CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR
Le mémoire que j'ai publié sur les concrétions sanguines du cœur et des gros vaisseaux dans le journal F Expérience, contient quatorze observations. Hé bien , chez douze des quatorze sujets de ces observations, j'ai diagnostiqué positivement ou simplement annoncé comme probable, l'existence des concrétions dont nous nous occupons. Or, ce diagnostic, établi sur les signes que nous venons d'exposer, a été pleinement continué par l'autopsie cadavérique chez les sujets qui ont succombé; et pour ne parler que des signes fournis par l'auscultation du cœur et l'exploration du pouls, je dois déclarer qu'ils se rencontrèrent à un degré plus ou moins marqué chez tous nos malades.
Toutefois , le lecteur voudra bien ne pas oublier que pour diagnostiquer la formation commençante ou déjà plus ou moins avancée de concrétions sanguines dans le cœur et dans les gros vaisseaux , nous ne tenons pas compte seulement de l'ordre de signes ci dessus mentionnés, mas de diverses autres circonstances que nous avons indiquées plus haut.
II. On se tromperait beaucoup si l'on croyait que le diagnostic des concrétions sanguines dans le cœur et les gros vaisseaux est un objet de pure curiosité, et qui n'intéresse pas essentiellement la pratique. Il n'en est pas ainsi : en effet, en médecine clinique un peu exacte , ce n'est pas une chose oiseuse pour le pronostic que de savoir si une pleuropneumonie, par exemple, est ou non accompagnée de la présence de pareilles concrétions. Cet accompagnement aggrave singulièrement le pronostic , lorsque tout indique
M. Legroux. Kîais comme ce judicieux observateur n'avait point encore une idée précise sur la catfeé du tic-lac ou du double bruit du cœur, à l'époque où il rit ses rechen-h -«. 1 n'a pu ?e rendre un compte clair et précis de la malilé de ce double Um t dans le cas de conciliions sanguines, il cl évident que les concrétion,: »'i p osen.1 a ' ibre jeu des valvules, et qu'étalées sur ces valvule llei >nt pour effet ^Uy*hqdë de vàiier,
d'amortir, fî étouffer te claquement valvulaire.
■y24 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
que les concrétions sont abondantes et qu'elles constituent un obstacle considérable au cours du sang à travers les cavités du cœur et des gros vaisseaux.
Ce n'est pas assurément une chose oiseuse non plus pour la saine pratique , pour une thérapeutique vraiment éclairée , que de savoir si Y accompagnement qui nous occupe existe ou non dans un cas donné de pleuropneumonie. C'est une opinion assez généralement reçue, que dans la maladie dont il s'a»it, le pouls se montre plein, fort, développé , large ; il n'est pourtant pas rare de rencontrer un pouls embarrassé , assez étroit, qui contraste avec la force des sujets avec l'étendue et l'intensité de la pneumonie , et souvent aussi avec la force des battements du cœur. C'est alors que la plupart des praticiens recommandent de s'abstenir de nouvelles émissions sanguines, quand on a déjà eu recours à ce moyen, si héroïque quand il est bien manié, ou de n'en point pratiquer même chez les sujets qui n'auraient pas encore été saignés. Ils considèrent cette petitesse du pouls comme un signe infaillible d'une débilité radicale, d'une formelle adynamie , et ils abondent d'autant plus dans ce sens, nue le phénomène dont il s'agit coïncide le plus ordinairement avec un grand abattement, une extrême prostration des forces musculaires, et une tendance plus ou moins marquée aux défaillances , aux lipothymies. Eh bien! dans un très grand nombre de cas, tous les signes dont il est question ne se rattachent point à un état dynamique direct, essentiel, à une faiblesse radicale de ce qu'on appelle la force vitale , mais bien à la présence de caillots commençant à se former ou déjà formés dans le cœur ; et non seulement alors il ne faut pas renoncer aux émissions sanguines , mais il est urgent d'y recourir sans retard , en se conformant d'ailleurs aux règles que nous avons formulées ailleurs. Combien d'observations ne pourrions-nous pas rapporter ici qui démontreraient que, pratiquées avec une sage et prudente hardiesse , les saignées ont promptement
CONCRETIONS POLYPIFORMES DU COEUR. ^2;)
redonné au pouls son volume accoulumé, sa liberté normale , fait cesser les défaillances , relevé les forces au lieu de les abattre, et sauvé définitivement les malades! Je n'exagère point en disant que je possède dans tous leurs détails plus de quarante observations de pleuro-pneumonie de cette espèce.
II. Du pronostic et du traitement des concrétions polypiformes du cœur.
I. Le pronostic des concrétions sanguines du cœur, quand elles sont assez volumineuses pour gêner notablement le cours du sang, est des plus graves; presque toujours elles sont suivies, tôt ou tard , d'une terminaison funeste.
Au reste , dans le pronostic auquel ces concrétions peuvent donner lieu , il faut prendre en sérieuse considération la maladie dont elles ne sont qu'un accident. En effet, plus cette maladie sera dangereuse en elle-même, plus aussi les concrétions polypiformes qui en auront été la suite devront évidemment faire porter un pronostic fâcheux.
II. On ne peut opposer que des moyens bien précaires à une lésion telle que celle dont nous nous occupons , une fois qu'elle est complètement développée. Pour prévenir la for. mation de concrétions sanguines dans les maladies du cœur, dont le propre est d'entraver le cours du sang, il est utile da pratiquer de temps en temps des émissions sanguines, et de délayer en quelque sorte le sang au moyen des boissons aqueuses. Dans les maladies inflammatoires à la suite des* quelles, en raison de la plasticité du sang, des concrétions tendent à se former et se forment en effet souvent dans le cœur ou dans les vaisseaux , c'est par les mêm s moyens, employés avec beaucoup plus d'énergie, que l'en parviendra, dans la grande majorité des cas, à prévenir cet accident. La potasse et la soude exerçant une sorle d'action dissolvante sur le sang, M. Legroux pense que les sels de ces deux bases pourront être administrés avec avan-
tage. Mais il ne cile aucune observation à l'appui de cette opinion, d'ailleurs, en apparence, très rationnelle.
Les émissions sanguines sont encore le meilleur moyen qu'on puisse employer contre les concrétions sanguines du cœur une fois formées. Elles nous ont réussi au-delà de nos espérances dans un assez bon nombre de cas, et notamment chez une femme qui fut admise dans notre service (salle Sainte-Madeleine , n° 5), le 7 du mois '!e mai 1 835. En proie à la plus imminente suffocation , et offrant, d'ailleurs, les signes physiques des concrétions sanguines tels qu'ils ont été exposés plus haut, elle fui saignée trois fois, et se trouvait dès le 20 mai dans un étal satisfaisant.
Les concrétions du cœur une fois formées, peuvent-elles se dissoudre? Il me paraît indubitable que des concrétions récentes et peu volumineuses sont susceptibles de ce mode de terminaison. Dans quelques cas aussi, il est probable que des concrétions du cœur peu volumineuses sont expulsées dans le système vasculaire. Mais c'est trop s'arrêter sur une question, pour la solution de laquelle nous manquons d'un nombre suffisant d'observations exactes.
Quant aux concrétions organisées, identifiées en quelque sorte et confondues avec les parois des cavités qui les contiennent, elles sont évidemment au-dessus de nos ressources. La lâche du médecin qui serait assez habile pour en diagnostiquer ou plutôt en présumer l'existence , consisterait uniquement à combattre par des moyens appropriés les ;accidents principaux qu'elles entraînent à leur suite.
T\y DU SECOND ET DERNIER VOLUME.
EXPLICATION DES PLANCHES