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HYPERTROPHIE PARTIELLE

§ I. Observations d'hypertrophie du ventricule gauche.

1° HYPERTROPHIE SIMPLE OU AVEC CAPACITÉ NORMALE DE LA CAVITE VENTRICULAIRE.

OBSERVATION 443e.

Homme de 65 ans. — Battements du cœur forts, avec bruit sourd, concentré (1). — Attaque d'apoplexie. — Hypertrophie simple du ventricule gauche. — Épanchemenl de sang dans les ventricules cérébraux.

Péchard , âgé de 65 ans, paveur, ayant le cou gros et court, d'un tempérament sanguin, d'une taille moyenne, fortement constitué , d'un caractère doux et tranquille , était sujet, depuis quatre à cinq ans, à des maux de tête et a des étourdissemenls, quelquefois suivis d'une perle de connaissance momentanée : ces accidents étaient ordinairement calmés par d'abondants saignements de nez. Depuis quelques jours, cet homme éprouvait des étourdissements plus violents que de coutume, et attendait qu'une heu-

(1) A l'époque où j'ai recueilli cette ubM'rvation (1822), l'étude des bruits du cœur était à peine ébauchée.

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reuse épistaxis vînt l'en délivrer, lorsque , le i5 septembre 1822, pendant qu'il travaillait avec ses camarades, il tomba tout-à-coup privé de connaissance. Il fut apporté à l'hôpital Cochin, où nous l'examinâmes, à dix heures du soir.

Il était couché sur le dos et immobile. Il avait vomi une bile verdàtre, et rendu involontairement ses matières fécales dans le lit : son visage était injecté , sa tête penchée à droite, et la bouche tournée du même côté; la pupille droite était plus dilatée que la gauche ; on observait une perte absolue de l'intelligence, du sentiment et des mouvements volontaires; les membres droits exécutaient quelques mouvements automatiques ; mais les gauches , soulevés et abandonnés à leur poids, tombaient comme des corps inertes ; la respiration était irrégulière et sterloreuse par intervalles ; pouls grand, fort, superficiel, un peu fréquent; les battements du cœur, particulièrement ceux du ventricule gauche, étaient forts, et les bruits concentrés et sourds.

Diagnostic. — Hypertrophie du ventricule gauche ; hémorrhagie cérébrale.

On pratiqua sur-le-champ une saignée de ^palett., et des sinapisrnes furent appliqués aux pieds.

Le 14 , à neuf heures du matin, peu de changement, quelques secousses convulsives dans le bras gauche , intermittence et irrégularité du pouls. {Une saignée de 3 palctt.; potion avec 10 gr. ou 5 décigr. d'émétique, pour en prendre une cuillerée d'heure en heure.)

Dans la journée , voici ce que l'on observa : difficulté de la déglutition, continuations de la stêrïeur intermittente»; le bras le plus paralysé ayant été pincé , a fait un léger mouvement pour se retirer ; les paupières , le globe de l'œil , le sourcil et les ailes du nez., surtout la droite, sont agités de mouvements convulsifs ; le malade remue îa mâchoire inférieure et semble ruminer; la dilatation de la poitrine ne s'opère sensiblement que par la contraction du diaphragme; 11. 5i

point de vomissements ; borborygmes, hoquet, selles involontaires, sueur générale.

A dix heures du soir, le pouls est plus irrégulier, lent, la déglutition plus laborieuse, la résolution des membres est complète.

Le i5 au matin, ronflement stertoreux continu, mais moins bruyant; strabisme ; roulement des yeux ; agitation convulsive des ailes du nez; nul signe de sentiment ni de mouvement. [Même potion, 20 sangs '. à chaque tempe ; veste, aux jambes.)

Le soir, visage pâle et livide, sueurs, alternatives de suspension de la respiration et de sterteur ; pouls petit et très inégal, selles involontaires, point de vomissement... Mort à huit heures.

Autopsie cadavérique , 12 heures après la mort.

i° Habit, extér. — Cadavre d'un homme robuste et bien conformé ; face pâle, point gonflée.

2° Org. respirât, et circulât. — Poumons volumineux , bien crépitants, adhérents, à peine engorgés aux parties les plus déclives.

Cœur d'un bon quart plus volumineux que le poing du sujet, arrondi. L'augmentation de son volume tient exclusivement à l'hypertrophie du ventricule gauche, qui semble constituer le cœur tout entier, et dont les parois à la partie moyenne ont environ 1 4 lignes (33 mill.) d'épaisseur : celle-ci diminue vers le sommet, et aussi un peu vers la base. Les colonnes charnues sont très robustes. La cavité ventriculaire offre très sensiblement sa capacité naturelle.

Le ventricule droit paraît n'être qu'une sorte d'appendice du gauche. La cloison ventriculaire, hypertrophiée dans la même proportion que le ventricule gauche , semble lui appartenir en propre.

Les deux oreillettes sont épaissies ; la droite est plus ample que la gauche.

Le tissu du cœur est rouge, ferme et vermeil.

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Les orifices et leurs valvules sont clans l'état normal.

L'artère coronaire gauche estbeaucoup plus volumineuse que la droite.

L'aorte , dilatée à son origine , plissée et comme bosselée à son extérieur, contient des caillots de sang. Sa face interne est jaune , rugueuse, ulcérée, et parsemée de plaques, dont les unes sont cartilagineuses , et les autres ossifiées , minces et semblables à des coquilles d'oeuf. La surface des ulcérations est rougeàtre; autour d'elles , le tissu artériel est friable et comme terreux; elles intéressent la membrane interne et la moyenne. Les parois de l'aorte, généralement épaissies dans toute sa longueur, crient sous l'instrument qui 1« s divise; elles réagissent cependant assez fortement sur le doigt introduit dans le tube artériel. Les vaisseaux de la membrane celluleuse sont très nombreux , reuges et comme injectés. La membrane ftbrincuse , dans l'épaisseur de laquelle semblent situées plusieurs des plaques osseuses indiquées, se sépare facilement des autres. Les artères qui naissent immédiatement de l'aorte , celles de la base du crâne et leurs ramifications, les ophlhalmiques , sont également inscrutées de lames cartilagineuses, calcaires ou plâtreuses.

5° Orts. di°est. et annex. — Les circonvolutions de Fintestin grêle sont contractées; elles contiennent cependant de la bile, ainsi que l'estomac. — La membrane muqueuse de celui-ci est généralement rouge ; ses rides, très grosses, offrent une belle couleur rosée ; la membrane muqueuse de l'intestin grêle est généralement pâle. La membrane muqueuse du gros intestin présenta un fond verdâtre , sur lequel se dessinent des arborisations d'une couleur rosée ou d'une teinte plus foncée. — Le foie est gorgé de sang. La vésicule contient une bile noire. — La vessie , distendue par l'urine, s'élève bien au-dessus du pubis.

4° Cent/: nerveux. — Les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang ; les méninges en sont comme infiltrées ,

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surtout dans les anfracluosilés cérébrales. Les ventricules latéraux sont diialés par une grande quantité de sang liquide ; toutefois, l'épanchement est plus considérable dans le ventricule droit que dans le gauche; leur cloison est déchirée. La substance cérébrale est ferme et ponctuée de sang. Réflexions. — Dans cette observation d'une hypertrophie simple du ventricule gauche, remarquez bien qu'il n'existait point cette lividité de visage, cet engorgement veineux , celte infiltration , ces étouffements que les auteurs regardent comme inséparables de ce qu'ils appellent anévrisme , ou vaguement hypertrophie du cœur. C'est qu'en effet ces symptômes n'appartiennent point à l'hypertrophie, et n'indiquent au contraire qu'un obstacle à la circulation veineuse. Or, dans le cas présent, non seulement il n'y avait point d'obstacle au cours du sang, soit veineux, soit artériel, mais encore le mouvement et l'impulsion communiqués à la masse sanguine, étaient tellement actifs et impétueux, qu'ils n'ont, sans doute, pas été étrangers au développement des hémorrhagies, à l'une desquelles le malade a succombé.

"2° HYPERTROPHIE EXCENTRIQUE OU AVEC DILATATION DE LA CAVITE •SENTRICULAIRE.

OBSERVATION iU'.

Homme de 5'J ans. — Plusieurs fluxions de poitrine. — Plus lard, symptômes d'anévfisme de l'aorte sous-sîernale. — Point d'inGllralion générale, ni d'ascite, ni d'orihopnéc.— Congestion cérébrale et infiltration du visage, par suite de la compression exercée parla tumeuranévrismale sur la veine cave supérieure. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec dilatation légère. — Valvules du cœur à l'état normal. — Anévrisme de l'aorte , avec état crétacé des parois du vaisseau.

Jouin (Louis-Roche) , porteur, âgé de 5o, ans , était malade depuis dix-huit mois, lorsqu'il fut admis dans le service de la Charité ( n° 4 > salle Saint-Jean-de-Dieu ), le 4 avril 1 855. Il disait avoir éprouvé des fluxions de poitrine.

A l'âge de 26 à 28 ans, il avait eu aussi les bras enflés. C'est depuis dix-huit mois seulement que , sans cause à lui connue, il lui était survenu unépeliteg7w$e«rdansla région droite du sternum. En même temps , le malade s'aperçut qu'il ne pouvait se livrer à quelque exercice fatigant ou monter un escalier, sans éprouver des palpitations et des étouffements. Il eut aussi , à différentes reprises, des crachements de sang (1).

Voici ce que nous observâmes au moment de l'entrée : A droite du sternum , dans l'étendue de ï pouces (56 mi 11.), dans la région correspondante à l'origine de l'aorte , on observe un relief très sensible, une sorte de tumeur en forme de voussure. Cette tumeur présente des battements isochrones au pouls, et en appliquant la main à sa surface, on sent un j remis sèment vibratoire ou cataire très distinct. La percussion pratiquée sur cette région donne un son mat. La région précordiale elle-même rend un son clair dans toute son étendue , si ce n'est vers la tumeur où il y a de la malité (1 pouce ou 28 mill. carrés).

Les battements du cœur sont réguliers , un peu étendus, mais d'ailleurs assez normaux. Les bruits qui les accompagnent sont un peu forts, et on les entend très bien dans la région sous-claviculaire droite (il semble que la tumeur en les propageant en augmente l'intensité).

Le pouls radial est égal des deux côtés; la respiration est faible en arrière, et l'on entend à la partie supérieure , du côté gauche, un ronchus sec , très fort.

Diagnostic- — Anévrisme de V aorte sous-sternale , et probablement plaques osseuses ou cartilagineuses , et ulcérations de cette artère.

Prescription du 5 avril, — Saignée de 5 pal.; compress.

(I) Le malade est entré à lTIôlel-Dieu, il y a trois mois. 11 fut saigné assez abondamment , après quoi on prescrivit l'application de la glace sur la grosseur de la région sternale. Le malade ayant refusé ce dernier moyen , il sortit de l'hôpital , après un séjour d'une semaine seulement.

résolut, sur la tumeur; julep calm, avec acét. de plomb 3 goutt.; 2 bouill., 5 potag. au riz.

6 avril. Couenne luisante, verdâtre, à la surface du caillot.

Le frémissement vibratoire de la tumeur est moins marqué.

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