BLESSURES DU COEUR
et mourut au bout d'une demi-heure en vomissant son dîner. — Un soldat tombe sur une baïonnette , qui pénètre entre la 6' et la 7e côtes gauches. Le blessé ne succombe que 49 heures après la blessure, au moment où il était allé à la garde-robe. Une plaie large de 9 lignes (21 milî.) pénétrait dans le ventricule gauche, où l'instrument avait divisé une des colonnes charnues qui se fixent à la valvule mitrale. — Un jeune homme reçoit un coup de couteau au-dessous de la mamelle gauche et éprouve plusieurs syncopes. Peu à peu le blessé se rétablit, puis meurt tout-àcoup le dixième jour. On trouva une plaie pénétrante du ventricule gauche.
Suivant M. Ollivier, ce seraient les plaies du ventricule gauche qui détermineraient le plus souvent la mort subite. Il établit que les blessures des oreillettes ne sont pas aussi rapidement mortelles qu'on le pense communément. En comparant les divers exemples de plaies du cœur, dit-il, on voit que celles du ventricule droit sont à la fois les plus communes et les moins promptement mortelles. D'après le relevé que nous avons mentionné plus haut, tous les blessés appartenant a cette dernière catégorie (plaies du ventricule droit), à l'exception de deux, n'ont pas vécu moins de deux jours.
D'où proviennent les différences dans la durée de la vie après une blessure pénétrante du cœur? Morgagni attribue la subitanéité de la mort à l'obstacle que le sang trouve à s'écouler au-dehors du péricarde, et par suite à la compression du cœur. M. Ollivier trouve cette explication très rationnelle. J'avoue que je n'en suis pas aussi satisfait pour mon propre compte. Il est bien plus simple , lorsqu'il existe un épanchement considérable de sang dans le péricarde , d'admettre que le sang , qui devait arriver dans tous les organes, et spécialement dans les centres nerveux, pour y entretenir la vie , s'écoulant en presque totalité à travers la blessure, la syncope et la mort sont par cela même forcées.
Bartholin pense que l'étroitesse et l'obliquité de la blessure peuvent contribuer puissamment à retarder la mort, et il est des faits favorables à cette explication , dont l'esprit saisit facilement la justesse. Toutefois, considérant qu'il est des cas dans lesquels la largeur de la plaie du cœur n'a pas empêché la vie de continuer encore assez long-temps, M. OUivier ne pense pas que l'étroitesse et Yobliquité de la plaie constituent à elles seules les conditions qui empêchent celle-ci d'être immédiatement mortelle. La cause des différences qui nous occupent, suivant cet auteur, « réside » tout entière dans la direction du trajet de la blessure relativement à celle des fibres de chacun des plans muscu- » leux du cœur ; ainsi, une plaie du ventricule gauche . par «exemple, peut, pour ainsi dire, ne faire qu'écarter les «fibres des plans superficiels, et diviser en travers celles »du plan profond, et vice versa. Est-elle, au contraire, à »peu près transversale à la direction de ces différents plans, » la plaie restera béante , et donnera lieu à une hémorrha- » gie promptement funeste. Ici, l'on conçoit toute l'influence » que peut avoir la forme particulière de l'instrument vul- » nérant qui traverse l'épaisseur des parois ventriculaires. »M. Alph. Sanson a très bien fait remarquer que le défaut » de parallélisme des plans charnus du cœur est la condition qui favorise le plus la formation d'un caillot sanguin j capable d'obturer la plaie. » La nouvelle condition signalée très ingénieusement ici par M. Ollivier est assurément d'une grande importance pour empêcher une blessure du cœur d'être subitement mortelle ; mais les deux autres conditions indiquées par Bartholin n'en doivent pas moins être prises en considération , et en les réunissant à l'autre, on a véritablement les données nécessaires à la solution du problème dont il vient d'être question.
IV. Plusieurs faits rapportés dans l'article de RI. Ollivier ne laissent aucun doute sur la possibilité de la guérison de certaines plaies pénétrantes du cœur. Voici les conseils
qu'il donne pour le traitement des blessures de cet organe en général. « La première indication à remplir , dit-il , est » d'affaiblir la circulation par des saignées abondantes et » répétées, et do modérer en même tamps la fréquence des » mouvements du cœur. L'administration de la digitale peut «être ici un auxiliaire puissant.... Il importe beaucoup, • ainsi que l'a proposé M. Alph. Sanson, de tenir le blessé » dans une atmosphère aussi froide que possible. Des ap- » plications de glace sur la poitrine seront alors très utiles.
»I1 faut maintenir le plus long-temps possible le blessé » dans un repos absolu. Le séjour prolongé au lit , l'im- » mobilité du corps, l'éloignement de toule cause d'cmo- » tion , un régime débilitant , sont surtout nécessaires ici...
«Quant au traitement local de la plaie, il faut en rapprocher immédiatement les bords. En s'opposant ainsi à «l'écoulement du sang au-dehors , on favorise la formation »d'un caillot qui pourrait obturer la plaie du cœur. Une «conduite opposée enlèverait toute chance de salut au «blessé. »
ARTICLE DEUXIÈME
SECTION PREMIÈRE
OBSERVATIONS PARTICULIERES DE RUPTURE SIMPLE OU MULTIPLE DE DIFFÉRENTES PARTIES DU COEUR.
1° Observations de rupture des parois du cœur.
OBSERVATIONS 466% 467e 468% 469e.
Jeune homme de 13 à 14 ans. — Écrasement par la roue d'une voiture.— Rupture du ventricule gauche , de la base au sommet , le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit.
Le 2Ô octobre 1810, M. Worbe fut appelé pour constater la mort d'un jeune homme de i5 à i4 ans, écrasé par la roue d'une voiture.
6a4 MALADTES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Les côtes, leurs cartilages et le sternum étaient clans leur état naturel. Le péricarde était rempli de sang, et le ventricule gauche du cœur rompu antérieurement , depuis sa base jusqu'à son sommet, le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit (1).
Réflexions. — La rupture des parois du cœur par suite de violences analogues à celle dont il est question dans le cas précédent ne constitue pas un accident très rare. Nous avons vu une rupture de l'oreillette droite chez un homme qui s'était jeté par une croisée, pendant les angoisses d'une dyspnée des plus violentes.
Verbrugge a rapporté deux cas de rupture du cœur produite par des violences extérieures. Dans le premier cas , cité d'après Mumersen , un jeune homme robuste eut une rupture de l'oreillette droite, par suite d'un coup de pied de cheval sur le sternum. Dans le second cas , raconté d'après Nébélius, il s'agit d'un cavalier qui expira après avoir été traîné par son cheval. On ne trouva aucune contusion extérieure, aucune fracture aux côtes, et cependant l'oreillette droite et la veine cave étaient déchirées.
Les faits précédents sont relatifs à des solutions de continuité, qui, pour différer des plaies proprement dites, n'en sont pas moins l'effet de violences externes ; mais les observations suivantes prouvent que ce n'est pas toujours sous l'influence de ces violences que se développent les ruptures des parois du cœur.
OBSERVATION 470e (2).
Nausées et vomissements. — Perte subite de connaissance , refroidissement. — Mort. — Épanchement de sang dans le péricarde. — Rupture de l'oreillette droite dans la longueur d'un pouce (28 mil!.).
in curé de Bordeaux, d'une constitution pléthorique
(1) Cette observation a été recueillie par M. Worbe, et publiée, en 1814, dans les Bulletins; de la Faculté de médecine.
(2) Observation recueillie par M. le docteur Grateloup, de Bordeaux.
RUPTURES DU COEUR. 6a5
et forte, ayant soupe comme à son ordinaire , le 5 novembre 1821, éprouva, au moment de se coucher, un refroidissement considérable des mains et des pieds. A peine estil dans son lit , qu'il est pris de nausées et de vomissements. Il appelle quelqu'un, puis perd la parole, tombe sans connaissance dans les bras de son domestique, accouru à sa voix, pâlit, devient froid, et expire avant l'arrivée de M. le docteur Grateloup , qu'on était allé chercher.
A l'ouverture du cadavre, on trouva dans le péricarde un épanchement considérable de sérosité rouge, mêlée de gros caillots de sang. Le cœur était volumineux et prodigieusement gras. Son oreillette droite offrait une déchirure d'environ un pouce (28 mill.) de longueur.
OBSERVATION \1\f (I).
Vieillard de 80 ans. — Depuis quelques jours, oppression, faiblesse. — Mort subite. — Épanchement de sang dans le péricarde. — Crevasse du ventricule gauche, longue de 10 à 12 lignes (23 à 28 mill.), dirigée selon l'axe de ce ventricule. — Ossification des valvules aortiques , ainsi que de l'aorte et de plusieurs autres artères.
Un vieillard de 80 ans environ, s'étant rendu à l'hôpital de Glermont, pour une oppression et une faiblesse qu'il éprouvait depuis quelques jours, fut frappé d'une mort subite, sans aucun signe, à l'extérieur, de lésion organique.
A l'ouverture du cadavre , M. Fleury trouva le péricarde très distendu, rempli d'un sang rouge et coagulé. Il aperçut ensuite une crevasse du ventricule gauche , longue de 10 5 12 lignes (23 à 28 mill.), et dirigée selon l'axe de ce ventricule. Elle était à peine sensible du côlé de la cavité de ce dernier, à cause du caillot qui en bouchait presque toute l'étendue (2).
(1) Observation recueillie par M. Fleury, chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de Clermont , et publiée dans le tome Ier des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris.
[2) Suivant M. Fleury, l'épanchement dans le péricarde se serait fait gra-
Les valvules aortiques et le tronc de l'aorte présentaient dans leur épaisseur plusieurs points d'ossification. Les artères sous-clavières , les carotides, les crurales et leurs principales branches, étaient presque totalement ossifiées.
OBSERVATION 472e.
M. le docteur Bignardi , de Milan , a consigné le fait suivant dans le n° de janvier 1829 des Annal, univ. di med.
Une jeune demoiselle de Modène mourut tout-à-coup lorsqu'elle s'occupait des préparatifs de toilette pour se rendre à un bal.
En examinant soigneusement le cœur, on trouva , vers la base du ventricule gauche , près de l'insertion de l'aorte , une petite tumeur de la grosseur d'une fève , dont les parois étaient constituées uniquement par l'adossement de la membrane interne du ventricule au feuillet séreux qui revêt le cœur. Cette fumeur, qui formait un relief sensible a la surface de cet organe , était le siège d'une déchirure par laquelle un épanchement de sang s' était opéré dans le péricarde , et de là , la mort subite.
2° Observations de rupture des valvules du cœur, des tendons valvulaires et des colonnes charnues.
J'ai déjà rapporté quelques cas de cette espèce de rupture à l'occasion des ulcères du cœur. A ces cas je joindrai les trois suivants.
OBSERVATION 475e.
M. Nicod a publié, dans le n° 41 du Journal hebdoma-
duellement, et ce vieillard n'aurait succombé que lorsque le ventricule, par la pression constante et progressive qu'il éprouvait de la part du sang épanché, n'en pouvait plus admettre lui-même dans sa cavité. Celle hypothèse n'est guère probable, et il est bien plus naturel de penser que l'épanchement aura été subit , comme la mort l'a été elle-même.
claire de médecine (11 octobre i834 ), un cas de rupture de deux colonnes charnues du ventricule gauche , chez une dame qui avait éprouvé deux accès de suffocation extraordinaires. Il existait en outre une ossification des valvules du cœur.
OBSERVATION 474e (t).
Femme de 78 ans. — Chute d'un troisième étage. — Fracture de plusieurs os, rupture du foie, de la rate et du cœur (épanchementde sang dans le péricarde ; rupture de la base du cœur, à l'insertion de l'aorte ; déchirure d'une des valvules aortiques).
Deluzenne (Marie-Madeleine), âgée de 78 ans, était d'un caractère fort irascible, et se querellait avec ses voisines pour les causes les plus minimes.
Le 1" septembre , à la suite d'une de ces querelles , elle assura que, pour se venger de sa voisine, elle se jetterait par la fenêtre. Avertie par les autres femmes du dortoir, la fille de service vint s'opposer à l'exécution de cette vengeance d'une nouvelle espèce, en menaçant à son tour de prévenir la surveillante de l'emploi. Cependant Deluzenne , le lendemain , à 4 heures du malin , approcha une chaise de la fenêtre, et se précipita d'un troisième étage, élevé d'environ quarante pieds de hauteur.
Après avoir porté les jambes en dehors de la fenêtre , cette malheureuse s'est tenue quelques secondes accrochée par les mains, puis s'est abandonnée à son propre poids, en sorte qu'elle est tombée sur les jambes et a expiré sur-lechamp.
Autopsie cadavérique , vingt heures après la mort.
i° Crâne. — Fêlure décrivant une courbe à convexité antérieure , et partant du sommet de l'occipital pour se rendre sur le pariétal, la portion écailleuse du temporal, et finir sur le côté externe clu corps du sphénoïde, sans intéresser le rocher.
(1) Cette observation a été recueillie par M. Bergeon. J'en ai retranché quelques détails , inutiles à notre objet.
a0 Thorax. — Le côté droit du thorax présente sept fractures de côtes dans un point assez rapproché de leur angle. L'un des fragments a déchiré une des artères intercostales, et l'on voit dans ce côté de la poitrine un épancheraient sanguin médiocre.
Le péricarde , énormément distendu, contient des caillots de sang, dont la quantité peut être évaluée a une livre (5 00 grain.).
En soulevant le cœur, on aperçoit une séparation de l'aorte dans son point d'insertion avec cet organe, lésion quia été certainement V effet d'un contre-coup. Cette déchirure est située à la partie postérieure de l'aorte; autour d'elle se trouve une ec chymose de la largeur d' une pièce de trente sous(i franc 5o centimes); en ouvrant ce vaisseau par sa partie antérieure, on voit une déchirure assez régulière , transversale , s' étendant au tiers de sa circonférence , et ayant sépaj-é en deux l'une des valvules sigmoïdes.
3° abdomen. — Le foie présente une rupture de 2 lignes (5 mill.) de profondeur sur 2 pouces (56 mill. ) de largeur. La rate offre à sa face externe une lésion lout-à-fait semblable à celle du foie
Réflexions. — Dans le cas précédent, la rupture de la base du cœur ou de l'aorte à son insertion , la déchirure transversale d'une des valvules aortiques, ont été évidemment l'effet de la violente secousse produite par une chute de 4o pieds (environ i3mèt.) de haut. Mais les valvules du cœur peuvent , comme les parois elles-mêmes , comme les tendons valvulaires et les colonnes charnues , éprouver des solutions de continuité par l'effet de causes non extérieures, et se rompre, par exemple, sous l'effort des contractions du cœur ou d'une réaction violente et brusque de la colonne sanguine contre elles.
Dans le cas suivant, recueilli par Laënnec et M. Fizeau, ces observateurs ont attribué à un effort de ce genre une dilatation partielle et une double rupture de la valvule mitrale. Toutefois, nous n'oserions affirmer que tel ait été
réellement le mécanisme de la rupture. Il se pourrait du moins que cette rupture eût été précédée d'une ulcération de la valvule.
OBSERVATION 475e (i).
Homme de moyen âge. — Palpitations, dyspnée. — A la face supérieure de la valvule mitrale, sorte de petite poche, percée à ses extrémités de deux ouvertures, dont l'inférieure, plus large, avait des bords comme frangés, de sorte que la valvule paraissait avoir été rompue en cet endroit.
« Un homme de moyen âge éprouvant des palpitations , » de la gêne dans la respiration , etc. , succomba h l'hospice » de la Charité.
y, Ouverture du cadavre. — Le cœur était beaucoup plus «gros que dans l'état naturel, ce qui dépendait presque «entièrement de l'épaisseur des parois du ventricule gauche, «dont la cavité elle-même ne paraissait guère plus ample que » dans l'état naturel.
«Les valvules offraient en divers points des concrétions vosséo-pierreuses , de manière à rester continuellement ten« «dues, sans pouvoir se relever sur les parois de l'aorte, ce • qui rétrécissait considérablement l'orifice de cette artère.
»La valvule mitrale présentait aussi deux petites concré- » tions de même espèce , mais qui n'en gênaient en rien le «mouvement. A la face supérieure de cette 'valvule, s 'élevait mine sorte de petite poche d'un demi-pouce (14 mill. ) de lon~ » »ueur, de plus de 4 lignes ( 9 mill. ) de diamètre , et percée à ■n ses extrémités de deux ouvertures , dont V inférieure était la npltts large. Celte dernière avait des bords assez irréguliers » et comme frangés , de sorte que la lame inférieure de la val- » vide mitrale paraissait avoir été rompue en cet endroit , et le » petit sac anévrismal formé par la dilatation de la lame su- ■apèrieure ; seulement V ouverture supérieure était évidemment
(1) Ce fait a été consigné dans le tome Ier des Bulletins de la Faculté de médecine, sou» le titre suivant: Extrait d'une note sur une dilatation partielte de la valvule miaule; par Laënncc et 31. Fizeau.
» V effet d'une rupture déjà ancienne de ce sac , car elle était »fort lisse ( 1 ) . »
DEUXIÈME SECTION