‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 115 sur 125 · CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR · texte numérisé non relu

CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR

viens aussi que ma conclusion n'est pas tout- à-fait conforme à l'esprit et à la lettre de cette singulière doctrine de Laënnec , savoir : Que ce n'est pas chez les sujets jeunes , pléthoriques, pleins de vie et éminemment disposés à l'orgasme inflammatoire , (pie se forment tout-à-coup les concrétions polypeuses dans le cœur.

Laissons au temps le soin de faire justice de celle des opinions ci-dessus exposées qui n'est pas la sincère expression de l'observation exacte des faits.

III. Nous avons rapporté une observation de concrétions sanguines développées chez un individu affecté de gangrène de l'un des membres inférieurs. Deux des observations con§ tenues dans la dissertation de M. Legroux (obs. 2eet3e) sont également relatives à des concrétions coïncidant avec une gangrène dite spontanée. Quelques auteurs ont admis que dans cette forme de gangrène , le sang avait une tendance particulière à la coagulation dans toute l'étendue de l'organisme (Gazette médicale , mardi 25 décembre 1802). Nous n'affirmons pas qu'il ne puisse jamais en être ainsi. Cependant l'observation démontre que dans les affections gangreneuses, septiques , le sang est frappé d'une sorte de dissolution. Dans les cas de gangrène et de coagulation du sang, il faut bien se garder de prendre l'effet pour la cause. La concrétion du sang dans les artères est, comme on sait, une des causes de la gangrène, et l'on se tromperait beaucoup si l'on attribuait alors à celle-ci les concrétions dont elle est l'effet.

§ I. Signes et diagnostic des concrétions polypiformes du cœur ; importance pratique de ce diagnostic.

I. Vers le milieu du dernier siècle , on attribuait aux polypes du coeur une foule de lésions de la circulation et de la respiration dues à d'autres maladies de cet organe, comme on rapporte vaguement de nos jours aux anèvrismes du cœur des lésions fonctionnelles qui reconnaissent pour

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véritable cause des altérations des valvules, altérations dont les anévrismes eux-mêmes sont souvent des effets. Qui ne sait que J.-J. Rousseau se rendit à Montpellier pouT s'y faire traiter d'un polype au cœur, voyage que cet illustre mélancolique n'eût point fait à pied , s'il eût été réellement atteint de la maladie dont l'idée tourmentait si profondément son ardente imagination.

Un des effets évidents et nécessaires des concrétions polypiformes du cœur, c'est d'apporter un obstacle plus ou moins considérable à la circulation du sang à travers cet organe. Quand elles occupent les cavités droites, ce qui est le cas le plus commun, le sang ne pénétrant qu'en très petite quantité dans les poumons, reflue en quelque sorte dans les vaisseaux situés derrière l'obstacle, engorge toutes les parties, et spécialement le cerveau , le foie, etc. De là des congestions apoplectiformes, des collections séreuses , etc. D'un autre côté , comme les organes ne reçoivent qu'une très petite quantité de sang qui ait subi le contact de l'air au sein des poumons, on observe jusqu'à un certain point des phénomènes de véritable asphyxie. Les accidents sont encore à peu près les mômes, lorsque les concrétions gênent le passage du sang à travers les cavités gauches. Mais de plus, dans ce cas, il survient une congestion dans les veines pulmonaires, qui ne peuvent plus se dégorger librement dans l'oreillette gauche, et c'est là une condition de dyspnée qui n'appartient pas aux concrétions des cavités droites.

Pour reconnaître ou diagnostiquer les concrétions sanguines du cœur, il faut qu'elles aient un volume tel , qu'elles opposent un très notable obstacle à la circulation. D'ailleurs, elles ne gênent pas également le cours du sang dans toutes les positions qu'elles peuvent affecter. Les concrétions qui se forment sur les valvules, et qui, en s'entortillant autour des lames dont elles sont composées, et autour des tendons qui se rendent à leur bord libre , en-

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chaînent pour ainsi dire les mouvements de ces soupapes vivantes, sont celles qui, à volume égal , apportent le plus grand obstacle au cours du sang.

Suivant Laënnec , « lorsque chez un malade, qui jusque »là avait présenté des battements de cœur réguliers, ceux-ci «deviennent tout-à-coup tellement anormaux, obscurs et «confus, qu'on ne peut les analyser, on peut soupçonner »la formation d'une concrétion polypiforme; si ce trouble »n'a lieu que d'un seul côté, la chose est à peu près cer- » taine. »

Nous avons exposé, en temps et lieu, quels étaient les accidents d'après lesquels on pouvait soupçonner, sinon annoncer positivement, la formation de concrétions sanguines chez les individus atteints d'endocardite ou de péricardite aiguës. Ces accidents sont essentiellement les mêmes, quelles que soient les causes déterminantes de ces concrétions. Nous allons les rappeler : battements tumultueux du cœur, avec obscurité et pour ainsi dire niatité des bruits qui les accompagnent, ou bruit de soufflet, tantôt simple , tantôt, peut-être, sibilant (i); étoulïernent , orlhopnée, anxiété, congestions veineuses suivies, chez quelques indi-

(1) Une femme offrait les symptômes combinés d'une maladie du cœur et des poumons, lorsqu'elle fut admise à l'Hôtel Dieu : elle était alors généralement infiltrée et on entendait dans la région piécordiale un sifflement aigu.

La malade succomba le lendemain de son entrée.

Plaques organisées à la surface du péricarde. On trouva dans l'oreillette droite une concrétion polypeuse, décolorée, adhérente à la valvule tricuspide, aux colonnes charnues du ventricule droit et se prolongeant dans la veine cave supérieure où elle flottait sous forme d'un c\lindre blanchâtre, élastique (la membrane interne de cette veine élait rougeàlrc;. Une concrétion analogue, mais moins ancienne , occupait l'oreillette gauche. (Observation publiée par M. le docteur Bronc, dans le Journal hebdomadaire de Médecine.)

Ce fait est assez curieux pour avoir dû trouver place ici. Toutefois*, il faut

bien se garder d'admettre que les concrétions sanguines soient l'unique causé

du ronflement ou du sifflement du cœur. J'ai entendu, en effet, un bruit de

soufflet roucoulant ou sibilant du eosur dans bien des cas où il n'exislail

vidus, de perle de connaissance avec état comateux ; ronflement stertoreux précédé ou non de mouvements convulsifs; petitesse du pouls; refroidissement des extrémités.

Lorsque les phénomènes ci-dessus exposés se manifestent dans le cours d'une maladie aiguë du cœur, telle qu'une péricardite ou une endocardite, qui jusque là n'avait pas été accompagnée d'un trouble très considérable des fonctions de la respiration et de la circulation, il est extrêmement probable qu'il s'est formé des concrétions sanguines dans les cavités du cœur. Dans les anciennes maladies de cet organe, qui donnent lieu h une dyspnée habituelle , mais supportable , surtout à l'état de repos, s'il survient, par intervalles et comme par paroxysmes, des accidents orlhopnéiques d'une intensité vraiment formidable, il est également presque certain que c'est à la présence de concrétions sanguines , formées dans les cavités du cœur, que sont dus de pareils accidents (1).

point de concrétions polypiformes dans les cavités de cet organe , ainsi qu'il a été dit dans un autre endroit de cet ouvrage (*).

(1) M. ie docteur Legroux attribue la diminulion de sonoréité, l'espèce' de raatité des bruits du cœur, dans le cas qui nous occupe, à l'acrumulalion du sang dans les cavilés de cet organe, et en donne pour raison qu'un vase sonore perd de cette propriété à mesure qu'il se remplit d'un liquide. (Diss. cit., page 40.) Pour que celte raison fût valable, il faudrait que les bruits du cœur dépendissent de !a percussion de cet organe contre les parois du thorax , ce qui n'est pas. D'un aulre côté, la comparaison du cœur avec un vase qui résonne ou ne résoune pas selon qu'il est vide ou plein, est bien loin d'être rigoureusement exacte.

Quoi qu'il en soit de cette explication, « la diminution ou la perte du son » dans une on plusieurs cavités du cœur est, selon M. Legroux, un signe » certain des concrétions sanguines... La cavité do?:t le son est diminué in- » dique le siège de la concrotion. » (Diss. cit., page 41.)

Nos observations sont, jusqu'à un certain point, conformes à celles de

{'l Uant l'excellente dissertation inaugurale qu'il a soutenue à la Faculté sur la péiicarditc aiguë, M. I" docteur Dcsclaux, l'un des élè»es le» plu* distingués qui aïeul suivi outre clinique, a rapporté un cas où l'existence d'un bruit de piaulement dans la légion ciu cœur, et les autres signes mentionnés plu» liant, uie Urcut dixgnottiquer des concrétions polvpiforrues ; i'aulopsie cadavérique prouva la ju»lui» d« «e disjoonrU '..

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