MOUVEMENTS DU COEUR
La contraction qui succède à la dilatation des ventricules en pressant de toutes parts la masse de sang qu'ils ont aspirée , tend à l'expulser à la fois par les ouvertures auriculo - ventriculaires et artérielles. Mais comme c'est précisément pendant ce mouvement que les valvules mitrale et tricuspide se redressent , il s'ensuit que la colonne sanguine ne peut se faire jour de ce côté, et qu'elle s'échappe tout entière par les orifices artériels en abaissant les valvules sigmoïdes. Une fois projetée dans les artères aorte et pulmonaire, comme par un coup de piston, l'onde sanguine ne peut rétrograder dans les ventricules , les valvules sigmoïdes lui opposant par leur redressement un obstacle insurmontable.
Etant donné le mécanisme des ventricules dans la circulation , nous avons peu de choses à dire de celui des oreillettes. Ainsi que cela a été indiqué plus haut, elles sont une sorte de réservoir où les ventricules puisent le sang qu'ils doivent lancer dans le système artériel. Leur mouvement de systole favorise le passage du sang dans les ventricules , et leur mouvement de diastole tend à aspirer le sang des veines qui s'y dégorgent. Mais l'énergie de ces mouvements n'est pas comparable à celle des mouvements analogues qui se passent dans les ventricules. C'est ce qu'on aurait pu induire à priori de la disposition même des oreillettes, sans avoir égard à la différence de forme et d'épaisseur qui existe entre elles et les ventricules. En effet, il ne se rencontre point , à proprement parler, de valvules à l'embouchure des veines dans les oreillettes. Or, si la contraction énergique des oreillettes eût été nécessaire pour l'introduction du sang dans les ventricules, la présence de telles valvules eût été indispensable ; sans quoi le sang, fortement et brusquement pressé par les oreillettes, aurait reflué en très grande partie dans les veines, de même que pendant la systole ventriculaire le liquide serait repoussé dans les oreillettes , si , pendant qu'elle
s'opère, les valvules auiiculo-ventriculaires ne fermaient les orifices du même nom.
§ II. Du principe des mouvements du cœur.
La cause première des battements du cœur dans l'ordre et conformément aux lois dont il a été question plus haut , est, comme toutes les autres causes premières , couverte d'un voile mystérieux qu'il n'est pas en notre pouvoir de soulever. Aussi, en traitant dans ce paragraphe du principe des mouvements du cœur , n'avons-nous d'autre intention que de rechercher si > pour cet organe comme pour les autres muscles , ce principe gît dans le système nerveux; et, en supposant cette question résolue par l'affirmative , quelle est la portion du système nerveux où il réside (1).
Puisque le cœur reçoit une grande quantité de filets nerveux, on doit déjà regarder comme très probable que les mouvements de cet organe sont sous l'empire du système nerveux. Du reste , nous n'avons à l'appui de cette opinion que des expériences encore peu nombreuses. La solution de ce problème n'a jusqu'à présent reçu que peu de lumières des fails de la palhologie.
Bichat avait pensé que le cœur puisait dans les ganglions du grand sympathique le principe de ses mouvements. En 1809, Legallois combattit l'opinion de Bichat, dans son célèbre mémoire sur le principe de la 'vie , et
(1) « Les anciens disaient qu'il y avait dans le cœur une vertu pulsifique, un feu concentré, qui donnait le mouvement à cet organe. Descartes imagina qu'il se faisait dans les ventricules une explosion aussi subite que celle de la poudre à canon. Le mouvement du cœur fut ensuiîe attribué aux esprits animaux , au fluide nerveux, à l'âme , au président du système nerveux , à l'archée. Haller le considéra comme un effet de l'irritabilité (*). » Quoi de plus déplorable qu'une pareille physiologie !
( ) tfâgendic .. Préris élém. depkjt., loiu. II, p. ;«;, 3' édition.
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conclut, des belles expériences qu'il avait faites, que le principe des mouvements du cœur siégeait dans la moelle épinière. La conclusion de Legallois pèche en ce qu'elle exagère au moins l'influence de la moelle épinière sur les contractions du cœur. Ce n'est point, en effet , dans cette portion du système nerveux que le cœur puise immédiatement le principe de son action, puisque, comme le démontrent plusieurs observations , et en particulier celle que M. le professeur Lallemand a rapportée dans sa dissertation inaugurale , le cœur ne cesse pas de battre chez les fœtus privés de moelle épinière. D'ailleurs, Ph. Wilson et MM. Clifft et Brachet ont vu , dans leurs expériences , les battements du cœur survivre à la destruction de la moelle , surtout lorsque les animaux étaient jeunes et que la moelle était détruite avec lenteur.
Après avoir posé en fait que « les organes qui transmettent au cœur l'influence de la moelle épinière et du cer- » veau, sont des filaments nerveux provenant de la 8e paire , » et peut-être un grand nombre de filaments des ganglions «cervicaux du grand sympathique,» M. Magendie ajoute qu'à diverses reprises il a cherché à déterminer par l'extraclion des ganglions cervicaux , et môme du premier thoracique, si réellement ces organes avaient une action sur le mouvement du cœur; mais qu'il n'a rien obtenu de satisfaisant, les animaux étant presque tous morts des suites de la plaie inévitable pour une opération aussi laborieuse. Il n'a jamais remarqué aucune influence directe sur le cœur.
M. le docteur Brachet paraît avoir été sinon plus habile ( cela serait trop difficile ) du moins plus heureux que M. Magendie. Il rapporte (1) des expériences dans lesquelles, à la suite de la section du plexus ou ganglion cardia-
(1) Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire.
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que, les battements du cœur ont cessé subitement. Il pense donc que l'on peut établir en principe que cest le système ganglionnaire qui est la cause première , la cause vitale du mouvement du cœur , ce qui confirmerait l'opinion de Bichat, déjà émise par Willis, et qui nous parait véritablement la plus probable (1).
Que si le cœur ne tarde pas à suspendre ses battements lorsqu'on a détruit violemment la moelle épinière, cela semble tenir à l'étroite liaison qui exisie entre cette partie du système nerveux elles ganglions du grand sympathique.
Comme tous les mouvements qui sont évidemment sous l'influence directe et immédiate de ce dernier système, les mouvements du cœur se dérobent au pouvoir de la volonté. Stahl , il est vrai, parle d'un certain capitaine Towsend, qui réglait à son gré les battements de son cœur. Mais si ce fait ne doit pas être relégué, comme je suis disposé à le croire , malgré tout mon respect pour l'autorité de Stahl , parmi les contes ou les fables de la physiologie , il faut du moins le considérer comme une étonnante et rare exception à la loi générale.
Les passions de l'âme , les affections morales exercent sur les battements du cœur le plus puissant empire. Tel est même le rapport intime qui existe entre les uns et les autres, que plusieurs philosophes placèrent dans le cœur le siège des passions, et que, dans toutes les langues, on
(1) Il n'est peut-être pas inutile de rapprocher des expériences de M. brachel , qui , je l'avoue, auraient grandement besoin d'être répétées , celles de M. de Humboldt, de Home etdeWeinhold. Le premier de ces savants, ayant reliié le cœur de la poitrine de deux lapins et d'un renard, mit à découvert l'un des nerfs cardiaques, le soumit à une excitation galvanique, et s'aperçut que les contractions devenaient aussitôt et plus fortes et plus fréquentes. Home et Weinbold ont vu également les battements du cœur devenir plus forts par l'excitation du grand sympathique, et en établissant le courant galvanique au moyen d'un ganglion ihoracique détaché et renversé sur le cœur. Ces expériences, comme celles de M. Bratoet , méritent confirmation.
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dit indifféremment homme de cœur ou homme de courage , homme de bon cœur' du homme doué de bonté, etc. Ce qu'il y a de certain, c'est que , de tous nos moyens d expression morale, le cœur est peut-être le plus fidèle, et ce n'est pas sans raison que , pour s'assurer si tel individu est dans un état de calme ou d'émotion , nous lui posons là main sur le cœur.