BRUITS DU CŒUR DU FOETUS
bruit de soufflet existerait des deux côtés de l'utérus à la fois, ou tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, chez le même individu, et qu'on pourrait même le déterminer d'un côté ou de l'autre en variant la position du sujet, et que tout cela n'est pas. Nous répondrons i° qu'il est fort possible que les artères hypogastriques et iliaques externes ne soient pas également comprimées à droite et à gauche , et que celles d'un côté peuvent par conséquent donner le bruit de soufflet, tandis que les autres ne le donnent point; 20 qu'il est d'ailleurs des cas où l'on entend effectivement le bruit de soufflet des deux côtes de l'utérus à la fois , et qu'enfin dernièrement, en présence de plusieurs personnes, nous avons, chez une femme couchée dans le service de la Clinique, déplacé le bruit de soufflet en la faisant alternativement coucher à droite et à gauche, expérience que nous engageons d'ailleurs vivement les observateurs à répéter, puisqu'elle se trouve contradictoire à l'assertion de Laënnec. Certes, cette expérience n'est pas favorable à cette opinion de l'illustre observateur, qui trouve, jusque dans le souffle des pulsations qu'il a appelées placentaires, la confirmation de la nature spasmodique du bruit de soufflet artériel. {Ouv. cit., t. II , p. 464.)
Je suis étonné que, dans sa thèse inaugurale, postérieure à la première édition de ce Traité, M. Vernois ait pu dire, d'une manière absolue, en présence du fait cidessus , qu'en déplaçant l'utérus par une position différente de la femme , on ne fait pas disparaître le bruit (souffle dit placentaire).
M. Paul Dubois, dans le rapport que nous avons cité, s'est appliqué à développer, avec l'élégante sagacité qu'on lui connaît, les raisons qui lui font placer, dans l'appareil vasculaire des parois utérines exclusivement les battements avec souffle. Ces raisons , malgré l'art et la savante habileté avec lesquels elles sont exposées, nous ont paru plus spécieuses que solides, et ne sont du moins pas aussipéremp-
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toires que le pense notre ingénieux confrère. Nous regrettons qu'avant d'avoir ainsi localisé le souffle dit placentaire (souffle utérin de M. Dubois), notre collègue ait cru pouvoir se dispenser de prouver que ce bruit ne saurait résulter de la compression exercée par l'utérus sur les vaisseaux de l'abdomen et du bassin, sous prétexte que cette dernière hypothèse avait été trop judicieusement réfutée d'avance par M. le docteur Kergaradec. Le motif sur lequel s'est fondé M. Paul Dubois pour refuser à l'opinion que nous défendons comme la plus probable les honneurs du combat, est plus flatteur pour M. Kergaradec qu'il n'est utile aux progrès de la science. Nous espérons donc que M. Paul Dubois finira par penser que M. Kergaradec n'a pas remporté une victoire complète , et qu'il se décidera à porter le dernier coup kYhypothèse encore vivante qui place dans les grosses artères du bassin le siège du souffle utérin.
M. Paul Dubois convient d'ailleurs que son explication du souffle utérin n'est, à la vérité , comme nous l'avons dit à l'époque de la discussion de son rapport à l'Académie, qu'une hypothèse. En attendant que de nouvelles recherches aient converti en proposition démontrée l'assertion encore hypothétique de M. Paul Dubois, il nous sera donc permis de persévérer clans l'opinion que nous avons adoptée, et en faveur de laquelle nous allons exposer un nouvel argument. Voici cet argument qui, en même temps qu'il vient militer en quelque sorte pour notre système, dépose formellement contre celui de MM. Kergaradec et Paul Dubois.
IV. S'il est bien vrai que le souffle dit placentaire ait son siège dans les grosses artères du bassin (iliaques externes et hypogaslriques) comprimées par l'utérus chargé du produit de la conception, il s'ensuit que toute autre compression analogue exercée sur ces mêmes vaisseaux pourrait produire un bruit semblable. Que si, au contraire, c'est dans le tissu vasculaire des parois utérines ou dans le
point d'insertion du placenta que résident les battements avec souffle, il est difficile de comprendre comment la compression dont il s'agit pourrait donner lieu à un souffle tout-à-fait semblable. Hé bien, les faits prouvent que la compression des grosses artères du bassin par une tumeur développée dahs leur trajet, peut donner lieu à un bruit de Soufflet qui simule parfaitement le souffle dit placentaire ou utérin, à tel point qu'il a été pris pour ce dernier : c'est ce que va démontrer l'observation suivante, qui nous parait en même temps d'une immense portée sous le point de Vue de la pratique de l'art des accoucliemenls ()). Celte observation a été publiée dans la Lancette française (n° du 8 mai i 854) > sous ce titre : Kyste de l'ovaire droit, simulant une grossesse extra-utérine ; opération césarienne vaginale; mort.
Une femme de 47 ans, mariée depuis long-temps, sans enfants, fut admise à l'hôpital Necker (service de M. Brichcleau) , clans le courant du mois de juin i853. Elle n'avait pas eu ses règles depuis neuf mois, et croyait toucher au terme de la grossesse. Elle racontait qu'au moment de la cbnëeptioii présumée, il s'était élevé entre elle et son mari une rixe violente. Elle avait, du reste, un abdomen, proéminent comme une femme à îa fin de sa grossesse , et éprouvait des douleurs qui semblaient annoncer un prochain accouchement. On sentait distinctement dans le flanc droit une tumeur inégale, qui avait la formé d'une tête d'enfant d'un côté, et de l'autre offrait une saillie qu'on pouvait croire formée par le pied d'un fœtus. Celle
(I) Le lecteur n'a pas Oublié, je pense, qu'en traitant de l'influence de la compression sur la production du bruit de soufflet artériel, j'ai cité un cas dans lequel une tumeur" de l'ovaire, assez volumineuse pour pouvoir exercer une certaine compression sur les artères iliaques externes et internes, coïncidait avec un bruit de souffle toul-à-fait semblable à celui qui à lieu dans la grossesse.
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tumeur se déplaçait au moyen de la pression, par un mou* vement de totalité.
La malade disait sentir distinctement les mouvements à! un enfant.
ÏL Y AVAIT DANS LA TUMEUR UN BRUIT Î)E SOUFFLE BIEN MA- NIFESTE qu'on crut être le souffle placentaire.
Elans une première tentative de toucher, on ne put trouver le col de l'utérus. Dans une seconde, taite le lendemain par M. Baudeîocque, l'orifice utérin fut rencontré sous lé pubis et n'offrant point de dilatation, Dans un troisième toucher, pratiqué simultanément par le rectum et le vagin, le mêriie accoucheur constata l'existence d'une tumeur fluctuante qu'il put déplacer avec lé doigt , et qui faisait manifestement corps avec la tumeur abdominale extérieure Nonobstant l'emploi des bains, des cataplasmes,
de la saignée, les souffrances de la malade devinrent si atroces , qu'elle demandait à grands cris une opération pour extraire l'enfant dont elle se disait enceinte. Les médecins de l'hôpital et M. Baudeloccjûe ayant examiné de nouveau la malade , le G juillet , pensèrent qu'il y avait une grossesse ëxlra-ulérine de l'ovaire droit, et qu'on ne pouvait apporter du soulagement à la patiente qu'en pratiquant une incision sur les parois du kyste qu'on croyait
contenir le foétUs On demeura d'accord qu'une incision
exploratrice par le vagin était le seul moyen qu'il convînt d'employer. Elle ftit pratiquée par M. Laugier, en présence de MM. Dubois (d'Amiens), Piédagnel , deux médecins étrangers, et d'un bon nombre d'élèves. Avant de s'y décider, on avait de nouveau bien constaté l'état de la malade, et l'existence du bruit qui simulait , a s y méprendre , le souffle placentaire. Les jours suivants, des symptômes de péritonite se manifestent ; ils résistent à tous les moyens employés , et la malade succombe le sixième jour après l'opération. L'opérateur n'avait point rencontré de fœtus,
et le bruit de soufflet se fit entendre, le 8 juillet, comme avant l'opération.
Autopsie cadavérique. — La tumeur abdominale est très affaissée et descendue dans le bassin; elle était inégale, multilobulée. Sa partie gauche était pyriforme et assez semblable à une matrice amplifiée : c'était effectivement cet organe dans la cavité duquel s'était développée une tumeur de la grosseur d'une forte poire , de nature lardacée et un peu ramollie. Cette tumeur était recouverte parla matrice qui semblait s'être laminée pour lui fournir une enveloppe. Elle était d'ailleurs en communication avec le vagin et avec le col utérin, qui était tellement aminci , qu'il formait une petite ouverture membraneuse de 2 lignes (5 mill.) de diamètre seulement. La partie droite de la tumeur se composait de plusieurs lobes, dont la surface était inégale, raboteuse , ulcérée même , et recouverte çà et là de lambeaux membraniformes : on y trouvait plusieurs dégénérations organiques , savoir : les tissus carcinomateux et encéphaloïde, séparés par des cloisons celluleuses, purulentes, ou de petits kystes remplis de sérosité brune et ichoreuse ; on ne trouva point de traces de l'ovaire, qui avait été probablement envahi par les altérations indiquées, s'il n'en avait été lui-même le siège primitif..... A la partie inférieure du bassin , en arrière, existait une autre tumeur, de deux ou trois pouces de diamètre, contenant des kystes, dans l'un desquels avait pénétré l'incision pratiquée à la paroi postérieure du vagin
Il n'entre pas dans mon plan de commenter sous tous ses rapports cette curieuse et importante observation. 11 me suffira de faire remarquer qu'on a , dans ce cas, pris pour ainsi dire sur le fait la cause du bruit faussement désigné sous le nom de souffle placentaire, et qu'assurément cette cause n'était rien moins que le passage du sang , soit à travers le placenta, soit dans l'appareil vasculaire utérin.
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Évidemment ici le bruit de soufflet avait été le résultat de la compression exercée par la tumeur sur les grosses artères avec lesquelles elle se trouvait en contact.
Depuis la première édition de ce traité, j'ai étudié le bruit du souffle dit placentaire chez une trentaine de femmes à partir du cinquième au neuvième mois de la grossesse , et ces nouvelles études me confirment de plus en plus dans la théorie que j'ai soutenue, savoir que ce phénomène se passe dans les grosses artères du bassin comprimées par l'utérus et le fœtus qui s'y trouve contenu; elles ne me permettent donc pas de croire , avec M. Vernois (Thèse citée), que le bruit qui nous occupe est évidemment produit par la pléthore des vaisseaux utérins.