PROPHYLAXIE DES MALADIES DUES AUX POUSSIÈRES
Les moyens de prophylaxie sont de trois espèces : 1° ce sont les appareils d'aspiration et d'évacuation des poussières ; 2° ce sont les appareils clos où l'ouvrier peut effectuer son travail par simple introduction des mains ; 3° enfin il y a les masques préservateurs, ou appareils respirateurs.
1° Appareils d'aspiration et évacuation des poussières. — Nombreux sont ces appareils, et, sans entrer dans leur description détaillée, nous nous attacherons à en donner le principe général. La ventilation, pour être efficace, doit naturellement viser à limiter le champ d'expansion des poussières là même où elles se produisent, par des enveloppes collectrices dont le fond communique avec des conduits de refoulement ou d'aspiration. Pour les poussières légères, l'aspiration doit se faire de bas en haut; pour les poussières lourdes, de haut en bas. La chasse des poussières sera plus facile en été, où toutes les baies sont ouvertes. Il est quelquefois utile d'humecter les poussières par une chute d'eau en pluie ou l'arrivée d'un jet de vapeur.
Une des industries les plus néfastes par ses poussières est celle où on aiguise à la meule les instruments ou objets métalliques, quels
qu'ils soient. Un des meilleurs moyens de préservation est celui imaginé par Pastor et consistant à se servir de la meule comme ventilateur, la meule étant enfermée dans une enveloppe en tôle avec un simple passage pour l'instrument et une plaque de verre qui permet à l'ouvrier de suivre son travail. La chambre vide entre la meule et l'enveloppe communique avec un tuyau qui va à une cheminée où l'eau se précipite, entraînant la poussière siliceuse et métallique. De même, dans le travail des tours employés au polissage à sec, on peut entourer chaque tour d'une enveloppe protectrice au fond de laquelle s'ouvre un tuyau d'aspiration qui conduit les poussières dans un collecteur commun, sur le parcours duquel il y a un ventilateur mécanique.
En Allemagne, on emploie des filtres à air, auxquels sont annexés des aspirateurs. Ces filtres sont des cylindres garnis de matière filtrante, à parois flexibles pouvant se replier en accordéon, et qu'on peut nettoyer par ce seul mouvement. Souvent on se sert aussi de toiles mouillées où se déposent les poussières.
2° Appareils clos. — Les appareils clos, hottes, châssis ou cages vitrées sont d'un emploi très répandu. Ce sont des caisses où l'on peut voir par des carreaux de verre bien lûtes. L'ouvrier y introduit les bras par des trous circulaires ou vasistas munis de bourrelets et de portes qu'on ferme une fois les bras retirés. Ces appareils servent pour le saupoudrage, le tamisage des poussières, dans l'émaillage à chaud, le diamantage des fleurs artificielles.
3° Respirateurs ou masques. — Le premier masque a été fabriqué par Gosse (de Genève) pour préserver les chapeliers sécréteurs de la poussière mercurielle ; il se composait d'une simple éponge; préservant bien, il avait l'inconvénient d'être difficile à nettoyer et de donner beaucoup de chaleur. A la place d'épongé, on a essayé de la laine, de la mousseline, de l'ouate; beaucoup d'appareils sont constitués par une toile métallique serrée, unique ou à plusieurs lames. On peut entre ces lames interposer une étoffe plucheuse qui ne chauffe pas trop si on l'humecte. Pour éviter réchauffement de la chambre filtrante par l'air expiré, on se trouve bien de séparer les deux courants d'inspiration et d'expiration, ce qui est réalisé dans le respirateur Paris. L'ouate est un bon moyen de filtration, et dans plusieurs respirateurs elle a été utilisée.
Layet a proposé de ménager une chambre à air entre le visage et la couche filtrante pour s'opposera réchauffement du masque. Dans le masque Poirel, il y a un petit réservoir d'eau où l'eau est renouvelée toutes les deux heures ; les poussières sont retenues par cette couche liquide.
On peut, en résumé, diviser ainsi les divers masques selon le mode de filtration de l'air :
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1° Mousseline. — Masque Mercier, masque Duwell, ce dernier composé de lunettes munies de mousseline:
2° Toile métallique a mailles étroites. — Respirateur Jeffreys, masque d'Eulenberg.
3° Double grillage avec interposition de tissu poreux. — Masque Camus, respirateur Loeb, masque Grell, tous avec interposition d'une éponge;
4° Masque séparant l'air inspiré de l'air expiré. — Tel est le type du respirateur Paris, qui a une cage divisée en deux compartiments; le tout est entouré de tissu plucheux;
5° Ouate. — Masque de Gueneau de Mussy; muselière du D' Raynal O'Connor, respirateur Wolff, où l'ouate est doublée de mousseline; en Allemagne, respirateurs de Lewald etd'Helwig;
6° Chambre a air entre le visage et la couche filtrante pour s'opposer à réchauffement du masque. — Respirateurs de Layet, de Henrot, de Appert frères ; appareil Poirel.
Pour terminer, nous rappellerons « qu'un bon respirateur à poussières doit être léger, facile à nettoyer, à humecter, et surtout mis à l'abri de tout échauffement trop grand. Or on peut obtenir la légèreté avec les toiles métalliques, la facilité de nettoyage, de renouvellement ou d'humectation de la couche filtrante avec l'emploi des doubles treillis, et l'absence d'échaufîement du masque avec l'emploi des doubles compartiments (1) ».
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La peau, plus que tout autre tissu, présente une réaction individuelle, dont il doit être tenu grand compte dans la production des dermatoses professionnelles.
ÉTIOLOGIE. — Cette idiosyncrasie de la peau, qui tient un peu à l'hérédité, beaucoup aux tares morbides et aux états pathologiques antérieurs, nous explique la prédisposition de certains individus qui par là peuvent être tout à fait impropres à certaines professions, ou la survenue d'une dermatite chez un individu jusque-là indemne.
Les causes prédisposantes sont nombreuses ; tout d'abord il y a l'âge, les enfants et les vieillards y étant plus sujets; le sexe, la femme, comme d'ailleurs les individus du sexe masculin à peaufine, à teint blond, étant plus rapidement atteints. Toutes les causes de débilitation, l'alcoolisme surtout, l'arthritisme, le lymphatisme agissent comme y prédisposant. De même agissent les lésions rénales, hépatiques, gastro-intestinales, la convalescence des maladies graves, les grossesses, la lactation, les métrorragies, les excès ou surmenages de toute sorte. Une première atteinte prédispose à de
(1) Laïet, Enc/cl. d'hyg. et de méd. publ. de Rochard, t. VI, p. 336. Traité d'hygiène. VII. — 26
nouvelles. Enfin l'importance de l'état général et des modifications que la peau a subies par le fait d'une première dermatite est telle que celle-ci peut persister alors que depuis longtemps l'ouvrier est soustrait à la cause qui a provoqué la lésion; on ne saurait mieux comparer ce fait qu'à ce qui se passe pour certaines dermatites médicamenteuses, pour les bromides par exemple, qui, survenues quelquefois à la suite de l'ingestion de doses minimes de bromures, peuvent durer des mois après que le malade a cessé toute imprégnation bromurée.
Les divers travaux professionnels exercent leur nocivité sur la peau, soit par le fait d'une action physique, soit surtout par leur action chimique. Trouble vasculaire, par suite trouble de nutrition des éléments' cutanés qui réagissent à leur tour par un processus de défense si l'irritation n'est pas trop vive, qui succombent dans la lutte et se nécrosent dans le cas contraire, tel est le premier stade de ces dermatoses. Mais, à la faveur des éraillures cutanées et des troubles apportés au fonctionnement cellulaire des diverses couches de la peau, les microbes, toujours si abondants dans les parties superficielles de l'épiderme, surtout chez les ouvriers peu soigneux, profitent des conditions favorables qui leur sont offertes pour pénétrer profondément et pulluler dans les exsudats primitivement aseptiques qui leur forment un excellent bouillon de culture; voilà comment une dermite de cause chimique, aseptique à son point de départ, devient fatalement et rapidement une pyodermite infectée. Alors la lésion, d'abord aux extrémités, va s'étendre pour gagner tout un membre, puis tout le corps. De la lymphangite s'y associe. L'extension se fait par contiguïté de tissu et aussi par le transport des microbes par les mains et les vêtements ; de là l'invasion particulièrement fréquente de la face et, chez l'homme, des organes génitaux.
Les actions physiques nocives sont, dans le travail à sec, les poussières, qui créent des dermatoconioses (Layet), en agissant mécaniquement par obstruction des conduits excréteurs des glandes ou en s'introduisant sous la peau sous forme d'aiguilles ; d'ailleurs ces poussières sont souvent caustiques, et à cette simple action physique s'ajoute une influence chimique délétère. De même que les poussières, les liquides peuvent agir par leur seule action physique en produisant une macération du derme. C'est ainsi que chez les débardeurs, déchireurs de bateaux en rivière, ou ravageurs de cours d'eau, on voit l'état morbide décrit par Parent-Duchâtelet sous le nom de grenouilles. Les grenouilles consistent en un ramollissement du derme, des gerçures, que l'on voit aux membres surtout inférieurs. Entre les orteils, il y a des crevasses profondes de quelques millimètres ;. elles ne sont pas rares aux talons, où la peau s'en allant par lambeaux découvre un fond rouge pulpeux, très sensible. C'est là une affection
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qui guérit facilement par suppression de la cause. On voit les grenouilles aux mains chez les lavandières en rivière ou au baquet, aux mains et aux pieds chez les pêcheurs, surtout entre le pouce et l'index. Mais, de même que pour les poussières, il arrive que les liquides sont surtout nocifs par leur action chimique.
Les varia fions thermiques comptent encore dans les influences physiques ; le froid diminuant la sécrétion sudorale protectrice prédispose aux éraillures des téguments : la chaleur en facilite la macération, et la sueur fixe les poussières nocives.
Lespressions, les traumatismes ont enfin une action manifeste.
Mais Yaclion chimique domine l'histoire des éruptions professionnelles, qu'il s'agisse de substances inorganiques ou de corps organisés, de provenance végétale ou animale. Pour la plupart de ces corps, leur mécanisme intime est encore obscur. Parmi ces substances très diverses, nous avons groupé les plus importantes dans le tableau suivant, dont nous empruntons les éléments à l'article Éruptions professionnelles, publié par Thibierge (1).
1° Substances inorganiques. — Métaux : mercure ;
Métalloïdes : chlore, iode, brome, arsenic, soufre ;
Bases alcalines ou alcalino-terreuses : potasse, chaux, seules ou mêlées au sable ou plâtre;
Acides minéraux employés en gravure, galvanoplastie;
Sels : carbonates de soude, de potasse, sels d'antimoine, de mercure, de platine, d'arsenic, de chrome, chlorure de zinc.
2° Substances d'origine organique. — a. Substances bien définies. — Alcaloïdes végétaux : sels de quinine;
Agents réducteurs : acide pyrogallique, quinone, hydroquinone, méthol, amidol, paramidophénol :
Dérivés de la houille, goudrons, pétroles, phénols, couleurs d'aniline.
b. Substances mal définies d'origine végétale. — Sucre, raffineurs, confiseurs, huiles essentielles (ébénistes, parfumeurs), térébenthine (teinturiers, ébénistes, laqueurs), essence d'oranges amères (peleurs d'oranges), huile de cade, rhus toxicodendron, euphorbe, rue, renoncule, primevères, orties, moutarde, thapsia, croton tiglium, vanille (pharmaciens, droguistes, jardiniers).
Produits végétaux altérés : lin roui (fileurs, varouleurs de lin), huiles rances (mécaniciens).
Produits végétaux parasités : canne de Provence.
c. Substances organiques d'origine animale. — Cantharides (ouvriers les recueillant ou les préparant), vers à soie (mal de bassine des dévideurs de cocon dû peut-être à un acarien parasite du ver, d'après Fabre d'Avignon), papillon des grains (grainetiers) à cause d'un acarien, Sphœrogyna venticulosa, son parasite.
(1) Thibierge, in La pratique dermatologique de Besnier, Brocq, Jacquet.
Produits animaux altérés. — Graisses rances (parfumeurs, imprimeurs, mécaniciens, fileurs de laine), cuirs préparés (mégissiers, tanneurs, criniers), huîtres perlières (ouvriers en nacre).
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE. — Siège. — Le siège des lésions est le plus souvent aux parties découvertes, exposées pendant le travail aux contacts irritants. Les poussières irritantes s'arrêtent surtout là où elles sont retenues par des saillies, des plis articulaires, des rides, des poils. Sur la face, elles s'accumulent à la limite des cheveux, de la barbe, dans les rides frontales, au rebord palpébral, au conduit auditif, aux narines, aux plis du cou.
Aux parties couvertes, elles se portent de préférence sur certains points, qui sont, chez l'homme, la ceinture du pantalon, les plis inguinaux, les organes génitaux : chez la femme, le siège des jarretières.
Pour des raisons qui nous échappent, certaines régions sont frappées, à l'exclusion d'autres également exposées ; ainsi aux mains on peut voir des lésions biens limitées à la paume (blanchisseuses) : mais plus souvent elles le sont au dos de la main, et la lésion cesse brusquement là où se manifeste la direction des plis épidermiques, spéciale à la face palmaire. L'ancienneté de la lésion se marque aux ongles, qui sont cannelés transversalement ou piquetés.
FORMES. — La forme des éruptions professionnelles est variable selon la nature de l'agent nocif et surtout selon l'ancienneté de la lésion. Au début, on observe de Yéry thème par parésie vaso-motrice, érythème qui est ici plutôt en plaques qu'en taches ; souvent il y a de l'œdème du derme. Plus tard, sur ce fond érythémateux, se développent des vésicules, dont le contenu s'écoulant donne lieu à des croûtes. Le type vésiculeux peut prendre le caractère eczématoïde. Les vésicules d'un contenu louche se rompent ; il s'écoule une sérosité visqueuse qui se concrète en croûtes, auxquelles font suite des squames grises. Vésicules et vésico-pustules constituent la lésion d'ailleurs très polymorphe, vésiculeuse primitivement, pustuleuse par infection secondaire. Le type folliculaire peut ressembler à l'acné ; c'est ce qu'on observe surtout dans l'industrie du chlore, la distillation du goudron et du pétrole.
Quand il s'agit d'érythèmes ou de vésicules, lalésion est facilement curable. La forme pustuleuse est déjà plus rebelle, mais la forme [folliculaire l'est bien davantage ; enfin les formes les plus tenaces sont les formes eczémateuses, qui finissent par prendre tous les caractères de l'eczéma vrai chez les prédisposés. Certaines lésions d'acné chronique peuvent devenir cancéreuses.
Formes spéciales de dermatoses professionnelles (1). — Cer-
(1) Lévi-Sirugue, Gazelle des hôpilaux, revue générale du 10 février 1906.
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laines dermatoses professionnelles ont des caractères assez spéciaux pour mériter d'être étudiées à part. Pour établir un peu d'ordre dans cette étude, nous conserverons la division en dermatites par produits minéraux ou composés chimiques, dermatites par produits végétaux, dermatites par substances animales.
1° Dermatites par corps minéraux et composés chimiques. — a. Éruptions dues aux poussières pierreuses et métalliques. — Ces éruptions revêtent divers types :
Éry thème des terrassiers, tailleurs de pierres, potiers ;
Forme papuleuse (lichen) des blutteurs de soufre, bronzeurs, fondeurs, écailleurs;
Eczéma des plâtriers, maçons, cimentiers, dont Tépiderme est fissuré surtout en hiver ;
Forme iilcèropustiileuse des chaufourniers, des ouvriers chromateurs.
b. Dermatites des ouvriers qui manient les substances colorantes, en particulier les verts arsenicaux et les vernis. — Les peintres manient des substances irritantes et toxiques, en particulier les acides sulfurique, nitrique, tartrique, l'essence de térébenthine qui est très irritante pour la peau, des alcalis : soude caustique, potasse brute d'Amérique.
Les couleurs d'aniline donnent de l'eczéma des mains et des avantbras et une hyperhidrose des mains qui, pour Blaschko, serait due à la soude et au chlorure de chaux que manipulent ces ouvriers. Cette hyperhidrose s'accompagne d'hyperesthésie des doigts et de l'éminence thénar; il se fait des gerçures, des abcès.
Les couleurs arsenicales donnent lieu à des accidents chez ceux qui les préparent (vert de Schweinfurth), chez ceux qui manient les papiers peints, les étoffes colorées, les fleurs artificielles, chez ceux qui fabriquaient autrefois la fuchsine avec l'aide de l'acide arsénique. Dans ces cas, on observe des éruptions fréquemment ulcéro-pustuleuses, siégeant aux mains, ou diffuses chez les ouvriers des usines exposés aux projections de liquides, et alors siégeant aux mains, aux cuisses, au scrotum, aux pieds. Les vapeurs des chaudières où l'on prépare le vert de Schweinfurth peuvent produire des éruptions au cou et à la face.
Ces éruptions sont constituées par un érythème diffus avec papules, vésicules, pustules et croûtes jaune verte, assez caractéristiques. Ces lésions peuvent guérir ou s'ulcérer. L'ulcère, qui peut survenir d'emblée à la suite d'une piqûre chez les ouvriers en fleurs artificielles, est régulier, à bords à pic, à fond gris et suintant ; son bord induré peut faire songer au chancre syphilitique.
Chez les teinturiers, il y a macération et flétrissure du derme, desquamation par pointillé autour des papilles rouges et mises à nu, des gerçures douloureuses quoiqu'elles s'accompagnent d'anesthésie.
Chez les ébénistes, ponceurs, vernisseurs de meubles, l'alcool dénaturé par le méthylène ou la pyridine provoquerait, d'après Blaschko, un eczéma rarement humide, siégeant aux espaces interdigitaux et au dos de la main, quelquefois àl'avant-bras et au bras. On peut voir aussi un eczéma suintant dont le vernis qui recouvre les lésions masque l'aspect.
c. Dermatites des décapeurs, dégraisseurs. — Chez les décapeurs, on observe la décoloration et le durcissement de Tépiderme, des gerçures, des crevasses aux plis articulaires, de l'anesthésie des extrémités.
Chez les dégraisseurs, ilyaune vraie dermatite papillaire, exfolia- Irice, avec troubles de sensibilité périphérique.
d. Dermites dues aux produits chimiques et pharmaceutiques. — Nous avons déjà vu, à propos des matières colorantes, les accidents très particuliers que produisent les couleurs d'aniline.
La fabrication du chlore par électrolyse du chlorure de sodium ou de potassium donne lieu à une lésion nouvellement connue, car ce procédé de fabrication est nouveau, Yacné chlorique.
Cette dermatose chlorique s'observe chez les ouvriers qui préparent le chlore par électrolyse (1). Pour cela, on fait passer un courant électrique à travers le chlorure de sodium, qui le décompose en chloreetsodium. Cette dermatose, signalée en 1889parHerxheimer(2), par Thibierge, qui a publié un cas d'acné comédon généralisée (3), puis un second peu après (4), par Renon etLatron (5), parHallopeau et Lemierre (6), consiste en une acné pouvant se généraliser à tout le corps.
Il y a des comédons, des nodosités, des pustules, des papules, des kystes sébacés, des pigmentations, des cicatrices. En outre on note de la conjonctivite, de la bronchite, de la laryngite, de la gastrite et même des lésions tuberculeuses. Au visage, au cuir chevelu, les comédons forment un semis comme le tatouage produit par l'explosion depoudres ; les kystes sébacés sont fréquents aux oreilles et au cou, à la verge, au scrotum, à l'angle interne de l'œil. Cette dermatose, qui paraît due à l'hypochlorite de soude à l'état naissant, continue à évoluer après suppression de la cause, et son seul traitement est la vie au grand air.
Les droguistes, surtout les épiciers, manipulent des produits chimiques irritants, tels que le carbonate, Thypochloritede soude. Chez ces derniers, on observe la gale desépiciers, éruption surtoutfréquente en hiver et siégeant au dos des mains et des avant-bras.
Cette éruption, analogue à celles des diabétiques, est un mélange
(1) Fumouze, Thèse de Paris, 1901.
(2) Herxheimer, Mùnchener med. Woch., 1899.
(3) Thibierge, Soc. de dermat., décembre 1899.
(4) Thibierge, Soc. de dermat., janvier 1900.
(5) Renon et Latron, Soc. méd. des hop., avril 1900.
(6) Hallopeau et Lemierre, Soc. de dermat., janvier 1900.
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d'eczéma et de lichen. Il y a de la rougeur, du prurit, puis des vésicules qui deviennent croûteuses. Après la chute des croûtes, il reste des gerçures et un état lichénoïde de la peau. Ces lésions, qui gênent les mouvements et peuvent provoquer en quelques jours une infiltration du tégument, analogue à celle des eczémas chroniques, guérit facilement après cessation du travail: mais la répétition des poussées finit par laisser un état lichénoïde.
Les ouvriers des fabriques de produits pharmaceutiques sont exposés à des éruptions en faisant bouillir les écorces de quinquina et en mettant le sulfate de quinine en flacons. Ces éruptions sont œdémateuses, d'abord érythémateuses, puis vésiculeuses ; les vésicules de volume inégal laissent des croûtes. Cette éruption très prurigineuse dure trois semaines environ.
La manipulation des antiseptiques et les fréquents lavages avec des savons trop chargés en alcalis sont la cause de V eczéma des chirurgiens. Les antiseptiques les plus nocifs sont l'acide phénique, le sublimé, surtout en solution alcoolique, le formol, l'iodoforme. Il y a d'ailleurs une idiosyncrasie à l'égard de l'une ou de l'autre de ces substances.
Les photographes manipulent aussi des substances très irritantes : ce sont des alcalins (carbonate de potasse, bisulfate de soude) ou des réducteurs (acide pyrogallique,amidophénol, paramidophénol, métol) . Les eczémas qu'on observe chez eux ont tendance à se propager (face, scrotum); à la longue, il se produit un état lichénoïde de la peau.
Les ouvriers employés à la galvanoplastie présentent des troubles eczémateux et sensitifs dus au trempage, soit dans des bains alcalins (lessive de potasse et soude), soit dans de la benzine. Les bains de chlorure de nickel employés pour le nickelage fournissent une lessive chlorhydrique et du chlore à l'état naissant qui, se combinant avec la chaux, produit une couche de chlorure qui détermine les troubles observés.
e. Dermites dues aux hydrocarbures. — Cette dermite se voit chez les ouvriers des mines et raffineries de pétrole, des fabriques de paraffine, de goudron, de brai et de bitume) la dermite se montre surtout sous forme d'acné et d'ecthyma; onpeutvoirde l'érythème lichénoïde . de l'eczéma vésiculeux, du pityriasis rubra, des furoncles, des abcès.
Dans les raffineries de pétrole, Dervillé et Guermonprez ont vu survenir des papillomes développés aux orifices pilo-sébacés, du volume d'un pois à une châtaigne, siégeant à l'avant-bras, au dos des mains et des doigts, aux membres inférieurs, au scrotum, où ils rappellent le cancer des ramoneurs. Cette dermite semble assez rare.
On a observé aussi des papillomes chez un homme travaillant depu is trente ans à traiter par la créosote des traverses de chemins de fer (Mackenzie). Sur les avant-bras et les mains, on vovait des élevure s
du volume d'un pois; il y en avait, sur le scrotum, de molles, couvertes d'une couche cornée, saignant après arrachement de la croûte, s'aceompagnant d'adénopathies. Ces tumeurs dégénèrent facilement en épithélioma.
Chez les ouvriers en contact avec les essences odorantes liquides, on a vu une dermatite papillaire vésiculeuse, avec troubles sensitifs.
f. Dermatites des polisseurs, fileurs. — Les polisseurs sont exposés aux irritations cutanées à deux moments de leur travail. Dans le brossage, ils présentent les pièces d'argenterie à une brosse rotative sur laquelle coule un filet de bière aigre. La bière qui a passé sur la brosse est recueillie dans une auge inférieure et continue à servir plusieurs jours. Ces ouvriers ont une dermite très douloureuse au dos des mains et des avant-bras, quelquefois au cou.
Dans le polissage, les ouvriers emploient une poudre rouge qui parait contenir du mercure ; alors il y a une dermite des mains et des avant-bras.
Chez les fileurs et varourleurs de lin, Leloir a étudié une éruption due aux propriétés irritantes du liquide où sont plongées les mèches de lin. Cette eau contient par litre 0,046 de chlorure de sodium, 0,021 de sulfate de chaux, 0,115 de chaux combinée aux acides organiques, 0,358 de matières organiques gommeuses et acides. Cette eau fait macérer Tépiderme et donne lieu à une lésion symétrique, portant sur les mains, la face palmaire, les parties inférieures des avant-bras ; elle guérit rapidement. On peut voir la même lésion aux pieds, les ouvriers ayant l'habitude de marcher pieds nus dans les ateliers oii est répandu du liquide.
Chez les fileurs et rattacheurs de laine, on observe une folliculite [bouton d'huile) due au graissage des machines avec des huiles irritantes. Les lésions sont disséminéesaux mains, avant-bras, membres inférieurs, surtout faces antérieure des cuisses et postérieure du mollet. Au début, il y a une saillie folliculaire, apparition de papules centrées par un poil ; au sommet, on voit des vésicules avec érythème. Ces lésions très prurigineuses prennent un aspect eczémateux. Elles guérissent vite par suspension du travail.
g. Dermitesdes blanchisseuses, débardeurs, pêcheurs, plongeurs. — Les blanchisseuses, laveuses ont un épiderme brillant, aminci, souvent de l'eczéma des mains, surtout du dos des mains, de l'avantbras. Cet eczéma s'infecte facilement par les microbes des linges souillés. Ces lésions sont dues aux alcalis (carbonates, hypochlorites). Chez elles, il y a en outre des durillons professionnels, de siège variable; chez les blanchisseuses au tonneau, il siège aux avantbras, au milieu de la face cubitale, à cause du point d'appui pris sur le tonneau ; chez les porteuses de linge, il y a un durillon sous le pli du coude dû au panier. Les eczémas des blanchisseuses sont très rebelles et facilement récidivants.
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Nous avons déjà parlé, à propos de la simple action physique de l'eau, des grenouilles des débardeurs, ravageurs, lavandières en rivière ou au baquet. Ces lésions se voient aussi chez les pécheurs, qui ont une tendance particulière à faire des pyodermites à cause du contact avec des substances organiques en décomposition.
Chez les cuisiniers, plongeurs, la macération de Tépiderme dans un liquide chaud et irritant produit un épaississement de la face palmaire de la main et des doigts avec état fissuraire. Les ongles, surtout des quatrième et cinquième doigts du côté droit, sont soulevés par des couches cornées dans leur moitié antérieure, qui est noire et bossuée. L'eczéma revêt chez eux la forme vésiculeuse disséminée. A la face palmaire, l'épiderme est rouge, aminci, cassant, fendillé.
2° Dermatites par substances d'origine végétale. — Les matières végétales en fermentation et putréfaction peuvent donner lieu à des dermatites. Quelquefois les substances végétales ajoutent leur action à l'irritation produite par des substances minérales; ainsi, chez les fileurs de lin, il y a, outre les huiles minérales, à tenir compte de Faction de l'huile de lin.
Chez les rouisseurs de chanvre, on observe de l'eczéma vésiculeux, de l'érythème périunguéal, des bulles.
Chez les amidonniers, on observe une dermatite, surtout chez les ouvriers malaxeurs. C'est une dermatite exfoliatrice des doigts érythémato-vésiculeuse avec prurit et vive cuisson.
Chez les raffineurs de sucre, Fredet et Nivet (de Clermont-Ferrand) ont décrit une affection impétigineuse, impétigo glycosique, qui porte sur les avant-bras, les mains, les jambes, les pieds. Les lésions peuvent être ecthymateuses, furonculeuses. En deux ans, Fredet en a vu 17 cas. Ces lésions seraient dues à l'action irritante du sucre.
Chez les confiseurs, Poncet (de Lyon) a décrit une dermatite due à l'irritation par le sucre et les sirops acides. L'affection débute au côté des doigts et s'étend au derme périunguéal. L'ongle devient noir, cassant. La peau ulcérée forme un bourrelet rouge œdémateux, douloureux, puis l'ongle tombe. La lésion porte d'abord sur les troisième et quatrième doigts, puis sur le pouce.
Chez les ouvriers qui manient les oranges arriéres, il y a une dermite causée par l'huile essentielle qu'elles contiennent. Au début, il y a du prurit, puis de l'érythème avec œdème ; on voit paraître des vésicules suintantes qui donnent lieu à des croûtes. L'éruption siège aux mains, aux avant-bras, à la face. Il y a des troubles nerveux toxiques (céphalées, vertiges, névralgies, convulsions).
Les canrussiers sont sujets à ce qu'on connaît sous le nom de mal de cannes de Provence. On dépouille l'espèce de roseau appelée
canne de Provence de son écorce pour tisser ces roseaux, qui, dans ces régions, servent à couvrir les plafonds. L'éruption qui se montre chez ces ouvriers est due à un champignon parasite (Sporotrichum dermatode), qui se développe sur les cannes conservées dans des endroits humides. L'éruption se voit au cou, à la face, aux membres supérieurs, aux cuisses; elle s'accompagne de céphalée, fièvre, courbature ; elle se traduit par un érythème ou un œdème avec petites vésicules qui se rompent et donnent des croûtes ; rarement il y a des pustules. L'éruption est très prurigineuse. Elle dure deux à trois semaines. On l'éviterait en arrosant les cannes pour enlever la poussière irritante.
Mêmes accidents s'observent avec la poussière de végétaux moisis : paille, foin, feuilles, tiges chez les bolleleurs, engrangeurs de foin, verseurs de paille, fabricants de chaises paillées, de capuchons pour bouteilles. Toutes les moisissures peuvent être mises en cause, (Mucor mucedo, Rhizopus nigricans, Aspergillus glaucus, Pénicillium glaucum).
Chez les boulangers, cuisiniers, pâtissiers, la manipulation de la pâte fermentée donne lieu à un eczéma souvent circiné, qu'on appelle psoriasis des boulangers. Des vésicules sur fond érythémateux se reforment souvent, laissant un derme altéré: l'épiderme rouge, fendillé, est couvert de papules et de plaques lichénoïdes.
3° Dermatites par substances d'origine animale. — Parmi les dermatites d'origine animale, l'une des plus curieuses est celle que causent les vers à soie, appelée par Potton, qui Ta décrite en 1853, mal de vers ou de bassine. Les femmes employées au filage des cocons sont près d'une bassine pleine d'eau chaude et dévident les cocons ramollis par l'eau. Il en résulte une double action sur la peau, action physique de Leau qui ramollit Lépiderme, action irritante par les microbes des vers altérés. Fabre attribue ces accidents à un acarien parasite du ver. Ils pourraient être dus à Tirritation causée par les substances excrémentitielles du ver laissées dans le cocon.
Le mal de bassine présente trois périodes :
1° Période érythémateuse, surtout marquée entre les doigts : tuméfaction, douleur, marbrures, plaques bleuâtres à la peau, soulèvement de l'épiderme ; vésicules, puis bulles, d'abord claires, puis troubles, qui se crèvent enfin. Cette période dure de sept à huit jours;
2° Période pustuleuse, les pustules sont surtout nombreuses entre le médius, l'index, le pouce droits. Les douleurs sont vives et durent cinq à six jours :
3° La guérison peut survenir alors, ou bien, chez les individus peu soigneux, il y a aggravation. L'infection envahit le tissu sous-cutané; il y a du gonflement, de la lymphangite, de l'adénite, des phlegmons qui s'accompagnent de phénomènes généraux.
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En France, cette affection est aujourd'hui plus rare qu'en Italie, et elle y est bénigne.
Les brossiers sont sujets à une dermatite connue sous le nom de de mal aux mains et voisine du mal de bassine par les lésions cutanées et de l'hyperhidrose due à l'aniline par les troubles sudoraux. La préparation des soies de porc ou de sanglier se fait à froid par le simple lavage à grande eau, ou à chaud pour le débouillage, le peignage au mouillé et la macération à chaud dans les bains de teinture. La dermite qu'on voit chez ces ouvriers est marquée par une rougeur vive des doigts et de la paume des mains avec exsudation abondante. La face interne des mains est comme trempée de sueur.
Chez les nacriers, il y a une dermite caractérisée par la macération, le boursouflement de l'épiderme, la rougeur et la vésiculation au voisinage de l'ongle, la desquamation, la démangeaison et la douleur; quelquefois la pustulation. On observe surtout cette lésion chez les émeuleurs, qui trempent leurs mains dans des baquets où baignent les coquilles qui produisent la nacre et dont les couches écailleuses renferment des matières organiques (Layet).
Chez les trieurs de moules ou boucholeurs, le Dr Oui (de Rochefort) a décrit, en 1890, une dermatite analogue à la précédente, marquée par de la vésiculation, de la desquamation, du prurit.
Les lésions sont dues aux matières qui recouvrent les moules récoltées sur des « bouchots » ou grandes claies plongées dans l'eau, sur lesquelles se déposent et se développent les moules.
Les pêcheurs, poissonniers, manipulant les lignes et filets enduits de substances organiques en décomposition, présentent des bulles souvent purulentes.
Chez les boyaudiers, on voit l'épiderme boursouflé, de l'érythème périunguéal, des gerçures, rarement des vésicules phlycténoïdes, quelquefois des bulles suppurées.
Les mégissiers, tanneurs, pelletiers, marchands de peaux de lapin, corroyeurs, présentent, en dehors de lésions infectieuses bien définies, comme le charbon, qui sera étudié ailleurs, des dermites mal définies dues au contact avec les débris d'animaux infectés par des microbes pyogènes (Cocci, staphylo et streptocoques). Chez eux, on voit de l'ecthyma, des furoncles, des lymphangites.
Le maniement des substances caustiques, nécessité par le travail des peaux, nous explique la production d'une ulcération des mains fréquente, le pigeonneau, lésion commune aux tanneurs, mégissiers, teinturiers en peaux, et aussi aux brunisseurs en orfèvrerie de ruolz, aux blanchisseurs, maçons, plâtriers.
Le travail des peaux comprend plusieurs parties, dont la première est appelée le travail de rivière, la seconde le tannage. Les opérations successives à effectuer sont :
1° Le reverdissage, ou lavage des peaux dans l'eau courante, ou mieux dans une solution de sulfure de sodium à 3 p. 100 et de chaux à 1 p. 100;
2° Le pelanage ou passage à la chaux de plus en plus causlique (pelain mort, puis pelain gras, enfin pelain vif) ; dans chaque bain, les peaux séjournent deux jours. Les ouvriers, malgré le port de gants, ont les mains irritées par ces bains de chaux.
Dans la fabrication du cuir fort, le pelanage est supprimé et remplacé par une fermentation de peaux (échauffe) et l'action des acides:
3° Vébourrage consiste à racler les peaux pour enlever les poils ;
4° L'écharnage enlève les chairs qui restent adhérentes :
5° Puis viennent le rognage et le cuersage avec un couteau concave qui adoucit le grain :
6° Par le foulonnage, on débarrasse les peaux de la chaux ;
7° Enfin vient le tannage.
La teinture des peaux mégies se fait avec trois liquides ; le premier, apprêt ou mordant, est une solution de bichromate de potasse au dixième, additionnée de 2 p. 100 d'alcali volatil ; le second, la couleur, est une décoction de bois decampêche; enfin le troisième, le tourné, contient de l'acétate de fer, de la crème de tartre, de l'alun, du chlorure de cuivre.
Le pigeonneau, encore appelé rossignol, tourtereau, perdreau, a un aspect différent selon son siège. A la pulpe des doigts, l'épiderme semble usé. Sur une surface circulaire de 3 à 4 millimètres, on voit un méplat d'une couleur plus tendre, au centre duquel est un point rouge vif. Autour de ce point, il y a un petit cercle blanc; plus tard, on voit un petit pertuis, comme fait au poinçon, à fond saignant.
Au dos des doigts, il y a une simple érosion rouge, saignante ; à la face interne des doigts, même aspect ; auxplis de flexion, le pigeonneau se développe sur des crevasses; au dos de la main, il est tubéreux; à la paume, il est comme à la pulpe des doigts.
A sa période d'état, le pigeonneau est une ulcération cratériforme de 2 millimètres jusqu'à 1 centimètre de diamètre, à bords saillants, lisses, luisants, indurés. La lésion ressemble à un oignon ou à un œil d'oiseau, d'où son nom; elle est à l'emporte-pièce, profonde de 1 à 5 millimètres, à fond gris, sanieux, quelquefois comblé parunecroûtelle. De vives douleurs accompagnent la lésion; elles persistent même la nuit et empêchent le sommeil.
Si l'ouvrier cesse le travail, la lésion guérit vite; sinon, il se fait, comme cela se voit chez les teinturiers, de larges ulcérations rebelles et laissant des infirmités durables.
Il peut survenir des infections secondaires (tournioles, panaris, phlegmons). A la suite, il peut y avoir des cicatrices vicieuses; on peut voir des rétractions, par exemple rétraction de l'aponévrose palmaire dans les pigeonneaux palmaires.
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Le siège de la lésion est variable. Très fréquente est la localisation à l'articulation métacarpo-phalangienne du pouce gauche chez les teinturières en peaux (Lhuillier) (1). L'apprêt jaune au bichromate de potasse semble la cause principale d'une lésion qu'on ne voyait pour ainsi dire pas quand on employait l'apprêt blanc au carbonate de potasse. Chez les blanchisseuses, il faut incriminer Leau de javelle et le carbonate de potasse ; chez les brunisseurs en orfèvrerie, la poudre de chaux. Enfin très nocif est le lavage des mains avec de l'extrait de javelle dédoublé avec de l'eau et mêlé à du son.
Sans qu'il soit possible d'affirmer l'immunité de certains sujets, il faut reconnaître qu'il en est qui restent remarquablement indemnes. C'est d'ailleurs là une particularité commune à toutes les dermatoses.
Les chiffonniers manipulent aussi des objets infectés, d'où chez eux des eczémas, de l'urticaire, des éruptions papulo-vésiculeuses, huileuses ou ecthymateuses.
PROPHYLAXIE. — Mesures prophylactiques générales. — La prophylaxie consiste surtout dans l'extrême propreté de la peau, qui sera obtenue par de fréquents bains. Il faudra combattre les gerçures, éraillures, qui facilitent l'action irritante des corps que nous avons passés en revue ; aussi, surtout l'hiver, devra-t-on veiller au bon état du tégument en évitant les lavages trop répétés à l'eau froide, en se servant de glycérine pour prévenir le fendillement de la peau. Les individus sujets aux manifestations cutanées, ceux qui auront déjà eu des accidents professionnels, devront être tenus à l'écart des contacts nocifs. Si possible on protégera la peau contre les substances nocives par un gant imperméable en caoutchouc.
La lésion devra être traitée dès le début, car elle tend à faire tache d'huile et à s'infecter secondairement de plus en plus : le traitement ne devra pas se borner à être local, mais il faudra examiner comment se font les diverses dépurations, et, si elles sont insuffisantes, les ramener à la normale. Sans entrer en détail dans le traitement de ces éruptions, qui ne diffère guère de celui de l'eczéma vrai et qui a d'ailleurs mieux sa place dans les traités de dermatologie, nous nous contenterons d'en tracer les grandes lignes. D'abord, tantque la lésion est très inflammatoire, on fait des applications humides : cataplasmes de fécule de pommes de terre froids, pansement aseptique ou légèrement antiseptique si les lésions sont très infectées. Au bout de quelques jours, on met des pommades calmantes ou anodines (oxyde de zinc). S'il y a infiltration lichénoïde, on se sert des badigeonnages au nitrate d'argent, de pommades à l'huile de cade, etc. S'il y a ulcération, on fera d'abord un pansement humide aseptique, suivi plus lard d'applications de poudres cicatrisantes (orthoforme, par exemple).
(1) Thèse de Paris, 1900-1901, n° 610.
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Mesures prophylactiques spéciales. — Pour certaines professions, on a préconisé des mesures prophylactiques spéciales.
Mal de bassine. — Ainsi, pour éviter le mal de bassine, qui confère d'ailleurs une certaine immunité, on peut employer des bassines à eau chaude où on trempe les cocons pour les dépouiller de leur enduit gommeux et des bassines destinées au dévidage chauffées à la vapeur. L'eau des bassines doit être souvent renouvelée ; les chrysalides épuisées doivent être jetées dans un bassin continuellement traversé d'eau froide, qu'on vide de temps en temps. La dévideuse doit souvent y tremper les doigts, ce qui empêche la congestion continue des mains.
Acné chlorique. — Pour l'acné chlorique, la meilleure prophylaxie consisterait à recueillir les gaz nocifs et à assurer l'aération. On pourrait aussi enduire les parties découvertes de vaseline; faire des lavages à l'eau acidulée d'acide sulfurique au millième ; proscrire toute boisson alcoolique, conseiller le lait.