TRAVAIL DES CAISSONS, SCAPHANDRIERS
Pour toutes les constructions qui doivent être faites sous l'eau, telles que piles de ponts, ainsi que pour les travaux en cours d'exécution actuellement à Paris des voies métropolitaines qui ont à traverser la Seine, une partie du travail doit se faire à Vair comprimé dans des appareils appelés caissons. Ramené à sa plus simple expression, un caisson est une caisse de fer ressemblant à une cloche, ouvert en bas et fermé en haut par des portes à coulisses. Sur le côté, à la partie la plus élevée, il y a une chambre, sas à air, isolée par des portes métalliques de l'intérieur du caisson et du dehors. Entre les portes à coulisses du haut du caisson et son toit, il y a un espace, chambre à déblais, où on passe les seaux pleins de terre. Le caisson repose sur Te fond de la rivière, et, pour en chasser l'eau, on y projette de l'air sous pression. Les ouvriers entrent par le sas à air et ferment la porte extérieure ; un homme fait entrer de l'air dans le sas, de façon que la pression y soit égale à celle de l'intérieur du caisson. Alors la porte intérieure, fermée jusque-là par la pression de lair du caisson, s'ouvre facilement, et les ouvriers peuvent descendre par une échelle de fer dans le caisson. C'est dans le sas à air que les hommes passent de la pression atmosphérique à l'air comprimé, passage qui demande à être fait progressivement et favorisé par certaines précautions, telles que de déglutir de l'air qui passe par la trompe d'Eustache dans l'oreille, et ainsi on évite un excès de pression extérieure sur le tympan. Le sang absorbe les gaz jusqu'à ce que leur tension dans ce milieu égale celle qu'ils ont dans l'air comprimé.
Pour sortir du caisson, les ouvriers passent dans le sas à air et en ferment la porte intérieure. Alors on laisse échapper l'air comprimé, et, lorsque la pression du sas à air égale celle de l'atmosphère, la porte extérieure peut s'ouvrir. Il peut y avoir alors un abaissement thermique de 22° C. Il faut surtout veiller à envoyer de Pair pur dans le caisson. Pour éviter d'y refouler des gaz provenant de la décomposition sous l'influence de la chaleur des graisses des machines, il faut faire circuler de l'eau froide autour des cylindres des pompes pour les maintenir à basse température et n'user que d'huiles à combustion élevée. L'air en excès sort par le bord du caisson, qui repose sur le lit du fleuve: ainsi est assurée la ventilation: ainsi de plus est évité l'éclatement de l'appareil, accident terrible qui est arrivé une fois : pour le prévenir, on ménage des soupapes de sûreté automatiques. Le gaz carbonique qui se dégage dans le caisson s'échappe par en haut. Des poutres de fer traversent le caisson pour en assurer la solidité et empêcher ses brusques mouvements d'inclinaison ou d'enfoncement. On élève les cheminées à mesure que s'enfoncent les caissons. Il faut une pression de 1 atmosphère pour chaque hauteur de 10 mètres d'eau, et il convient d'ajouter au chiffre obtenu la pression atmosphérique normale (lkg,033 par centimètre carré). Quant au temps nécessaire à la décompression, il est en relation directe de la profondeur: pour 15 à 20 mètres, il faut six minutes ; pour 20 à 25, il en faut 12 et 18 pour 25 à 30. Il peut se produire, au cours du travail, des variations brusques de pression, en terme du métier des renards, surtout à craindre quand les marées changent la profondeur de l'eau ou qu'une même machine envoie l'air comprimé à plusieurs caissons à différentes distances et profondeurs.
Voyons en quoi consistent les accidents connus sous le nom de maladie des caissons (Oliver) (1) ou plus improprement coup de pression, car il serait plus juste de dire, comme le fait remarquer P. Garnot (2), coup de dépression, puisque c'est presque toujours au stade de dépression qu'ils apparaissent. Oliver fait remarquer que, quoique soumis à la même pression, les ouvriers qui manœuvrent les portes du sas à air et de la chambre à déblais ne présentent pas d'accidents, peut-être parce que la fatigue joue un certain rôle chez les autres. En effet, les accidents sont d'autant plus à craindre que l'ouvrier est plus fatigué, que le travail se fait plus profondément, qu'il est plus prolongé. Les muscles sur lesquels porte la fatigue sont de préférence atteints. Le froid, les excès alimentaires et alcoolique sont aussi des facteurs prédisposant.
Au point de vue du moment auquel se produisent les troubles, on peut les diviser ainsi :
1° A la phase de compression, on note de l'ampliation thoracique
(1) Oliver, Ann. d'hyg. puhl. et de méd. légale, 1905, p. 385.
(2) P. Carnot, Presse méd., 29 août 1906.