‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 101 sur 125 · HERNIES DU COEUR (I · texte numérisé non relu

HERNIES DU COEUR (I

Des cas do hernie du cœur ont été observés par divers auteurs. Chez un fœtus humain , né au huitième mois de la grossesse, dont Vaubonais nous a donné la description, le cœur, sorti du thorax par une ouverture située à la partie supérieure de cette cavité , était à nu et pendu au cou comme une Médaille, (Mém. de V Acad. des sciences. — 1712. )

Martin Martinez a rapporté un cas analogue au précédent dans une dissertation imprimée à Madrid, en 1725.

constitution robuste, dont le cœur, situé à la partie antérieure et moyenne du thorax , n'était recouvert que par la peau , qui était mince , unie , et ne présentait aucun vestige de cicatrice. Dans ce sujet, que j'examinai avec beaucoup d'attention, le cœur conservait à peu près sa situation naturelle, et ne sortait point hors du thorax. I! n'existait du sternum que son extrémité supérieure, à laquelle s'articulaient de chaque côté la clavicule et la première côte. Les autres côtes, jusqu'à la septième, paraissaient manquer en totalité, ou au moins en partie de ce cartilage de prolongement qui , dans l'état ordinaire, les attache au sternum. Elles se terminaient en avant par un tubercule compacte, épais, arrondi, qui paraissait s'étendre de l'une à l'autre, les réunir et leur servir de point fixe. La septième côte conservait sa forme et son étendue naturelles. Elle se prolongeait jusqu'à la ligne médiane, y était fixée et réunie à celle du côté opposé par un tubercule épais, compacte. Les autres parties du thorax étaient bien conformées.

• L'absence du sternum et d'une portion de certaines côtes laissait ainsi un grand espace obiong, dans lequel on voyait, de la manière la plus frappante , tous les mouvements du cœur.

«Malgré cette singulière conformation congéniale, cet homme jouissait d'une bonne santé; il était depuis plusieurs années attaché au service militaire, en avait supporté toutes les fatigues sans éprouver aucun accident, et il n'était entré à l'hôpital que pour une légère indisposition, qui lui permit bientôt de continuer sa route. »

(1) Nous aurions pu rattacher la hernie du cœur aux vices congénitaux dont il sera question dans notre quatrième classe des maladies du cœur. Cependant, comme cette hernie paraît s'opérer sous l'influence de conditions morbides accidentellement survenues chez le fœtus, nous avons cru devoir ne pas séparer son histoire de celle des simples déplacements du cœur, dont il vient d'être ques'.ion dans le précédent article.

Tourterelle dit avoir vu, à Besançon, un enfant qui avait à la partie inférieure du thorax une ouverture par laquelle le cœur sortait et se portait jusqu'à 1 pouce (28 mill.) au-dessus de V ombilic.

Parmi les espèces les plus extraordinaires de hernie du' cœur, il faut placer les deux cas suivants, dont le premier était en même temps un exemple de bicardie. Chez un enfant qui mourut peu de temps après sa naissance, Baudelocque assure avoir trouvé deux cœurs distincts, Vun situé dans l'abdomen , t autre dans le thorax , et communiquant ensemble par diverses ramifications iiasculaires.

Chez un enfant singulièrement difforme dans plusieurs de ses parties, né à l'hospice de la Maternité, en 1812, Chaussier a vu une tumeur herniaire qui, située à la base du cordon ombilical , contenait non seulement la plupart des "viscères abdominaux , mais encore le cœur. Cet organe , dont la base se trouvait tournée du coté de V ombilic y était attaché par sa pointe à la partie antérieure du palais. Le centre du diaphragme présentait une ouverture par laquelle le cœur avait fait hernie dans V abdomen. Ajoutons que le fœtus, ainsi mal conformé, vécut quelques heures après sa naissance.

La note suivante sur une hernie congénitale du cœur mérite de trouver place ici (elle fut lue par Chaussier, à la Société de la Faculté de médecine de Paris, en 1 8i4)«

«Le 5o juin i8i3, on a déposé à l'hospice de la Maternité »un enfant femelle nouveau-né, qui présente, à la partie » supérieure et antérieure de l'abdomen , une tumeur molle, » hémisphérique, élevée d'à peu près 1 pouce (3o mill.), » large d'environ 2 pouc. i/4 (60 mill. ), et dans laquelle »on distingue, à la simple inspection et d'une manière «très évidente, la forme -et les mouvements alternatifs d'é- «lévation et d'abaissement du cœur, de dilatation et de contraction de ses ventricules.

» L'apparence, le volume de cette tumeur, qui, de la » partie antérieure et inférieure du thorax , s'étend presque

HERNIES DU COEUR. GÔg

«à la hauteur de l'ombilic, change à chaque instant suivant «l'état de la respiration. Quand l'enfant inspire, le cœur se «relève, il remonte et paraît rentrer en partie dans le tho- «rax; quand il expire , le cœur se porte en avant et en bas, «et les mouvements de ses ventricules sont plus apparents. «La tumeur augmente sensiblement de volume, et est plus «tendue lorsque l'enfant crie , et surtout lorsqu'on le tient «debout; elle diminue et devient plus molle lorsqu'il est » tranquille et couché sur le dos , un peu sur le côté , les » membres à domi fléchis. Une pression graduée fait dispa- » raître la tumeur ; le cœur, dont on sent très bien les batte- «ments, s'enfonce et paraît rentrer dans le thorax; mais »la respiration de l'enfant est alors moins facile, et dès » que l'on cesse la pression , la tumeur reprend sa forme «première, et le cœur s'échappe avec une sorte de bruisse- «ment.

«En examinant plus particulièrement le contour de cette «tumeur, on reconnaît, à la partie antérieure et latérale «gauche du thorax, une large ouverture ou échancrure qui, «autant que l'on peut en juger à travers l'épaisseur des «chairs, commence au-dessous du bord de la quatrième «côte sternale , est formée au-dedans par une partie du »sternum, et en dehors par l'extrémité des côtes qui ont «été détruites, ou n'ont pas pris l'accroissement et l'éten- «clue qu'elles ont ordinairement. L'extrémité supérieure «des muscles droits (sterno pubiens) paraît manquer, au «moins du côté gauche, ou bien ces muscles sont fort écar- » tés l'un de l'autre , car les parties déplacées ne paraissent «recouvertes que parla peau qui, en devant et en haut, est «d'une grande ténuité et semi-diaphane, mais qui paraît «plus épaisse en bas et du côté de l'ombilic, et présente «dans cet endroit une large tache brunâtre et d'une forme » irrégulière. Il paraît aussi , d'après le volume de la tumeur, » qu'elle contient une portion du foie , et que le cœur est «appuyé sur la face convexe de cet organe, et y exécute ses » mouvements. Ainsi , ajoute Chaussier, par la nature , la

» disposition , les phénomènes qui l'accompagnent, cette af- » fection congéniale peut être rapportée à la classe des hcr- »nies, et distinguée des prolapsus , de l'extrophie ou autres » altérations accidentelles de cet organe. »

L'enfant observé par Ghaussier était d'ailleurs bien conformé. Il tétait, exécutait bien ses fonctions, et semblait promettre de vivre (1).

D'autres cas de hernie du cœur ont été publiés par M. Breschet dans son Mémoire sur Yectopie de cet organe. ; Ce savant anatomiste réduit à trois genres les hernies ou ectopies du cœur :

1" genre. — Ectopie thoracique du cœur.

2* genre. — Ectopie abdominale.

3e genre. — Ectopie cépJialique,

Les cas que nous venons de rapporter fournissent des exemples de ce triple genre de hernie du cœur.

Il est très commun de voir coïncider les différentes espèces de hernie du cœur avec des vices de conformation de \ cet organe , dont plusieurs sont incompatibles avec la vie. Au reste , ces hernies supposent elles-mêmes l'existence j d'autres lésions dans les parties voisines , telles que des solutions de continuité , des adhérences anormales , etc. ; et ces lésions peuvent entraîner de graves accidents ou même une mort inévitable, soit immédiatement après la naissance, soit très peu de temps après.

Il n'est pas de notre objet d'approfondir ici les lois et le mécanisme de la production des ouvertures anormales à travers lesquelles le cœur s'échappe. Quant à certains vices de conformation qui peuvent coexister avec les hernies du cœur, nous en traiterons plus loin.

Chez les sujets qui ne succombent pas immédiatement après leur naissance, le diagnostic des hernies du cœur se fonde sur les mêmes données que celui dos simples déplacements dont nous avons déjà parlé.

(1) Oa conservait cet enfant à ia Maternité. Je ne sache pas qu'il en ait clé question depuis la publication de la note qu'on vient de lire.

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