‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 75 sur 125 · Le malade crache encore un peu de sang · texte numérisé non relu

Le malade crache encore un peu de sang

9 et 10 juillet. Retour de l'état comateux; point de réponse aux questions; décomposition des traits; râle trachéal. [Saignée; bouill. de veau; émet. i5 centigr.;lav. laxat.)

12. La saignée n'a pas donné de sang. — Le râle est un peu moins bruyant. [Deux vésicat. aux jambes.)

Dans la nuit, le râle trachéal devient plus fort que jamais.

i3. Mort à six heures du soir.

Autopsie cadavérique, 39 heures après la mort (1).

i° Habit, cxtér. — Pâleur générale et amaigrissement; infiltration considérable du bras droit.

20 Organ. circulât, et respir. — Sous le sternum, existe une tumeur, dont la surface adhère très intimement avec la face postérieure de cet os et des côtes correspondantes qui présentent une légère excavation pour recevoir la convexité de la tumeur. Les adhérences s'étendent jusqu'au sommet du côté droit de la poitrine; séparée du sternum , la tumeur présente, à l'endroit de cette séparation, une matière molle, friable, qui n'est autre chose que de la fibrine coagulée, altérée, en grande partie décolorée. Le poumon gauche répond par son bord antérieur à la partie inférieure de la tumeur qu'il limite ; il recouvre complètement le ventricule et l'oreillette gauches et environ les deux tiers du ventricule droit. Il est volumineux, abondamment parsemé de matière noire et gorgé de sang à sa base et à son bord postérieur.

Située derrière la partie moyenne du sternum, la tumeur, en se portant à droite , avait refoulé le poumon correspondant contre les parties latérales, supérieure et postérieure du côté droit. Le poumon , ainsi refoulé par la tumeur avec laquelle il avait contracté de solides adhérences, était atrophié. La tumeur avait en même temps exercé une compres-

(1) Voyez la planche V*.

488 MALADIES DV CQEUll EN PARTICULIER.

sion considérable sur la veine cave supérieure, la jugulaire, et la sous-clavière droites.

Après avoir bien isolé la tumeur de ses adhérences avec les parties voisines, on voit qu'elle est en quelque sorte greffée sur le côté droit de l'aorte ascendante, laquelle formait là une poche ovcide , du volume de la tête d'un fœtus. ' La tumeur était longée par le nerf de la huitième paire. Un peu flasque , on sentait en la palpant qu'elle contenait une énorme quantité de sang en caillots. Les côtes droites semblaient rentrées en dedans , et le foie présentait trois profondes scissures dues évidemment à la pression des côtes , dont ces scissures étaient pour ainsi dire le moule (le tissu du foie, dans les points ainsi déprimés , n'était point altéré dans sa structure).

Appuyée sur la partie inférieure de la trachée-artère et sur les bronches , la tumeur avait notablement aplati ces canaux , lesquels offraient ^intérieurement une teinte d'un rouge foncé, contrastant avec la pâleur des autres régions du tube respiratoire.

L'aorte ayant été ouverte, voici ce qu'on a observé : sa portion sous-sternale est remplie par un caillot, qui n'est décoloré que là où il se trouve en contact avec les parois de la tumeur; ce caillot est ailleurs d'un noir foncé et composé de caillots secondaires , entassés confusément et sans former de couches distinctes. A droite, on aperçoit la communication de l'aorte avec le kyste anévrismal; l'orifice de communication offre i pouce î/a (42 mill.) de longueur sur 1 (28 mill.) de largeur; sa circonférence est ellipsoïde. Les caillots dont il a été question plus haut étaient séparés des véritables parois de la tumeur par d'autres caillots bien plus anciens, et ceux-ci étaient disposés par couches d'autant plus denses , qu'elles étaient plus rapprochées du kyste anévrismal. Ces couches fibrineuses adhéraient entre elles par un tissu lamineux facile à détacher. Les parois du kyste semblent formées elles-mêmes par les couches les plus ex-

OBSERVATIONS D'HYPERTROPHIE. 48g

térieures du coagulerai lamelleux, couches organisées dans lesquelles on aperçoit des faisceaux analogues aux faisceaux de fibres musculaires (quelques autres couches ressemblaient à de la chair décolorée et devenue friable) ; autour de ces faisceaux existent les productions celluleuses ou fibreuses qui font adhérer le sac anévrismal aux parties voisines.

Les parois de l'aorte , dilatées au point que ce vaisseau offrait 8 pouces (224 mill.) de circonférence, étaient épaissies et ressemblaient a du cuir blanc. La portion de l'aorte ainsi dilatée présentait des bosselures et des enfoncements, et était criblée intérieurement de plaques cartilagineuses, osseuses, plus ou moins saillantes et raboteuses.

Il existait une ligne de démarcation des plus évidentes , un véritable bourrelet , à l'endroit où les parois de l'aorte se continuaient avec la circonférence de l'orifice de communication entre la cavité de ce vaisseau et celle du sac anévrismal. Ce bourrelet, épais, saillant, indiquait l'endroit où les parois de l'aorte avaient été ulcérées eïnipturées. Du reste, la structure du sac différait complètement de celle des parois de l'aorte elle-même ; ce kyste , formé de fibres linéaires , rougeâtres, résistait avec assez de force à la pression et à la traction.

L'altération crétacée de la crosse de l'aorte se continue dans la portion thoracique descendante de ce vaisseau, ainsi que dans les troncs qui naissent de la crosse, mais à un faible degré. Cette altération va en diminuant dansla portion abdominale de l'aorte, et devient presque nulle dans les troncs qui en naissent.

Le péricarde ne contient pas de sérosité. Le cœur, bien conformé, est un peu plus volumineux qu'à l'état normal. Son tissu est un peu mou et rougeâtre (1).

(1) Il ne faut pas oublier que l'ouverture n'a été faite que 39 heures après la mort, et dans une saison chaude , circonstances dans lesquelles tous les tissus tendent a se ramollir et à se décomposer.

Le ventricule gauche est sensiblement dilaté, et ses parois sont un peu plus épaisses qu'à l'état normal (1). Les oreillettes sont un peu dilatées.

Les diverses valvules ne présentent pas de notables altérations.

5° Organ. de l'innerv. — A l'ouverture des méninges , il s'écoule une abondante quantité de sérosité , et la surface du cerveau est abreuvée du même liquide. Les ventricules latéraux sont très vastes et contiennent aussi de la sérosité; deux cuillerées environ de ce liquide existent dans les fosses occipitales inférieures. Les mailles de la pie-mère en sont infiltrées. — La substance cérébrale est un peu molle et médiocrement pointillée de sang ; il en est de même de la substance cérébelleuse.

Les artères de la base du crâne sont minces et non ossifiées.

4° Organ. digest. — Pointillé rouge et ramollissement léger dans la portion splénique de la membrane muqueuse gastrique (arborisations noires dans quelques points de la même région); partout ailleurs, la membrane muqueuse est saine. — Gros intestin contenant des matières fécales à demi solides, parfaitement sain.

Réflexions. — Voilà un nouveau cas dans lequel une hypertrophie du ventricule gauche , avec légère dilatation , n'a point donné lieu à cet ensemble de symptômes dits généraux que plusieurs médecins attribuent encore aujourd'hui à ce qu'ils appellent Vanévrismc du cœur. Eh bien , chez ce sujet, les valvules et les orifices étaient à l'état normal.

Il est survenu, il est vrai , un gonflement des veines ju-

(1) Comme nous avions consacré à l'examen minutieux de la tumeur un temps considérable, nous en manquâmes pour prendre les dimensions du cœur ; mais on verra dans la planche Ve, où ce cœur est représenté, qu'il existait bien réellement une hypertrophie excentrique ou avec dilatation, à un degré moyen.

OBSERVATIONS d'ïIYPF.RïROPHIE. 49 l

gulaires et une infiltration du membre supérieur droit et du visage , surtout à droite. Mais, ainsi que l'a démontré l'ouverture du cadavre , et comme nous l'avions d'ailleurs annoncé pendant la vie , ces accidents étaient dus à la compression exercée par la tumeur sur la veine cave supérieure et sur la veine sous-clavière droite. Aussi les membres inférieurs et l'abdomen n'ont-ils été le siège d'aucune accumulation de sérosité. Les accidents cérébraux (perte de connaissance, difficulté déparier, respiration stertoreuse, elc), ont été également le résultat de la congestion veineuse du cerveau , laquelle dépendait elle-même de l'obstacle au cours du sang dans la veine cave supérieure.

L'observation suivante est extrêmement remarquable en ce qu'elle nous offre l'exemple d'une bypertrophie du ventricule gauche, qui paraît être survenue très rapidement chez un individu affecté d'un rhumatisme aigu.

OBSERVATION \ -ioe (1).

Jeune homme de 22 ans. — Rhumatisme articulaire aigu, avec battements violents du cœur.— Mort environ un mois après le début. — Hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche.

«Angelot (Denis) , tailleur, âgé de 22 ans, d'un tem- «pérament sanguin, fut admis à l'hôpital Cochin (12 jan- «vier 1818), présentant les symptômes d'un rhumatisme « articulaire aigu. Il se plaignait en même temps d'une dou- »leur au côté gauche et vers la base de la poitrine, qui, du «reste, était bombée et sonore dans toute son étendue. Le * pouls était fort, plein et vibrant; les battements du cœur «étaient aussi très prononcés. Le visage était un peu pâle; »la peau était couverte d'abondantes sueurs; la langue était «humide et blanchâtre; l'abdomen tendu, sensible à la » pression.

(1) Cette observation appartient à Berlin (je l'extrais du Traité des maladies du cœur de 1824).

»Le deuxième jour après l'entrée, les douleurs articu- » laires deviennent plus aiguës, et les moindres mouvements «les rendent insupportables; la respiration est pénible; «la langue présente de la rougeur sur ses bords; la soit' «est très vive; un frisson de deux à trois heures est suivi » d'une chaleur violente et de copieuses sueurs. Les batte- » ments du cœur sont plus forts ; la vibrance du pouls est plus » marquée.

«Même état le troisième et le quatrième jour. Le cin- «quième, les symptômes sont un peu diminués; mais, les » jours suivants , les douleurs rhumatismales furent portées » au plus haut degré d'intensité. Elles se calmèrent le hui- » tième jour ; la tuméfaction des articulations diminua ; ce- » pendant les battements du cœur augmentèrent de force. — Le «neuvième jour, une douleur pongitive se fit sentir vers la » douzième côte gauche. Elle fut enlevée par une saignée de » trois palettes , mais se renouvela le lendemain avec les » palpitations et la vibrance du pouls.

«Le douzième jour, les symptômes de rhumatisme dis- » paraissent; mais le cœur continue de battre avec la même r> violence, et la vibrance du pouls persiste. — Un état de con- » stipation est combattu par des laxatifs.

«Le quinzième et le seizième jour, les battements du » cœur et la vibrance du pouls sont moins marqués.

«Les jours suivants, le malade, se croyant entièrement «rétabli, se disposait à sortir.

«Le ier février, il éprouve de nouveau une assez vive dou- »leur au même côté de la poitrine ; elle cesse le soir, se re- » nouvelle avec plus de violence le lendemain , disparaît en- » core , revient le jour suivant et persiste.

«Le 5 février, au soir, le malade, après s'être promené «assez long-temps dans le jardin, éprouve un frisson vio- «lent, suivi de nausées et de vomissements; toux; douleur » de côté très aiguë ; respiration pénible etmêmesterloreuse; «palpitations tumultueuses. — Une saignée de bras, prati-

OBSERVATIONS D'HYPERTROPHIE, ^'o

» quée à minuit, le soulage au point qu'il peut se lever et «même se promener le lendemain; mais les mêmes symp- » tomes se répètent encore le soir.

*Le 8 février, survient une expectoration sanguinolente; «les membres commencent à s'infiltrer; les extrémités se «refroidissent; le pouls est petit et irrégulier; le malade ne «parle plus qu'avec la plus grande difficulté; ses paroles »sont entrecoupées de soupirs et de sanglots, et il tombe, »le 9 février, dans un état comateux; sa respiration est «bruyante et haute; le visage, qui était resté constamment »pâle , offre un aspect cadavéreux , et la mort arrive le len- » demain, à 8 heures du soir.

» Autopsie cadavérique.

«Les poumons étaient très engorgéspar le sang. Le pou- «mon gauche était un peu refoulé vers la partie supérieure «de la poitrine : il était uni par quelques adhérences à la «plèvre costale. Le péricarde contenait une sérosité jau- «nâtre.

» Le cœur était très volumineux. — Les parois du ventricule » gauche avaient plus d' un pouce (28 mill.) d'épaisseur vers » la base; hypertrophie qui allait en diminuant vers la pointe , » ou elle était encore très prononcée. Les colonnes charnues » étaient plus développées que dans l'état naturel. La cavité » ventriculaire était plus que doublée.

«L'oreillette gauche et les valvules ne présentaient rien «d'extraordinaire. — Les parois du ventricule droit étaient «amincies; mais sa cavité était dans l'état ordinaire, ainsi » que l'oreillette de ce côté. — L'aorte avait un calibre sin- «gulièrement petit, non seulement comparativement à la a capacité du ventricule gauche , mais d'une manière ab- » solue. »

Réflexions. — Il est bien fâcheux que l'ouverture n'ait pas été plus détaillée; D'après les symptômes rapportés plus haut, il est certain qu'il existait une inflammation aiguë de la plèvre et du poumon, accompagnée sans aucun

4g4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

doute d'endocardite et peut-être de péricardite; et'il n'est rien dit des altérations que ces maladies devaient avoir entraînées à leur suite. Cette observation est encore un exemple de la coïncidence des maladies du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu. Je l'ai rapportée dans l'ouvrage qu'en 1824 nous publiâmes en commun M. Bertin et moi. Eh bien, comme tous les médecins d'alors, ignorant la loi de coïncidence entre l'endocardite et le rhumatisme articulaire aigu, je laissai pour ainsi dire passer le fait sans y faire la moindre attention , sous le rapport dont il s'agit.

Femme de 79 ans. — Battements du cœur très forts, semblables à des coups de marteau. — Paralysie du côté gauche , avec roideur du bras droit , cris et agitation.— Hypertrophie avec légère dilatation du ventricule gauche; arachnitis, ramollissement de l'hémisphère droit du cerveau.

Jeanne Bossuet, âgée de 79 ans, domestique, d'une taille élevée, maigre, pâle et nerveuse, fut apportée à l'hôpital Cochin, le 12 janvier 1822. Les personnes qui la conduisaient ne purent nous apprendre rien autre chose, sinon qu'elle avait perdu subitement connaissance quinze jours auparavant; que les facultés intellectuelles s'étaient en partie ranimées au bout dequelques instants ; mais que, depuis, le côté gauche était resté paralysé. Voici, au reste, les sjmplômes que la malade présentait à son arrivée. Tête penchée adroite ; bouche déviée dans le même sens; langue obliquant un peu à gauche , quand la malade la montre , ce qui lui est difficile; pupilles égales, mobiles; visage exprimant une sorte d'étonnement stupide; paralysie des membres gauches; cris , agitation , loquacité , subdelirium. — Toutes les artères, mais surtout les carotides, battent avec force, et le pouls est un peu fréquent. Les battemens du cœur soulèvent les vêtements de la malade ; ils sont vigoureux, bien détachés, et repoussent brusquement la main appliquée sur la région précordiale; explorés avec le

cylindre , ils ressemblent véritablement à des coups de marteau, et produisent un son assez clair.

Diagnostic. — Hypertrophie du cœur; phlegmasie cérébrale.

De si graves maladies, jointes à l'âge très avancé du sujet, ne laissent aucun espoir de guérison.

Cependant le visage se décompose; le membre supérieur droit se roidit, et résiste à l'extension ; la malade, plongée dans un état comateux, pousse des gémissements et des cris , et succombe dans le cours du cinquième jour après son entrée.

Autopsie cadavérique , 3o heures après la mort.

i° Organ. respir. et circulât. — Les deux poumons sont parfaitement crépitants ( le droit était adhérent à la plèvre pariétale).

Le péricarde est injecté.

Le cœur est bien plus gros que le poing du sujet. Le ventricule droit, environné d'une grande quantité de graisse, est d'ailleurs sain. Il ne contient pas de sang , non plus que l'oreillette correspondante, dont lescolonnes charnuessont très fortes.

Le ventricule gauche est hypertrophié. Ses parois, à la base, ont environ m lignes (26 mill.) d'épaisseur; la cloison venlriculaire est épaisse d'environ 7 lignes (16 mill.). Les colonnes du ventricule gauche sont très nombreuses, et sa capacité l'emporte un peu sur celle du droit. Les parois de l'oreillette gauche sont épaissies. Le tissu des ventricules est rouge et ferme. %

Des points jaunâtres existent dans toutes les valvules du cœur; les valvules aortiques sont même parsemées de quelques plaques osseuses ou calcaires. Les artères coronaires forment un relief très marqué à la surface du cœur. Elles sont dures et ossifiées dans tout leur trajet.

L'origine de l'aorte est dilatée ; dans toute la longueur de cette artère, la surface intérieure est inégale, hérissée de

4gt) MA.LADILS DU COEUR EN PARTICULIER.

lames jaunes , terreuses , et de squames calcaires , analogues à des coquilles d'œuf , mais plus épaisses, et dont plusieurs soulèvent la membrane interne. Les artères qui naissent immédiatement de l'aorte , celles des membres et surtout des pelviens, les artères de la base du crâne, les ophthalmiques , partagent la dégénérescence 'de l'aorte; leur membrane celluleuse est très injeclée ( il est assez remarquable que les carotides primitives avaient en quelque sorte échappé à l'altération). Le tronc de l'artère mésentérique supérieure, entièrement ossifié, forme un tube dur et inflexible ; mais les branches et les rameaux qui se distribuent aux organes digestifs sont exempts de cette altération. Tout le système artériel , en général , est gorgé de sang liquide , tandis que le système veineux , revenu sur lui-même , en contient à peine.

2° Organ. digest. — Les circonvolutions de l'intestin grêle sont petites , contractées et rouges. Le rectum est distendu par des matières fécales endurcies. La membrane muqueuse de l'estomac est d'un rouge foncé dans la région spîénique.

5° Centres nerveux. — 11 existe une grande quantité de sérosité à la base du crâne et dans les ventricules. L'arachnoïde qui recouvre les circonvolutions supérieures du cerveau est opaque et d'une couleur laiteuse. Le lobe postérieur de l'hémisphère droit offre une teinte jaune très prononcée : il est ramolli et comme déliquescent. A son centre existe une matière blanchâtre, crémeuse, vraiment purulente; sa substance offre d'ailleurs une rougeuretune injection considérables, et est parsemée de caillots de sang très petits, ainsi que de masses jaunes, plus grosses , faciles à écraser, dont l'intérieur est infiltré de sang. Le foyer est tapissé d'une membrane très fine, parcourue de vaisseaux rouges, très apparents. L'arachnoïde qui enveloppe les circonvolutions ramollies leur adhère si intimement, qu'elle paraît confondue avec elles. Le reste du cerveau est

sans altération notable. Les plexus et la toile choroïdes contiennent des globules hydalidiform.es.

Homme d'environ 40 ans. — Battements du cœur peu sensibles à la main, avec pouls fort et vibrant. — Dyspnée extrême, infiltration, etc. — Hypertrophie et dilatation énorme du ventricule gauche. — Hydrothorax.

Pierre Brisson , âgé d'une quarantaine d'années, maçon, d'une taille peu élevée , mais fortement constitué, assurait n'être malade que depuis une quinzaine de jours , lorsqu'il entra à l'hôpital Cochin , le iô juin 1822. L'état très alarmant où il se trouvait nous portait cependant à croire que sa maladie datait d'une époque plus éloignée. Voici quel était cet état : douleur à la partie moyenne du thorax et à la région précordiale, où le malade éprouve un sentiment d'oppression insupportable. Toux, orthopnée, pouls fort, vibrant et régulier; battements du cœur peu sensibles à la main (l'état d'angoisse et d'agitation ne permet pas de pratiquer l'auscultation); céphalalgie, étourdissements, éblouissemenls fréquents, insomnie des plus cruelles; visage blême et bouffi, lèvres grosses et un peu livides (1).

Prescription. — Tisane apérit.; j'iil. digit.

Le 1G juin, quatrième jour après l'entrée, le malade, incessamment menacé de perdre la respiration , ne peut plus rester couché ; la frayeur et l'anxiété sont peintes sur son visage.

Le 17, le malade reste assis, appuyé sur le bord de son lit , la tête basse et le corps penché en avant ; il gémit ei est haletant : il implore nos secours et nous conjure

(1) Cette observation, recueillie en 1S22, manque de quelques données sé~ méiologiques. Si je la rapporte ici, c'est qu'elle offre de l'intérêt sous le point de vue anilouiique, ainsi que sous celui de la rapidité avec laquelle l'hypertrophie paraît s'être développée. Je regrette bien toutefois que les antécédents manquent de détails suffisamment circonstanciés. Aujourd'hui, nous aurions tiré un meilleur parti d'uu aussi beau cas. Mais chaque chose a son temps. II. 02

de ne pas le laisser mourir. (On pratique une saignée du bras; mais le sang ne coule que goutte à goutte, ce qui oblige de remplacer la saignée générale par l'application de trente sangsues à la région précordiale.)

Le 18, peau froide, œdème du pied droit (vésicat. sur la poitrine). — Environ deux heures de sommeil la nuit suivante.— Le 19, jour d'orage et de pluie, augmentation rapide de tous les symptômes, élouffement, angoisses affreuses ; le malade nu, assis sur sa chaise, le tronc tendu et fortement courbé en avant, la tête appuyée sur le bord du lit, ne peut conserver d'autre position et s'attend à une mort prochaine. — Le 20, situation de plus en plus déplorable; contraction comme convulsive du diaphragme, suffocation imminente, visage plus gonflé, yeux égarés, peau froide, désir de la mort, qui arrive enfin à dix heures du malin. i° Habit, extér. — Cadavre bien conformé; infiltration des membres, dont les veines sont gorgées de sang.

20 Organ. respir. et circul. — Son mat des deux côtés de la poitrine ; épanchement d'une grande quantité de sérosité, légèrement rougeâlre , dans les deux cavités de la plèvre. Pressés par ce liquide et par la masse énorme du cœur, les deux poumons, peu volumineux, présentent un tissu encore crépitant, mais condensé par la compression. Le péricarde contient une petite quantité de sérosité rougeâtre. Le cœur , gorgé de sang , énorme (quatre fois environ plus gros que le poing du sujet) , occupe autant d'espace que les deux poumons réunis : il est situé transversalement, de manière que sa base comprime un peu le poumon droit, tandis que les deux ventricules pèsent pour ainsi dire de tout leur poids sur le poumon gauche. Débarrassé des caillots fibrineux noirs qui l'engorgent, le cœur conserve encore un volume extraordinaire. Le ventricule gauche a une capacité triple de celle qui lui est naturelle, et ses parois ont environ 6 lignes (14 mill.) d'épaisseur.

Son tissu est rouge et assez ferme. L'oreillette gauche, extrêmement pelite en comparaison du ventricule , pourrait contenir un œuf de poulette.. — Le ventricule droit , bien moins ample que le gauche , un peu dilaté néanmoins , conserve son épaisseur ordinaire. Cette épaisseur, assez uniforme dans toute l'étendue de ce ventricule , comme cela avait aussi lieu dans le gauche , diminue seulement un peu vers la pointe. L'oreillette droite, épaisse et charnue, est d'un bon tiers plus volumineuse que la gauche. — Les orifices du cœur sont sains. L'aorte et l'artère pulmonaire sont gorgées de caillots de sang ; la crosse de la première est ! sensiblement dilatée, tandis que son orifice est peut-être un peu rétréci.

5° Organ. abdom. — La membrane muqueuse de l'estomac , de l'intestin grêle et du gros intestin , présente une rougeur foncée, analogue à la couleur du kermès, et produite par l'engorgement mécanique des vaisseaux sanguins. ' In taenia vivant parcourt toute la longueur de l'intestin ; iléon. — Le foie et la rate sont gorgés de sang. La vessie est contractée, rosée intérieurement.

4° Organ. encéphal. — Le cuir chevelu est gorgé de sang ; il existe une assez grande quantité de sérosité clans l'arachnoïde. A la convexité du cerveau, le feuillet viscéral de cette membrane adhère avec le feuillet pariétal, et présente çà et là diverses granulations ; sur les côtés des hémisphères, l'arachnoïde est opaque , laiteuse et injectée; la substance cérébrale est d'une grande mollesse.

Réflexions. — Cette hypertrophie a réellement affecté une marche aiguë, si, comme il nous l'assurait , le malade n en avait éprouvé les premiers symptômes que quinze jours avant son entrée. Des faits de ce genre méritent d'être publiés, afin que l'on parvienne un jour à déterminer si véritablement, dans certains cas , 'l'hypertrophie du cœur peut acquérir en quelques semaines un développement qu'elle n'acquiert ordinairement qu'au bout d'un temps

bOÙ MALADIES DU COEUR EIN PARTICULIER.

beaucoup plus long. Déjà l'observation i45e nous a offert un remarquable exemple d'une hypertrophie à marche probablement aiguë, et le sujet avait été affecté d'un rhumatisme articulaire. Or, j'ai vu , depuis quelques années, beaucoup de cas d'endocardite rhumatismale, mal traitée, amener rapidement à sa suite une hypertrophie considérable du cœur.

3° HYPERTROPHIE CONCENTRIQUE 00 AVEC RETRECISSEMENT DE LA CAVITE VENTRICULAIRE.

Femme de 40 ans. — Battements du ventricule gauche violents, sourds et peu étendus; palpitations. — Paralysie du bras droit, puis érysipèle de la face. — Mort. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec rétrécissement de sa cavité. — Ramollissement du cerveau et du cervelet.

Sally (Prudence) , âgée de 4o ans , domestique , d'un tempérament sec et nerveux, née à Saint-Domingue, éprouvait, depuis huit ans, par intervalles, des palpitations, lorsqu'elle entra à l'hôpital Cochin, le 8 avril 1822. Les menstrues, habituellement peu abondantes, mais régulières , avaient cessé de couler depuis un mois seulement. Pendant les trois années précédentes on lui avait fait plusieurs saignées, qui l'avaient soulagée. Au mois de janvier dernier (1822), le bras droit avait été entièrementparalvsé. Lors de l'entrée, la paralysie n'était pas encore entièrement dissipée; le membre exerçait néanmoins des mouvements volontaires, à la vérité très faibles. La malade se plaignait d'une céphalalgie assez violente, continuelle, occupant particulièrement les cotés et le derrière de la tète. Quand on l'interrogeait, elle répondait avec une lenteur extrême ; ses traits exprimaient une sorte de stupeur idiotique; elle éprouvait de temps en temps des palpitations et des étouffements; le pouls était régulier, peu développé , mais dur et fort-, les battements du ventricule gauche , ex-

OBSERVATIONS I>'llYPERTROPHrE. 5oi

plorés avec le cylindre, étaient forts , concentrés , sourds et profonds.

Diagnostic. — Hypertrophie du ventricule gauche; affection cérébrale.

On prescrit i5 sangsues au siège et une infusion de fleurs de tilleul et d'oranger.

Il ne se passa rien de remarquable dans l'état de la malade , jusqu'au iermai. A cette époque la conjonctive droite était vivement enflammée; la céphalalgie était intolérable, et il existait de la constipation. (Poésie, à la nuque; hydromel glaub.; pédil. sinap.)

Le vésicatoire détermine un gonflement très douloureux des ganglions lymphatiques du côlé droit du cou, dans lesquels il se forme quelques foyers de suppuration. On pratique une petite incision , qui est suivie de soulagement.

Le i5 mai, après s'être promenée toute la journée, la malade éprouva une attaque de nerfs , sur les symptômes de laquelle on ne put recueillir rien de satisfaisant. Elle dit en avoir éprouvé plusieurs autres semblables. La nuit suivante fut agitée. {Pot. calm.x pédil.)

16. L'accès nerveux est tout-à-fait disparu ; mais le côté droit du visage est le siège d'un érysipèle œdémateux; fièvre; quelques signes de délire dans la journée.

17. L'érysipèle s'étend à toute la face (3o sangsues au cou et au visage ; petit-lait èmèlisé ; limonade ; diète.)

18. Fièvre très vive, tendance continuelle à sortir du lit ; pas de réponse aux questions. Appelé auprès de la malade, à deux heures après midi, je la trouve sans connaissance; ses lèvres sont décolorées, la turgescence inflammatoire du visage est presque nulle; le visage est pâle; les paupières sont fermées; le sentiment est éteint; le pouls est fréquent et petit; la respiration rare, lente, accompagnée de râle ; cependant les mouvements respiratoires se ralentissent de plus en plus; le pouls perd sa fréquence , devient lent, s'évanouit... Les battements du cœur lui survivent; quelques

inspirations demi-convulsives s'opèrent encore ; pendant leur long intervalle, on croit la malade morte... La main appliquée sur la région du cœur lèsent encore tressaillir. Deux autres inspirations profondes se manifestent ; un liquide écumeux abreuve la bouche, une sorte de frémis-, sèment se fait sentir dans les muscles de l'avant-bras; leurs tendons tressaillent ; la respiration ne s'opère plus... La malade est morte.

Autopsie cadavérique , 4 8 heures après la mort.

i° Habit, extér. — Cadavre maigre, sans infiltration, bien conformé.

2° Organ. respirât, et circul. — Les deux poumons sont sains.

Le cœur, gorgé de sang, et, dans cet état, double du poing du sujet , remplit toute la partie antérieure gauche de la poitrine, en s'élendant jusque vers la clavicule. Les orifices ne présentent rien de notable que la rougeur de leurs valvules. Le ventricule gauche, extrêmement robuste , a ses parois épaisses d'un pouce (28 mitl.) dans leur partie moyenne : l'épaisseur diminue vers la base et le sommet. Quelques colonnes charnues sont également hypertrophiées . La cavité du ventricule est très sensiblement rétrécie.

Les deux oreillettes et le ventricule droit, dont la pointe descend bien moins bas que celle du gauche, sont à peu près dans leur état normal. La cloison interventriculaire a 6 lig. (i4 mill.) d'épaisseur. Le tissu musculaire du cœur est rouge, ferme et vermeil.

L'aorte , dont le calibre est peu considérable , contient de longs cordons librineux. Sa face interne est parsemée d'écaillés jaunâtres, terreuses, calcaires ou fibro-cartilagineuses. La même altération se remarque dans les artères du bassin, des membres abdominaux et surtout dans celles du cerveau. Les artères coronaires, les carotides, les artères des membres thoraciques , sont saines, si ce n'est que les premières sont plus volumineuses que dans l'état naturel.

OBSERVATIONS D'HYPERTROPHIE. 5o3

5° Cent. nerv. — Ramollissement inflammatoire du corps strié droit et de la partie moyenne inférieure de l'hémisphère gauche. Piamollissement de la partie centrale de l'hémisphère droit du cervelet (i).

OBSERVATION 449e.

Homme de 50 ans. — Deux fluxions de poitrine. — Palpitations; battements du cœur forts et étendus; matité augmentée de la région précordiale; pouls petit, étroit, vibrant. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche. — Traces d'ancienne endo-péricardite.

Baudouin , âgé de 5o ans, cultivateur, d'une forte constitution, fut reçu à la clinique ( n° 7, salle Saint-Jean-de- Dieu) , le 1 5 novembre i855. Il a eu deux fluxions de poitrine , la première, il y a onze ans, et la seconde, il y a quatre mois. La douleur qui accompagna cette maladie exista les deux fois dans le côté gauche.

Dans le cours de la présente année , il a été pris d'un écoulement hémorroïdal qui n'a duré que 24 heures , et c'est aussi depuis un an environ qu'il s'est aperçu que ses jambes et son -ventre enflaient. Voici que! était son état au moment de l'entrée :

Peau pâle, tendue en raison de l'infiltration, qui est considérable aux membres inférieurs (les supérieurs sont à peu près à l'état naturel). L'abdomen est tendu, et la fluctuation y est très sensible. — Le pouls est étroit, un peu vibrant , à 76, régulier, sans intermittence. Les veines jugulaires ne sont pas notablement dilatées. Les battements du cœur, réguliers comme le pouls, se voient à 1 pouce (28 mill.) environ plus bas que dans l'état normal; ils frappent fortement et repoussent la main qui les explore; la matité de la région précordiale occupe une surface de 12 à 16 pouces (356 à 345 mill.) carrés. Dans toute l'étendue de la matité, les bruits du cœur sont plus forts qu'à l'état normal (clans

(1) Je ne fais qu'indiquer ici ces altérations, que j'ai décrites avec soin dans mon Traité de l' Encéphalite (Paris, 1825), où cette observation a été consignée.

la région des cavités gauches, le second est un peu sec et étouffé) . On les entend dans toute la partie antérieure de la poitrine. Il survient des palpitations lorsque le malade se livre à quelque exercice ou qu'il monte un escalier; mais il n'en existe pas à l'état de repos , et le malade n'a pas besoin d'avoir la tête très élevée pour respirer. Le sommeil est assez bon; quelques réveils en sursaut.

Dans le côté gauche , en arrière , la résonnance est très claire jusques au-dessous du scapuium, où elle devient nulle et où on entend un râle crépitant très gros ( la peau du dos est infiltrée). — A droite, la résonnance est comme à gauche , mais on n'y entend pas de râle. — Il n'existe ni égophonie , ni bronchophonie.

Diagnostic — Hypertrophie du cœur. — Commencement d'induration des valvules. — OEdème du poumon.

Prescription. — Lne saignée de 5 pal. ; org. sir. des cinq racin. et sir. pointes d'asperges ; 3 bouill. ; 2 potag.

1 8. Fièvre vive avec sécheresse de la langue et de la peau ; pouls à 1 16 , toujours étroit , petit , quoique dur et vibrant. Le malade éprouve une vive douleur à la cuisse. ( Saignée de 3 pal. ■ diète.)

19. Le ventre paraît moins tendu. La fièvre continue (pouls à 96) ; il est survenu du dévoiement ; persistance de la douleur de la cuisse.

21 , 22, 25, 24, 25, 26. On remarque que les veines qui rampent sur les parois de la poitrine sont très volumineuses.

On fait quelques mouchetures au scrotum , qui est énormément infiltré.

Les jours suivants, le dévoiement augmente; la douleur de la cuisse continue; la figure s'altère; l'amaigrissement fait de rapides progrès.

Mort le 29, à sept heures du soir.

Autopsie cadavérique, l+o heures après la mort.

i° Habit, extér. — Les membres inférieurs sont fortement

OBSERVATIONS d'hYPERTROPHTE. 5o5

infiltrés; la tuméfaction du scrotum et des parois de l'abdomen est beaucoup moindre qu'elle n'était il y a quelques jours.

A la partie externe de la cuisse gauche , là où le malade avait accusé une vive douleur, existe un vaste foyer purulent, à la fois sous-cutané, sous-aponévrotique et inlermusculaire : il s'étend depuis la partie supérieure externe de la cuisse jusqu'au tendon du triceps, et embrasse toute la partie externe du membre.

La sérosité abdominale présente une teinte citrine foncée.

2° Org. respirât, et circulât. — Le péricarde contient un demi-verre de sérosité roussâtre ; il adhère de toute part avec la plèvre voisine ; les poumons adhèrent , de leur côté, aux parois pectorales par un tissu celluleux ou fibro-celluleux. Les veines du cœur sont plus saillantes qu'à l'état normal. Cet organe estpresque entièrement dépourvu dégraisse à sa partie antérieure ainsi que sur le commencement de l'aorte, où l'on observe des taches laiteuses, traces d'ancienne péricardite.

Poids du cœur non encore vidé, avec l'origine des gros vaisseaux, 388 gram.

Le cœur semble presque entièrement constitué par le ventricule gauche et la cloison. Le ventricule droit forme à peine le cinquième de la masse totale du cœur; le tissu cellulaire de ce ventricule est infiltré ; la cavité vi;ntriculaire ne contient presque aucun caillot de sang; sa capacité est d'un bon quart plus grande qu'à l'état normal ; l'épaisseur de ses parois est de 2 lignes à i lignes i/4 (5 à 6 mill.) ; elles sont molles et flasques. L'oreillette droite est plus dilatée encore que le ventricule; ses parois sont un peu amincies. — L'orifice auriculo-ventriculaire droit a 5 pouces (i4o mill.) de circonférence; la circonférence de l'orifice venlriculopulmonaire est de 5 pouces 1/2 (98 mill.). Les valvules droites ne sont pas sensiblement épaissies ; elles sont rouges

5o6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

comme le reste de la cavité, ce qui tient, peut-être, à l'imbibition cadavérique.

La cavité du 'ventricule gauche est rétrecie et forme une espèce de canal cylindrique , contenant à peine le doigt indicateur. Ce rétrécissement coïncide avec une hypertrophie considérable des parois, lesquelles, à leur base, ont 1 pouce (28 mill.) d'épaisseiu\ Cette épaisseur reste à peu près la même dans les trois quarts de la longueur du ventricule , et diminue ensuite vers la pointe ; l'épaisseur de la cloison interventriculaire est de 10 lignes (24. mill.).

L'oreillette gauche a une cavité d'un bon tiers moindre que celle de la droite. Sa capacité absolue est un peu moindre qu'à F état normal. L'épaisseur de ses parois est un peu plus que normale. ( Les cavités gauches ne contenaient presque aucun atome de sang, et elles étaient cependant rougies comme par imbibition.)

L'orifice auriculo-venlriculaire gauche a 4 pouces 3 lignes (119 mill. )de circonférence. — La valvule bicuspide est notablement épaissie . principalement la lame qui répond à l'ouverture aortique. Là, son tissu crie sous l'instrument qui le divise à l'instar d'un fibro-cartilage ; l'épaisseur de la section est d'une demi-ligne 1 mill.) ; d'ailleurs, la valvule est mobile et peut fermer exactement son orifice ; — l'orifice aortique a 3 pouces 5 lignes (95 mill.) de circonférence; ses valvules ne sont pas sensiblement épaissies, et sont mobiles comme à l'état normal.

La substance du cœur est assez ferme , mais plus brune que dans l'état ordinaire.

L'intérieur des gros vaisseaux est d'un rouge plus ou moins foncé (1); dans toute son étendue, l'aorte présente çà et là

(1) Comme le cadavre ne fut ouvert que 40 heures après la mort, il se peut que cette rougeur, ainsi que celle du cœur, dépendît, du moins en partie, d'une imbibition cadavérique, bien que la saison ne fût pas favorable à la prompte décomposition putride. N'oublions pas cependant que pareille rougeur, dans des cas analogues à celui-ci, est quelquefois le résultat d un état phlegmasique.

OBSERVATIONS d' HYPERTROPHIE. ÔO'J

des taches blanchâtres ou légèrement jaunâtres, analogues à celles qui existaient sur la portion du péricarde qui se déploie sur l'origine du vaisseau et sur le cœur.

Les deux poumons sont gorgés de sang et de sérosité ; leur tissu condensé, et comme carnifié, est d'un rouge brun. Les bronches offrent une teinte rouge assez prononcée , violâtre en quelques points.

5° Org. digest. et annex. — Le foie contient une quantité de sang assez considérable; son tissu, d'un rouge marron ou chocolat, est légèrement induré. — La rate est hypertrophiée et mélanosée à sa surface externe, où elle présente quelques plaques fibro-cartilagineuses. — La membrane muqueuse de l'estomac offre une teinte grisâtre sur laquelle tranche un pointillé rouge, disséminé en divers endroits. La teinte grisâtre de l'estomac existe dans toute l'étendue de l'intestin grêle, plus foncée sur les plaques de Peyer que partout ailleurs. ( Il semble que les plaques intestinales ne contiennent pas de sang; elles sont plus épaisses qu'à l'ordinaire, ce qui tient à un Commencement d'infiltration.) — La muqueuse du gros intestin, généralement pâle et comme lavée, offre çà et là, cependant, quelques arborisations rosées. Les parois de l'intestin sont épaissies par l'infiltration.— Les reins sont plus pâles qu'à l'état normal : on observe à leur surface quelques kystes. — La muqueuse de la vessie est blanche.

,r>Ob MALADIES DU CŒUR FN PARTICULIER.

§ II. Hypertrophie du ventricule droit.

1° HYPERTROPHIE SIMPLE OU AVEC CAPACITE NORMALE DE LA CAVITÉ VENTRICULAIRE.

OBSERVATION 150e (I).

Femme de 30 ans. — Palpitations, battements très étendus du cœur, dypsnée, infiltration, etc. — Hypertrophie simple du ventricule droit. — Rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche, etc.

« Lassole (Elisabeth), âgée de 3o ans, d'un tempéra- »ment sanguin, d'un embonpoint très prononcé, avait une «mauvaise santé depuis trois ans, lorsqu'elle entra à l'hô- » pilai Cochin, le 12 décembre 1818.

« Elle avait éprouvé dès le commencement une légère «dyspnée et quelques palpitations passagères; plusieurs » affections catarrhales augmentèrent la difficulté de res- » pirer, et déterminèrent un sentiment de suffocation bien » prononcé.

» Cette malade se plaignait de céphalalgie violente et » d'une sensation fréquente de vapeurs chaudes qui sem- «blaient s'élever de la poitrine vers la tète : les palpitations »se renouvelaient plus souvent et affectaient en quelque » sorte un caractère de périodicité.

»On avait regardé cette affection comme nerveuse, et «l'on s'était borné à un régime adoucissant et à quelques » antispasmodiques. Les symptômes cessaient de temps en «temps; des intermittences assez longues semblaient con- «firmerune guérison illusoire.

» Les symptômes que nous venons de mentionner s'étaient «manifestés avant son entrée à l'hôpital.

«La figure, assez pleine, offrait un teint bleuâtre; les «yeux étaient légèrement injectés; les battements des ca- «rotides étaient assez proncicés, la poitrine, très grasse ,

(1) L'observation que nous allons rapporter sur cette forme d'hypertrophie du ventricule droit appartient à Bertin. Elle n'a malheureusement pas été recueillie avec toute l'exactitude désirable.

OBSERVATIONS t)'HYPERTROÎ*mÈ. 5ô()

»ne permettait pas d'éclairer le diagnostic par la perçus- »sion. Les extrémités supérieures et inférieures étaient »œdématiées, mais le doigt ne les déprimait que difficile- 9 ment; la position verticale était devenue indispensable.

» La respiration était pénible, courte, précipitée; les pal- «pitations fréquentes; les battements du cœur se faisaient «sentir jusque dans la partie droite delà poitrine; ces battements étaient mous; ils n'étaient ni secs ni détachés. »La moindre compression sur la poitrine déterminait une » dyspnée plus grande ; la toux était peu fréquente et accom- «pagnée d'une expectoration muqueuse ; le pouls était pro- »fond; la dilatation des parois artérielles semblait se faire «difficilement: les pulsations n'avaient ni la force ni la » vibrance si ordinaires dans l'hypertrophie.

» L'abdomen était souple, nullement douloureux au tou- » cher.

» La malade conservait presque constamment la tête pen- »chée sur la poitrine, quelquefois elle la portait en arrière

• avec force, et ce mouvement était suivi de plaintes et de » soupirs ; ses bras se croisaient sur sa poitrine , et elle conservait cette position la nuit comme Je jour.

«Les symptômes continuèrent les jours suivants avec la

• même intensité. Quelques stries sanguinolentes teignent

• les crachats; les palpitations et les battements du cœur » diminuent quelquefois sans que la malade éprouve un «grand soulagement.

«Enfin les symptômes augmentent de plus en plus; les

• crachats sanglants deviennent plus fréquents, et la malade «succombe, neuf jours après son entrée, le 20 décembre, » à onze heures et demie.

» Autopsie cadavérique.

«La poitrine contient une petite quantité de sérosité; les «poumons sont adhérents : ces adhérences sont anciennes

• et bien organisées.

«Le tissu des poumons ne laisse presque point échapper

5lO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

» de sang: ils sont mous et crépitants; on observe seule- »ment sur leur lobe inférieur deux ou trois points durs et «engorgés. La plèvre, aux adhérences près, est saine. — »Le péricarde, sain, transparent, ne contient que peu de «sérosité. Le cœur est un peu plus volumineux que dans » l'état naturel et chargé d'une assez grande quantité de r> graisse : celte augmentation de volume tient à l'hypertro- »phie du ventricule droit, sans dilatation ni rétrécissement » notable de la cavité de ce ventricule. La capacité de l'oreil- » lette droite est augmentée, et ses faisceaux charnus sont » plus marqués que dans l'état sain.

«L'orifice auriculo-ventriculaire droit est libre; la val- «vule tricuspide présente quelques points d'induration: «elle est épaissie et d'une couleur jaunâtre; les filets ten- » dineux qui s'y attachent sont plus courts que dans l'état «sain. L'orifice de l'artère pulmonaire n'offre rien de par- «ticulier; il en est de même du ventricule gauche; mais «l'orifice auriculo-ventriculaire gauche est très altéré. L'ou- «verture qu'interceptent les doux bords libres de la valvule «mitrale est très petite: elle a dans son plus grand diamètre »4 lignes 1/2 (10 mill.), et dans le plus petit 1 ligne 1/2 » (5 mill.) ; les deux extrémités de ses bords libres sont ren- »?iies et confondues; les cordages qui la tendent sont ra- » massés et très courts. La valvule est épaissie, fibro-carti- «lagineuse , parsemée d'un grand nombre de petits grains » formant de petites couches irrégulièrement compactes et «quelques petits mamelons isolés: la couleur de cette val- «vule est d'un jaune pâle.

» L'abdomen contient de la sérosité. »

OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 5 1 1

5° HYPERTROPHIE EXCENTRIQUE OU AVEC DILATATION DE LA CAVITÉ VENTRICULAIRE.

OBSERVATION 151e (i).

Femme de 33 an>. — Battements violents du cœur, surtout dans la région du ventricule droit ; palpitations , dyspnée extrême, hémoptysie abondante, infiltration des membres, etc. — Hypertrophie avec dilatation du ventricule droit. — Induration fibro-cartilagineuse de la valvule bicuspide, avec rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche.

Neuray (Louise), âgée de 55 ans, d'une constitution plus nerveuse que sanguine, avait cessé d'être réglée depuis six mois , lorsque des étouffements et une grande anxiété la décidèrent a entrera l'hôpital Cochin , le 21 septembre 1822. Il y avait alors huit ans qu'à la suite d'une chute sur la région précordiale elle avait éprouvé de violentes palpitations, avec orthopnée et crachement de sang. Admise à l'Hôtel-Dieu pour cette maladie , elle y fut traitée par le professeur Pelletan. Des saignées répétées et un régime sévère lui procurèrent un soulagement considérable, et elle sortit au bout de cinq mois. Cependant elle continua à éprouver de temps en temps des palpitations que le moindre exercice augmentait, et qui quelquefois étaient accompagnées d'orthopnée. Lorsque la malade entra à l'hôpital Cochin, les palpitations étaient très fortes.

Elle nous offrit d'ailleurs l'état suivant : pilleur du visage, air d'anxiété et de souffrance, œil saillant, exprimant la frayeur et l'égarement , lèvres assez vermeilles ; oppression, orthopnée, toux, crachats teints de sang, respiration râlante, pouls petit , dur, fréquent, régulier; les battements du cœur se font sentir à la main dans une grande étendue , soulèvent les vêtements et sont plus forts dans la région du ventricule droit que dans celle du gauche. (La

(1) J'ai déjà rapporté cette observation en extrait, à l'article Induration du cœur. Je la donne ici avec tous ses détails.

5i3 maladies du coeur en particulier.

malade sentait très bien, disait-elle, que ses palpitations étaient plus violentes a droite qu'à gauche.)

Les battements du cœur sont accompagnés d'une vive impulsion, et ressemblent véritablement à des coups de marteau; les bruits de cet organe s'entendent jusqu'à la partie postérieure de la poitrine. On entend aussi un bruit de soufflet dans la région des cavités gauches.

Piâle ronflant très sonore , dans plusieurs points de la poitrine.

Diagnostic. — Hypertrophie anéçrismale du cœur, rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche.

Prescription. — Deux saignées du bras , les juleps calmants et le repos ayant adouci la position de la malade , elle sortit de l'hôpital un mois après son entrée.

Elle revint six semaines plus tard dans un état très alarmant. Depuis cinq jours, elle avait craché une grande quantité de sang écumeux ; l'anxiété, la crainte d'une suffocation prochaine , lui laissaient à peine goûter quelques instants d'un sommeil promptement interrompu par des réveils en sursaut.

\J emploi des saignées, de la digitale, des bains de pieds , des vésicatoires , ne produisit que des améliorations momentanées. La situation de cette malheureuse était déchirante : les battements du ventricule droit conservèrent toujours leur violence, et ils retentissaient dans toute l'étendue du thorax; la main appliquée à la partie postérieure de cette cavité les ressentait ; mais elle les entendait, s'il est permis de s'exprimer ainsi, plutôt qu'elle ne les touchait; on eût dit qu'elle faisait les fondions du stéthoscope. La malade ne pouvait rester le dos fixé contre ses oreillers ; car dans celte circonstance les battements lui semblaient beaucoup plus violents. Elle restait ordinairement assise sur le bord de son lit, les jambes pendantes, le tronc fortement courbé en avant, ia tête appuyée sur ses membres supérieurs, qui étaient eux-mêmes soutenus par ses genoux; elle crachait toujours

OBSERVATIONS D*HYPE11TR0PH1E. 5l3

du sang, mais l'expectoration se faisait avec baucoup de peine; le moindre effort, tel que celui nécessaire pour rendre les urines ou les matières fécales , déterminait une suffocation imminente; l'ingestion des aliments augmentait notablement l'étouffement; les lèvres furent toujours assez vermeilles; le pouls, constamment régulier, conservait sa petitesse.

Quelquefois les accidents se calmaient; pendant cette sorte de trêve, la malade se berçait de l'heureuse idée d'un prochain rétablissement ; mais le retour de l'oppression ne tardait pas à dissiper cette douce espérance. Enfin, les membres s'infiltrent, la peau des inférieurs s'ulcère ; en proie aux plus horribles angoisses, ne goûtant aucun instant de sommeil, poussant des gémissements plaintifs et entrecoupés, la malade accuse l'impuissance de la médecine, et appelle la mort à son secours; son visage est pâle, défait, profondément abattu; les muscles inspirateurs se contractent avec d'énormes efforts et presque convulsivement; les membres supérieurs fixés sur le lit leur fournissent un point d'appui ; pendant l'inspiration les narines se dilatent, la bouche s'ouvre, la tète se redresse par une sorte de synergie ; si l'on demande à la malade où elle éprouve de la douleur, elle répond qu'elle ne souffre point, mais qu'elle étouffe. — Elle succombe le 9 janvier 1820, trente-trois jours après sa seconde entrée.

Autopsie cadavérique , 5y heures après la mort.

i° Habit, extér. — Infiltration considérable des membres et des parties génitales ; visage violacé.

20 Organ. respir. et circul. — Très peu de sérosité dans la poitrine ; poumons volumineux, marbrés , bien crépitants, ayant leur bord postérieur gorgé d'un liquide écumeux , jaunâtre. Bronches d'un touge foncé et pleines de mucosités.

Le cœur, gorgé de caillots de sang, présente un volume énorme. Vidé du sang qu'il contient, il est encore d'un tiers plus gros que le poing du sujet.

5l4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

La cavité du ventricule droit est d'environ un tiers plus grande que dans l'état normal; la dilatation est surtout très prononcée vers l'insertion de l'artère pulmonaire : les parois du ventricule ont de 5 à 5 lignes (7311 mill.) d'épaisseur; leur tissu est d'un rouge rose, d'une consistance très grande et dans un commencement d'induration cartilagineuse; les colonnes charnues sont très fortes et 1res nombreuses. Les orifices ventriculo -pulmonaire et auriculoventriculaire droit sont libres.

L'oreillette droite est dilatée dans la même proportion que le ventricule; ses parois sont épaisses, charnues, munies de colonnes très prononcées.

Le ventricule gauche est sensiblement dans l'état naturel , sa pointe descend moins bas que celle du droit; ses parois ont environ 5 lignes (11 mill.) d'épaisseur à la base; son tissu est vermeil , mais moins dur que celui du droit.

La capacité de l'oreillette gauche est presque double de l'état naturel; ses parois sont fortes et épaissies.

La cloison venlriculaire est épaisse de 5 lignes (11 mill.).

h'on/ice auriculo-ventriculaire gauche , rétréci , peut à peine admettre l'extrémité du petit doigt; sa figure est elliptique et son grand diamètre n'a pas plus de 4 hg» (9 mill.) La valvule bicuspide est transformée en une sorte d'anneau ovalaire, d'un tissu resplendissant, blanc , résistant, tendineux ou fibro-cartilagineux, criant sous le scalpel. Ce bourrelet , épais d'environ 2 lignes (5 mill.), s'avance dans la cavité du ventricule, comme s'il y eût été poussé parle choc du sang, et reçoit l'insertion des filets tendineux des colonnes charnues.

Les veines cardiaques sont gorgées de sang. Les artères coronaires et les valvules aortiques sont saines.

3° Organ. digest. et annex. — La cavité du péritoine contientenviron une pinte (1 litre) de sérosité roussâtre. Les circonvolutions de l'intestin grêle, rouges à l'extérieur, sont peu volumineuses et contractées. — La membrane interne de

OBSERVATIONS «HYPERTROPHIE. Ôl5

l'estomac offre une rougeur foncée et très vive: cette rougeur, en quelque sorte artérielle , se continue , en s'affaiblissant un peu , dans l'intestin grêle qui contient des matières sanguinolentes d'un brun rougeâtre; dans le gros intestin la rougeur est simplement rosée. — Le foie et la rate, très volumineux, sont gorgés de sang d'un noir mêlé de rouge. 4° Centres neiv. — Les méninges sont un peu rouges; les ventricules cérébraux renferment une petite quantité de sérosité sanguinolente; la substance cérébrale est d'une bonne consistance.

■)° HYPERTROPHIE CONCENTRIQUE OU AVEC RETRECISSEMENT CE LA CAVITE VENTRICULAIRE.

OBSERVATION 132e.

Femme de 52 ans. — Asthme habituel (défaut de renseignements sur les autres antécédents de la malade). — Signes de péripneumonie aiguë de tout le poumon droit. — Mort le second jour après l'entrée. — Hypertrophie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa caviié,qui reçoit à peine le doigt indicateur. — Plaques laiteuses sur ce ventricule. — État crétacé de l'aorte. — Ramollissement et suppuration du poumon droit.

Une couturière, âgée de 52 ans, d'une taille élevée, d'une grande maigreur, d'une constitution médiocrement forte, fut reçue à la Clinique, le 8 septembre i855. Cette femme était plongée dans un état d'assoupissement, qui ne lui permit pas de nous donner des renseignements bien satisfaisants sur son état antérieur. Elle nous assura n'être malade que depuis cinq jours , ajoutant toutefois qu'elle était depuis très long-temps asthmatique.

Visage rouge, injecté , fièvre très vive (peau très chaude, pouls à ii2, assez développé, souplej, oppression considérable (5G inspirations par minute).

La malade ne se plaint nullement de douleur dans la poitrine.

Battements du cœur assez forts, accompagnés de leur double claquement accoutumé.

Distension des veines jugulaires , de la gauche principalement.

Côté droit de la poitrine. Piésonnance assez bonne en avant, moindre cependant que celle du côté opposé. Souffle bronchique et bronchophonie (en arrière, le souffle bronchique et la bronchophonie sont plus prononcées qu'en avant) ; râle crépitant vers la partie moyenne, et partout ailleurs absence de la respiration vésiculaire ; matité dans toute la partie postérieure , un peu moindre à la partie moyenne qu'en haut et en bas.

Côté gauche. Ce côté rend un son très clair à la percussion ; la respiration y est pure, forte, puérile.

Le crachoir contient quelques crachats visqueux , d'un rouge sale, tournant à la teinte jus de pruneaux.

Diagnostic. — // ne nous Jut pas difficile de reconnaître V existence d' une pneumonie de tout le poumon droit. Mais faute de renseignements sur les antécédents de la malade , nous hésitâmes sur le diagnostic des lésions qui avaient pu donner lieu à /'état asthmatique qui paraissait avoir précédé la maladie actuelle.

Prescription. — N'' 'espérant pas triompher d'un cas aussi grave par la méthode des émissions sanguines telle que nous la pratiquons , j'étais disposé à m'en abstenir, lorsque les assistants, témoins des succès que nous avions obtenus par les émissions sanguines , m'engagèrent ce les employer dans ce cas , quelque désespéré qu'il me parût. En conséquence , deux saignées de 2 ci 5 palettes furent prescrites , une pour le matin et l'autre pour le soir ; dans l' intervalle des deux saignées , vingt. sangsues devaient être appliquées sur le côté malade.

La mort survint la nuit suivante.

Autopsie cadavérique , 5o heures après la mort.

1° Habit, extér. — Cadavre d'une grande maigreur; point d'infiltration ; teint jaune-pâle.

2° Organ. circul. et respir. — Cœur arrondi , à pointe mousse , plus gros que ne le comportent la constitution et

OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 617

le marasme du sujet. Vers la partie supérieure de la face antérieure du ventricule droit, existent quelques plaques fibreuses, d'une teinte blanchâtre , laiteuse.

Les cavités droites du cœur sont gorgées de caillots adhérents , en grande partie décolorés; les cavités gauches en contiennent à peine. Les parois du -ventricule droit sont fort épaisses, surtout dans les points oh existaient les plaques laiteuses : là , elles avaient une épaisseur de 4 lignes (9 mill.) , abstraction faite de la couche graisseuse , qui , dans cet endroit, avait environ une demi-ligne (1 mill.) d'épaisseur. La cavité du ventricule droites/ rétrécie à tel point qu'on y introduit à peine le doigt indicateur. Les colonnes charnues de ce ventricule sont très nombreuses et forment un réseau serré. L'oreillette droite n'est pas sensiblement dilatée ; ses parois sont épaissies.

Les parois du ventricule gauche ont 6 à 7 lignes (i4 a 16 mill.) d'épaisseur. Les colonnes de ce ventricule sont peu développées. Sa capacité absolue , bien qu'un peu moindre qu'à l'état normal, l'emporte cependant sur celle du droit. L'oreillette gauche est moins hypertrophiée que la droite , et sa cavité est sensiblement normale.

Les orifices artériels et auriculo-ventriculaires sont parfaitement libres. Les valvules ne sont pas notablement épaissies.

La substance musculaire du cœur est assez vermeille et d'une consistance médiocre.

Quelques taches jaunes existent à l'origine de l'aorte ; dans sa portion pectorale et abdominale, cette artère est criblée de plaques plus épaisses, fibreuses ou fibro-carlilagineuses.

Les veines jugulaires contiennent des caillots fibrineux , blancs, élastiques, très probablement formés avant la mort (1).

(1) La glande thyroïde , considérablement tuméfiée, du volume d'une pe-

Poumon droit recouvert de fausses membranes minces, de la copsistance de la couenne du sang. La plèvre pariétale était dépourvue défausses membranes (î). Il existait à peine 2 ou 5 cuillerées de sérosité floconneuse. — Poumon droit hépatisé, ramolli dans toute son étendue, un peu moins à la partie moyenne de sa face postérieure que partout ailleurs. La surface des incisions pratiquées dans son tissu était d'un gris rougeâtre, et il en ruisselait un liquide sale, évidemment purulent : il existait un mélange du 2e et du 3e degré de la pneumonie, avec prédominance de ce dernier. Au sommet, le pus était déjà réuni de manière à former de petits foyers ou des abcès commençants. Le tissu pulmonaire était vide d'air et imperméable. — La membrane muqueuse des bronches droites était d'un rouge violet.

Le poumon gauche, très riche en matière noire, était moelleux, élastique, parfaitement sain, si ce n'est que son tissu nous parut un peu raréfié , ainsi que cela est assez commun chez les sujets déjà avancés en âge , surtout dans les cas d'asthme. C'était réellement là un commencement d'emphysème.

Les observations 126e, 127e et 1288 de cet ouvrage sont de remarquables exemples d'hypertrophie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité.

Chez le sujet de la 126e observation (femme de 57 ans), la cavité du ventricule droit aurait pu contenir seulement un œuf de pigeon. Ses parois avaient une épaisseur gui •variait de 1 6 à 1 1 lignes (07 « 26 milL). Les cordes vahndaires étaient fortes et comme enveloppées d'un prolongement de la substance cltarnue(v). — Le cœur tout entier pesait 12 onces (080 gram.).

tite rate, était en grande partie transformée en matière calcaire. Ainsi tuméfiée, elle exerçait sur les veines jugulaires une compression qui pouvait s'opposer au libre cours du sang dans ces vaisseaux.

(1) C'est d'après ce cas et quelques autres semblables, que j'ai été conduit à établir que la douleur pleuréiique tient surtout à l'inflammation du feuillet pariétal (il n'existait pas de point de côté chez cette femme).

(2) Voyez la planche IV.

OBSERVATIONS n'iJYPERTROPHIE. 5 1Q

Chez le sujet de la 127e observation (jeune homme de 25 ans) , le ventricule droit était très bombé, très dur (trois fois plus dur que le ventricule gauche). Ses parois étaient épaissesde 8 à 10 lignes (18 à 22 mill.); sa cavité étaitréduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe. Cet épaississement était en partie le résultat du développement des colonnes charnues, pressées les unes contre les autres, et formant au premier coup d'œil un plan continu.

Chez le sujet de la 1 28e observation (jeune fille de 7 ans), le ventricule droit était presque oblitéré par V hypertrophie concentrique de ses parois qui avaient près d'un pouce (28 mill.) d'épaisseur à la base , et offraient une coloration rouge et une fermeté considérables (il aurait pu contenir à peine la première phalange du pouce).

Obs. 1 53e — A ces cas j'ajouterai le suivant , recueilli par Berlin, chez un sujet âgé de 37 ans, qui succomba à une

AFFECTION DU COEUR, DONT LES PREMIERS SYMPTÔMES SE DÉVE- LOPPÈRENT PENDANT LE COURS d'un RHUMATISME ARTICULAIRE

aigu. Les colonnes charnues du ventri cul aire droit, développées au point d'égaler une plume à écrire , avaient contracté de telles adhérences entre elles , qu elles remplissaient la cavité du ventricule , de sorte que, pendant la vie , le sang ne pouvait que filtrer entre leurs mailles... Cette hypertrophie des colonnes coïncidait avec une atrophie des parois du ventricule lui-même. Le ventricule gauche était dilaté au point de contenir 8 onces (25o gram. ) d'eau, et ses parois étaient épaissies vers la partie inférieure seulement. La cloison ventriculaire avait plus d'un pouce (28 mill.) d'épaisseur. Il existait une adhérence du péricarde au cœur, et une induration cartilagineuse de la valvule mitrale et des valvules aortiques.

Voici encore un cas où des lésions organiques du cœur ont eu pour point de départ une endo-péricardite rhumatismale. Je n'avais point fait attention à cette circonstance , en 1824, époque où personne encore ne connaissait l'endocardite en général et l'endocardite rhumatismale en par^i culier.

Page 1