DU COEUR ÉTAIT NOTABLEMENT INDURÉE ET COMME SQU1RRHEUSE
Il est probable que l'auteur de cette observation n'était pas très versé dans les recherches d'anatomie pathologique, et que la description qu'il nous a donnée de l'état du cœur et de Yulcératîon de toute la face postérieure des parois de cet organe ne doit pas être prise trop à la lettre.
MM. Récamier, Rullier, Cruveilhier, Ferrus , ont rencontré quelques cas de cancer du cœur. Malheureusement, ces cas sont indiqués plutôt que décrits. L'observation de M. Rullier, que nous allons rapporter, a été insérée dans les Bulletins de la Faculté de médecine , pour P année i S 1 3.
2e fait. — Un homme , âgé de 55 ans , rachilique , et sujet à de fréquents catarrhes pulmonaires, fut pris, peu après une péripnémonie jugée incomplètement, d'une douleur au côté gauche de la poitrine, avec oppression vive ; à la même époque, le ventre était douloureux, surtout à droite où l'on sentait une tumeur peu résistante. Le malade se couchait toujours sur le côté gauche , qui ne résonnait pas lorsqu'on le percutait. Il survint insensiblement un œdème des membres inférieurs , et ce malheureux expira après une longue agonie.
Autopsie cadavérique.
Le cœur était un peu volumineux, ses cavités un peu agrandies, ses membranes et ses vaisseaux non loin de l'état naturel. Le tissu de cet organe offrait à peine quelques traces de son organisation primitive ; la totalité de la substance musculaire ne faisait qu'un douzième de la masse ; le reste était composé d'une substance nouvelle , squirrheuse et en partie carcinomateuse, formant des bosselures irrégulières , dont le plus grand nombre s'étendait de la face externe à l'interne.
On trouva aussi une transformation squirrheuse du pancréas , de l'intestin grêle et du mésentère.
Les poumons étaient sains.
oe et If faits. — Deux observations de cancer du cœur
ont été publiées par \l. Andral vi). «Dans la première
• de ces observations, le malade, âgé de Lu ans, n'avait » offert d'autres symptômes que ceux d'une hypertrophie
• des parois du ventricule gauche du cœur. L'ouverture
• du cadavre montra effectivement un état d'hypertrophie «considérable de ce ventricule, avec rétrécissement de
• son orifice par des ossifications. Mais, de plus, existait
• une autre altération qu'aucun signe particulier n'avait
• révélée pendant la vie. Sur les parois du cœur droit
• existaient de nombreuses bosselures. En incisant ces bos-
• selares, je les trouvai formées d'un tissu très dur, gris » bleuâtre , et comme demi-transparent en quelques points ; » ailleurs, d'un blanc plus opaque, et sillonné par des lignes
• rougeàtres. Ce tissu occupait presque en totalité la paroi
• externe du ventricule droit : sa couleur blanche était ap- » parente à travers la membrane interne. En un petit nom-
• bre de points seulement se voyaient encore quelques
• faisceaux de fibres musculaires décolorées et comme atro-
• phiées. Ces fibres étaient plus prononcées du côté de la » face interne du ventricule... Les parois de l'oreillette
• droite présentaient, dans toute leur étendue, excepté dans » l'appendice auriculaire , la même dégénération.
• Dans le second cas, la lésion, également bornée au
• côté droit du cœur, était moins étendue. Le malade, âgé
• de 5j ans quand il mourut, avait joui d'une bonne santé » jusqu'à l'âge de 55 ans. Alors, il devint légèrement asth- » matique. Pendant les cinq ou six mois suivants , il ne sen- » tit qu'un peu de gène dans la respiration. Au bout de ce » temps , il fut pris un jour, après son déjeuner, d'une atroce » douleur qui, se faisant d'abord sentir à la région précor- » diale , s'étendit bientôt à tout le côté gauche du thorax. En
• même temps, force palpitations du cœur; augmentation » de la dyspnée habituelle ; vomissement des aliments ;
I P récit d anatomie pathologique. Paris. 1$20. f. II. pag. 3.27.
DES TUEEHCl LES ET DU CANCER. 4^1
«perte momentanée de connaissance. Pendant l'année qui «suivitcet accident, la gène de la respiration augmenta peu » à peu , et sept ou huit fois le malade lut pris de la même «douleur, qu'il comparait à la douleur par élancement que «produit une dent cariée. Lorsqu'il entra à la Charité , il «était dans un état de dépérissement évident; sa lace avait «une teinte jaune paille fort remarquable; chaque soir, il » y avait un léger mouvement fébrile sans sueur. Pendant le «mois qui suivit son entrée, le malade ressentit plusieurs «fois à la région du cœur des douleurs passagères, mais » très vives. De temps en temps ii avait d'assez fortes palpi- » tations; mais, dans leurs intervalles, Y auscultation ne dé- » couvrait dans le cœur, non plus que dans les poumons , aucune » altération. Au bout de six semaines de séjour à la Charité , «les membres inférieurs, puis les supérieurs, et enfin la «face, s'infiltrèrent, et le malade succomba tout-à-coup «sans agonie.
» A l'ouverture du cadavre , on trouva la paroi externe du «ventricule droit occupée par une tumeur bosselée, qui, » par sa forme et sa saillie considérable, semblait comme un «cœur surnuméraire... S'étendantde la pointe du ventricule » à la base , et dépassant même ce dernier point, pour enavahir, dans l'espace de quelques lignes (mili.'î, le tissu de «l'oreillette, cette tumeur avait remplacé presque en totalité «les fibres musculaires, dont on ne voyait plus qu'une cou- «che mince à la surface interne du ventricule. En quelques «points, elle faisait une saillie notable à l'intérieur de la «cavité ventriculaire ; elle était formée par la matière dite «encéphaloïde, dure en quelques points, molle et comme «diflluente en d'autres points. »
b' fait. — Chez un homme mort dans un état d'imbécillité (i),M. Bavle trouva le cœur altéré ainsi qu'il suit: Cet organe offrait au toucher plusieurs duretés consi-
;i) Revue médicale. Mai 1824.
dérables. Les parois de l'oreillette droite, épaisses de 1 lijme 1/2 (5 mill ), très consistantes, avaient une couleur grisàlre, une structure lardacée. Le pourtour de l'orifice auriculo-ventriculaire était transformée en une matière lardacée d'un pouce et demi (42 mill.) d'épaisseur. L'oreillette gauche offrait la même altération. Les ventricules étaient sains, mais leur cloison était cancéreuse (1).
6e et 7e faits. — Laënnec dit avoir rencontré deux cas de cancer encéphaloïde du cœur. Dans l'un , la matière cancéreuse formait de petites masses de la grosseur d'une aveline, ou moindres, dans la substance musculaire des ventricules. Dans l'autre, elle était disposée en forme de couches épaisses de 1 à 4 lignes (239 mill.), le long des vaisseaux coronaires., entre le feuillet séreux du péricarde et le cœur lui même.
8e fait. — - Dans une observation de M. Trélat, les parois de l'oreillette droite, épaisses de 1 ligne 1/2 (0 mill.), étaient très consistantes , grisâtres , lardacées. Toute la masse charnue intermédiaire à cette oreillette et au ventricule correspondant, était entièrement transformée en matière squirrheuse de 1 pouce 1/2 Ç49 millO environ d'épaisseur. La même dégénérescence se remarquait sur l'oreillette gauche. Les ventricules étaient à peu près sains, mais leur cloison était cancéreuse.
9- fait. — Dans le cas remarquable de maladie cancéreuse, publié en 1820 par M. Yelpeau, le cœur contenait une douzaine de masses cancéreuses de grosseur variable, mais dont la plus grosse ne dépassait pas le volume d'un œuf de pigeon.
10e fait. — On trouve dans l'ouvrage de M. Ollivier, sur la moelle épinière , le fait suivant : Lne femme, âgée de
(1) L'auteur de cette observation dit qu'on n'observa aucun symptôme local, et que ia nutrition elie-même demeura intacte, ce qui n'empêcha pas le malade de mourir.
56 ans, succombe à une attaque d'apoplexie; aucun symptôme particulier n'avait décelé l'existence d'une affection du cœur. « Les fibres musculaires des parois du ventricule «droit étaient changées en tissu blanc jaunâtre , cérébri- » forme, offrant tous les caractères de l'encéphaloïde; cette «dégénérescence n'occupait que la moitié inférieure des «parois musculeuses de ce ventricule. Le 'ventricule gauche i était sain. »
1 ie fait. — Billiard a fait représenter un cas de squirrhe ^u cœur. L'enfant [chez lequel existait ce squirrhe n'était âgé que de trois jours. Trois masses squirrheuses occupaient les parois du cœur (î).
Aux cas précédents j'en ajouterai quatre autres , dont les trois premiers me sont propres, et dont le quatrième appartient à Bertin.
1 2e fait. — Une femme de 45 à 5o ans, malade depuis cinq à six mois, cachectique, ayant le teint d'un jaune paille, offrant les symptômes d'une péritonite chronique , succomba dans notre service clinique, et fut ouverte le i3 décembre i835,
La cavité du péritoine contenait une sérosité citrine, avec flocons rares , muciformes, déposés dans les parties les plus déclives.
Le péritoine pariétal était parsemé de petites tumeurs , les unes dures , lardacées , les autres fibro-cartilagineuses. Le péritoine hépatique , le bord postérieur des intestins , îe grand épiploon et tous les mésentères étaient indurés, lardacés; en divers points , ces parties offraient d'admirables réseaux vasculaires. Le tissu cellulo-adipeux , si abondant dans les épiploons et les mésenlères, me parut être le principal siège de la dégénérescence lardacée et comme suiffeuse , tandis que le tissu cellulaire proprement dit était
(1) Traité des maladies des enfants. Paris, 1837, pag. 734; — allas in-8° color., pi. vin.