PRONOSTIC ET MORTALITÉ
I. Le pronostic de l'endocardite, comme sa durée, varie selon un grand nombre de circonstances relatives à la maladie elle-même ou bien aux conditions individuelles , aux complications, au mode de traitement surtout , etc. Lorsque la maladie appartient à la catégorie des cas légers ou des casmoyens, que l'individu est d'une bonne constitution, et qu'un traitement convenable est employé, on obtient une guérison assez prompte et assez facile. La mortalité est alors nulle, et la maladie ne passe point h l'état chronique.
II. Mais si l'endocardite rentre dans la catégorie des cas graves, si elle acquiert son plus haut degré d'intensité, elle constitue une des plus redoutables phleg-
masies, et c'est alors qu'à moinsde la méthode énergique de traitement dont nous allons bientôt parler, elle se termine le plus souvent soit par une mort assez prompte, soit par le développement de ces altérations des valvules et de la substance même du cœur qui , au bout d'un temps variable, conduisent inévitablement les malades au tombeau. Dans noire Traité du rhumatisme articulaire, nous avons exposé, avec tous les détails nécessaires , les faits qui démontrent clairement cette double proposition. Notre méthode de traitement elle-même peut, dans quelques cas exceptionnels , heureusement très rares, ne pas triompher complélementdelamaladie. Toutefois, dans ces casmêmes, les lésions que celle-ci laisse à sa suite sont bien moins graves que celles qu'on observe chez tant d'individus qui, traités par les anciennes méthodes anliphlogisliques , n'ont pas succombé dans le cours de la période d'acuité.
III. Praticiens, pour qui le salut des malades est la suprême loi, ne croyez pas, je ne saurais trop le répéter, avoir tout fait en prévenant une terminaison funeste pendant la première période des grandes phlegmasies aiguës en général, et de l'endocardite en particulier. Il vous reste une autre condition à obtenir, un autre devoir à remplir, c'est de faire en sorte que la maladie ne passe point à l'état chronique, c'est-à-dire qu'elle ne se termine pas par une mort tardive au lieu d'une mort prompte; car, dans les phlegmasies chroniques des viscères importants, cette mort plus ou moins tardive en est le fatal résultat. Et pour en revenir à l'endocardite passée à l'état chronique, n'oubliezpas combien cette funeste terminaison est fréquente sous l'empire des anciennes méthodes de traitement , puisque les maladies organiques du cœur sont au rang des plus communes , et que les faits innombrables recueillis par nous depuis vingt ans ne permettent pas de douter que les maladies de ce nom ne soient, pour la plupart, des suites, des provenances, des procluils d'une endocardite ou d'une endopéricardile non
guérie à la période aiguë. Et pour juger combien l'endocardite rhumatismale aiguë en particulier, traitée par les ancirnnes méthodes, dégénère fréquemment en endocardite chronique, qu'on snche que sur plus de trois cents individus chez lesquels j'ai reconnu depuis sept a huit ans l'existence d'affections chroniques-organiques du cœur, etquej'aiinterrogésavec le plus grand soin, plus de la moitié faisaient positivement remonter les premiers symptômes de leur maladie à d'anciennes attaques de rhumatisme articulaire, prolongées pendant plusieurs semaines, ou même pendant plusieurs mois.
ARTICLE SEPTIÈME