‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 3 sur 125 · DE L ENDOCARDITE · texte numérisé non relu

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services de médecine et de chirurgie de l'hôpital de la Charité, et nous avons conservé des notes exactes sur cet examen. Ce travail nous permit de déterminer avec plus de précision quels étaient les cas dans lesquels la rougeur de cette membrane pouvait être attribuée à un état inflammatoire , et quels étaient ceux, au contraire, où cette rougeur était le simple résultat d'une pure imbibition cadavérique.

Enfin, depuis huit ans passés que nous sommes chargé d'un enseignement clinique, nous avons recueilli sur l'inflammation du système sanguin en général, et spécialement sur l'endocardite aiguë, des observations nombreuses au moyen desquelles nous espérons pouvoir combler une des grandeslacunes qui restaientencoredansla pathologie- Nous recommandons ce chapitre de notre ouvrage à l'impartiale attention de nos lecteurs, et nous les prions d'être surtout bien persuadés que dans tout ce que nous dirons de l'inflammation de l'endocarde, nous n'avons été guidé par aucune théorie préconçue, mais que, au contraire, la théorie n'est venue qu'à la suite de faits nombreux, je le répète, et trop patiemment observés pour que nous ne puissions pas leur donner le nom d'exacts.

II. Avant d'entrer directement en matière , qu'il nous soit permis de rappeler en peu de mots ce que nous avons trouvé dans les ouvrages de nos prédécesseurs.

Corvisart n'a pas dit un seul mot de l'inflammation de la membrane interne du cœur ou des valvules de cet organe, et ne paraît pas même en avoir soupçonné l'existence.

Matthieu Baillie annonce avoir vu les valvules veineuses affectées d'une véritable inflammation, et couvertes de lymphe plastique (i).

M. Burns (2) a trouvé à la surface interne de l'oreillette

(1) Anatomie -pathologique. Paris, 1815, pag. 28.

(2) Burns, On diseases of the heart. Edimbourg, 1809, in-8".

droite une couche de lymphe floconneuse. Le même observateur a vu l'oreillette gauche en partie ossifiée, tapissée intérieurement par une couche membraniforme de lymphe plastique.

III. On se tromperait beaucoup si l'on croyait que , sous le nom de cardite polypeuse , M. Kreisig a réellement décrit la véritable endocardite (1), Sans doute, la coagulation du sang que contiennent les cavités du cœur est un des accidents que l'endocardite peut entraîner à sa suite; mais cette coagulation a lieu aussi dans une foule de cas où la membrane interne du cœur n'est nullement enflammée.

IV. Laissons d'ailleurs à Laënnec le soin de discuter cette opinion , et faisons connaître en même temps sa propre doctrine sur le sujet important qui nous occupe : « M. Kreisig, » dit-il , pense que les concrétions polypiformessont des pro- » duits , et par conséquent des preuves de l'inflammation. Si » cette opinion est fondée, il faut admettre que la membrane » enflammée agit sur le sanget le coagule, hypothèse tout-à-fait » gratuite...; ou bien que le sang lui-même, comme le vou- «laient les anciens, est susceptible d'inflammation... Mais » telle n'estpas ici évidemment la manière de voir de MM. Krei- » sig, Burns , et des médecins qui ont répété la même asser- » lion. Leur opinion paraît se fonder principalement sur les «cas où il y a adhérence intime ou continuité de substance » entre les concrétions polypiformes et la membrane interne «des parois du cœur... A ce fait ainsi expliqué on peut objecter que l'adhérence intime dont il s'agit ne s'observe » que rarement et sur les concrétions polypiformes les plus «parfaitement organisées; que le très grand nombre des » concrétions qu'on trouve à l'ouverture des cadavres sont «libres à l'intérieur du cœur, ou simplement appliquées » et intfiquées dans ses colonnes charnues...; que ce n'est «pas chez les sujets jeunes, pléthoriques, pleins de vie, et «éminemment disposés à l'orgasme inflammatoire, que se

(1) Le Malallie del c«ore. Pavie, 1828, tom. III, pag. 153

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«forment tout-à-coup des concrétions polypeuses dans le «cœur; que ces accidents arrivent, au contraire, dans s l'agonie de presque toutes les maladies, et surtout des «maladies chroniques qui ont déterminé la cachexie, le «marasme, une débilité profonde, et qui ont été accom- » pagnées d'obstacle à la circulation ; enfin , que le sang n'a «pas besoin de l'action des organes sur lui pour seconcré- « ter, et qu'il suffit de sa stase pour séparer la fibrine des » autres parties... »

Laënnec ajoute que l'adhérence d'une concrétion polypiforme organisée peut être conçue : i° par l'action irritante du caillot lui-même sur les parois du cœur, qui peut déterminer l'exsudation d'une lymphe plastique; 2° par l'existence de la vie dans les concrétions polypeuses formées avant la mort. Il cherche ensuite à établir qu'il n'est peutêtre pas suffisamment démontré que la production d'une lymphe plastique , susceptible de s'organiser et de se convertir en un tissu semblable à celui dans lequel elle se forme, suppose toujours nécessairement une inflammation. Pour preuve de cette assertion , il dit que la réunion des plaies faites par un instrument très tranchant , lorsqu'on rapproche sur-lechamp les lèvres de la division , a lieu quelquefois sans signes appréciables d'in/la m m a tion.

Enfin, Laënnec admet en dernière analyse :

i° Que la stase du sang, par suite d'un obstacle à son cours, suffit à elle seule pour en produire la concrétion, et déterminer la formation d'uncoagulum de fibrine organisable;

2° Que la concrétion du sang paraît déterminer, dans quelques cas, une inflammation réelle et accompagnée de formation d'une fausse membrane, particulièrement dans les veines;

3° Qu'il paraît certain que quelquefois, et surtout dans les veines où la circulation est peu rapide , une inflammation pseudo-membraneuse de leur membrane interne peut

être la cause première de la concrétion du sang, qui s'imbibe dans la fausse membrane, la gonfle , et tend à se coaguler autour d'elle par une sorte d'attraction;

4° Qu'enfin, le pus absorbé en grande quantité par une veine , peut devenir de plusieurs manières la cause d'un infarctus sanguin, en se mêlant au sang, le rendant moins liquide , le concrétant même par une action chimico-vitale, et en enflammant les parois des veines.

Au reste, Laënnec pense que :

« L'inflammation de la membrane interne du cœur et des «gros vaisseaux est une affection fort rare.

«Il lui semble que la rougeur des membranes internes » du cœur et des gros vaisseaux ne peut , dans aucun cas , et «quelle qu'en soit la nuance, prouver seule l'inflamma- »tion, et qu'on peut affirmer que cette rougeur est un «phénomène cadavérique ou d'agonie , toutes les fois «qu'elle se trouve jointe aux circonstances suivantes : ago- «nie longue ei accompagnée de suffocation, altération «manifeste du sang, décomposition déjà un peu marquée » du cadavre.

«On pourrait tout au plus soupçonner l'inflammation » dans le cas où la rougeur est accompagnée de gonflement, «d'épaississement, de boursouflement.

«La formation d'une couche pseudo-membraneuse de «lymphe plastique , plus ou moins adhérente à la surface » interne du cœur, est le signe le plus incontestable de l'in- » flammation de cette membrane , et, avec l'ulcération, le » seul certain (1).

«La présence du pus liquide dans le cœur n'a guère été

(1) « J'ai trouvé quelquefois, dit Laënnec, des fausses membranes peu » étendues, ordinairement teintes de sang par imbibition, fortement adhé- » rentes aux parois des oreillettes ou du cœur, chez des sujets attaqués d'au- » 1res maladies de ces organes, et particulièrement de végéiations qui » paraissent être dues elles-mêmes, dans quelques cas, à l'inflammation.» [Op. cit., tome IL, pages 608 et G09.)

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