DE L ENDOCARDITE
» constatée que dans des cas d'ulcération, et on ne l'a ja- »mais trouvé qu'en très petite quantité; on conçoit même «difficilement que cela pût être autrement à raison de la » rapidité delà circulation dans cet organe, qui doitnéces- » sairement entraîner le pus à mesure qu'il se forme. »
IV. Dans le chapitre qu'il a consacré à Y inflammation de V intérieur du cœur et des artères, M., le docteur Hope n'a presque rien ajouté à ce qui avait été déjà publié par nous sur ce sujet en 1824, et il a cru devoir se faire en quelque sorte l'écho de tout ce qu'avait objecté Laënnec, contre l'intervention du travail inflammatoire préalable que nous avons admis comme point de départ d'un certain nombre de lésions dites organiques des valvules du cœur ou des parois de l'aorte. D'ailleurs, comme Laënnec, M. Hope ne nous apprend absolument rien, ni sur les causes, ni sur le diagnostic de l'inflammation delà membrane interne du cœur (1).
V. On voit par ce qui précède à quel état de pénurie , si j'ose m'exprimer ainsi , se trouvait alors réduite la médecine sur le point important qui nous occupe. Les nouveaux faits que j'ai recueillis depuis sept ans me permettent cependant d'affirmer, comme je l'ai fait un peu plus haut, que l'inflammation de la membrane interne du cœur est, contrairement à l'opinion de Laënnec, une maladie réellement très commune, et aussi fréquente que la péricardite ellemême. Cette assertion, je le sais , paraîtra nécessairement exagérée à ceux qui n'ont point encore appris à reconnaître les diverses espèces d'endocardite, et l'endocardite rhumatismale en particulier. Elle m'eût paru telle à moimême , il y a moins de dix ans; mais le moment n'est
(1) Dans une nouvelle édition, postérieure à la publication de notre ouvrage, M. Hope, adoptant notre dénomination, a consacré un long article à l'endocardite. {A trealise un ihe diseases of the heart and great vessels. 3e édition, London, 1839, pag. 200 et suiv.) Nous y avons vu avec plaisir que notre savant confrère d'outreManche avait bien voulu mettre à contribution nos recherche?.
peut-être pas éloigné où ceux qui doutent de la fréquence de celte maladie changeront d'opinion à cet égard , ainsi que cela est arrivé aux personnes qui ont assidûment suivi le service clinique auquel nous sommes attaché.
Une circonstance qui, je l'avoue, s'oppose peut-être à ce que l'on reconnaisse généralement l'endocardite aiguë toutes les fois qu'elle existe sur le cadavre , c'est l'impossibilité où l'on est, dans un certain nombre de cas, de constater la présence de la matière anormalement sécrétée sous l'influence de cette inflammation. Cette matière , en effet, soit qu'elle consiste en du véritable pus , soit qu'elle se compose d'une partie séreuse dans laquelle est contenue une matière pseudo-membraneuse, se trouve incessamment balayée par la colonne sanguine qui coule à travers les cavités du cœur, et la petite quantité qui , en raison de sa ténacité , peut rester dans les cavités du cœur, se mêlant, se confondant en quelque sorte avec le sang , n'offre plus les caractères tranchés qu'on lui reconnaît dans les autres inflammations des membranes séreuses. Nous avons vu cependant plus haut queBaillie, Burns, etLaënneclui-même, avaient constaté l'existence d'une production pseudo-membraneuse à la surface interne du cœur, production analogue à celle que nous avons rencontrée nous-même à la surface interne de l'aorte, dans un cas que nous avons recueilli en 1822 et qui a été publié dans leTraite des maladies du cœur de 1824. Il importe d'ajouter que dans une forte et franche endocardite, le produit de sécrétion qui se dépose sur les valvules y adhère trop intimement pour être détaché par le mouvement du sang, et y forme des masses plus ou moins volumineuses, que nous décrirons plus loin.
Au reste , ce serait se faire une idée trop étroite de l'inflammation de la membrane interne du cœur, que de fonder uniquement son diagnostic anatomiquesurla présence d'un épanchement purulent ou pseudo-membraneux. La phlébite elle-même peut être reconnue d'une manière certaine sur le
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cadavre, dans des cas où les veines qui en ont élé le siège ne nousoffrentpoint d'épanchement de ce genre.
D'un autre côté, ce n'est pas seulement dans l'anatomie pathologique qu'il faut rechercher les preuves de l'existence de l'inflammation en général, et de l'endocardite en particulier. Si les inflammations internes ne nous révélaient leur existence que de cette manière, la médecine serait la plus aveugle et la plus misérable de toutes les sciences. Mais il n'en est pas ainsi : c'est par l'étude des causes qui ont agi sur le malade, par l'anaiyse des signes physiques et des lésions fonctionnelles, par laconsidération de la marche de l'affection , de son mode de réaction sur le système de l'économie, que le médecin s'élève au diagnostic de la maladie, et l'anatomie pathologique n'est alors que le complément de nos connaissances.
VI. A l'époque de la première édition de cet ouvrage, je ne fis pas mention des idées de M. Andral, dans l'historique des travaux de mes prédécesseurs. Or, un an après cette publication , c'est-à-dire en 1806, dans les notes dont il a enrichi la dernière édition du traité de Y Auscultation médiate de Laënnec,M. Andral, à l'occasion de l'inflammation de la membrane interne du cœur, s'est exprimé ainsi qu'il suit:
a II y a long-temps que fait racé les caractères anatomiques » de cette inflammation , et que f en ai indiqué les symptômes. » Je ne doute pas que ce ne soit par un oubli tout-à-fait «involontaire que, dans l'historique qu'il a donné des travaux publiés sur l'inflammation de la membrane interne »du cœur, M. Bouillaud n'a pas mentionné ce que j'en ai » dit dans le troisième volume de ma clinique , volume qui »*a paru en 1826. C'est la maladie que j'avais appelée cartdite interne, et à laquelle il a donné la dénomination plus » heureuse d'endocardite. »
Déjà dans le t. III de ma Clinique médicale, et plus récemment dans mon Traité du rhumatisme articulaire aigu, je me
lO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
suis justifié , je crois , du reproche qui m'a été adressé par mon savant collègue, M. le professeur Andral. Je dois néanmoins y revenir plus explicitement ici. Avant tout, je m'empresse de mettre sous les yeux du lecteur ce que M. Andral a écrit de l'inflammation de la membrane interne du cœur en 1826, ou deux ans après la publication du Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux (1 ).
La section II du livre consacré par M. Andral aux maladies du cœur a pour titre : Observations sur les maladies de la substance charnue du cœur et de sa membrane interne.
« Nous comprenons sous ce titre, dit M. Andral, diverses altérations de texture, d'où il résulte une disproportion dans la capacité des quatre cavités du cœur, soit entre elles , soit relativement au diamètre des vaisseaux qui se terminent à cet organe ou qui en naissent. Ces altérations sont nombreuses ; elles peuvent être toutefois divisées en trois classes : dans l'une, il y a diminution de capacité d'une ou plusieurs cavités; dans la seconde, au contraire, leur capacité est augmentée. Dans ces deux cas , les parois de ces cavités sont d'ailleurs ou plus épaisses ou plus minces que dans l'état normal, et par conséquent leur contraction est plus énergique ou plus faible. Dans une troisième classe enfin, il n'y a de changement qu'une augmentation dans l'épaisseur des parois des cavités, le diamètre de celles-ci est d'ailleurs conservé le même.»
Voici maintenant comment M. Andral termine le chapitre relatif aux symptômes des lésions qui existent au début des maladies du cœur :
« Les symptômes que nous avons vus constituer ce qu'on » pourrait appeler le prodrome des affections organiques » du cœur, peuvent se dissiper après avoir fait craindre » pendant plusieurs années l'existence actuelle ou future
(I) Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux , par R.-J. Berlin et .1. Bouillaud. Paris, 1824, in-8°.
DE L ENDOCARDITE. 1 i
» d'un anévrisme. Ces symptômes sont spécialement des » palpitations plus ou moins fréquentes , une gêne plus ou moins » forte delà respiration. Qu'y a-t-il à cela d'étonnant, puis- »que nous avons vu que ces symptômes existent souvent » avant qu'il n'y ait encore véritable maladie organique du jcœur? Ainsi, ils pourront être produits i° par une in- »flammation du péricarde ou de la membrane interne du «cœur, qui, après avoir duré pendant un temps plus ou w moins long, se terminera heureusement, sans que l'irri- »tation sympathique qu'elle a imprimée au cœur ait été » assez forte pour persister après elle et en modifier la nutrition (i); 20 par un état pléthorique, sous l'influence » duquel, plus de sang étant formé dans l'économie, et »par conséquent une quantité plus grande passant à tra- »vers le cœur dans un temps donné, il en résulte un excès «d'action de celui-ci, et, par suite des palpitations qui «disparaissent avec l'état pléthorique, bien que la persistance de celui-ci, en prolongeant l'excès d'action du cœur, «puisse enfin en produire l'hypertrophie; de même qu'un «muscle quelconque augmente d'épaisseur sous l'influence «d'un violent exercice (2); 5° ces symptômes peuvent en- » core être déterminés par un vice de l'influence nerveuse , «qui peut faire battre le cœur avec force ou irrégularité} «de même qu'il fait naître des vomissements, ou que dans
(1) L'expérience exacte démontre malheureusement qu'une véritable endocardite, telle que celle qui accompagne si souvent les violents rhumatismes articulaires aigus, par exemple, ne dure jamais long-temps sans entraîner à sa suite une lésion dite organique des valvules et des parois du cœur. C'est là une assertion que M. Andral ne contestera pas aujourd'hui.
(2) Quelque ingénieuse que soit la théorie émise ici par M. le professeur Andral, il n'en est pas moins vrai qu'on ne saurait assimiler les divers symptômes produits par une inflammation du péricarde ou de l'endocarde avec ceux résultant d'un état pléthorique du cœur, non plus que les lésions organiques consécutives aux premières avec l'hypertrophie pure et simple du même organe , telle que pourrait, selon M. Andral , la déterminer un état pléthorique.
»les muscles de la vie de relation il provoque les mouve- «nients les plus désordonnés (1). »
Ainsi, ni dans le titre de cette seconde et dernière section, ni dans la distribution, l'indication des maladies qui en sont l'objet, il n'est fait mention expresse de Y inflammation de la membrane interne du cœur.
M. Andral met fin à ses réflexions générales sur les maladies de cette seconde section en disant : que « avant d'indiquer les symptômes qui se manifestent pendant le cours des maladies organiques du cœur, il va parler des symptômes variés qui en marquent le début, et des lésions diverses que ces symptômes annoncent. » Tel est l'objet du chapitre premier.
Dans ce chapitre , dont voici le titre : Lésions qui existent au début des maladies du cœur; symptômes de ces lésions; dans ce chapitre, dis-je, M. Andral commence par cette proposition : qu'un certain nombre d" hypertrophies des parois du cœur lui semblent reconnaître pour point de départ une inflammation aiguë ou chronique , soit du péricarde , soit de la membrane interne du cœur , soit enfin de V aorte.
Or, voici les faits qui conduisent M. Andral à penser que certaines hypertrophies reconnaissent pour cause première une inflammation de la membrane interne du cœur : « Chez plusieurs malades, dit-il, atteints depuis long-temps » de diverses affections organiques du cœur , à symptômes bien » tranchés, nous avons vu se manifester tout-à-coup des accidents assez remarquables : les battements du cœur de-
(1) L'observation exacte et attentive ne nous permet pas d'admettre aujourd'hui que les symptômes déterminés par un vice de l'influence nerveuse du cœur, soient semblables à ceux qui caractérisent la péricardite et l'endocardite.
Les rapprochements établis ici par M. Andral prouvent bien mieux que tout ce que je pourrais dire, combien nos connaissances sur l'endocardite étaient peu avancées à l'époque où ce savant collègue publiait sa Clinique médicale.
de l'endocardite. i3
» venaient subitement beaucoup plus tumultueux que de » coutume ; le pouls était en même temps diversement mo- » difié , tantôt très petit et irrégulier, tantôt dur, vibrant, » et dans ce dernier cas présentant ordinairement beaucoup «moins d'irrégularité. La respiration devenait singulière- »ment gênée; l'anxiété générale était portée au plus haut » degré , et la région du cœur elle-même était quelquefois »le siège d'une douleur plus ou moins vive. Chez les uns, » ces symptômes , après avoir duré pendant plusieurs jours, «disparaissaient; chez d'autres, ils devenaient déplus en «plus graves et entraînaient la mort. Dans ce dernier cas, * nous trouvions , à l'ouverture des cadavres , des traces «d'inflammation à la surface interne des cavités du cœur et «des gros vaisseaux. Celte inflammation était annoncée, » i° par une rougeur plus ou moins vive de cette surface «interne; 2° par un boursouflement, une tuméfaction «très marquée des parties de la membrane interne qui «constituent les diverses valvules des orifices auriculo-ven- » triculaires et artériels ; 3° par la facilité avec laquelle nous «enlevions quelquefois, par vastes lambeaux, cette même «membrane interne dans l'intérieur des cavités du cœur; » 4° dans quelques cas , par un ramollissement notable, une «extrême friabilité de la substance charnue elle-même « très rouge , gorgée de sang, et qui participait alors à l'in-
«flammation de la membrane interne
«L'inflammation aiguë de la surface interne du cœur et » des vaisseaux semble donc être la cause à laquelle peuvent «être rapportés, dans un certain nombre de cas du moins «les symptômes ci-dessus mentionnés. Or, ces symptômes «sont précisément ceux qui se manifestent chez certains «individus au début même de Y affection organique du cœur- «on est donc en droit d'en conclure ce qui aurait pu être «admis à priori, savoir, que, sous l'influence d'une car- » dite interne, la substance charnue, consécutivement ou » simultanément irritée , peut s'hypertrophier , comme s'é-
l4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
«paissit la tunique musculaire de l'estomac à la suite d'une «gastrite. »
L'argumentation de M. Andral est digne de toute l'attention du lecteur; en effet, il s'agit d'exposer les faits d'après lesquels un certain nombre d'hypertrophies des parois du cœur semblent à M. Andral reconnaître pour point de départ une inflammation de lamembrane internedu cœur. Or, comment procède M. Andral? par voie d'induction et non par voie de démonstration directe. En effet, il signale précisément des cas relatifs à des individus atteints depuis longtemps de diverses affections organiques du cœur, à symptômes bien tranchés, chez lesquels il est survenu plus tard des accidents qu'il attribue à une inflammation de la membrane interne du cœur. Pour prouver la thèse en question, ne valait-il pas mieux, au contraire , citer d'abord des faits relatifs à des hypertrophies ou autres lésions dites orga?iiques du cœur , qui avaient été évidemment précédées des symptômes d'une inflammation de la membrane interne du cœur? Mais à l'époque où il écrivait, M. Andral ne possédait réellement point de faits de ce genre : ils eussent été si nouveaux et d'une si haute importance, que ce savant observateur n'eût point manqué de les produire s'il les eût possédés. Il est vrai qu'après avoir indiqué les symptômes qui lui paraissaient avoir été produits par une cardite interne survenue chez plusieurs malades atteints depuis long-temps de diverses affections organiques du cœur à symptômes bien tranchés , M. Andral termine son argumentation en disant : Or ces symptômes sont précisément ceux qui se manifestent chez certains individus au début même de l'affection organique du cœur. Mais ce n'est là qu'une induction, à l'appui de laquelle M. Andral ne rapporte aucune observation particulière d'inflammation de la membrane interne du cœur. Ce dernier genre de preuve , le seul qui puisse entraîner la conviction, était ici d'autant plus indispensable que , précédemment, M. Andral avait attribué à la péri-
DE L£NDOCARDITE. l5
cardite les mêmes symptômes qu'il considère ici comme appartenant à une cardite interne. Et ce qui montre bien, pour le dire en passant, qu'à cette époque, on était loin de se douter de la loi de coïncidence des inflammations du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu , c'est que l'observation consignée dans l'ouvrage de M. Andral pour prouver qu'une péricardite peut être le point de départ d'un certain nombre d'affections organiques du cœur, avait précisément pour sujet un individu depuis long-temps affecté de douleurs rhumatismales , et que néanmoins cette circonstance n'est delà part de M. Andral l'objet d'aucune réflexion (1). Moi-même , d'ailleurs , dans le Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux de 1824. j'avais consigné quelques observations du même genre, sans dire un seul mot relatif à la loi ci-avant mentionnée.
Ajoutons, d'ailleurs, que les symptômes assignés par M. Andral à l'inflammation de la membrane interne du cœur ou cardite interne, ne sont réellement pas ceux par lesquels elle se révèle d'une manière positive, ainsi que nous ne tarderons pas à le démontrer.
Peut-être les considérations qu'on vient de lire m'excuseront-elles , du moins en partie, de n'avoir point, à l'époque de la première édition de cet ouvrage , consacré une partie de mon court historique de l'endocardite à une mention expresse de ce qu'en avait dit M. le professeur
(1) Dans le fait très brièvement rapporté par M. Andral , il est noté que les douleurs rhumatismales étaient remarquables par leur grande mobilité, et que ces douleurs ayant disparu tout-à-coup, en même temps se manifesta à la région du cœur une atroce douleur, etc. Ce n'est point ainsi que les choses se passent, du moins dans l'immense majorité des cas ; mais il fut un temps où l'on croyait qu'une péricardile ne pouvait exister sans une atroce douleur, et qu'elle ne pouvait se développer chez un rhumatisant que par méiastaSe, c'est-à-dire par la disparition du rhumatisme qui se portait sur le péricarde. Il y a loin des doctrines de cette époque à celle que nous avons formulée depuis quelques années.
l6 MALADIES BU COEUR EN PARTICULIER.
Andral dès 1826, époque où parut le t. III de sa Clinique médicale.
Toutefois, il m'importe de rappeler ici que dans l'article relatif à l'histoire générale de l'endocardite, j'avais, à l'occasion de certaines conséquences de cette phlegmasie , (t. II, pag. 79 ), rappelé textuellement le passage suivant du t. III de la Clinique médicale de M. Andral : « Si la «phlegmasie de la membrane interne du cœur passe à l'é- »tat chronique , la membrane qui en est le siège s'épaissit » de plus en plus, là surtout où elle se double pour constituer les valvules des différents orifices... Non seulement icelte membrane s'épaissit, mais encore elle devient le » siège de végétations, de dégénérations variées. Les portions » de tissu fibreux qu'elle recouvre s'épaississent également, » et la, comme partout oh il est frappé fV inflammation, ce tissu » tend à passer à V état cartilagineux ou osseux. Ces diverses «altérations ont pour effet commun de rétrécir les divers » orifices du cœur, de s'opposer au libre jeu des valvules, et «par conséquent de gêner le cours du sang... Ainsi donc un «grand nombre de rétrécissements des différents orifices » du cœur, produits soit par des végétations qui recouvrent » la membrane , soit par des concrétions cartilagineuses ou «osseuses qui la soulèvent , reconnaissent pourpoint de «départ une inflammation aiguë ou chronique de la mem- «brane qui tapisse les cavités du cœur. «
Comparant ensuite cette doctrine avec celle émise par nous dans le Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux, de 1824, et si vivement attaquée par Laënnec, j'ajoutais avec bonheur : « On le voit, les idées de M. Andral sont au fond exactement les mêmes que les nôtres. »
Quoi qu'il en soit, je répare donc aujourd'hui l'omission qui existait, à l'égard de M. Andral, dans l'historique de l'endocardite que contient la première édition de ce traité. On a pu voir par les extraits textuels de la clinique du célèbre professeur, qu'en 1826 ses recherches sur l'inflammation,
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de la membrane interne du cœur, ne différaient pas essentiellement de celles que nous avions faites de notre côté, et que nous avions exposées dans le Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux , publié en 1824.
En 1826, M. Andral n'avait absolument rien dit de l'endocardite rhumatismale , ce type réel de l'endocardite franche , légitime et en quelque sorte normale , ni même de l'endocardite qui accompagne si souvent les grandes inflammations de la plèvre et du poumon. Or, l'histoire de l'endocardite était réduite à bien peu de chose , avant que je n'eusse fait connaître ces deux espèces capitales de l'endocardite. Les symptômes positifs , exacts , au moyen desquels on pouvait diagnostiquer l'endocardite, n'avaient point été découverts , développés , et j'ai quelque peine à comprendre comment M. le professeur Andral , dans le passage cité plus haut, déclare expressément i° avoir, dès 182G, indiqué les symptômes de cette inflammation (à l'état aigu), lui qui n'avait pas même mentionné ceux fournis par l'auscultation, la percussion, la palpation et l'inspection attentive de la région du cœur; 20 avoir tracé les caractères anatomiques de cette même inflammation (toujours à l'état aigu), lui qui n'avait rien dit ni des sécréta anormaux qu'elle produit, ni des altérations qu'elle détermine dans le sang que contiennent les cavités du cœur.
Quant à Y endocardite rhumatismale en particulier, puisqu'il n'en est question dans aucun endroit du volume de la Clinique de M. Andral, publié en 1826, c'est sans doute par une erreur involontaire qu'il s'exprime ainsi : « Les trait vaux de M. Bouillaud sont venus confirmer l'idée que j' avais » émise , dès la première édition de ma Clinique médicale, sur » le rapport qui existe souvent entre le rhumatisme et le dévelopnpement ultérieur d'une maladie du cœur. » (Voyez les notes sur Laënnec, édit. de i856.)
Il résulte de tout ce qui précède : i° que nulle part, dans les premières éditions de sa Clinique médicale , M. le profesn. 2
l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
seur Andral n'avait affecté un article spécial à l'inQammation de la membrane interne du cœur ou à !a cardite interne, pour rappeler la dénomination dont il s'est servi ; a0 que ce qu'il en dit se trouve comme caché dans une section de cet ouvrage» consacrée, selon les propres expressions de M. Andral, butL dîvërtes lésions de structure, cVoii résulte une disproportion dans la capacité des quatre cavités du. cœnr\ soit entre elles , soit relativement au diamètre des vaisseaux qui se terminent à cet organe ou qui en naissent; 3° que dans la section indiquée , M. Andral ne parle de la cardite interne qile comme d'un des points de départ de l'hypertrophie du cœur» proposition qu'il émet, d'ailleurs, sous forme un peu conjecturale j et sans apporter à l'appui aucune observation détaillée, précise, exacte et démonstrative;. 4° que les symptômes d'après lesquels M. Andral croit qu'il a existé une inflammation de la membrane interne du cœur ne constituent point réellement les signes propres et caractéristiques ou pathogno'moniques de l'endocardite; 5° qUe c'est pour n'avoir pas bien connu les signes dont il s'agit que M. Andral a pu les rapprocher, comme il l'a fait, de ceux qui sont déterminés par un étal pléthorique ou par un -vice de V influence nerveuse (î); 6» qu'enfin nulle part, dans le volume invoqué par M. Andral, il n'est question des conditions au milieu desquelles la cardite interne prend naissance , ni des maladies dont elle constitue un si important accompagnement, telles que le rhumatisme articulaire aigu intense-, les grandes inflammations de la plèvre et des poumons, etc.
(1)11 est, à mon avis, bien digne de remarque que M. Andral ne met point au nombre 'des maladies qui peuvent donner lieu a des palpitations plus ou moins fréquentes et à une <jêne plus on mohis forte de la respiration , ces états constitutionnels ou généraux, essentiellement caractérisés par des lésions du sang, tels que la chlorose, l'anémie, etc. C'est qu'alors on n'avait point encore, comme nous l'avons fait depuis, démontré positivement la fréquence cfe ce1» étals morbides constitutionnels et signalé le rôle important qu'ils jotfenl dans une foule de «33.
PREM. CATEG. d'oBSERVATIOKS d'eNDOCARDITE. 1Q
VII. Je suivrai dans ce chapitre le même ordre que dans le précédent : en conséquence , je diviserai les observalions particulières d'endocardite que je vais rapporter dans la première section, en trois catégories, comme je l'ai l'ait pour les observations de péricardite.
Plus heureux ou du moins plus riche qu'à l'époque de là première édition de ce Traité, j'ai pu placer dans 3a première catégorie plusieurs nouvelles observations d'endocardite à caractères anato iniques non moins bien tranchés que ceux des péricardites dont les observations ont été consignées par nous dans la même catégorie. C'est par elles que nous commencerons.
Mais avant de rapporter ces nouvelles observations, dont quelques unes ont déjà été insérées dans mon Traité clinique du rhumatisme articulaire , qu'il me soit permis de rappeler ici celle que j'ai déjà consignée dans le premier volume du présent Traité, sous le n' 1/4. Dans ce cas recueilli par moi, dès l'année i852, la valvule mitralc, épaissie et adhérente à la surface interne du ca-ur, était parsemée et comme surchargée de végétations très multipliées , cotfluentes, analogues aux poireaux ou choux -fleurs vénériens, composées d' 'une matière fibrineuse , friable , s' 'écrasant facilement sous la lame du scalpel, etc. — Un bruit de soufflet du cœur avait accompagné la lésion -valvulaire. Avant 1802 , aucune observation aussi complète d'endocardite n'avait encore été publiée.
SECTION PREMIERE
71 OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR l'eNDOCARDîTK ET SES SUITES.