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DES CAUSES, DU MODE DE DÉVELOPPEMENT ET DE LA MARCHE DE L'HYPERTROPHIE

L'élîologie de l'hypertrophie du cœur laisse beaucoup à désirer dans les auteurs qui s'en sont occupés. Ceux qui sont postérieurs à Corvisart n'ont guère fait autre chose que répéter ce qui avait été énoncé par cet illustre praticien , à

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l'article du mode de développement de Yanévrisme actif du cœur. «Le cœur, ainsi que tous les autres muscles du corps «humain, écrit Corvisart, est susceptible de prendre un • accroissement plus marqué, une consistance plussolidp, «une force plus considérable par la continuité, et surtout » par l'énergie plus grande de son action. N'observe-t-on pas, »en effet, tous les jours un développement extraordinaire »de tous les muscles du corps cIipz les portefaix, de ceux «des bras cbez les forgerons, les boulangers, etc. ? L'exer- «cice pour les muscles extérieurs, l'exercice et l'irritation «pour le cœur, sont les causes principales qui font de ces «organes un centre de nutrition plus actif, et y fixent une «quantité plus grande de substance nutritive. »

Passant ensuite aux causes déterminantes de cet exercice forcé, de cette irritation du cœur, Corvisart considère comme telles : 1 étroitesse des artères ou le défaut de rapport entre le calibre des 'vaisseaux et la quantité de sang que le cœur doit y faire passer; tous les obstacles opposés au cours du sang soit par un vice d'organisation , soit par un état pathologique quelconque , soit par l'influence des affections morales sur l'action du cœur, soit parles actes du cops , peut-être aussi fa qualité plus ou moins stimulante du sang, qui, à égale quantité , doit augmenter ou diminuer la force de l'organe. ( Ouv. cit. , pag. 69-70.)

Fidèle à la doctrine de Corvisart , nous avions , dans nos premiers travaux , attaché une importance un peu exagérée à l'influence des obstacles à la circulation aortique ou pulmonaire sur le dével ppement de l'hypertrophie du cœur en général et de celles de ses ventricuies en particulier f i). La collection d'une masse imposante de nouveaux faits, observés et analysés avec une grande attention, le rapprochement de ces faits de ceux relatifs à l'hypertrophie des

(1) Les obstacles dont il s'agit sont une cause directe et prochaine de dilatation du cœur ; aussi , lorsqu'ils sont très puissants , donnent-ils à l'hypertrophie qui peut coïncider avec eux, la forme anèvrismale ou excentrique.

organes autres que le cœur, nous ont fourni quelques nouvelles lumières sur les conditions qui président au développement de l'hypertrophie du cœur.

Nous avons vu que Corvisart, Dupuytren, Marandel , M. Cruveilhier, etc. , rattachaient au genre irritation l'acte morbide sous l'influence duquel s'opère l'hypertrophie en général et celle du cœur en particulier. Pour distinguer ce mode d'irritation de tous les autres, nous lui conserverons, si l'on veut, le nom d'irritation nutritive, qui lui a été assigné par Dupuytren (1). Tous les auteurs étant d'accord sur ce point, il ne reste plus qu'à déterminer les causes directes ou indirectes de l'irritation nutritive du cœur.

Les causes directes, comme l'avait très bien remarqué Corvisart, sont principalement les exercices fatigants, les professions qui exigent de grands efforts, les affections morales qui excitent de vives palpitations, un régime stimulant, etc. Sousce pointde vue , il en est du cœur comme de tous les antres organes en général, qui tous s'hypertrophient sous l'influence d'un exercice trop actif, auquel ils sont habituellement soumis.

Dans le Mémoire que j'ai publié en 1824 sur l'hypertrophie du cœur, j'ai admis pour celle du ventricule droit une cause particulière, qu'il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici. Cette cause consisterait dans le passage d'une certaine quantité de sang artériel au sein des cavités droites du cœur, par suite d'une perforation congénitale ou accidentelle de la cloison inler-auriculaire ou inter-ventriculaire. J'avoue que cette cause d'irritation ou d'excitation peut paraître un peu hypothétique. îl est néanmoins des considérations assez puissantes qui militent en faveur de notre opinion. En effet, chez les sujets des observations 126', 127', 128', 129% qui

(1) Nous répétons à ceux qu'offusque le mot irritation, depuis qu'il est de- Venu pour ainsi le symbole d'une grande révolution médicale, que, pour nous, l'expression d'irritation nutritive est exactement synonyme d'augmentation de nutrition.

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tous étaient affectés d'une hypertrophie du ventricule droit, il existait une communication entre les cavités droites ei les cavités gauches du cœur, et parlant la possibilité du passage d'une certaine quantité du sang de ces dernières dans les premières. D'un autre côté, ne sait on pas aujourd'hui que, dans le cas de passage du sang d'une artère dans une veine, comme il arrive chez les sujets atteints de ce qu'on appelle en chirurgie un anévrisme variqueux , la veine s'épaissit, 8 hypertrophie y s' artérialise, pour ainsi dire? N'est-ce pas jusqu'à un certain point un phénomène du môme genre qui s'opère lorsque le ventricule veineux s'hypertrophie dans le cas indiqué plus haut? Il s'artéria/ise, si l'on ose ainsi parler, comme la veine qui communique avec une artère. Et je me sers d'autant plus volontiers de celte comparaison, que, pour expliquer l'hypertrophie du ventricule pulmonaire ou veineux , quelques auteurs , Corvisart entre autres, avaient cru devoir imaginer une prédisposition organique native, une transposition des ventricules. Dans l'observation 1 29», Morgagni , à qui elle appartient , dit aussi très expressément : Ventriculus sinister forma erat quâ solet dexter, et, dexter vicissim quâ sinister; et quanquam hoc latior, parietibus lamencrassioribus. Ce passage de Morgagni justifie en quelque sorle doublement notre comparaison.

Quoi qu'il en soit, en admettant que la cause dont nous venons de nous occuper exerce réellement quelque influence surle développementde certaines hypertrophies du ventricule droit, il importe de renfermer celte influence dans de justes limites, et de ne pas négliger les autres causes qui pourraient agir de concert avec elle dans les cas où son intervention peut être légitimement admise.

Mais ce n'est pas toujours d'une manière aussi directe que s'hypertrophient les divers organes en général, et le cœur en particulier; et c'est ici que nous avons à présenter aux lecteurs quelques aperçus nouveaux sur lesquels nous appelons toute leur attention.

Tous les bons observateurs savent aujourd'hui combien il est fréquent de rencontrer un épaississemenl hypertrophique dans une foule d'organes qui ont été le siège d'une longue congestion inflammatoire , soit que cette congestion ail été chronique de prime abord, soit qu'après avoir affecté le mode aigu, elle ail fini par revêtir le mode chronique. Et ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que , dans les cas dont il s'agit, l'hypertrophie pure occupe les tissus voisins de celui où régnait l'inflammation plutôt que ce dernier lui-même (celui-ci s'épaissit bien, il est vrai, mais il est rare qu'il n'éprouve pas, en même temps qu'il s'épaissit, une altération de texture, une dégénérescence, un ramollissement ou une induration , par exemple). C'estainsi que le tissu cellulaire, que lesganglions lymphatiques, etc., s'hyperlrophient à la suite d'ulcéra lions chroniques de la peau elde certainesmembianes muqueuses ; c'est ainsi que les tissus fibreux des articulations, que les extrémités articulaires des os elles-mêmes s'hyperlrophient à la suite d'une inflammation chronique des synoviales articulaires; et pour passer à des faits qui se rallient plus prochainement encore à l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur, c'est ainsi que la couche musculaire de l'estomac , de l'intestin et de la vessie s'hypertrophie très fréquemment à la suite des phlegmasies dites chroniques de la membrane interne de ces viscères creux.

Il suffisait de généraliser ces rapprochements, dont personne ne contestera la rigoureuse exactitude , pour établir à priori que l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur doit se rencontrer fréquemment à la suite des inflammations prolongées ou chroniques d> s membranes externe et surtout interne de cet organe. Toutefois, ce n'est point ainsi que j'ai procédé pour mon compte, et ce n'est réellement qu'à posteriori, par voie d'observation directe, et non par voie d'induction et de généralisation , que je suis parvenu à établir que l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur est souvent

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consécutive à la péricardite et surtout à l'endocardite chroniques. Après avoir constaté que, sur les 35 cas bien décrits d'endocardite et de péricardite chroniques rapportés dans les deux premiers chapitres de cet ouvrage (1^ édition), il n'en était aucun où l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur manquât, c'eût été réellement nier l'évidence que de ne pas reconnaître quelque rapport entre cette dernière maladie et les deux premières (1). C'est alors seulement que, rappelant dans mon esprit les faits d'hypertrophie des organes autres que le cœur, et considérant les connexions qui existaient entre elle elles phlegmasies dites chroniques de ces organes, je fus frappé de la similitude qui , sous le rapport que nous étudions, se trouvait entre l'hypertrophie du cœur et celle de tous les autres organes en général.

Ainsi donc, le mode de développement de l'hypertrophie musculaire du cœur, tel que nous venons de le signaler, n'est point un phénomène isolé, mais bien la confirmation nouvelle d'une véritable loi que des faits déjà connus avaient démontrée.

Si c'en était ici le lieu, et si l'espace nous le permettait, nous montrerions de nouveaux points de contact entre l'hypertrophie du cœur et celle d'autres organes creux. Nous ferions voir que, pour les autresorganescomme pourlecœur, l'hypertrophie coïncide souvent avec un rétrécissement de leurs orifices ( c'est ce qui arrive particulièrement dans beaucoup de cas d'hypertrophie des fibres charnues de l'estomac, des intestins et de la vessie); que cette hypertrophie des organes autres que le cœur est souvent accompagnée de la dilatation, et quelquefois du rétrécissement de leur cavité ; qu'elle est générale ou partielle , et que , par exemple , il y a une grande analogie entre l'hypertrophie des colonnes

(1) A ces 33 cas d'hypertrophie du cœur, il faut ajouter les 21 que contient le présent chapitre, et qui, pour la plupart, confirment le rapport ci-dessus énoncé.

charnues de la vessie (vessies à colonnes) et l'hypertrophie des colonnes musculaires des cavités du cœur, etc.

Cela étant posé, nous devons placer maintenant parmi les causes indirectes de l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur, toutes celles qui peuvent donner lieu à une péricardite ou à une endocardite , avec cette condition formelle toutefois, savoir, que ces dernières maladies ne sont, en général, suivies de la première qu'autant qu'elles se prolongent et qu'elles affectent, comme on dit, le mode ou la forme chronique.

Il nous semble qu'on pourrait donner le nom d'hypertrophie consécutive à celle qui se développe dans les cas dont il vient d'être actuellement question , et le nom d'hypertrophie primitive à celle qui s'opère sous l'influence des causes directes que nous avons indiquées plus haut. Et nous ajouterons que la première est bien plus commune que la seconde.

D'après ce qui précède, on présume facilement quelle doit être la marche de l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Règle générale : d'après la plupart des faits nombreux contenus dans cet ouvrage et dans les autres monographies sur les maladies du cœur, l'hypertrophie du tissu musculaire de cet organe ne s'opérerait que d'une manière lente et graduée. De tous les cas particuliers que nous avons rapportés, quatre ou cinq seulement semblent faire exception à cette règle. Chez deux sujets de ces observations, l'un âgé de l\0 ans, l'autre de 2'<s ans, une hypertrophie considérable du cœur parait s'être développée dans l'espace de trois semaines à un mois. Ces exemples d'hypertrophie aiguë du cœur méritent toute l'attention des observateurs. Nous n'avons pas, il est vrai, la certitude absolue, malgré l'assertion du premier des malades, dont nous avons recueilli nous-même l'observation , que sa maladie ne datât, en effet, que de trois semaines. Quant au second sujet, que nous n'avons point observé, et qui n'était âgé que de

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22 ans, nous ferons remarquer que la maladie du cœur à laquelle il succomba coïncidait avec un rhumatisme articulaire aigu (cet ouvrage fourmille réellement d'exemples de celle coïncidence). Or, il serait rigoureusement possible, objectera-t-on , qu'on eût pris pour une hypertrophie proprement dite du cœur une sorte de tuméfaction ou de turgescence inflammatoire de cet organe. C'est bien là néanmoins une hypertrophie du cœur; mais en appliquant ce mot à l'état dont il s'agit , je conviens qu'on le détourne un peu de la signification qu'on lui avait jusqu'ici reconnue. Laissons là pour le moment cette question, sur laquelle nous recueillons depuis quelque temps de nouveaux faits.

ARTICLE QUATRIEME

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