‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 3 sur 160 · CE QUE L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE NE COMPREND PAS · texte numérisé non relu

CE QUE L'HYGIÈNE INDUSTRIELLE NE COMPREND PAS

— L'hygiène militaire et navale. — Nous ne comprendrons pas dans noire étude l'hygiène des militaires, des marins ou pêcheurs. Elle est traitée endétail aux fascicules IX (Hygiène militaire) et X (Hygiène navale).

Les accidents du travail. — Les accidents du travail ne sont pas des maladies, et nous les avons écartés du champ de notre étude, quelle qu'en soit la cause : emploi de machines, incendies, explosions de chaudières et autres, grisou, etc. ; et, pour continuer remploi des définitions concrètes, nous considérons comme accidents du travail les événements fortuits et soudains qui causent à l'ouvrier les dommages dont la loi du 9 avril 1898 a organisé la réparation. Cependant nous étudierons comme maladies professionnelles, des brûlures, des dermatoses, des traumatismes de l'œil, des infections microbiennes et des intoxications massives, auxquelles une jurisprudence extensive peut reconnaître et a reconnu, dans certains cas, le caractère d'accident du travail aux termes de la loi précitée.

Les établissements insalubres, dangereux ou incommodes.

— L'insalubrité dune industrie ne limite pas toujours ses effets à la santé des travailleurs qu'elle emploie : elle peut compromettre aussi celle des personnes qui habitent le voisinage. Une législation spéciale, dont le texte fondamental est le décret du 15 octobre 1810, vise ces établissements insalubres, dangereux ou incommodes, et permet de soumettre leur exploitation aux conditions nécessaires pour sauvegarder les intérêts des voisins. Ces conditions sont fixées par les préfets sur le rapport des conseils d'hygiène de département et d'arrondissement, et c'est dire que ces questions présentent le plus grand intérêt pour les médecins appelés à faire partie de ces conseils. On les étudiera en détail dans uue autre partie du Traité d'hygiène (fascicule XII), celle qui concerne « l'hygiène et la salubrité générales des collectivités rurale et urbaine ».

Les produits insalubres de l'industrie. — Dans certains cas, l'industrie peut encore être insalubre d'une autre manière, en compromettant la santé du public qui utilise ses produits, et c'est le cas des fabricants de denrées alimentaires qui mettent en vente des marchandises falsifiées, avariées ou toxiques. Les vases en étain ou en poterie qui reçoivent des aliments ou des boissons, les feuilles d'étain plombeux, les papiers colorés ou malpropres qui enveloppent des produits alimentaires peuvent déterminer des intoxications, et l'emploi des substances toxiques pour la coloration des jouets ou de certains objets d'habillement (bas, chaussures) a aussi causé des accidents. Les intoxications d'origine alimentaire sont étudiées en détail dans le fascicule IV du Traité d'hygiène (Hygiène

alimentaire). Dans le fascicule XIV [Approvisionnement communal), ou examine en détail les autres insalubrités d'origine industrielle qui menacent le consommateur, et on analyse les lois et règlements qui le protègent à ce point de vue : lois et règlements sur la surveillance des laiteries, des abattoirs, des marchés, sur la teneur en plomb des poteries d'étain et des glaçures des faïences, sur la coloration des jouets, des produits alimentaires et de leurs enveloppes, sur la surveillance des pharmacies et du commerce des sérums, etc.

La misère ouvrière. — Si nous ne comprenons pas dans l'hygiène industrielle toutes les insalubrités qui dérivent de l'industrie, et si nous écartons celles qui menacent ses voisins ou les consommateurs de ses produits, nous n'y englobons pas davantage loutes les questions qui intéressent la santé de l'ouvrier ni toutes les causes qui retentissent sur sa mortalité, et nous écartons celles qui ne sont pas des nécessités ou des résultats de son travail. Il ne faut pas oublier que, si les conditions de la profession influent largement sur la morbidité et la mortalité élevées de l'ouvrier d'industrie, il est soumis aussi à d'autres conditions d'existence dont son travail n'est pas coupable et qui sont également défavorables.

Ces conditions ne sont même pas toujours attribuables à l'insuffisance du salaire, car il arrive qu'elles proviennent d'un emploi irrationnel de ressources qui, théoriquement au moins, pourraient assurer une meilleure hygiène à ceux qui les possèdent.

Prenons un ouvrier dont le travail est bien payé et soumis à peu de chômage; sa femme est une bonne ménagère qui gagne en outre un petit salaire en travaillant chez elle ; ils n'ont qu'un ou deux enfants. Si la sensibilité et l'intelligence de cet homme étaient assez cultivées pour qu'il apprécie d'autres plaisirs que la boisson, la manille et le café- concert; s'il était instruit sur l'hygiène et s'il savait que la santé est le premier des biens; si, pour conserver la sienne, il était résolu à refréner plusieurs de ses penchants et s'il avait une volonté de fer par-dessus tout cela,... oh î alors ! que de changements dans son existence !

Il dépenserait davantage pour son logement et moins pour ses vêtements; davantage pour ses aliments et moins pour ses boissons; il choisirait ces aliments différemment, il les mâcherait avec un soin extrême et les absorberait lentement, au lieu de les avaler à la hAte.

Obligé de se lever tôt, il se coucherait de bonne heure au lieu de veiller au café : sachant que le surmenage prépare la place pour la tuberculose, il s'interdirait tous les excitants tels que vin, liqueurs ou café, pour entendre la plainte de son organisme dès que celui-ci serait fatigué; aussitôt que cette plainte lui parviendrait, il diminuerait son effort, en restreignant sa tâche ou en cherchant des journées plus courtes, et, héroïquement, il accepterait la réduction de salaire

Page 1