‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 122 sur 160 · II. — TRAVAIL DES FONDERIES · texte numérisé non relu

II. — TRAVAIL DES FONDERIES

La fabrication de la fonte se fait dans les hauts-fourneaux ; parmi ces ouvriers, les uns chargent le combustible au gueulard ; les autres, fondeurs proprement dits, surveillent le creuset et font écouler les laitiers et la fonte.

En dehors de la fabrication de la fonte, les autres fonderies sont des fonderies dites de seconde fusion, où les fours sont des cubilots soufflés par un ventilateur ou bien des fours à réverbère à tirage naturel. La position accroupie dans le four que l'ouvrier est obligé de garder une heure ou une heure et demie est rendue particulièrement pénible par la haute température du foyer.

Enfin, dans cette catégorie d'ouvriers, il convient de citer les forgerons, ouvriers affineurs, lamineurs, cloutiers, forgeurs, trempeurs d'armes, puddleurs. Ces ouvriers font à une température élevée un travail particulièrement pénible consistant à soulever des masses de métal incandescent et à le soumettre au marteau mécanique (cinglage). S'il n'y a pas de marteau mécanique, la pièce est martelée par les ouvriers frappeurs et étirée entre les cylindres de fonte par le lamineur.

On observe dans cette catégorie d'ouvriers, outre les accidents trau-

matiques fréquents, des manifestations rhumatismales, du lumbago et delà sciatique, de l'hypertrophie ducœur(Maisonneuve), delanéphrite parenchymateuse (Layet). L'accident le plus particulier est celui qu'on a décrit sous le nom de fièvre des fondeurs. Il consiste en une fièvre de surmenage avec frissons, céphalée, tremblement, dyspnée, sueurs. Layet croitqu'ilfaut accuser de ces accidents les gaz toxiques que respirent ces ouvriers. Peu graves chez les fondeurs en fer, ils sont plus marqués chez les fondeurs en cuivre, chez qui Blandetles a étudiés en 1846. Nous citerons son observation rapportée dans l'ouvrage de Layet (1) : Un fondeur en cuivre peu accoutumé dirige la fusion depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf heures du soir à un fourneau d'abord, puis successivement à quatre. Sa fonte était de cuivre mêlé d'un dixième de zinc. Il a d'abord ressenti les effets du coke : constriction à la gorge et toux ; dans la journée, inappétence accusée et dégoût pour les aliments. Le soir, assis, il peut à peine se relever. Couché, il ressent des douleurs déchirantes dans les épaules, les coudes, les poignets. Le tremblement et le frisson, commencés à onze heures du soir, durent jusqu'à onze heures du matin. Les dents claquent, la peau est froide, la respiration gênée. Les membres inférieurs sont douloureux comme les bras ; les articulations des orteils sont fortement fléchies, et le malade ne peut les redresser. Ilya des crampes dans les jambes, des vomissements. Puis viennent des bouffées de chaleur, la face est rouge ; il y a du subdélire. Cette fièvre chaude, qui dure une heure, est suivie de somnolence. Au troisième jour, l'état était redevenu normal. Blandet attribuait ces accidents au zinc. Guérard et Tardieu incriminaient la haute température et les excès de boisson. Plusieurs auteurs (Reboulleau, Bouchut, Greenhow, Schlockow, Hogben, etc.) ont incriminé le zinc. Pour Chevallier et Boys de Loury, les accidents seraient dus aux impuretés arsenicales. En somme, il résulte de toutes ces observations qu'il y a une variété de fièvre à type intermittent chez les fondeurs, fièvre due à la fois au surmenage, à la chaleur, aux gaz toxiques. Les ouvriers l'appellent fièvre des fours de fusion.

En outre, on observe chez ces ouvriers, comme chez les verriers, des troubles oculaires. Desayore a vu, chez les forgeurs d'armes, de canons de fusil, du myosis pupillaire, et Layet a vu au contraire chez les vieux ouvriers de la mydriase avec diminution de contractilité pupillaire. A la suite de la contraction réflexe du muscle ciliaire, il y a fatigue de l'accommodation. La cataracte a été signalée parMaisonneuve chez les fondeurs et forgeurs des arsenaux maritimes.

Enfin les brûlures oculaires ne sont pas rares chez les étameurs, zingueurs, puddleurs, ferblantiers, plombiers, soudeurs, ouvriers des fours de coupellalion. Il en résulte un ptérygion cicatriciel, quelque-

(1) Encycl. d'hygiène de Rochard, t. VI, p. 868.

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