cœur. Ce serait alors un sphygmomètre cardiaque.

On conçoit aussi qu'on pourrait employer à cette détermination un timbre

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Nous ne ferons voir comment les mouvements décrits ci-dessus concourent à la circulation du sang , qu'après avoir traité du second ordre des mouvements du cœur ou de ceux qui s'exécutent dans l'intérieur même de cet organe , et à l'orifice des artères aorte et pulmonaire.

2° Mouvements intérieurs et jeu des valvules du cœur.

Les mouvements dont il s'agit ne sont pas visibles comme les précédents , mais leur existence n'est pas moins certaine, et les uns supposent en quelque sorte les autres. Les mouvements qui s'opèrent ainsi à l'intérieur des cavités du cœur consistent dans l'abaissement et le redressement alternatif des valvules ou des soupapes organisées, adaptées à chacun des orifices auriculo-ventriculaires et artériels. Le mécanisme du jeu des soupapes du cœur n'est pas le résultat des mêmes puissances, et dans les soupapes qui se trouvent à l'origine des artères et dans relies qui occupent l'embouchure des ventricules avec les oreillettes. Ce n'est que dans ces dernières que le mouvement de redressement a pour agent principal , sinon pour unique agent , la contraction de certaines colonnes charnues que nous avons décrites dans la première partie de ces prolégomènes. Comme je crois l'avoir démontré précédemment, la disposition des colonnes charnues qui viennent s'insérer aux valvules est telle, qu'il est de toute évidence qu'elles constituent de véritables muscles destinés àmouvoir ces soupapes du cœur (1). Or, la contraction des faisceaux charnus dont il s'agit est nécessairement

gradué , qui sonnerait d'autant plus fort ou un nombre de fois d'autant plus considérable, que la percussion du cœur contre la région précordiale serait plus forte. Mais tous ces moyens seraient peut-être encore plus curieux que réellement utiles.

(1) Comme la fonction que j'assigne aux colonnes charnues destinées aux valvules n'est pas celle qui leur a été reconnue généralement jusqu'ici , je ne

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