TLAIES OU BLESSURES DU COEUR
I. Les plaies du cœur, comme toutes les autres , peuvent être produites par des instruments tranchants, piquants ou contondants (on place parmi ces derniers les projectiles mis en mouvement par la poudre à canon). Elles peuvent être pénétrantes ou non pénétrantes. Nous ne parlerons que de ces dernières, et ce que nous en dirons sera très court (1).
(1) Ceux qui voudront avoir plus de détails sur cette matière n'auront qu'a consulter l'excellent article de M. le docteur Ollivier (d'Angers} sur les plaies du cœur, public dans le tome VIIIe du Dictionnaire de médecine, en 25 vol. Paris, 1834,
BLESSURES DU COEUR. 6jQ
II. Les plaies du cœur peuvent être compliquées de la présence du corps ou de l'instrument dont elles sont l'effet, «t cette circonstance prévient quelquefois, du moins pour le moment , une hémorrhagie mortelle. Tout le monde connaît l'histoire d'Lpaminondas (1).
Toutes les parties du cœur ne sont pas également exposées à l'atteinte des corps vuînérants. Sur 64 cas de plaies du cœur rassemblés par M. Ollivier (d'Angers), vingt-neuf fois la lésion occupait le ventricule droit, lequel forme la partie la plus découverte de la surface antérieure du cœur; douze fois, le ventricule gauche; neuf fois , les deux ventricules; trois fois, l'oreillette droite; une fois, l'oreillette gauche; sept fois, la pointe ou la base du cœur ; et dans trois cas , le siège de la blessure n'était pas indiqué.
Ce n'est pas toujours par des agents vuînérants venus du dehors que sont produiies les plaies du cœur. Voici, par exemple , un cas de déchirure du coçur par un fragment de côte.
Un charretier, âgé de 25 ans, eut le malheur de se trouver pris entre les moyeux de deux voitures , le 5 mai 1800. Il perdit tout- à -coup connaissance. Transporté immédiatement à l'Hôtel-Dieu , il ne donna plus aucun signe de vie.
Autopsie cadavérique , 27 heures après la mort.
De légères ecchymoses existant de chaque côté de la poitrine indiquent assez que cette cavité a été comprimée transversalement. Les huitième et neuvième côtes sont fracturées à la réunion des deux tiers postérieurs avec le tiers antérieur. Une dépression s'observe à l'endroit de la fracture.
(1) Si l'histoire d'Épaminondas paraît un peu fabuleuse au lecteur, en voici une plus positive, publiée par M. le docteur Ferrus. Un aliéné s'enfonça à demeure entre les cinquième et sixième côtes gauches un stylet de fer, qui traversa obliquement de bas en haut le ventricule gauche et la cloison inter- Yentriculaire. Le blessé vécut vingt jours.
La plèvre gauche est remplie par une grande quantité d'un sang noir , liquide, avec d'énormes caillots.
Le péricarde, vu à l'extérieur, présente une légère teinte bleuâtre ; il contient un peu de sang noir coagulé : à son côté gauche existe une ouverture de deux pouces, dirigée de haut en bas et de gauche a droite. A sa face postérieure, le cœur offre une plaie transversale, longue de i pouce 1/2 (/jSmilL), pénétrant dans la cavité des deux ventricules. Cette plaie correspond parfaitement à l'ouverture du péricarde.
Les fragments de la 8e côte , fracturée comme il a été dit, sont portés en dedans. Le fragment antérieur fait une saillie considérable dans la cavité de la plèvre : il est aigu, piquant, taillé en bec de flûte , et c'est évidemment lui qui a déterminé la blessure du péricarde et du cœur (1 ).
Iiî. La plupart des plaies du cœur entraînent une mort subite. Dans quelques cas seulement, le blessé peut ne succomber qu'après un temps plus ou moins long. Dans les grandes plaies du cœur, le blessé tombe comme s'il eût été frappé d'un coup de foudre : quasi fulmine ictus, concidit, dit Dienierbroëk, en parlant d'un combattant qui, dans un duel, reçut un coup d'épée qui traversa le ventricule gauche. Les deux enfants assassinés par Papavoine moururent sur le coup. Or, il résulte du rapport de M. le docteur Denis que le ventricule gauche fut traversé chez ces deux infortunés.
Voici trois cas de plaies du cœur non suivies d'une mort subite, rapportés par M. Ollivier (d'Angers). Un mendiant de Milan , dont Morgagni nous a transmis l'histoire , reçut un coup de couteau qui traversa le ventricule gauche à sa partie antérieure. Il s'écoula peu de sang à l'instant même. Après avoir fait environ soixante-dix pas, le blessé s'assit,
(1) Colle observation a été recueillie par M. Choisy, qui l'a publiée dans sa
Dissertation inaugurale.