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LES REMÈDES

Les atmosphères délétères peuvent exister normalement ou avoir un caractère accidentel. Elles existent normalement quand il s'agit d'un local, d'un réduit, d'un récipient ou d'un appareil, dans lesquels on a conduit des opérations industrielles dégageant des gaz toxiques ou asphyxiants. Les atmosphères délétères se forment accidentellement lorsque ces gaz arrivent à l'improviste, ou lorsqu'ils se trouvent mélangés à l'air ordinaire, sans cause apparente. Par exemple, le creusement d'un puits peut avoir lieu sans difficulté jusqu'à une certaine profondeur; puis, subitement, des gaz envahissent l'excavation et rendent son séjour impossible aux ouvriers.

Quoi qu'il en soit, les mesures à prendre pour assurer la sécurité du travail sont à peu près les mêmes dans tous les cas. Nous allons les exposer.

MOYENS DE RECONNAITRE SI L'AIR D'UN MILIEU EST OU NON RESPIRABLE. — On doit d'abord rechercher si l'air d'un milieu suspect est respirable ou non, et l'un des moyens connus doit toujours être employé dès qu'un indice quelconque : odeur, voisinage de matières en décomposition, constitution chimique du sol, sensations éprouvées déjà par les ouvriers, etc., font craindre la présence de l'un des gaz dont il a été question plus haut. Par exemple l'extinction de la flamme d'une lampe indique que le milieu contient de l'acide carbonique en proportion élevée. Concurremment avec l'odeur, une feuille de papier imprégnée d'acétate de plomb décèle, en noircissant, l'hydrogène sulfuré. Mais ces moyens ne fournissent aucune indication sur V oxyde de carbone, et le seul procédé réellement recommandable dans tous les cas consiste dans remploi d'un petit animal témoin.

L'animal témoin. — Déjà, dans une communication faite en 1870 à l'Académie des sciences, Gréhant l'avait conseillé : « Avant de pénétrer, dit-il, dans un puits, dans une fosse ou dans une galerie, l'ouvrier doit y introduire une cage renfermant un oiseau ou un petit mammifère ; si l'animal laissé dans l'atmosphère confinée pendant une heure résiste à cette épreuve, l'homme peut pénétrer sans

crainte ; si l'animal succombe, on pratiquera une ventilation énergique jusqu'à ce qu'un autre animal résiste à une nouvelle épreuve. »

Le même auteur déclare qu'il ne voit que ce moyen pour éviter le retour d'accidents semblables à celui qu'il cite : des ouvriers avaient travaillé toute la matinée dans un puits sans éprouver le moindre malaise et étaient remontés à midi pour déjeuner ; lorsqu'ils sont descendus de nouveau vers une heure, ils ont été empoisonnés, ou asphyxiés, par des gaz dont le dégagement rapide avait eu lieu dans le puits pendant leur courte absence. Dans de pareilles occasions, il faut laisser à demeure une cage renfermant le petit animal, puis remonter la cage avant de descendre pour l'examiner ; la mort ou l'indisposition du témoin indiqueront qu'il faut procéder au renouvellement de l'atmosphère du puits.

Haldane recommande l'emploi d'une souris. D'après cet auteur, les symptômes de l'empoisonnement causé par de l'oxyde de carbone contenu dans l'air respirable apparaissent dans les diverses espèces animales après un temps inversement proportionnel à la valeur des échanges respiratoires par unité de poids. Cette période est, par exemple, vingt fois plus courte pour une souris que pour l'homme. Une souris mourra au bout de trois minutes dans une atmosphère où un homme pourrait encore vivre une heure. Après une explosion dans une mine de houille, alors que des mineurs cherchent à se porter au secours de leurs camarades, l'emploi d'une souris sera très utile. Portée dans une petite cage par les sauveteurs, le petit animal sera un indicateur précieux de la présence des gaz toxiques. Si la souris continue à vivre, il n'y a aucun danger immédiat. Et môme, à partir du moment où elle meurt, il peut encore s'écouler près d'une heure pendant laquelle le travail de sauvetage peut s'effectuer. En tout cas, il reste encore aux hommes un laps de temps suffisant pour retourner en arrière et se mettre à l'abri.

AÉRATION. — Dès que le milieu est reconnu délétère, la première chose à faire est de l'assainir en l'aérant. Au cas de gaz toxiques produits normalement au cours d'une opération industrielle, cette aération est généralement prévue et ne présente pas de difficultés.

Un appareil, une chambre, une étuve, un four, contiennent des produits ou des objets devant être retirés après avoir subi l'action de la chaleur ou celle d'agents susceptibles de donner naissance à des gaz toxiques ; ces appareils, ces chambres, ces étuves, auront été construits de façon à pouvoir être aérés rapidement à la fin de chaque opération. — Le séchage des moules dans les fonderies de fer de deuxième fusion a lieu, par exemple, ordinairement en étuve. Le soir, les moules y sont transportés, du feu y est allumé et le lendemain on en retire les moules secs. La combustion du bois ou du coke a produit des gaz toxiques qui s'évacuent au moment de l'ouverture de l'étuve ; il faut donc avoir soin de n'y pénétrer qu'après aération.

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Cette aération doit être facilitée par un conduit placé à la partie supérieure, conduit que Ton ouvre en même temps que les portes ; mais le plus souvent ce conduit fait défaut, et l'aération se fait uniquement par les portes, sans qu'on prenne garde, dans ce cas, que les gaz toxiques abandonnent l'étuve pour pénétrer dans le hall de la fonderie.

Il est évidemment plus conforme aux règles de l'hygiène de faire aspirer les gaz par un ventilateur placé à l'extérieur. Cette disposition sera surtout économique dans les fonderies pourvues de généra-

Fig. 16. — Séchage des moules de fonderie système Sturtevant et enlèvement des

gaz de l'étuve.

teurs à vapeur. C'est ainsi que la maison Sturtevant se sert de la chaleur perdue des foyers ou chaudières pour chauffer de l'air qui sèche les moules. Puis un ventilateur aspire cet air et l'envoie dans la cheminée, ainsi que le montre la figure 16.

Quand il s'agit d'atmosphères rendues accidentellement irrespirables, c'est encore à l'aération qu'il faut recourir pour pourvoir continuer le travail, et c'est avec un ventilateur qu'on la réalise le plus facilement. Un petit ventilateur à bras suffît, mais encore faut-il l'avoir sous la main. A défaut, on essayera de descendre lentement une torche enflammée ou un réchaud et d'entretenir du feu au fond de l'excavation.

En tout cas, les ouvriers ne devront descendre qu'après l'animal témoin dont on a parlé ci-dessus.

APPAREILS RESPIRATOIRES. — Dans certaines circonstances, on n'a pas le temps de ventiler : par exemple lorsqu'il faut procéder d'urgence au sauvetage soit du matériel, soit mieux encore de vies humaines. Alors, pour pénétrer dans le milieu délétère, il faut se servir d'un appareil respiratoire.

Ceux de ces appareils qu'on trouve actuellement dans le com-

Thaité d'hygiène. VII. — 9

merce et qu'on peut considérer comme pratiques se ramènent à trois types :

1° Ceux où l'air pur est amené à l'appareil par un tuyau qui le maintient en communication constante avec l'air extérieur;

2°?Les appareils autonomes dans lesquels Pair pur ou l'oxygène

sont emmagasinés dans un réservoir:

3° Les appareils qui produisent leur oxygène par des réactions chimiques au fur et à mesure des besoins.

Appareils à tuyau. — Comme appareil du premier genre, nous citerons le casque respiratoire de MM. Casassa et G0, qui a été employé par les sapeurs pompiers de Paris. Ce casque reçoit de l'air frais qui lui est envoyé de l'extérieur au moyen d'un compresseur d'air, d'une pompe, voire même d'un soufflet (fig. 17).

La bouche, la visière et le cimier du casque sont en laiton ; la visière, prolongée de manière à couvrir la face, est percée de deux oculaires garnis de verres et possède, à la partie inférieure, une soupape d'évacuation.

L'obturation est organisée à l'aide d'un turban et d'une jugulaire pneumatique en caoutchouc, recouverts l'un et l'autre d'une coiffe et d'une gaine en basane.

On comprend que la nécessité d'avoir un tuyau qui relie le casque à l'extérieur limite beaucoup l'emploi de ces appareils.

Appareils à réservoir d'air ou d'oxygène. — On se sert depuis quelques années, en Allemagne, de divers masques respiratoires sur lesquels l'attention a été appelée récemment par la catastrophe de Courrières. Ces appareils sont du deuxième ou du troisième type, c'est-à-dire que le porteur est muni d'une provision d'oxygène, ou bien cet oxygène est fourni par des réactions chimiques.

Masque^ Guglielminetti. — Le masque Guglielminetti, employé

Fig. 17. — Casque respiratoire Casassa.

If— 13:

par les pompiers de Paris et par quelques usines françaises, est connu en Allemagne sous le nom ft appareil Drâger. C'est essentiel-

Fig\ 18. — Masque Guglielminetti-Drâger, figure schématique.

lement un appareil à régénérer l'air expiré, par absorption de l'acide carbonique produit et remplacement de l'oxygène consommé. Il comprend quatre parties : un accumulateur d'oxygène, un régulateur détendeur, un masque respiratoire et un régénérateur du gaz aspiré.

L'accumulateur d'oxygène est constitué par une ou deux boueilles en acier contenant de l'oxygène comprimé à 110 atmosphères et pouvant fournir plus de 100 litres de gaz à la pression ordinaire. Etant donné un débit de 2 litres à la minute, la réserve dure une heure par bouteille. Ces bouteilles sont placées horizontalement et portées sur le dos, comme le montre la figure 18.

En sortant de la bouteille, l'oxygène traverse un régulateur-détendeur, qui a pour rôle d'abaisser la pression et de régler le débit de manière à le rendre uniforme, quelle que soit cette pression. Ce débit est réglé au départ, et le porteur ne peut plus le modifier. Le régulateur-détendeur fonctionne à la façon d'un giffard ; il est représenté sur la figure 18. Diverses expériences faites en Autriche par le conseiller des mines Mayer montrent que les oscillations du débit ne dépassent pas 25 à 33 p. 100 lorsque la pression de la bouteille tombe de 110 à 1 atmosphère.

Le visage est protégé par un masque ou casque qui l'emboîte, tout en laissant libres les oreilles, afin que le porteur puisse percevoir les bruits qui viendraient à se produire à proximité de l'endroit où il se trouve, ou les appels qui lui seraient faits. Ce masque s'adapte sur toute la partie antérieure de la face. Il se fixe sur la tête au moyen d'une courroie, et son étanchéité est assurée par un petit pneumatique qui se gonfle à la main et qui isole complètement la figure du sauveteur.

A la partie inférieure du masque sont adaptés deux sacs imperméables qui s'appuient sur la poitrine et qui servent de réservoirs, l'un pour l'air à inspirer, en relation avec le tube d'amenée de l'oxygène, l'autre pour l'air expiré, en relation avec le régénérateur. Des valves en mica fonctionnant en sens inverse sont placées entre le masque et chacun des sacs ; de cette façon le mélange des deux sortes d'air ne peut avoir lieu.

L'air expiré se rend dans le régénérateur, où il se débarrasse de l'acide carbonique qu'il contient, de sorte que cet air peut, après remplacement de l'oxygène qu'il a perdu, resservir pour l'aération des poumons. Ce régénérateur se compose de cartouches en tôle contenant de la potasse et organisées de telle façon que l'air peut y circuler sur une surface absorbante mesurant environ 2 300 centimètres carrés. La quantité de potasse est calculée pour une marche ou un séjour d'environ deux heures.

L'air régénéré s'échauffe par suite du dégagement de chaleur provoqué par l'absorption de l'acide carbonique par la potasse: le réfrigérant sert à abaisser la température de cet air. Le tuyau de sortie du réfrigérant vient se brancher sur le tuyau d'amenée de l'oxygène pur, qui, arrivant sous pression, provoque l'appel de l'air du régénérateur.

M. Lebreton, ingénieur en chef des mines, qui a étudié ce masque

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respirateur, trouve que son fonctionnement est parfait moyennant certaines précautions que l'expérience indique rapidement. La respiration est très facile, le porteur n'éprouve aucune gêne et a tous ses mouvements assurés. Bien que l'appareil pèse 15 kilogrammes, on s'y habitue facilement, le poids étant bien réparti sur les reins et sur les épaules. Le casque est léger, et le contact du pneumatique n'est pas fatigant.

Telles sont aussi les conclusions du service des pompiers à Paris. Actuellement, il se sert principalement de cet appareil. Il en a constaté la supériorité sur les engins similaires au cours du sauvetage qu'il a organisé à Courrières en 1906.

Appareil Vanginot. — Le service tend à délaisser l'appareil Vanginot, qui ressemble beaucoup au précédent par le casque et pèse le môme poids. Mais le régénérateur et les sacs-réservoirs sont supprimés. Au lieu d'oxygène, le réservoir en fer contient de l'air, qu'on y comprime avec une pompe. On économise l'oxygène et la potasse granulée, qui sont assez coûteux. Mais, par contre, on ne peut travailler que vingt minutes à une demi-heure, au lieu de deux heures. Après ce laps de temps, il faut quitter le milieu délétère pour recharger le réservoir.

Appareil Desgrez et Balthazard. — Comme appareil du troisième type, nous citerons le masque respirateur dont MM. Desgrez et Balthazard, professeurs agrégés à la Faculté de médecine de Paris, sont les inventeurs, et qui permet un séjour d'au moins trois quarts d'heure dans une atmosphère irrespirable. Cet appareil ■est basé sur la réaction qui se produit à froid entre l'eau et le bioxyde de sodium. Il se dégage de l'oxygène, et la soude produite absorbe l'acide carbonique de la respiration.

Un mouvement d'horlogerie assure la chute régulière des tablettes de bioxyde de sodium dans l'eau. Un réfrigérant à chlorure de méthyle ramène à sa température initiale l'air échauffé par la réaction. L'appareil est complété par un casque en cuivre et une veste de scaphandrier.

Les appareils que nous venons de décrire ne laissent pas que •d'être assez coûteux comme achat et entretien.

Bien que l'emploi des masques respirateurs ait pris en France une nouvelle extension, depuis que le ministre des travaux publics a décidé que toutes les mines de combustible en seraient pourvues, on ne peut espérer qu'ils se répandent assez pour être employés dans toutes les occasions où un danger d'asphyxie menace les ouvriers, surtout dans les exploitations de peu d'importance, celles des puisatiers par exemple. Dans ce cas, il faut toujours munir les ouvriers d'une ceinture de sûreté, ou d'une bricole, qui permettent de les retirer au premier signal. Cette mesure de précaution est prescrite par l'article 3 du règlement du 29 novembre 1904.

SECOURS AUX ASPHYXIÉS. — Il ne suffit pas d'éviter les asphyxies ni d'arracher au milieu délétère les ouvriers tombés sans connaissance, il faut encore ramener ces derniers à la vie.

Souvent, surtout si les secours sont arrivés rapidement, l'intoxication aura été de courte durée. Elle sera légère, et il suffira de conduire ou de porter le patient à l'air extérieur ; la ventilation des poumons s'y fera seule, et peu à peu les gaz toxiques seront éliminés. Mais parfois il sera nécessaire d'avoir recours à des procédés plus énergiques : respiration artificielle et tractions rythmées de la langue, inhalations d'oxygène ou même emploi de l'oxygène comprimé. Ces méthodes sont applicables à tous les cas envisagés ici, mais elles sont surtout nécessaires lorsqu'il s'agit d'oxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré ou de gaz d'éclairage.

On trouvera, dans la deuxième partie de cet ouvrage, l'instruction rédigée par le Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine sur la conduite à tenir pour secourir un asphyxié.

Traction rythmée de la langue et respiration artificielle. — Ces deux puissants moyens de rétablir les fonctions respiratoires peuvent être pratiqués en même temps ou alternativement. Voici leur mode opératoire tel qu'il est décrit par une Instruction sur tes premiers soins en cas d'accident avant V arrivée du médecin, publiée par Y Association des industriels de France contre les accidents du travail.

1° Tractions rythmées de la langue. — Coucher le malade le dos sur le sol, la tête tournée de côté.

Écarter les dents avec douceur et maintenir la bouche ouverte à l'aide d'un morceau de bois ou d'un bouchon taillé, glissé entre les molaires, puis tirer la langue hors de la bouche avec assez de force, mais toujours sans exagération, en la dirigeant vers le menton après avoir, pour la saisir, enveloppé son extrémité d'un linge propre.

En répétant cette manœuvre toutes les quatre ou cinq secondes pendant quinze à trente minutes et laissant chaque fois la langue revenir à sa position normale, il est fréquent devoir renaître des mouvements respiratoires spontanés (1). Si ces mouvements ne reparaissent pas, maintenir la langue dehors contre le menton soit avec la main d'un aide, soit avec une bande, une corde serrée autour du menton et de la nuque, et pratiquer la respiration artificielle.

Respiration artificielle (procédé Sylvester). — Le malade étant couché sur le dos, la langue dehors, la bouche ouverte, le dos soulevé par un rouleau fait de ses vêtements, une botte de paille, un sac plein, se placer derrière la tête, saisir les bras au niveau

(1) Si Ton est embarrassé sur l'intervalle à laisser entre les tractions, on peut en faire une chaque fois qu'on respire soi-même.

du coude, et quinze fois par minute les relever graduellement avec une certaine force de chaque côté de la tête, puis les ramener sur les côtés de la poitrine, que Ton comprime modérément à cet instant. Continuez cette manœuvre jusqu'au retour de la respiration normale pendant plusieurs heures, trois ou quatre si il le faut, surtout si Ton a quelque lueur d'espoir.

Moyens simultanés. — En même temps que par les tractions rythmées et la respiration artificielle, exciter le retour de la fonction par de prudentes inhalations d'ammoniaque (quelques gouttes seulement à la fois sur un mouchoir roulé en cornet ouvert au sommet) ou de vinaigre fort, ou de sels volatils; fouetter le visage, la poitrine et le creux de l'estomac avec une serviette mouillée froide; frictions générales avec un tampon de linge rude; sinapismes auxmollets.

Soins consécutifs. — Dès que la respiration est rétablie, réchauffer le malade : lit, frictions générales, boules d'eau chaude, couvertures et, quand il a repris connaissance, boisson chaude, thé, café, grog, vin par cuillerées à café, puis sommeil (tête haute, air pur).

Inhalations d'oxygène. — En 1880, au Congrès d'hygiène de Turin, M. de Beauvais a communiqué un mémoire (1) dans lequel il se loue de cette méthode. Des faits analogues ont été rapportés par M. Limousin à l'Association française pour l'avancement des sciences, à la session de Rouen en 1888 (2).

Cette même méthode a donné lieu aune note de M. Gréhant, présentée à l'Académie des sciences par M. Perrier (3) sur le traitement par l'oxygène à la pression atmosphérique de l'intoxication oxycarbonée. Quand on fait respirer à un malade de l'air pur, 100 centimètres cubes de sang artériel contiennent encore 4,5 d'oxyde de carbone au bout de trois heures. Si on remplace l'air par de l'oxygène, au bout d'une heure on ne trouve plus, dans les 100 centimètres cubes de sang, que 1,1 d'oxyde de carbone.

Haldane, Schwartan, Dreser, Gauthier et d'autres physiologistes ont aussi montré qu'il était possible de sauver par des inhalations d'oxygène des animaux empoisonnés par les gaz cités plus haut. Un ouvrier de haut fourneau, intoxiqué par l'oxyde de carbone et abandonné par un médecin, fut ainsi sauvé par le directeur de l'usine Dittmann. Le Dr Rôsner fit dégager deux bouteilles d'oxygène dans une chaudière où six ouvriers étaient asphyxiés depuis une heure : ces derniers purent sortir par le trou d'homme (4).

(1) De Beauvais, Des inhalations d'oxygène comme traitement de l'asphyxie par l'oxyde de carbone.

(2) Les inhalations d'oxygène sont également utiles dans les cas d'intoxication par l'hydrogène arsénié, les vapeurs d'aniline, etc. (Dr Blocke, Die Bedeutung der Sauerstoffînhalationen in der Gewerbe Hygiène. Zeitschrift fur Gewerbe Hygiène, 1906, p. 550.

(3) Académie des sciences, 4 mars 1901.

(4) Munich. Journal fur Gasbeleuchtung Michaelis, 14 juin 1902, p. 420.

En Angleterre, l'utilité des inhalations d'oxygène à la pression ordinaire a été reconnue, et l'inspecteur en chef des fabriques a fait publier une notice qui résume les dangers du gaz à l'eau, du gaz des hauts fourneaux, des fours à ciments, etc. Cette notice doit être apposée à proximité des lieux où le danger d'asphyxie est à craindre. Nous en extrayons les lignes suivantes dues à la rédaction du Dr Legge.

a Emploi des cylindres d'oxygène. — Le cylindre doit être pourvu d'un tube en caoutchouc muni d'une clef à levier et, à son extrémité libre, d'un ajutage pouvant se placer dans la bouche ou dans une des narines du patient. Il serait utile que ce cylindre ait son débit réglé par un régulateur de pression.

« Ouvrir graduellement la valve en faisant manœuvrer la ciel jusqu'à ce que l'oxygène s'écoule sans trop de force de l'embouchure du cylindre dans la bouche du patient. Maintenir le robinet ouvert jusqu'à ce que ce dernier donne des signes de retour à la vie.

« Les lèvres n'ont pas besoin d'être fermées autour de l'embouchure, car il est important que l'excès d'oxygène puisse s'écouler à l'extérieur. Les narines doivent être closes pendant l'inspiration, c'est-à-dire pendant le temps où la cage thoracique augmente de volume, et laissées ouvertes pendant l'expiration, c'est-à-dire pendant l'affaissement de la cage thoracique ; de cette manière, l'oxygène est absorbé aussi pur que possible à travers la bouche.

« Au cas où les dents serrées empêcheraient la bouche de s'ouvrir, il faut fermer les lèvres et l'une des narines et faire pénétrer légèrement dans l'autre narine l'extrémité conique de l'embouchure pendant la durée des inspirations, en ayant soin de l'éloigner au moment des expirations. »

Les pompiers de Paris ont, dans leur matériel, une caissette qui peut se porter à bras d'homme et qui contient un cylindre d'oxygène comprimé avec un détendeur, un sac intermédiaire, un tube souple et trois masques de grandeurs différentes (pour hommes, femmes et enfants). Ces masques s'appliquent autour du nez et permettent de faire inhaler de l'oxygène avec une pression égale ou légèrement supérieure à celle de l'atmosphère.

Séjour dans l'oxygène comprimé. — D'intéressantes expériences ont prouvé que l'oxygène comprimé est susceptible d'applications spéciales au cas qui nous occupe.

M. Haldane (d'Oxford) a montré sur des souris que l'oxyde de carbone cesse d'être mortel même à 5 p. 100 quand les animaux se trouvent dans l'oxygène pur à 2 atmosphères. M. Mosso a répété cette expérience et l'a confirmée. Pour étendre cette étude à de grands animaux, il a construit des appareils pouvant contenir des chiens, des lapins, des singes et pouvant supporter une pression de 10 atmosphères. Il a constaté que les animaux n'étaient pas empoi-

AIR CONFINÉ. If— 137

sonnés dans une atmosphère contenant 6 p. 100 d'oxyde de carbone, à la condition que la pression atteigne 2 atmosphères d'oxygène pur ou 10 atmosphères d'air. A la pression ordinaire, les animaux succombent sitôt que la proportion d'oxyde de carbone s'élève à 5 p. 10 000 ou même moins.

Les animaux, à la sortie des appareils contenant l'oxyde de carbone, meurent immédiatement. Mais, si l'on purifie progressivement le milieu dans lequel ils se trouvent, on produit un véritable lavage du sang, et, au bout d'environ une demi-heure, ils peuvent être ramenés à l'air libre sans danger.

Ce fait est déjà fort intéressant au point de vue physiologique, mais il prend une importance particulière par ses conséquences thérapeutiques. Ainsi deux singes placés dans une atmosphère contenant 1 p. 100 d'oxyde de carbone étaient, au bout d'une demiheure, complètement intoxiqués. Leur respiration était presque suspendue. A ce moment, on enlève les deux singes de la cloche. L'un d'eux, laissé sans secours à l'air libre, meurt. L'autre, placé dans l'oxygène comprimé à 2 atmosphères, se réveille immédiatement et, au bout d'une demi-heure, peut être extrait de l'appareil, parfaitement rétabli.

Il arrive fréquemment, dans les explosions de mines, que des ouvriers extraits des puits survivent quelques heures et même quelques jours à l'accident, puis succombent. Ces ouvriers seraient certainement sauvés si Von pouvait les placer immédiatement dans l'oxygène comprimé. Pratiquement cela n'offre pas de difficulté insurmontable; il suffirait d'avoir près de l'orifice du puits une cloche de dimensions suffisantes et une provision en tubes d'oxygène comprimé, comme on en trouve maintenant dans le commerce.

NÉCESSITÉ DE L'AIR PUR. — La nécessité de respirer de l'air pur est universellement admise. Les poussières, les gaz insalubres ou toxiques peuvent rendre l'air impropre à la respiration, et nous traiterons de leur évacuation aux pages 194 et 210 : mais il suffit que plusieurs personnes séjournent dans une pièce dont l'air n'est pas renouvelé pour que cet air devienne par cela seul un véritable poison.

EMPOISONNEMENT AIGU PAR L'AIR CONFINÉ. — Dans une assemblée nombreuse, église, réunion publique, théâtre, les personnes délicates éprouvent de véritables accidents. D'abord elles ressentent simplement du malaise, du mal de tête, du vertige. Puis elles sont prises de vomissements ou perdent connaissance.

La même insalubrité a été constatée dans le conduit qui évacuait l'air vicié d'une salle de bal et dans la cheminée de ventilation de la Chambre des députés.

D'autre part, les asphyxies de la Cour d'assises d'Old Bailey, en Angleterre, et celles des prisonniers de guerre des Indes, en 1756, sont classiques (l).

EMPOISONNEMENT CHRONIQUE PAR L'AIR CONFINÉ. — L'air d'un atelier est rarement assez vicié pour causer les accidents aigus dont on vient de parler, mais l'empoisonnement Chronique qu'il cause alors n'en est pas moins dangereux.

« Le renouvellement de l'air, tout en étant suffisant pour qu'aucun accident ne se produise, ni moii, ni syncopes, ni nausées, peut néanmoins ne pas être assez actif pour fournir un milieu favorable à la conservation de la santé. C'est ce qui arrive dans un grand nombre de petits ateliers; celui qui y travaille depuis une heure ou deux n'y ressent aucune gêne, et cependant une personne arrivant du dehors y perçoit d'une façon très nette, et souvent incommode pour elle, une odeur dite « renfermée », qui décèle une ventilation insuffisante. Dans ce cas, ce n'est pas un empoisonnement aigu qui frappe l'organisme de ceux qui vivent habituellement dans ces conditions, mais une intoxication chronique qui n'est pas moins dangereuse, car leur état cachectique les met à la merci de toutes les contagions, de toutes les affections aiguës. Enfin, et surtout chez les sujets jeunes ou délicats, la tuberculose entre en scène. »

Dans son traité classique d'hygiène (2), Proust termine ainsi son étude sur l'air insuffisamment renouvelé : « Chez les individus qui vivent habituellement dans une atmosphère insuffisante, on observe des accidents d'un autre ordre que ceux que nous venons de signaler, et qui, pour n'être pas foudroyants, n'en sont pas moins redoutables. La santé de l'homme comme celle des animaux s'altère promptement dans un milieu insuffisamment aéré, et des faits nombreux nous en fournissent la preuve.

« On ne sera donc pas étonné de voir la phtisie pulmonaire exercer ses ravages surtout chez les individus qui occupent des locaux trop étroits, chez les soldats casernes dans des baraquements insuffisants, chez des ouvriers qui travaillent dans de petits ateliers, chez les classes pauvres, enfin, dont les habitations n'offrent qu'un espace insuffisant. »

De même, les statistiques anglaises que nous avons données à la page 52 et celles du Dr Sommerfeld (page 83) établissent d'une façon saisissante la fréquence de la tuberculose dans les professions à air confiné.

(1) Voy. Poisons industriels, p. 230 (publication de YOffice du travail, 1901).

(2) Proust, Traité d'hygiène, Paris, 1881.

CAUSES DELA VICIATION DE L'AIR. — L'air sec extérieur a la composition suivante, qui est à peu près uniforme en dehors des habitations :

Oxygène • 20,94

Azote 78,09

Argon 0,94

Acide carbonique 0,03

Hélium, crypton, hydrogène traces.

Total 100,00

En respirant, l'homme absorbe de l'oxygène et rejette à peu près la même quantité d'acide carbonique. On peut admettre qu'un adulte émet 20 litres d'acide carbonique par heure s'il n'exécute pas de travail; les efforts musculaires provoquent une combustion plus vive et une émission d'acide carbonique pouvant atteindre 40 et 60 litres. On peut calculer ainsi qu'après un séjour de quatre heures un homme placé dans un local hermétiquement clos ayant la capacité minimum prescrite par le décret du 29 novembre 1904, c'est-à-dire 7 mètres cubes, aura porté la proportion d'acide carbonique, qui était primitivement de 3 dix-millièmes, à 117 dix-millièmes, s'il n'a exécuté aucun travail, et à peu près au double s'il a travaillé musculairement.

Cet homme émet également de la vapeur d'eau. Admettons que chaque expiration expulse de ses poumons 500 centimètres cubes d'air saturé de vapeur d'eau à 37°. Un calcul très simple montre que l'évaporation pulmonaire produira, au bout d'une heure (pendant laquelle auront eu lieu 960 respirations), 29',5 de vapeur d'eau et, au bout de quatre heures, un peu moins de 120 litres.

L'acide carbonique n'est pas un poison par lui-même, car un homme peut respirer dans un milieu contenant 1 et même 2 centièmes d'acide carbonique sans éprouver d'inconvénients immédiats. La tension de ce gaz dans l'air fait seulement un peu augmenter sa tension dans le sang ; les centres respiratoires sont impressionnés plus vivement : les respirations sont un peu plus fréquentes et un peu plus profondes. L'augmentation de la tension de la vapeur d'eau n'est pas non plus importante, bien qu'à la longue elle entrave l'évaporation pulmonaire et par suite gêne le maintien de l'équilibre calorique.

Mais, en même temps que l'acide carbonique et la vapeur d'eau, la respiration pulmonaire exhale des composés gazeux mal connus, auxquels il faut ajouter des substances volatiles éliminées par la peau et par le tube digestif. Le tout réuni se manifeste distinctement par une odeur sut generis, l'odeur de renfermé, et c'est à ces gaz qu'on attribue les méfaits de Far confiné.

ÉVALUATION DE LA VICIATION DE L'AIR. — En l'état

actuel de la science, il n'est pas possible d'isoler et encore moins de doser ces produits volatils, qui sont le résultat de la vie d'êtres animés. Aussi, bien que leur nature et leur quantité varient probablement avec l'âge, l'état de santé et la propreté des sujets, les hygiénistes se résignent à ignorer ces variations, et ils admettent comme indice de la viciation de l'air la proportion d'acide carbonique qu'il contient.

Quand on brûle du gaz dans un local, pour l'éclairage ou le chauffage, une partie de l'acide carbonique constaté provient de cette

combustion, à raison de - volume d'acide carbonique par volume de

gaz brûlé (1). Quelques hygiénistes proposent de déduire le gaz qui a cette origine avant d'établir la proportion qui fournira l'indice de viciation. D'autres pensent, et nous pensons avec eux, que ce gaz doit être compris dans le calcul de l'indice, car la combustion du gaz d'éclairage dégage toujours des produits toxiques, parmi lesquels de l'oxyde de carbone et de l'acide sulfhydrique.

Pour s'en convaincre, il suffit d'allumer un poêle ou une cheminée â gaz dans une chambre bien close, en laissant les produits de combustion se dégager librement dans la pièce. Au bout d'un quart d'heure, on ressentira de la céphalée, quel que soit le système des brûleurs : flamme jaune, flamme bleue, becs à radiateurs ou becs à manchon (2).

Dosage de l'acide carbonique. — Nous ne pouvions décrire toutes | les méthodes employées pour le dosage de l'acide carbonique ; les procédés eudiomélriques sont les plus sûrs et seront toujours préférés quand il sera possible. Nous ne parlerons qu'en passant du carbacidimètre Wolpert, qui a l'avantage d'être rapide et peu coûteux, mais qui manque de précision. L'ingénieur Bontemps, chargé par la Commission d'organisation du Congrès d'hygiène de l'industrie textile de Rouen, en 1882, de comparer les divers systèmes de ventilation, a fait usage d'une bonne méthode volumétrique, dont on trouvera la description dans le deuxième volume des Comptes rendus du Congrès (3).

M. Berlémont, constructeur à Paris, vend un appareil imaginé par MM. Lévy et Pécoul, qui a également pour

(1) Un bec de gaz Benghel ordinaire brûle 105 litres; un bec Auer n° 2, 115 litres; un bec BI3 39 litres ; un bec papillon à flamme nue, 138 litres.

(2) Ajoutons que, sous prétexte de récupération de chaleur, presque toug ces appareils sont construits de telle sorte que les gaz brûlés rencontrent des chicanes trop difficiles à franchir et se répandent partiellement dans le local à chauffer, même quand le tuyau d'évacuation débouche dans une cheminée.

(3) L'ouvrage est épuisé, mais on le trouve dans toute bibliothèque industrielle un peu importante.

but de faire des dosages rapides d'acide carbonique (1).

Enfin la Commission anglaise, chargée de rechercher s'il y avait lieu de fixer un maximum au sujet du pourcentage de l'acide carbonique dans les ateliers, s'est servi d'un appareil imaginé par J.-S. Haldane, qui présente certaines garanties de précision (2).

LIMITES DE LA VICIATION DE L'AIR— La proportion d'acide carbonique étant considérée comme caractérisant le degré de viciation de l'air, quel est le maximum qu'on en puisse tolérer dans les ateliers?

D'après Proust (3), l'odeur de renfermé se perçoit quand on vient

du dehors, dès que la proportion de est atteinte ; à , l'odeur

est très forte, et la proportion de ne devrait pas être dépassée.

Néanmoins, on a relevé près de dans diverses casernes anglaises; à l'hôpital militaire de Portsmouth, et — — — dans

les cellules de deux prisons, Tune civile, l'autre militaire. Weaver

aurait même trouvé à Leicester, dans une chambre de

31 mètres cubes occupée par six personnes et éclairée par trois

becs de gaz, et Pettenkofer a relevé dans une école de

filles (4).

Les hygiénistes anciens ne considéraient pas la proportion d'acide et demandaient plutôt un renouvellement déterminé en mètres cubes d'air par heure et par tête.

Péclet dit que le renouvellement de l'air doit être de 8 à 12 mètres cubes par ouvrier et par heure; Leblanc indique le chiffre de 6 à 10 mètres cubes; Arago, celui de 10 mètres; Hudels, celui de 30 mètres cubes. Quant à Herscher, il propose 32 mètres cubes. Rùbner dit qu'un renouvellement de deux ou trois fois par heure pour un cube de 15 à 25 mètres est nécessaire. Enfin W. Oppermann réclame, pour un seul renouvellement par heure, un cube de 38 mètres par ouvrier.

Parkes demande un renouvellement de 54 mètres cubes par heure. Le général Morin propose les chiffres suivants, au

(1) Bull, de l'Inspection du travail, 1906, n°s 3 et 4.

(2) L'appareil Haldane est décrit très complètement en appendice du rapport de la Commission : First Report of the departmental Committee appointeed to inquire in to the ventilation of factories, Londres, 1902.

(3) Proust, Traité d'hygiène, 1881, p. 341 et 594.

(4) Report of a Committee appointed to inquire in to the workingof the Cotton Cloth Factories, act. 1889, Londres, 1897, p. 11.

droit desquels nous avons indiqué les proportions de CO2 correspondantes (1) :

Ventilation Taux de

par personne et viciation de l'air

par heure (N dix-

en me. V. millièmes).

Casernes de jour 30 9,65

— de nuit 60 6,32

Ateliers 60 6,32

Écoles 30 9,65

Hôpitaux 80 5,50

En temps d'épidémie 160 4,25

Layet, dans son excellent petit volume Hygiène des professions (2), réclame 40 à 50 mètres cubes d'air pour un adulte en bonne santé, 60 ou 80 pour les malades ou les ouvriers d'ateliers insalubres, 100 ou 150 pour les hôpitaux en temps d'épidémie. D'après lui, il faut ajouter 6 mètres cubes par heure pour une bougie, 12 à 15 mètres cubes pour un bec de gaz, 20 à 25 mètres cubes pour une lampe.

Quant à Napias, il trouve le problème si complexe que, pour lui, chaque cas particulier a des exigences différentes (3).

Réglementation anglaise. — En Angleterre, nous trouvons de précieux renseignements dans les enquêtes et expériences entreprises par le Gouvernement anglais pour réglementer la ventilation dans l'industrie cotonnière.

En 1896, une Commission composée de MM. H. Roscoe, William Roberts, Arthur Ransome et William Williams, fit une enquête sur le Cotton Cloth Factories Act de 1889. Ses conclusions, en ce qui concerne la ventilation, furent les suivantes : « Après de longues et mûres délibérations, votre Commission est d'avis qu'il y a lieu d imposer que la ventilation soit organisée de telle manière que l'air des ateliers ne contienne pas une proportion d'acide carbonique supérieure à 9 volumes p. 10000. En fixant cette limite, votre Commission se rend compte qu au point de vue médical cette proportion peut être considérée comme trop élevée (4) ; nous l'avons pourtant adoptée, pensant que, si elle est réellement observée, il en résultera une très grande amélioration de l'air des ateliers, sans créer en aucune façon une charge sérieuse pour l'industrie, et en fait sans

(1) Les valeurs N qui figurent dans la deuxième colonne sont fournies par la formule :

dans laquelle V représente, en mètres cubes, la ventilation par personne et par heure (chiffres de la première colonne) ; N et n représentent en dix-millièmes la proportion totale d'acide carbonique dans l'air à la sortie du local (N) et à l'entrée (n). On a admis ici que chaque personne exhale 20 litres d'acide carbonique à l'heure et que n = 3 en moyenne.

Voy. le calcul de la formule page 145.

(2 Layet, Hygiène des professions, Paris, 1875.

(3) Napias, Manuel d'hygiène industrielle, 1882, p. 228.

(4) C'est nous qui soulignons.

demander plus qu'il nest réalisé à l'heure actuelle volontairement dans les ateliers bien agencés (1). Cette limite correspond à un apport d'environ 32 mètres cubes par tête et par heure, et votre Commission pense qu'un tel règlement apportera une amélioration matérielle dans le confort et la santé des ouvriers. »

Le Cotton Cloth Factories Act de 1889 fut remplacé par la loi du 6 août 1897, et l'ordonnance du 2 février 1898 fixa un maximum de 9 dix-millièmes. Cette disposition a été reprise par la loi industrielle de 1901, avec cette différence que ce maximum peut être imposé par voie de simple ordonnance à d'autres établissements qu'aux usines textiles, où l'on pratique l'humidification artificielle.

Au Congrès d'hygiène de Bruxelles en 1902, Leclerc de Pulligny a proposé de fixer le maximum à 7 dix-millièmes en plus de l'acide carbonique contenu dans l'air extérieur, soit en tout à 10 à 11 dixmillièmes. Cette proposition n'a pas été acceptée, et le Congrès a porté le total admissible à 12 dix-millièmes pendant la journée et à 20 dix-millièmes avec l'éclairage au gaz (2). Ces chiffres paraissent véritablement bien élevés.

Avis de la Commission d'hygiène industrielle. — Enfin la Commission d'hygiène industrielle créée auprès du ministère du Travail en France a donné, le 16 mai 1905, après une discussion sur le rapport du Dr Pottevin, directeur du Bureau d'hygiène de la ville du Havre, l'avis ci-après : « Dès aujourd'hui il y a lieu de considérer comme ne satisfaisant pas aux conditions de pureté de l'air, requises par le décret du 29 novembre 1904, un atelier ou un local de travail où la proportion d'acide carbonique existant dans l'atmosphère dépasse 1 millième au voisinage des ouvriers ( )•

« Cette indication ne s'applique pas aux locaux de travail où les opérations industrielles dégagent de l'acide carbonique dans l'atmosphère, et les constatations ne doivent pas être faites aux heures où il est nécessaire d'éclairer l'atelier, si l'éclairage n'est pas fait à l'électricité.

« Des mesures différentes doivent être prises pour assurer l'aérage dans ces cas particuliers, car on ne peut plus considérer que la

(1) Même observation.

(2) L'avis de la Commission du Congrès a été influencé par l'affirmation qu'il était impossible, dans la pratique de l'industrie, de jamais dépasser ce maximum de dix-millièmes. Cette affirmation a été renouvelée par les industriels anglais du Home Office, qui, pour en avoir le cœur net, a fait faire une enquête spéciale par un chimiste indépendant (Report on air tests in humid coton weaving sheds, by Frank -Scuddes, 1904) . Les conclusions de ce rapport sont très affirmatives: au moyen d'un système convenable de ventilation, il est parfaitement possible de rester au-dessous de 9 dix-milliè es.

Le Syndicat cotonnier de l'Est de la France a reproduit la même affirmation en réponse au questionnaire de la Commission d'enquête parlementaire de l'industrie textile (p. 10 .

proportion de 1 millième d'acide carbonique soit un indice suffisant de la viciation de l'air.

« Les prélèvements d'air pour analyse doivent être faits aux endroits où les ouvriers se tiennent et à hauteur de leur tête.

« Il y a lieu de procéder à une enquête pour savoir dans quel cas la teneur en acide carbonique doit être abaissée au-dessous de 1 millième.

CALCUL DE LA VICIATION. — CUBE DES LOCAUX. — La nécessité de maintenir la viciation de l'air au-dessous d'une certaine limite étant reconnue, quels sont les moyens d'obtenir ce résultat? A première vue, il semble que le cube même des locaux doit jouer un rôle important dans la question, et les deux épithètes « vastes et bien aérés » leur sont souvent appliquées de conserve.

En réalité, le cube d'air d'un local n'a qu'une faible influence sur la viciation de l'atmosphère. Plus les dimensions des pièces sont grandes, plus grandes aussi sont les ouvertures, portes et fenêtres, et plus considérable est le développement des joints par lesquels un peu d'air peut pénétrer sous l'influence de la ventilation naturelle, dont nous parlerons plus loin (p. 149) ; mais le cube d'air luimême n'a aucune action sur ce renouvellement.

Évidemment, on peut imaginer des locaux dont le cube d'air serait assez vaste pour que, sans renouvellement d'air aucun, la viciation limite ne fût pas encore atteinte à la fin d'une séance de travail de trois ou quatre heures. En renouvelant l'air à ce moment par une large ouverture des portes et des fenêtres, on pourrait recommencer une nouvelle séance de travail, et ainsi de suite. En réalité, pour satisfaire à de pareilles exigences, les locaux devraient avoir des dimensions inconciliables avec la pratique.

En effet, nous avons montré par le calcul que, si une personne exhalant 0m3,02 d'acide carbonique par heure est placée dans une capacité de C mètres cubes avec un renouvellement de V mètres cubes

d'air à l'heure, l'air extérieur contenant——— d'acide carbonique ,

N le temps au bout duquel la teneur du local en CO2 atteint est

donné en heures par la formule :

C ,200 ' = 2>303V10SOO-(N-»)V. (1)

N, Cette teneur a d'ailleurs une limite supérieure ,dont elle s'ap-

proche indéfiniment sans jamais l'atteindre et qui est donnée par la formule :

N Par contre la teneur en CO2 atteint rapidement la valeur 2

— — [- , qui ne diffère du maximum que par .^^ et le temps h

au bout duquel cette teneur est atteinte est donné par la formule :

En pratique, c'est de l'équation (2) qu'on se servira pour calculer

le renouvellement d'air V, indépendant du cube individuel, qui est

nécessaire pour maintenir la viciation d'un local au-dessous d'une

N limite donnée — , et si l'on veut savoir le temps après lequel la

viciation est atteinte à près, on se servira de l'équation (3).

Si l'on voulait que sans renouvellement aucun, ou avec de faibles

renouvellements V, le maximum de viciation toléré r^p. (N = 10) ne

soit atteint qu'après une séance de quatre heures, les valeurs de C, qui doivent correspondre à chaque valeur de V, se tirent de l'équation (1).

/ 3 On trouve ainsi, en prenant n =3 ( d'acide carbonique dans

l'air extérieur

Cube individuel, par tète, C (en mètres cubes), Pour des qui serait nécessaire pour

renouvellements d'air que la proportion de CO2

V par tête et . 1

,,ar heure *•****• J^ÔO

en mètres cubes. qu'après une séance

de 4 heures.

15 mètres cubes 80 mètres cubes

0 mètre cube 114 —

On voit que nous sommes loin du cube individuel minimum de 7 mètres cubes prescrit par le règlement du 29 novembre 190i (art. 5) et qui, dans bien des cas, est jugé difficile à atteindre (1).

(1) Voici comment on peut établir les formules (1), (2) et (3) ci-dessus : Soit un homme exhalant 0m3,02 d'acide carbonique à l'heure et disposant d'une capacité de C mètres cubes traversée par une ventilation de V mètres cubes à

l'heure avec une teneur en acide carbonique de dans l'air extérieur. Soit II

mètres cubes la quantité d'acide carbonique contenue dans la capacité G à l'époque t,

et soit par conséquent — = le taux de viciation à cette époque. Pendant la

fraction d'heure dt qui suivra, R s'augmentera de l'acide carbonique apporté par

la ventilation V :

— Vdt; 10 000

Traité d'hygiène. Vil. — 10

146 LECLERC DE PULLIGNY ET BOULIN. — HYG. INDUSTRIELLE. Quant aux cubes d'air usuels, soit 6 à 10 mètres cubes, ils ont une

plus de l'acide carbonique exhalé :

0,02 dt ;

moins l'acide carbonique entraîné par la ventilation :

(iR=^0.02H V— -RUt. (A)

) ' 10000 es x ]

dR

= dt,

et l'on aura :

D'où

et en intégrant :

In $ 0.02 -u

îoooo C ) G

Or pour t = 0, — = ; c'est-à-dire qu'à l'origine la teneur de l'intérieur est la

même qu'à l'extérieur. Donc

et alors, en remplaçant - par

ln \ ô,02+ — — V— - RJ=— - t + K

t - =ln\ 0,02 — N — ny )

et multipliant haut et bas par 10 000 et revenant aux logarithmes vulgaires :

t=3,303-Iog200(N 7>)V, (1)

on voit que lorsque N varie depuis n jusqu'à la valeur NA telle que

t varie de O à l'infini. Nj est donc bien une limite supérieure de N.

En revenant à la valeur de dR donnée par l'équation (A), on voit qu'elle peut s'écrire :

dR = \ 200 — (N — /i) V ' -^— , ( ' ) 10000

et que la valeur Nt annule dR. Elle correspond donc à des gains d'acide carbonique égaux aux pertes, c'est-à-dire au régime permanent. Si nous cherchons le temps

t2 = 2,303- log — — -

au bout duquel la teneur en acide carbonique sera

N2 = N1 — 1, d'où

en portant cette valeur de Nj dans (2), nous en tirons :

200 — (N2 — 7l) V = V, donc

G , 200 /2 =2,303- log— ,

et de (2) nous tirons :

donc

<2 = 2,303 - log(Nj — n). (3)

influence insignifiante sur le moment où la viciation de se

réalise.

Pour un renouvellement de 28m3,5, la viciation de est pré-

cisément la limite qui n'est jamais atteinte. Pour un cube de 7 mètres

cubes, celle de — — — se produit au bout de vingt-huit minutes quarante-huit secondes. Ce renouvellement de 28m3,05 est celui qu'il faut considérer comme normal. Il est indispensable, pour que la viciation

N de ne soit atteinte nulle part, mais il ne suffît pas. Il faut

encore une bonne répartition de l'air neuf introduit dans râtelier, sans quoi il se produit des fleuves d'air frais circulant à travers l'atmosphère viciée du local et ne la renouvelant pas.

Avec des renouvellements moindres, les temps au bout desquels la viciation de est atteinte sont indiqués ci-dessous.

Ces temps sont calculés en appliquant la formule (1) de la page 6 :

Renouvellement d'air Temps au bout duquel

V en me. par . . . . 1

tète et par heure. Ia vlciatl0n de JÔÔÔÔ

est réalisée.

20 mètres cubes 25miQ 12sec

On ne peut donc pas compter sur le cube individuel pour éviter de renouveler l'air, et ce renouvellement est la seule manière efficace d'empêcher la viciation. Les recherches du Dr Harold Coates sur le matériel infectieux dans les maisons occupées par des malades poitrinaires démontrent qu'un grand cube d'air et une propreté supérieure ne comptent pour rien si la ventilation et la lumière manquent (1).

« Il est tout à fait évident, dit la Commission anglaise chargée d'enquêter sur la ventilation des fabriques, qu'un large cube d'air n'est pas une garantie de la pureté de cet air et que le degré de pureté dépend bien moins du cube d'air que de la quantité d'air introduite (2). » D'ailleurs la preuve expérimentale de ce qui vient d'être dit existe. On a montré que, dans certaines filatures anglaises non ventilées et dont le cube d'air par ouvrier était très élevé, l'impureté de l'air était considérablement plus accentuée que dans

(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1905, p. 439.

(2) Report of the Committee appointed to inquire into the ventilation of factories, Appendice II, 1902.

nombre de petits ateliers surpeuplés de Londres. Néanmoins un large cube individuel est favorable à l'hygiène, parce qu'il empêche l'encombrement. Les grands locaux sont en général éclairés convenablement : leur nettoyage est plus facile. Enfin les travailleurs, écartés les uns des autres, sont moins exposés à se contaminer parles contagions dont ils sont porteurs. Ils évitent mieux les projections de salive des tuberculeux notamment (1).

L'AIR CONFINÉ ET LA LÉGISLATION. — Pour faciliter la surveillance des inspecteurs du travail en ce qui concerne le cube d'air minimum dont chaque ouvrier doit jouir, la loi anglaise prescrit d'indiquer sur une affiche, dans chaque local, le nombre maximum de personnes pouvant y être occupées. Le règlement français prescrit d'afficher la capacité du local en mètres cubes, ce qui revient au même (art. 5 du décret du 29 novembre 1904). D'ailleurs, dans toutes les législations des pays industriels, on trouve des dispositions destinées à empêcher les ouvriers de travailler dans un air confiné. Le plus souvent ces mesures concernent à la fois le cube d'air et son renouvellement. On les trouvera ci-dessous.

Allemagne (.4/7. 120 a delà Gewerbe-Ordenung de I 869-1 891). — « Les chefs d'entreprise ... doivent en particulier leur assurer (aux ouvriers) une lumière suffisante, un volume et un renouvellement d'air satisfaisants. »

Autriche (Art. 14 delà loi industrielle de 1 859-1 885). — « L'industriel doit avoir aussi soin que, pendant tout le travail,... l'air se renouvelle toujours d'une manière proportionnelle au nombre des ouvriers et au mode d'éclairage et qu'il remédie aux mauvaises influences d'exhalaisons dangereuses. »

Belgique (Art. 1 6 de ï arrêté royal du 4 septembre 1 894). — « Dans les locaux fermés affectés au travail, chaque ouvrier disposera d'un espace de 10 mètres cubes au moins. Les locaux seront convenablement aérés et ventilés. On assurera un renouvellement d'air de 30 mètres cubes au moins par heure et par travailleur. Ce minimum ne sera pas inférieur à 60 mètres cubes dans les locaux qui revêtent un caractère spécial d'insalubrité. »

Canada (Loi du 8 janvier 1894). — Du 1er octobre au 1er mai, chaque ouvrier devra avoir au moins 11 mètres cubes.

France (.4/7. 5 du décret du 29 novembre 1904). — Les locaux fermés affectés au travail ne seront jamais encombrés.

Le cube d'air par personne employée ne pourra être inférieur à 7 mètres cubes...

Le cube d'air sera de 10 mètres au moins par personne employée dans les laboratoires, cuisines, chais ; il en sera de même dans les magasins, boutiques et bureaux ouverts au public.

(1) Flï'jgge et Laschtsiienko, Zeilschrift fur Hygiène, 1899, vol. XXX, p. 126. Ils ont montre que ces projections ont lieu quand le sujet tousse, éternue ou parle.

Un avis affiché dans chaque local de travail indiquera sa capacité en mètres cubes.

Les locaux fermés affectés au travail seront largement aérés...

Art. 6. — ... L'air des ateliers sera renouvelé de façon à rester dans l'état de pureté nécessaire à la santé des ouvriers.

Grande-Bretagne [Art. 3 delà loi industrielle du il août 1901 (Factory and Workshop A et)]. — Toute fabrique ou tout atelier sera réputé surpeuplé lorsque, dans n'importe quelle salle de travail, chacune des personnes employées au même moment n'aura pas à sa disposition un espace de 7 mètres cubes en temps ordinaire et de 1 1 mètres durant le travail supplémentaire.

De plus, le Cotton Clôt h Factories Act du 6 août 1897 et l'arrêté du secrétaire d'État du 2 février 1898 ont fixé un maximum

de „ n d'acide carbonique pour la viciation de l'air dans les usines 10000 i l

textiles (p. 143).

Nous avons vu (p. 145) qu'en pratique le cube d'un local ne pouvait pas être assez grand pour assurer la pureté de l'air par la simple ouverture des portes et fenêtres à la tin des reprises de travail. Si importante que soit, faute de mieux, cette mesure d'hygiène prescrite par l'article 9 du décret du 29 novembre 1904, elle est cependant insuffisante pour maintenir la viciation de l'air à un taux admissible, et ce résultat ne peut être obtenu que par un renouvellement continu de l'air.

VENTILATION NATURELLE. — Un certain renouvellement d'air se produit automatiquement dans tous les lieux habités. C'est ce qu'on nomme la ventilation naturelle. Entre l'extérieur et toute pièce où la température diffère de celle du dehors, il se fait un mouvement d'air, et ce mouvement s'établit non seulement à travers toutes les ouvertures grandes et petites: portes, fenêtres, vasistas, cheminées et joints autour des fenêtres et des portes, mais à travers les murs euxmêmes. Proust donne à cet égard des renseignements curieux (1), et Haldane déclare que, dans les locaux habités et mal ventilés, le pourcentage en acide carbonique ne peut que rarement dépasser

.) millièmes

Causes qui influent sur la ventilation naturelle. — MM. Haldane et Osborne (2) ont fait des observations intéressantes sur les

(1) Proust, Traité d'hygiène, 1881, p. 597.

(2) Haldane et Osborne, First Report upon ventilation of factories, Appendice II.

causes qui influencent la ventilation naturelle. Celle-ci est d'autant plus active que la différence de température est plus grande entre Eintérieur et l'extérieur. La ventilation est également activée lorsqu'il fait du vent ; dans un local complètement clos et dans lequel brûlaient un certain nombre de bougies, la ventilation naturelle s'est montrée de trois à six fois plus active suivant l'intensité du vent. L'influence du vent est même plus considérable que celle de la différence de température ; une vitesse de vent un peu supérieure à 10 kilomètres à l'heure agit avec plus d'efficacité qu'une différence de 11°C.

La présence d'une cheminée produit un effet très sensible, alors même qu'il n'y a pas de feu. Dans une chambre pourvue d'une cheminée, d'une porte, d'une fenêtre, de murs en briques et tapissée, mesurant 39 mètres cubes de capacité et 2m,80 de haut, on fit brûler quelques bougies à diverses reprises. Lorsque le tablier de la cheminée est rabattu, il faut deux heures quarante-deux pour renouveler l'air de la chambre ; ce tablier levé, le renouvellement a lieu en quarante-huit minutes. Le tablier baissé et le vent soufflant à l'extérieur, il faut encore une heure quarante-huit; enfin un feu très vif provoque le renouvellement de Pair en douze minutes ; un feu moins vif agit moins efficacement, et il faut vingt-quatre minutes.

Perméabilité des toitures. — La perméabilité de la toiture ou du plafond a une influence remarquable. En dépit de leurs dimensions, une église et un hall possédant une toiture perméable voient l'air intérieur renouvelé une fois toutes les trois heures. Par contre, dans un tissage pourvu d'un toit bitumé supportant une couche d'eau et dans lequel il n'y avait aucune fenêtre ouverte, ni aucun autre moyen de ventilation, on a trouvé 33 dix-millièmes d'acide carbonique, bien que chaqueouvrier eût à sa disposition 45 mètres cubes et bien qu'aucune lampe n'ait été allumée. Un autre tissage placé dans les mêmes conditions, mais dont la toiture était perméable à l'air, ne contenait que 6 dix-millièmes d'acide carbonique.

L'acide carbonique étant plus dense que l'air, on pourrait croire qu'il reste à la partie inférieure des locaux. Il n'en est rien cependant : le gaz carbonique est accompagné de vapeur d'eau et se trouve à une température plus élevée que celle de l'air, de sorte qu'il monte au contraire vers les couches supérieures et se trouve toujours en plus forte proportion vers le plafond. Cette remarque indique que la perméabilité des plafonds doit être recherchée quand il s'agit de ventilation naturelle. Elle explique également pourquoi, dans un établissement à plusieurs étages communiquant entre eux par un escalier, la quantité d'acide carbonique est plus élevée ordinairement clans les ateliers du haut.

L'acide carbonique provenant de la combustion des lampes obéit aux mêmes lois physiques; quoique plus dense que l'air, il s'élève vers

VENTILATION. * — Loi

les couches supérieures du local, parce qu'il est à une température plus élevée et parce qu'il est mélangé avec de la vapeur d'eau. Cette ascension ne se produit bien, toutefois, que dans les locaux où l'air n'est pas agité; il n'en est plus ainsi dans ceux où des courroies, ou des organes mécaniques mobiles opèrent comme une sorte de brassage et ramènent l'acide carbonique en bas. Dans ce dernier cas, la perméabilité du plafond a moins d'influence sur la ventilation naturelle.

Ventilation par ouvertures supérieures. — Dans certains ateliers, la ventilation est organisée au moyen d'ouvertures placées près du plafond ou de conduits traversant le plafond lui-même. Le plus souvent ce système n'est qu'un trompe-l'œil. Dans ces bouches de ventilation, il n'est guère possible d'obtenir une vitesse de sortie de l'air supérieure à 60 mètres par minute, même quand l'appel se fait librement. Supposons un tube de ce genre ayant 20 centimètres de diamètre, par conséquent un peu plus de 3 décimètres carrés de section : la quantité d'air qui traversera ce tube par heure sera de 60 x 60 X 3, 14 x0m2, 01 = 113 mètres cubes: c'est-à-dire qu'il faudra un tube de ce genre pour chaque groupe de quatre ouvriers environ, si on admet le coefficient de ventilation de 30 mètres cubes par heure et par personne, qui n'a rien d'exagéré. Quand ces tubes existent, ils sont souvent obstrués par des chapeaux de systèmes divers, ce qui réduit encore leur débit. En réalité, ils ne fonctionnent bien que lorsqu'il y a du vent ou lorsqu'il existe une importante différence de température entre l'air extérieur et l'air intérieur.

Inconvénients de la ventilation naturelle. — Quelle que soit d'ailleurs la manière dont s'effectue l'entrée de l'air dans la ventilation naturelle : qu'il pénètre par des fenêtres, des vasistas, des vitres Castaing, des aérateurs fixes ou mobiles de systèmes quelconques, ou qu'il s'insinue par les fissures qui existent autour des portes et fenêtres, cette ventilation présente toujours des inconvénients graves. Elle est incommode, et elle est irrégulière.

Elle est incommode, car l'air qui entre est froid et soulève les protestations de ceux qui reçoivent cette douche d'un genre spécial.

Elle est irrégulière, car l'appel d'air est essentiellement subordonné aux causes variables que nous avons dites : différence de température entre l'extérieur et l'intérieur, vent, etc.

Pour certaines différences, le mouvement est nul ; pour d'autres, il se renverse: pour d'autres encore, il se produit avec une rapidité désordonnée, de sorte que la ventilation est presque toujours insuffisante ou excessive.

En résumé, ce n'est pas sur la ventilation naturelle ni sur le cube d'air initial que nous pouvons compter pour assurer un air pur

aux ouvriers. Pour obtenir ce résultat, il faut recourir à la ventilation artificielle, que celle-ci soit réalisée par appel d'air chaud ou par propulsion mécanique. Nous allons examiner maintenant ces diverses solutions.

VENTILATION ARTIFICIELLE. — Les trois principaux systèmes de ventilation artificielle applicables aux locaux du commerce et de l'industrie sont :

1° L'appel d'air produit par un foyer échauffant une cheminée:

2° L'appel ou le refoulement d'air produits par une injection d'eau (ventilateur hydraulique);

3° L'appel ou le refoulement d'air produits par propulsion mécanique (ventilateur).

VENTILATION PAR CHEMINÉE. — Ce système a été le plus anciennement et, autrefois, le plus fréquemment employé. Dans les mines, il était d'un usage général. C'est ce système de ventilation qui a été établi avec succès par Grouvelle dans les prisons de Mazas, d'Arbois, de Provins, de Fontainebleau, etc.

Il consiste à entretenir un foyer allumé au bas d'une cheminée de section et de hauteur convenables. L'air de la cheminée se dilate en s'échauffant, devient moins dense que l'air de la pièce à ventiler et s'élève. Un certain volume d'air chaud sort de la cheminée et est remplacé par un volume égal d'air provenant de la pièce. Il s'y produit un vide qui équilibre l'appel d'air de la cheminée. Si on ouvre alors dans la pièce une communication avec l'air extérieur, celui-ci s'y précipite. Le vide est comblé, une nouvelle sortie d'air a lieu par la cheminée, et le cycle recommence.

L'air chaud qui sort de la cheminée emporte de la chaleur, qui est perdue. Si le débit est considérable, il est important de réduire autant que possible cette perte de chaleur et par conséquent d'échauffer l'air modérément; mais alors sa force d'ascension n'est pas 1res grande, sa vitesse est faible, et il faut que la cheminée et les conduits qui la desservent aient de larges sections. La somme des sections de ces conduits doit être égale à la section de la cheminée. C'est encombrant, et ce système ne peut guère être établi que lorsqu'on construit un établissement neuf.

D'après Grouvelle (1), pour des débits d'air importants, on doit s'efforcer de donner à la cheminée une section assez grande pour que la vitesse de l'air ne dépasse pas 1 mètre. La quantité de houille consommée doit être telle que le volume d'air qui traverse la cheminée soit porté à 25° au-dessus de la température de l'extérieur. Pour ces températures peu élevées, la cheminée peut être construite en briques simples enduites en plâtre, sauf dans le voisinage immédiat du foyer.

(1) Laboulayiî, Dictionnaire des arts et manufactures, art. Ventilation.

Quant à la hauteur de la cheminée, elle se calcule par la formule de Péclet :

/UatD

Vl + Id"

où V est la vitesse de l'air dans la cheminée en mètres; H la hauteur et D le diamètre de la cheminée, en mètres ; L la longueur en mètres, des conduits de section totale égale à celle de la cheminée, qui aboutissent à celle-ci ; a le coefficient de dilatation de l'air et t l'excès de température de l'air de la cheminée sur l'air extérieur.

En remplaçant a par sa valeur — - , cette formule peut s'écrire :

H=3,45L±iLV; Dt

et pour l'excès de température / — 25° :

Exemple pour D = 2m,60, L=100 mètres, V = 2m,26, f=25°, on trouve H = 30 mètres.

Dans les ateliers disposant d'une force motrice ou placés à portée d'une distribution d'électricité,on préférera généralement les ventilateurs mécaniques à tout autre système. Mais celui de la cheminée pourra rendre des services dans les commerces et dans les petites industries qui n'emploient qu'une force motrice insignifiante ou qui n'en ont pas du tout.

En hiver, on enverra dans cette cheminée la fumée du poêle qui chauffe le local. En été, on y placera un poêle à gaz ou un très petit poêle à combustion lente, les jours où on ne pourra pas garder les fenêtres grandes ouvertes.

La disposition pourra être à peu près celle que Péclet recommande pour les écoles et que nous représentons figure 19.

A représente un poêle calorifère à double enveloppe, qui reçoit l'air pur extérieur, le chauffe et le verse dans la salle. Le tuyau de

Fig. 19. — Ventilation dune école par un poêle et une cheminée, d'après Péclet.

fumée débouche dans une cheminée d'appel C qui s'ouvre dans le local au-dessous du tuyau de poêle (1).

VENTILATEUR HYDRAULIQUE. — En injectant sous près-

5 à 6 mètres

Fig. 20. — Ventilateur hydraulique de la maison Monnet et Moync.

sion un jet d'eau en pluie à travers un ajutage, dans un tube disposé comme l'indique la figure 21, les gouttelettes liquides entraînent

(1) Supposons que nous ayons à ventiler de cette manière un atelier situé au troisième étage et contenant dix ouvrières; la cheminée est une cheminée d'appartement ordinaire de 0m,20x0m,20 de section et de 6 mètres de hauteur. Le renouvellement d'air devra être de 30 mètres cubes par tête et par heure, soit en tout

300 mètres cubes, et par seconde =* 0ma,083.

La section de la cheminée est de 0m,2 x 0m,2 = 0m2,0'j, et la vitessede l'air sera

La hauteur de cheminée nécessaire nous sera donnée par la formule :

Nous prendrons comme diamètre D celui d'un cercle de même périmètre que celui

0m,8 de notre cheminée, c'est-à-dire D = = 0m,255. Nous prendrons L = lm,50 (pour

équivaloir aux pertes de charge que l'air subit en traversant le poêle). Nous aurons alors :

d'où :

Notre cheminée de 6 mètres de hauteur sera donc suffisante.

Pour calculer la quantité de houille à brûler, nous admettrons que 1 kilogramme de houille dégage 7000 calories en brûlant; que 1 mètre cube d'air pèse lks,3, et que 1 kilogramme d'air prend un quart de calorie pour élever sa température de 1°.

Le nombre de kilogrammes de houille théoriquement nécessaires pour élever de 25° la température de 300 mètres cubes d'air sera alors :

lkg,3x25°X300m3

4x7000cal

Même en admettant que cette consommation doive être quintuplée pour tenir compte de divers éléments négligés dans ce calcul sommaire, on voit qu'on pourra assurer la ventilation de dix personnes avec une installation des plus simples et une dépense peu élevée.

de l'air dans leur rapide mouvement et le refoulent, d'où une aspi tion d'air extérieur en E et une insufflation dans le local en b ; en l'eau s'échappe par une conduite d'évacuation. Pour que ce système fonctionne avantageusement, il faut que l'air sorte facilement du local, de façon que la différence de pression avec l'extérieur ne dépasse pas quelques millimètres d'eau.

Dans ces conditions, à Paris où la pression de l'eau est généralement de 3 kilogrammes par centimètre carré, chaque litre d'eau refoule 1 mètre cube et demi d'air.

Le débit est sensiblement proportionnel à la pression de l'eau. Pour 6 kilogrammes de pression, il serait de 3 mètres cubes par kilogramme d'eau.

La hauteur de chute est de im,20 à la\50.

Pour une pression d'eau de 3 kilogrammes, on obtient les débits suivants, en supposant que l'appareil refoule l'air dans un tuyau de 5 à 6 mètres de longueur :

Dimensions des Dépense d'eau Débit d'air en mètres appareils. par heure. cubes par heure.

Diam. de 160 mil. 100 litres. 150 mètres cubes.

Fig. 21. — Ventilateur hydraulique (système Monnet et Moyne).

La pression de l'air est très faible : quelques millimètres d'eau,

Arrivée d'eau sous pression

Ecoulement de l'eau

Fig. 22. — Dispositif pour augmenter la pression.

aussi ne faut-il pas mettre de conduites d'aspiration ni de refoulement trop longues. Pour obtenir plus de pression, on place parfois

deux pulvérisateurs P en tandem, comme l'indique la figure 22.

Le débit étant sensiblement proportionnel à la pression, on conseille d'installer une pompe qui comprime l'eau à 8 ou 10 kilogrammes.

Dans des magasins ou de petits ateliers, et à défaut d'électricité et de force motrice, l'injection d'eau fournit une solution qui peut concurrencer celle de la cheminée, si l'eau sous pression est à bon marché. Elle est plus agréable en été, car elle rafraîchit l'air. Enfin elle peut s'imposer si l'installation d'une cheminée est coûteuse ou impossible et si, d'autre part, on peut facilement percer dans les murs des orifices pour l'admission et l'évacuation de l'air.

VENTILATEURS MÉCANIQUES. - Les ventilateurs mécaniques peuvent se ranger dans deux catégories :

Les ventilateurs hélicoïdaux ou à basse pression ;

Les ventilateurs centrifuges ou à haute pression.

Les uns et les autres peuvent servir soit à l'aspiration, soit au refoulement de l'air.

Ventilateurs hélicoïdaux. — Les ventilateurs hélicoïdaux sont représentés par les figures 23 et 24. La première montre le type le plus connu de ces instruments.

Ce modèle est devenu tellement populaire qu'il a donné son nom à tous les appareils similaires.

Fig. 23. — Ventilateur Blackmann pouvant s'encastrer dans un mur.

Fig. 24. — Ventilateur hélicoïdal à grand débit, construit par la maison Monnet et Moyne, pression 10 millimètres.

La figure 24 fait mieux voir les palettes inclinées qui le constituent; chacune de ces palettes est une portion de surface hélicoïdale telle que abcd de la figure 25. S'il n'y avait qu'une palette et si la surface dont elle fait partie était prolongée selon toute la longueur du cylindre, on aurait la vis de ladite figure. On comprend, à sa seule inspection, que, si la vis tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, l'air se trouve poussé de bas en haut, et que chacun des

refoulé par la différence 'heure pour

éléments tels que abcd agit dans ce sens. Le ventilateur hélicoïdal est formé d'un certain nombre de palettes telles que abcd assemblées sur Taxe, à la même hauteur. Toutes ces palettes agissent dans le môme sens, et leurs effets s'ajoutent.

On remarquera que l'air est toute la surface du ventilateur, à de ce que nous verrons tout à les ventilateurs centrifuges.

Une autre différence fondamentale existe entre ces deux systèmes d'appareils, et c'est elle qui détermine le choix qu'on doit faire selon les circonstances. Elle concerne la pression qu'ils peuvent surmonter s'ils refoulent l'air, ou la dépression qu'ils produisent s'ils l'aspirent.

Prenons un ventilateur hélicoïdal aspirant, par exemple, et faisons communiquer son conduit d'aspiration avec une cavité close, une sorte de grande boîte étanche; puis mettons le ventilateur en marche avec une certaine vitesse. Il commencera par extraire de la boîte une certaine quantité

d'air, et la pression de l'air restant deviendra inférieure à celle de l'extérieur. La différence sera minime : elle sera mesurée par quelques millimètres de hauteur d'eau.

Au bout de peu de temps, il ne sortira plus d'air, et le maximum de cette dépression sera atteint. Pour l'augmenter encore, il faudra faire tourner l'appareil plus vite: mais, dès qu'on aura obtenu une dépression de 6 à 10 millimètres d'eau, on verra cette dépression ne plus augmenter que faiblement pour de notables accroissements de vitesse. Le rendement devient très mauvais et, en pratique, cette dépression de 6 à 10 millimètres ne doit pas être dépassée (1).

Ventilateurs centrifuges. — Le ventilateur centrifuge est représenté par la figure 26.

La maison Farcot, en France, a eu longtemps la spécialité de ces instruments. Schématiquement, ils consistent en des ailettes/9, />,/>, montées sur un bâti circulaire et tournant dans une enveloppe appelée coquille, dont la section a la forme d'une spirale. L'air pénètre dans l'enveloppe autour de l'axe par la surface du cercle de diamètre AB, nommé œillard, est entraîné dans le mouvement des

Fig. 25. — Propulseui d'air à vis.

(1' Cependant en employant des ventilateurs hélicoïdaux perfectionnés avec distributeurs cloisonnés et diffuseurs, on atteindrait, paraît-il, des pressions de 60 millimètres d'eau (Monnet et Moyneï.

ailettes et chassé vers la circonférence de la coquille par la force centrifuge.

Il s'y comprime et sort par le tuyau CD nommé buse. On peut monter un tuyau sur Yœillard. Il s'y produit un appel d'air, et le ventilateur centrifuge peut servir à l'aspiration .

Si nous renouvelons sur cet instrument l'expérience que nous

Fiff. 26.

Ventilateur centrifuge.

avons décrite tout à l'heure, nous atteignons aussi une dépression maxima; mais, en augmentant la vitesse de rotation, nous voyons que nous pouvons l'augmenter sans que le rendement diminue : nous pouvons ainsi atteindre des pressions vingt et trente fois plus grandes que dans le premier cas. Avec un ventilateur dont les ailettes ont un diamètre de 60 centimètres, en passant de 900 tours par^minute à 2500 tours, la dépression passe de 40 millimètres à 300 millimètres, et le débit de 640 litres par seconde à 1 700 litres. Avec un ventilateur plus grand (diamètre des ailettes lm,05), en faisant passer le nombre

de tours de 600 à 1200, la dépression passe de 35 millimètres à 1 iO"1111^ et le débit de lm3,950 à 3m3,900 (1).

Du choix à faire entre les ventilateurs hélicoïdaux et centrifuges. — On voit que les ventilateurs hélicoïdaux sont surtout efficaces s'ils n'ont à lutter contre aucune dépression ou contrepression à l'intérieur du local. Ce sera le cas en été, par exemple, quand les fenêtres seront ouvertes sur un des côtés de la salle : un ventilateur logé dans l'épaisseur du mur opposé (ventilateur mural) servira de déplaceur d'air et pourra faire passer un fort débit d'un côté à l'autre, en consommant très peu de force si l'air ne prend pas une grande vitesse. A défaut de fenêtres ouvertes, on pourra placer une ou plusieurs paires de ventilateurs dans des murs opposés : l'un fera entrer l'air et son vis-à-vis le fera sortir.

Si, au contraire, l'air doit suivre un trajet sinueux avant d'entrer dans le local, s'il doit traverser des rechauffeurs ou des refroidisseurs, s'il doit être distribué par une canalisation longue et compliquée, il est nécessaire de lui communiquer une forte pression : les a Blackman » seraient tout à fait impuissants, et un ventilateur centrifuge s'impose.

(1) Le volume engendré par une vis de pas h et de rayon R est 7tR2/i pour une révolution, et, s'il n'y avait pas de recul, le volume d'air déplacé par minute pour N tours à la minute serait, pour un ventilateur hélicoïdal :

NuR2n,

c'est-à-dire qu'il serait proportionnel à la surface du ventilateur et au nombre de tours.

En pratique, l'expression ci-dessus doit être multipliée par un coefficient de rendement variable avec les appareils et toujours inférieur à l'unité.

D'autre part, si P est le poids d'air qui traverse le ventilateur par seconde et V sa vitesse, cet air a reçu une force vive :

2 9 qu'on peut considérer comme le travail utile de l'appareil. La puissance nécessaire pour lui communiquer cette force vive serait en chevaux-vapeur :

et en pratique il faut au moins la doubler pour tenir compte des reculs, des frottements et des pertes de charge.

Quant au ventilateur centrifuge, il développe à la périphérie de ses ailettes une différence de pression qui dépend de la vitesse tangentielle en ce point, de la densité de l'air D et d'un coefficient K :

H=— xDxK.

ff

K est généralement de 50 p. 100; toutefois certains ventilateurs à ailettes fortement courbées en avant du sens de rotation ont un coefficient beaucoup plus élevé. Dans le ventilateur Ser K=70 à 85 p. 100, dans le Râteau K = 85 à 100 p. 100, dans le Monnet et Moyne K = 100 à 140 p. 100.

D'ailleurs, pour faire pénétrer un volume Q d'air dans l'enceinte où règne la différence de pression h, il faut un travail

Qh

Quand on emploie ces appareils, il faut remarquer :

1° Que le débit est proportionnel au nombre de tours;

2° Que la pression est proportionnelle au carré des nombres de tours.

3° Que le travail est proportionnel aux cubes des nombres de tours :

Dans une installation, il y a donc avantage à diminuer la pression, en donnant de grandes sections aux conduites d'air. Si au contraire, avec une canalisation donnée, on veut doubler le débit, la pression devra être quatre fois plus forte et le travail huit fois plus grand.

PRISE D'AIR DE LA VENTILATION. — L'air destiné à la ventilation devant être pur, le choix de la prise d'air n'est pas indifférent. Cette prise se fera dans une couche de l'air extérieur aussi

et une puissance

Qh

L'expérience montre que, pour réaliser ce travail utile, il faut appliquer au ventilateur une puissance totale sensiblement double de la précédente, et c'est ainsi qu'on la calcule d'après la pression h et le débit Q qu'on veut obtenir.

Le tableau ci-dessous rend compte d'intéressantes expériences faites sur un ventilateur centrifuge (Monnet et Moync) à la fosse n° 2 de la Société des mines de Lcns.

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