I. Signes de V hypertrophie du cœur en général
Les signes de l'hypertrophie du cœur se distinguent en ceux qui sont fournis par l'exploration de cet organe luimême , de ses mouvements et de ses bruits , et en ceux qui se tirent de l'exploration des autres organes et de leurs fonctions. Commençons par l'exposition des premiers.
Signes idiopathiques, directs ou immédiats de l'hypertrophie du cœur.
L'augmentation permanente de la force et de l'étendue desbaltements du cœur, et partant l'augmentation du double bruit normal qui les accompagne, voilà réellement les s\^nos physiologiques fondamentaux de l'hvpertrophie pure et simple du cœur.
Si nous ajoutons qu'à ces signes se joignent l'augmentation de l'étendue de la matité de la région précordiale, et quelquefois une saillie notable, une voussure manifeste de cette région, nous aurons indiqué tous les signes idiopathiques de l'hypertrophie du cœur. Entrons dans quelques détails sur chacun de ces signes.
i° Dans les cas où l'hypertrophie est très considérable , les mouvements du cœur sont visibles dans une grande étendue du côté gauche de la poitrine et vers le creux de l'estomac, où ils déterminent une secousse, un ébranlement qu'on peut distinguer quelquefois à travers les vêtements el les couvertures des malades. La pointe du cœur, plus déviée à gauche qu'à l'état normal, soulève le 6e, le 7e, et quelquefois même le 8e espace intercostal, tandis que
les mouvements de la base de cet organe répondent au 5* ou même au 2e espace intercostal.
20 Si l'on applique la main sur la région précordiale , elle est frappée, et pour ainsi dire rudement repoussée, par des battements du cœur semblables à des coups de marteau , ou mieux encore à des espèces de coups de poing. Nous avons actuellement sous les yeux un jeune bomme de 3o ans, coucbé au n° 9 de la salle Saint- Jean-de-Dieu , qui nous présente un remarquable exemple de cette espèce de battements. Chez ce sujet, affecté d'une énorme hypertrophie du cœur, en appliquant la main sur le creux de l'estomac , on reçoit un choc , un véritable coup , parfaitement détaché, comme le serait un coup de poing.
Dans certains cas, le cœur frappe la main de toute sa masse , tandis que dans d'autres il ne la repousse que de sa pointe. Par le toucher, on ressent l'ébranlement qui accompagne le choc du cœur, non seulement dans la région précordiale, mtis jusqu'à la partie postérieure du côté gauche de la poitrine.
Si, au lieu d'explorer les battements du cœur avec la main , appliquée immédiatement sur la région précordiale, on les explore avec un stéthoscope sur lequel on appuie la main, on dislingue, d'une manière encore plus précise peut-être, l'impulsion de ces battements. Enfin, si l'on applique l'oreille sur la région précordiale, la tête est soulevée à chaque contraction ventriculaire , avec une force proportionnelle au degré de l'hypertrophie.
Sauf le cas où ils se transforment en véritables palpitations, ce qui arrive pendant des exercices un peu fatigants, des émotions vives, des imprudences de régime, 1rs battements du cœur ne sont pas plus fréquents qu'à l'état normal; ils sont même quelquefois plus lents, ce qui lient peut-être à ce que la durée de la contraction , qui est en quelque sorie filée, est plus prolongée dans les grandes hypertrophies, qu'elle ne l'est à l'état sain. Hors le cas de
complication avec un rétrécissement des orifices , avec une affection nerveuse du coeur , etc., les battements de cet organe dans l'hypertrophie sont réguliers.
5° Les bruits du cœur offrent quelques modifications , selon la forme de l'hypertrophie. L'épaisseur des parois ventriculaires est une condition peu propre à la transmission de ces bruits. Aussi , lorsque l'épaisseur de ces parois est portée à un très haut degré («2 à i5 lignes ou 28 à 07 mill. et plus), et qu'en même temps les cavités des ventricules ont perdu de leur capacité normale, les bruits du cœur sont-ils sourds, obscurs, et comme étouffés. Mais quand l'épaisseur des parois ventriculaires est médiocre, que la cavité venlriculaire n'a pas perdu de son étendue, ou même est dilatée, alors les bruits du cœur sont plus forts, plus sonores, plus clairs ; ils se propagent dans une étendue considérable delà poitrine, et souvent jusqu'à la partie postérieure de cette cavité ou même plus loin. En même temps l'oreille, appliquée immédiatement sur la poitrine, fait entendre distinctement, à chaque systole ventriculaire, le tintement métallique dont nous avons longuement parlé ailleurs, {^oy. les Prolégomènes.)
Ce n'est que dans des cas exceptionnels que l'on entend un léger bruit de soufflet chez les individus affectés d'hypertrophie pure et simple du cœur, et cela n'arrive guère que pendant les accès de palpitations. En général, l'existence d'un bruit de soufflet constant et bien distinct cbez un individu atteint d'une hypertrophie du cœur, est un indice à peu près assuré d'une complication quelconque. (On trouvera dans les Prolégomènes, ainsi que dans les chapitres consacrés à l'endocardite et à la péricardite, les détails nécessaires sur les lésions propres à produire le bruit dont il s'agit.)
4° L'hypertrophie du cœur n'est point accompagnée de douleur dans la région précordiale ; mais lorsqu'elle est très considérable , quelques malades disent éprouver dans
b~ï MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
cette région, ainsi que vers le creux de l'estomac ou le centre phrénique, un sentiment de gène et de poids incommode.
5° L'étendue de la matité de la région précordiale est en raison composée de l'hypertrophie et de la dilatation du cœur. Les observations que nous avons rapportées donnent des expmples des principaux degrés que peut offrir cette étendue. Sur le vivant comme sur le cadavre , nous avons déterminé par la percussion médiate, d'une manière toutà-fait géométrique, le volume du cœur (i).
6° La voussure de la région précordiale n'avait point encore été signalée avant nous chez les in jividus affectés d'hypertrophie du cœur. Elle n'est cependant pas très rare dans les cas où l'hypertrophie est considérable ; et nous l'avons constatée, de la manière la plus positive, chez un bon nombre de sujets, non seulement par l'inspection, l'application de la main, mais le plus souvent aussi parla mensuration directe. Cette voussure est accompagnée d'un élargissement plus ou moins marqué des espaces intercostaux de la région qu'elle occupe.
Signes reactionnels et indirects ou médiats de l'hypertrophie du cœur.
i° Lésions de la circulation artérielle et veineuse. Le pouls, dans l'hypertrophie simple et anévrismale du cœur, est fort, grand, large, bien détaché, vibrant , régulier. Dans l'hypertrophie concentrique, le pouls conserve de la roideur et de la vibrance ; mais il est peu développé , comme embarrassé ou comprimé. En général , les sujets affectés d'hy-
(1) Il est juste de déclarer que Corvisart, en percutant, suivant la méthode d'Avenbrugger, était panenu au même résultat: « Souvent j'ai pu, dit ce » profond observateur, déterminer avec exactitude (l'ouverture des cadavres » l'a prouvé) le degré de dilatation du cœur, en le mesurant, pour ainsi dire, » sur l'étendue des parois de la poitrine, où la percussion f<ii.~-uii entendre un » son nul ou seulement obscur. » ( Ouv. cit., pag. 388. )
HISTOIRE GÉNÉRALE Dli i, HYPERTROPHIE. 5/3
pertrophie pure et simple du cœur ont le visage animé, l'œil brillant, une tendance aux hcmorrhagies dites actives, et une chaleur un peu plus élevée qu'à l'état normal. 11 est à peine nécessaire de noter que l'exploration du pouls ne fournit des signes que pour l'hypertrophie du ventricule aortique, et que si l'analogie nous porte à penser que le pouls de Tarière pulmonaire présente les caractères ci-dessus indiqués, dans les cas d'hypertrophie du ventricule droit, l'observation clinique ne nous o tire aucun moyen de nous assurer directement du fait.
Les complications de l'hypertrophie du cœur avec les lésions que nous avons précédemment indiquées, modifient tellement le pouls, qu'on ne peut plus alors beaucoup compter sur son exploration pour le diagnostic de l'hypertrophie elle-même.
Dans l'hypertrophie pure et simple du cœur, sans lésion des valvules, sans rétrécissement des orifices ou des cavités du cœur, sans grave lésion organique des principaux vaisseaux artériels et veineux , la circulation veineuse s'opère librement, et il ne survient point de congestions passives, soit de sang, soit de sérosité, dans les différents organes et dans les cavités séreuses , ou dans les vacuoles du tissu cellulaire. Cela n'arrive réellement que dans les cas où l'hypertrophie est compliquée avec d'autres lésions propres à opposer un obstacle au cours du sang veineux.
2° Lésions de la respiration. En général, dans l'hypertrophie pure et simple du cœur, lorsque cet organe n'a pas acquis un volume très considérable, la respiration n'est pas sensiblement gênée. M ns lorsque le cœur est énorme, qu'il usurpe en quelque sorte le tiers ou le quart de l'espace réservé aux poumons, la respiration devient fréquente, courte, difficile. A la vérité , dans les cas de ce genre , il est rare que ce soit là la seule cause de la dyspnée : le plus ordinairement, en effet , une énorme hypertrophie du cœur est accompagnée d'une autre lésion qui s'oppose au libre
passage du sang à travers le cœur, et détermine ainsi «ne congestion séro-sanguine dans les poumons.
5° Lésions de In locomotion, de l'innervation, et de la di~ gestion. Ces fondions ne sont pas notablement lésées dans les cas d'h} pertrophie pure et simple. Les lésions qu'elles peuvent éprouver, par suite des complications de l'hypertrophie, ne doivent pas nous occuper ici.
Le tableau que nous venons de tracer, en traitant de l'influence qu'exerce l'hypertrophie du cœur sur diverses fonctions , est loin de ressembler exactement à celui présenté par les auteurs. Mais, on peut l'assurer, sans crainte d'être démenti par les faits, les signes de cet ordre n'avaient jamais été soumis au creuset d'une saine analyse, et, sur cette matière , nos devanciers avaient commis de graves méprises. Qu'on ouvre leurs ouvrages, et l'on verra qu'ils donnent pour signes de l'hypertrophie ou de l'anévrisme actif du cœur, Y injection violette de la face , l'engorgement de tons les capillaires veineux en général , les hydropisies et les hémorrhagies passives , la dyspnée, V ctouff entent , etc. C'e6t pourtant là, me permeltra-t-on de le dire, une sorte de contresens physiologique. De tels signes dénotent évidemment un obstacle mécanique ou vital à la circulation. Or, comment concilier ces phénomènes d'obstacle à la circulation avec une simple hypertrophie, un anévrisme ac///'du cœur ? En effet, loin d'enrayer le mouvement circulatoire, cet état du cœur constitue, au contraire, une condition propre à imprimer une nouvelle énergie au cours du sang. Peut-on supposer, en bonne et saine physiologie , qu'une véritable et simple hypertrophie du cœur soit capable par elle-même de produire des phénomènes qui nous révèlent un embarras, un affaiblissement des fonctions circulatoires? Autant vaudrait prétendre alors que les larges épaules du portefaix, les bras robustes du boulanger , les vigoureux mollets du danseur, sont des conditions qui rendront le premier impropre à porter de lourds fardeaux , le second à remuer la pâte, et le
troisième à exécuter les divers mouvements dont se compose son art. Quoi! nous attribuerions à Y ariévnsme actif, à l'hypertrophie du cœur, des symptômes évidents d'obstacle à Lt circulation ! Comme si nous avions oublié que, dans les cas d'hypertrophie , dégagés d'une complication propre à entraver le cours du sang, les sujets ont le pouls large, vigoureux et vibrant comme les mouvements de leur cœur; que leur face est d'un rouge vif et non violacé ; que la température de leur peau est plutôt augmentée que diminuée , qu'ils sont prédisposés aux hémorrhagies actives et non aux congestions sanguines ou séreuses passives!
Mais, répondra-t-on , d'où proviennent donc les signes d'obstacle à la circulation , tels qu'on les rencontre si souvent chez les individus atteints d'hypertrophie du cœur ? De quelques unes des nombreuses complications qui peuvent accompagner cette hypertrophie, et spécialement d'une grave lésion des valvules, d'un rétrécissement des orifices du cœur, de profondes altérations dans l'aorte ou les grosses veines, de la formation d'abondantes concrétions sanguines, etc. (i)? C'est pour n'avoir point tenu compte de tous les éléments morbides qui se rencontrent dan» les cas d'hypertrophie, pour n'avoir pas apprécié chacun d'eux à sa juste valeur, que les auteurs sont tombés dans Terreur que nous relevons ici : Qwendum est, dit très bien Michelolti , ubi plura si/nul villa deprehetidantur, ne sine certà ratione, unwn aliquod, potissimwn, pro morbi causa proponatur»
(1) L'hyperirophie concentrique peut, quand elle est poussée très loin, équivaloir à un obstacle à la circulation de ce dernier genre. Mais il est évident que dans celte forme de 1 hypertrophie, qui constitue aussi un cas compliqué , c'est au rétrécissement de ia cavité, et non à l 'hypertrophie des parois, qu'il faut attribuer le» phénomènes d'obstacle à la circulation.
b~-i'> MALADIES DU CŒUR £K PARTICULIER,
lî. Signes propres à l'hypertrophie de chacune des cavités du cœur en particulier.
Les signes que nous venons d'exposer s'appliquent spécialement à l'hypertrophie des ventricules. Nous ne pensons pas qu'il soit possible, dans l'état actuel de la science, de délerminer d'une manière bien précise les signes propres à l'hypertrophie des oreillettes en général et à l'hypertrophie de chacune d'elles en particulier. Mais comme elle accompagne presque constamment les grandes hypertrophies des ventricules, le diagnostic de celle-ci entraîne en quelque sorte celui de l'hypertrophie des oreillettes.
Nous n'avons point , il faut V avouer, dit Corvisart, de signes très certains qui caractérisent bien particulièrement l'affection de l'une plutôt que de l'autre des quatre cavités du cœur. Celte assertion , fort juste sous un rapport , ne l'est pas sous tous les autres. En effet, il est des signes qui caractérisent avec certitude l'hypertrophie des ventricules.
1° Diagnostic de l'hypertrophie du ventricule gauche. On reconnaîtra celte hypertrophie aux signes suivants : Les battements dont nous avons décrit plus haut les caractères, se font principalement sentir dans la région des cartilages des 5e, G% 7% ou même 8e côtes ; c'est là que se trouvent à leur maximum d'intensité, la malité et la voussure ou la saillie précédemment indiquées. En même temps, le pouls est fort, tendu, vibrant, le visage vermeil; les yeux sont animés; il se manifeste, à des intervalles plus ou moins éloignés, des bouffées de chaleur vers la tête, des étourdissements, des saignements de nez, etc.
2° Diagnostic de l'hypertrophie du ventricule droit. Les battements du cœur, les palpitations, se font sentir particulièrement sous la partie inférieure du sternum (voy. i'observ. i5i<?) ; c'est là surtout que se trouve la matité , et, à moins que cette hypertrophie ne soit compliquée de celle du ventricule gauche, ce qui est à la vérité très commun ,
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le pouls ne présente pas la force et la vibrance dont nous avons parlé plus haut. Les malades sont sujets à des congestions sanguines actives des poumons, et quelques uns expectorent même, de temps en temps, une certaine quantité d'un sang pur et vermeil (nous insisterons tout-àl'heure sur cet accident). On a répété après Lancisi , que le battement, la fluctuation des veines jugulaires, ou même leur simple dilatation, étaient un signe d'anévrisme, soit actif, soit passif, du ventricule et de l'oreillette du côté droit. Nous avons déjà parlé de ce phénomène en traitant des lésions des valvules et des orifices du cœur, et nous y reviendrons, quand nous étudierons la dilatation de cet organe. Qu'il nous suffise de noter ici en passant que le pouls 'veineux n'est pas une condition nécessaire de l'hypertrophie du ventricule droit, et que s'il existe fréquemment avec elle, c'est qu'alors l'orifice auriculo-ventriculaire n'est pas exactement fermé pendant la syslole , soit en raison de son extrême dilatation , soit en raison d'une lésion quelconque qui entraîne Y insuffisance de la valvule tricuspide , défaut d'occlusion qui permet à une certaine quantité de sang de refluer du côté de l'oreillette droite et des veines qui s'y dégorgent.
Étant donnés les signes généraux de chacune des formes de l'hypertrophie des ventricules, et les signes spéciaux de l'hypertrophie de chacun de ces ventricules, il est évident que l'on connaît par là ceux qui caractérisent les combinaisons possibles de ces diverses formes d'hypertrophie entre elles. Passons donc à un autre sujet.
§ II. De l'influence de l'hypertrophie des ventricules du cœur sur les hémorrhagies en général, et sur celles du cerveau et des poumons en particulier.
Nous avons déjà effleuré cette question en exposant les signes fournis par l'exploration de la circulation , chez les individus atteints d'une hypertrophie des ventricules du cœur. Mais la matière nous a paru assez importante pour exiger un paragraphe à part.
ÔjS I MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
1° De l'influence de V hypertrophie du ventricule gauche du cœur sur les hémorrhagies en général, et sur celle du cerveau en particulier.
De la connaissance de l'influence qu'exerce normalement , le ventricule gauche sur la circulation de toutes les artères en général, on pourrait en induire, à priori , qu'un des effets dynamiques de l'hypertrophie de ce ventricule sera une prédisposition aux hémorrhagies dites actives et aux hémorrhagies par rupture , surtout dans les parties qui opposent le moins de résistance à l'effort du sang, parmi lesquelles il faut placer certaines memhranes muqueuses, la pulpe cérébrale, etc. L'expérience et l'observation sont ici conformes aux inductions de la logique physiologique.
Legallois me paraît être le premier des médecins modernes qui , dans l'observation que nous avons rapportée ailleurs (obs. 159e), ait entrevu et indiqué l'influence d'une hypertrophie considérable du ventricule gauche sur l'apoplexie sanguine ou hémorrhagie cérébrale. Plus tard, M. le professeur Richerand insista d'une manière plus explicite sur cette question de physiologie pathologique, et après avoir rappelé que trois illustres médecins , Malpighi , Cabanis et Ramazzini, enlevés à la science par des attaques d'apoplexie foudroyante, étaient affectés d'une hypertrophie du ventricule aortique, il posa en principe que cette affection était une prédisposition plus prochaine à l'apoplexie que la constitution dite apoplectique ( 1 ). Depuis, un grand nombre d'auteurs, et M. le docteur Bricheteau en particulier, ont soutenu la même thèse (2).
(1 ) Corvisart n'ose pas assurer avoir observé un seul cas dans lequel l'apoplexie ah été l'effet évident d'une maladie du cœur; mais il pense que les faits rapportés par Moryagni, Laurent, Lieutuud, Testa et d'autres encore, suffisent pour établir qu'une affection du cœur (il ne dit pas laquelle) peut devenir la cause déterminante de l'apoplexie. (Ouv. cil., pag. 192.)
(2) Les premières recherches de M. Bricheteau sur cetle matière ont été
Si l'hypertrophie du ventricule gauche exerce réellement une influence notable sur le développement de certaines hémorrhagies du cerveau, on conçoit qu'elle peut aussi, mais d'une manière bien moins directe et moins prochaine, constituer une prédisposition plus ou moins marquée aux congestions inflammatoires du même organe, et partant à l'espèce de ramollissement qui est quelquefois la conséquence de ces congestions.
Dans ces derniers temps, notre honorable confrère et ami, M. le docteur Rochoux, a nié formellement l'influence qu'on avait attribuée à l'hypertrophie du ventricule gauche sur la production de l'hémorrhagie cérébrale. Je crois que M. Rochoux a été conduit à cette opinion par la doctrine qu'il s'est formée sur le mode de génération de cette hémorrhagie, qu'il considère, contre le sentiment de tous les autres observateurs, comme étant toujours précédée d'un ramollissement particulier de la substance cérébrale (ramollissement hémorrhagipare) . En effet, on ne voit pas un rapport aussi duvet entre une hypertrophie du cœur et l'espèce de ramollissement non inflammatoire dont il s'agit, qu'entre la même hypertrophie et une hémorrhagie cérébrale , soit par rupture , soit par exhalation sanguine. Au reste, ce n'est que par des observations qu'on peut résoudre d'une manière satisfaisante le problème qui nous occupe.
Avant de résumer celles qui sont contenues dans cet ouvrage, je signalerai une circonstance jusqu'ici négligée par les observateurs, savoir, la fréquence de la dégénérescence crétacée, et partant de \a, fragilité des artères cérébrales chez les sujets qui succombent à une hémorrhagie cérébrale, e qui sont atteints d'une hypertrophie du ventricule gauche du cœur. On conçoit facilement combien une telle altéra-
publiées dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales. Plus récemment , ce savant observateur s'est occupé du même sujet dans uu ouvrage qui a pour titre t Clinique de l'hôpital Necker.
tion du système artériel du cerveau est favorable à sa rupture, et parlant a la production d'une hémorrhagie. Sans doute cette altération n'est pas constante; sans doute aussi il est des hémorrhagies cérébrales chez des individus qui ne sont point affectés d'hypertrophie du ventricule gauche ; mais ce serait, à mon avis, fermer les yeux à la double évidence des faits et du raisonnement , que de refuser à cette affection, ainsi qu'à l'altération crétacée, existant chacune isolément, et surtout existant l'une et l'autre à la fois, une place parmi les causes prédisposantes ou même déterminantes de l'hémorrhagie cérébrale.
Venons maintenant à nos propres observations.
Or, sur 54 cas d'hypertrophie du cœur rapportés, dans ce chapitre et dans le premier et le second chapitres du premier livre (ire édition de ce Traité), il en est 11, c'est-àdire un peu plus d'un cinquième, dans lesquels on a observé une hémorrhagie ou un ramollissement du cerveau (1). Les cas de ramollissement sont au nombre de cinq (obs. 750, 1 16e, 1 18e, 126e et 1 27e) et ceux d'hémorrhagie au nombre de six (obs. 21e, 63e, 11 5% 126% 128e et 129e). Parmi les sujets des onze cas dont il s'agit, il se trouve cinq hommes et six femmes; et, circonstance assez singulière, c'est que les cinq cas de ramollissement ont été observés chez des femmes (une seulement a éprouvé une hémorrhagie cérébrale) . De ces onze sujets, un était âgé de 25 ans, un de 32 , un de 4o, un de 49 > un de 55, un de 56, un de 57, un de 60, deux de 65 et un de 79.
L'état des artères cérébrales n'est indiqué que dans sept cas. Dans quatre de ces sept cas , elles étaient ossifiées , crétacées. Dans deux cas elles étaient saines, et dans un autre leurs parois étaient seulement un peu blanches et
(1) Il est bon de noter que parmi ces 54 cas il s'en trouve un certain nombre dans lesquels l'hypertrophie n'affectait pas, ou n'affectait que légèrement le ventricule gauche, ce qui rend plus forte encore la proportion que nous
signalons ici.
épaissies. Parmi les quatre cas où l'état des artères cérébrales n'est pas indiqué, il en est un où l'on a noté une ossification des artères carotides : il est par conséquent assez probable que la même lésion existait dans les artères cérébrales.
Dans six de ces cas , il existait une hypertrophie anévrismale ou avec dilatation de la cavité du ventricule gauche ; dans trois, une hypertrophie concentrique ou avec rétrécissement de la cavité , et dans deux, une hypertrophie simple ou avec état normal de la cavité.
2* De l'influence de l'hypertrophie du ventricule droit du cœur sur V hémorrha gie ou apoplexie pulmonaire.
Je ne possède, pour ma part, que cinq ou six observations de véritable apoplexie ou hémorrhagie pulmonaire chez des individus atteints d'une hypertrophie du ventricule droit. Dans deux cas, l'hypertrophie du ventricule droit coïncidait avec celle du ventricule gauche et des oreillettes; dans un cas (observ. i5ie), elle existait sans hypertrophie marquée du ventricule gauche. Ces cas ne me paraissent pas asseznombreux pour pouvoir démontrer incontestablement l'influence du ventricule droit sur la production des hémorrhagies du parenchyme même des poumons et de !a membrane muqueuse des voies respiratoires. Cependant ils doivent être pris en sérieuse considération, et tout porte à conjecturer que d'autres viendront les confirmer.
Je crois devoir rappeler ici ce que j'ai dit à ce sujet dans un Mémoire sur l'hypertrophie du cœur, publié en 1824, dans les Archives générales de médecine, et, un peu plus tard , dans le Traité des maladies du cœur, dont Berlin m'avait confié la rédaction : « Avoir démontré l'influence de t l'hypertrophie du ventricule gauche sur le cerveau, c'est • avoir prouvé celle de l'hypertrophie du ventricule droit »sur le poumon ; car, de même que l'encéphale reçoit di- » rectement le choc du flot de sang que le ventricule gauche
58q maladies du coeur en particulier.
«lance dans l'aorte, ainsi le poumon reçoit immédiate- «ment l'impulsion communiquée â la colonne de sang que »le ventricule droit projette dans le tronc pulmonaire. Par » conséquent, lorsque les parois de ce ventricule ont. aug- » mente d'épaisseur et d'énergie , elles impriment à la cireunlation pulmonaire une activité proportionnelle à leur «hypertrophie, surmontent parfois la résistance des vais- » seaux; et de là des hémorrhagies, des apoplexies pulmovnaires, qui s'opèrent ainsi par le même mécanisme que » Y apoplexie proprement dite, c'est-à-dire l'hémorrhagie «cérébrale, dans les cas d'hypertrophie du ventricule aor- » tique... Il ne faut pas confondre ces espèces d'hémorrha- » g\es actives, ces coups de sang du poumon , avec les congesj> lions sanguines passives qui sont le résultat d'un grand «obstacle mécanique à la circulation veineuse. »
J'ajouterai àce que j'ai écrit alors qu'on retrouve rarement dans l'artère pulmonaire celte altération crétacée, osseuse ou calcaire, qui, comme nous l'avons vu, se rencontre si fréquemment dans l'aorte et les artères cérébrales. Or, nous avons montré que celte altération était une cause prédisposante à l'hémorrhagie cérébrale, et qu'elle secondait singulièrementraclion de l'hypertrophie. Serait-ce à l'absence de cette cause adjuvante qu'il faudrait attribuer, du moins en partie, la rareté des hémorrhagies pulmonaires dans les cas d'hypertrophie du ventricule droit ?
ARTICLE TROISIEME