‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 125 sur 160 · TRAVAIL A HAUTE PRESSION. V · texte numérisé non relu

TRAVAIL A HAUTE PRESSION. V

avec aplatissement abdominal obligeant les ouvriers à resserrer leur pantalon. Ce fait tient à l'excès de pression des gaz pulmonaires. C'est à celte phase qu'on observe les douleurs d'oreilles, bourdonnements, céphalées, vertiges.

2° Au stade dépression constante, le pouls se ralentit, le cœur droit se dilate, l'ouïe est dure, la voix faible, nasonnée, puis argentine. Le sifflement est impossible à 3 atmosphères; le goût et l'odorat s'émoussent, la peau pâlit, les petites plaies ne saignent pas. De vrais accidents sont rares à ce stade, où l'ouvrier ressent moins la fatigue musculaire; pourtant c'est au fond du caisson, où il travaillait depuis quatre heures, qu'un malade de Carnot a été brusquement atteint de paraplégie. Ces accidents peuvent être dus aux dénivellations manométriques tenant soit aux fuites ou « renards » ou aux « siphonnages » pour enlever la vase.

3° C'est le stade de décompression qui est le plus dangereux. Il est marqué par un refroidissement de 10 à 15° avec des accidents appelés « tamponnement » de siège variable, surtout fréquents à la tête : bourdonnements, rupture du tympan, otorragie, surdité apoplectiforme, vertige de Ménière, épistaxis, cécité passagère, grosse joue due au dégagement de l'air séquestré dans le canal de Sténon, du cou proconsulaire, quelquefois avec emphysème sous-cutané, céphalée, perte de connaissance, aphasie, hémiplégie. Il peut y avoir des troubles gastriques : douleurs, gastrorragies, des troubles dyspnéiques dus à l'œdème pulmonaire. Les membres sont le siège des fourmillements que les ouvriers appellent « puces », de douleurs dites « moutons », enfin de paralysies le plus souvent passagères, mais pouvant persister, sans qu'il soit possible au début d'en établir avec certitude le pronostic. Les accidents peuvent d'ailleurs se compliquer d'hystérotraumatisme et peuvent être exagérés ou simulés.

De tous ces accidents, les plus importants sont les paralysies des membres, qui se présentent sous diverses formes : monoplégie, paraplégie, qui est la plus fréquente, hémiplégie, paralysies associées (paralysie faciale et paralysie d'un membre). D'intensité variable, avec ou sans troubles de la sensibilité des sphincters, de la vasomotricité, de durée variable, flasques avec dérobement passager des jambes, vraies syncopes de la moelle, ou spasmodiques avec exagération des réflexes et phénomène du pied, et alors quelquefois permanentes, ces paralysies sont d'un pronostic variable ; elles seront d'ordinaire permanentes, si elles existent depuis quelques jours.

Des accidents apoplectiformes peuvent amener la mort de l'ouvrier aussitôt après la décompression. D'autres fois, le malade est devenu enfantin, imbécile; quelquefois il y a des troubles visuels.

Quelle est la pathogénie de ces accidents ? Ils sont surtout l'effet d'actions mécaniques, et les expériences déjà anciennes de Paul Bert, complétées par d'autres travaux et en particulier ceux d'Oliver, en

ont bien établi le mécanisme. « L'effet d'une décompression brusque succédant à Faction de hautes pressions atmosphériques, dit Oliver, est exactement représenté par l'effervescence qui se produit dans une bouteille d'eau gazeuse quand on enlève le bouchon. » Mais toute la pathogénie se réduit-elle à cette simple action mécanique, ou faut-il invoquer l'action toxique de certains gaz ? Diverses expériences d'Oliver ont montré la toxicité de l'acide carbonique et de l'oxygène, qui se dissolvent sous pression en quantité anormale. Mais, dans la règle, avec de faibles pressions, cette action toxique est négligeable.

A des accidents analogues à ceux que nous venons d'étudier sont soumis les scaphandriers, qui travaillent à la réparation des navires, la construction des jetées, l'exploration du fond de l'eau. Le scaphandre sert encore, sur. les côtes d'Algérie et de Tunisie, à la pêche, du corail et, sur celles de la Baltique, pour la pêche de l'ambre. Sans entrer dans la description détaillée des scaphandres, nous rappellerons que ces appareils se composent d'un vêtement imperméable, terminé par un casque muni de glaces, et, d'autre part, d'une pompe placée à terre ou au bord du navire et envoyant au plongeur l'air nécessaire. Au niveau de la bouche, il y a une soupaperobinet ou sifflet qui permet d'évacuer l'air qui est en excès et, si le plongeur veut remonter, permet, en fermant ce sifflet et la soupape, de gonfler d'air le vêtement et d'enlever le plongeur à la surface. Une soupape spéciale est destinée à l'issue de l'air expiré. Le vêtement fait une seule pièce avec le casque et est hermétiquement clos aux poignets. Sur la peau, le plongeur porte un vêtement de laine destiné à absorber la sueur que retient l'imperméabilité du vêtement. Une ceinture munie d'une corde met le plongeur en communication avec des camarades restés en haut. On a perfectionné ces appareils par l'emploi d'un réservoir-régulateur d'air (appareil Rouquayrol- Denayrouse), destiné à éviter les à-coups de pression. Le casque est de plus remplacé par un ferme-bouche et un pince-nez. Le régulateur est chargé au dos avec des bretelles. Des semelles de fonle maintiennent le plongeur au fond de l'eau. Avec cet appareil, le plongeur est presque instantanément prêt à plonger; mais, s'il doit séjourner dans l'eau, il lui faut un vêtement imperméable et un demi-masque avec verres.

Pour ce qui est des accidents des scaphandriers, on peut répéter ce qui a été dit plus haut. C'est Le Roy de Méricourt qui, en 1867, les a signalés le premier : ces accidents ont été des morts subites ou des paralysies persistantes des membres inférieurs. Depuis ils ont été étudiés souvent, en particulier par Paul Bert et par Layet (1). La gravité plus grande des accidents des scaphandriers tient à la pro-

(1) Layet, article du Dictionnaire Dechambre.

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fondeur extrême à laquelle ils plongent et qui va à 50 ou 55 mètres, alors que dans le travail des caissons on ne dépasse guère 25.

PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT DES ACCIDENTS. — D'après une statistique de Heller, Meyer et Von Schrôtter, on avait relevé jusqu'en 1900 96 cas de mort pour le travail dans les caissons et 46 chez les scaphandriers. D'après Silberstern, il y aurait une morbidité annuelle de 200 p. 100, invalidité annuelle de 6 p. 100, mortalité annuelle de 2 p. 100.

Si on prend la statistique mensuelle, on voit que, dans une première période, à une pression de plus de 2 atmosphères, il y a eu 7 cas de mort sur 50 ouvriers en moins de six mois; dans une seconde, à la même pression, mais avec une meilleure organisation, le chiffre des morts tombe à 2 pour 120 ouvriers en quinze mois; ces chiffres prouvent assez hautement Futilité des mesures prophylactiques.

L'importance de la bonne aération du caisson ressort d'une statistique de Snell, qui montre l'utilité d'une énergique ventilation :

Ventilation

No

mbre de jours

Nombre

lar heure, par tête.

de travail.

des accidei

Us.

des accidents.

112 me.

336 et plus.

Après avoir donné cette statistique, Langlois, qui a fait un rapport sur un projet de réglementation du travail dans les caissons auquel nous empruntons ces données, fait remarquer qu'il est bien difficile d'admettre qu'avec une ventilation de 112 mètres cubes l'air soit assez vicié pour exercer une telle influence sur le nombre des accidents. Moir se contente d'ailleurs de 57mc,3; Heller, Mager et Von Schrôtter admettent que 30mc,3 et même 20mc,3 sont suffisants. « Si nous admettons, dit Langlois, qu'un ouvrier donnant un travail sérieux, mais non continu, pendant la durée du séjour, produit 40 litres d'acide carbonique par heure, une ventilation de 30mc,3 par

► heure constitue un chiffre minimum, puisque la teneur de l'air en acide carbonique atteindra 1,6 p. 100, proportion qui ne saurait être dépassée sans que l'air soit considéré comme vicié réellement. Étant données les observations de quelques auteurs, il parait en outre prudent de fixer un chiffre supérieur de ventilation au-dessus de 2 atmosphères, soit 40mc,3, en exigeant que la teneur en acide carbo-

I nique ne dépasse pas 1 p. 1 000. Les procédés de dosages approximatifs de l'acide carbonique dans l'air sont assez rapides et assez pratiques pour qu'ils puissent être faits quotidiennement, par un agent quelconque, et il serait préférable de voir fixer par le règlement non le minimum de débit de ventilation, mais le maximum du pourcentage de CO2 toléré. La réglementation du pourcentage offre un autre avantage, elle impose nécessairement une amenée d'air

pur, et on ne sera plus exposé à constater des envois d'air chargé de 11 p. 100 d acide carbonique » (Schmitz).

Pour ce qui est de l'aération de récluse, où le séjour peut se prolonger quarante minutes si l'ouvrier doit descendre à une pression de 3 à 4 atmosphères (deux minutes en plus par dixième d'atmosphère), très vite la teneur en acide carbonique dépassera 20 p. 100, chiffre trop élevé, ce qui ne peut être corrigé que par un brassage pendant la décompression, en faisant jouer les robinets d'amenée et de sortie.

Au point de vue de l'utilité d'une limite d'âge pour ces ouvriers, la statistique de Snell est intéressante à consulter :

Nombre

Nombre

Age.

des travailleurs.

des accidents.

des accidents.

15 à 20 ans.

20 à 25 ans.

25 à 40 ans.

40 à 45 ans.

45 à 50 ans.

En considération de ces laits, Langlois a formulé le projet suivant de réglementation du travail :

La durée du travail doit être inversement proportionnelle à la profondeur. Pour ce qui est du travail dans les caissons, elle ne devrait pas dépasser huitheures pour une profondeur de 15 mètres et devrait être réduite jusqu'à quatre heures pour une profondeur de 30 mètres. Pour les scaphandriers plongeant de 25 à 50 mètres, la durée du séjour devrait être proportionnellement réduite depuis un quart d'heure jusqu'à une minute. L'éclairage électrique pourrait diminuer la viciation de l'air de la chambre de travail.

Les précautions les plus minutieuses doivent être prises pour la sortie de l'eau. Il y a d'abord à éviter le refroidissement, d autantplus à craindre que les ouvriers ont la mauvaise habitude de ne s'habiller qu'au moment de la sortie; il serait bon de les maintenir un peu dans une chambre chauffée, de leur donner une boisson stimulante, de leur faire faire une friction sèche. Layet conseille fortement les bains de vapeur qui désobstruent les capillaires engorgés et préviennent l'ischémie gazeuse. A la suite, les bains chauds et les bains sulfureux sontrecommandables. Des manomètres doivent indiquer la pression, et il serait utile que les robinets ne permissent qu'une lente décompression et que le temps nécessaire à la décompression comptât comme temps de travail payé.

Si des accidents surviennent, il faut procéder à la recompression immédiate, comme le conseillait P. Bert, préférable à l'inhalation conseillée par Von Schrôtter. La recompression immédiate, faite à 16 ou 20 mètres de profondeur avec une durée de séjour de quinze à vingt minutes suivie de lente décompression, est le moyen le meilleur pour redissoudre les bulles embolisées/

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