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PROPORTION SUR 100 CENT. CURES DE GAZ

Nature des Fosses pourvues

gaz rencontrés. Fosses non ventilées. d'un tuyau d'aération.

Nos 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7.

Hydrogène sulfuré 0,03 0,04 0,05 0,01 0,01 » »

Ammoniaque 3,2 3,3 3,7 1,2 1,9 » »>

Acide carbonique 9,6 11 10,8 4 0,6 0,32 1,03

Oxygène 3,8 » 3,7 12,1 12,6 13,72 4,5

Méthane . . . . i

Hydrogène ( 85,69 31,75 82,69 84,89 » » »

Azote . 1

Quelques expérimentateurs ont recherché la proportion d'hydrogène sulfuré qui, répandu clans l'air, le rend toxique. Cette proportion est très faible, mais il paraît qu'elle varie d'un individu à l'autre et qu'il importe de tenir compte de l'idiosyncrasie de chacun.

(1) Archiv f. Hygiène, 1892, p. 135.

Gréhant et Peyron ont trouvé qu'un mélange d'air et de 1 p. 1000 d'hydrogène sulfuré amenait divers accidents chez le chien; pour tuer cet animal, il leur a fallu un mélange de 1 p. 500. Dupuytren et Thénard ont expérimenté sur des oiseaux, sur des chiens et sur des chevaux. Pour les premiers, de l'air contenant 0,66 p. 1 000 d'hydrogène sulfuré est toxique; pour les seconds, il faut 1,25 p. 1000, et 4 p. 1 000 pour les chevaux. D'après Lehman, de l'air qui renferme 0,7 à 0,8 p. 1 000 d'hydrogène sulfuré est dangereux pour l'homme, et mortel si ce mélange atteint la proportion de 1 à 1,5 p. 1000.

L'OXYDE DE CARBONE. — L'oxyde de carbone prend naissance lorsque du charbon brûle en présence d'une insuffisante quantité d'air; il se forme également quand on fait passer de l'acide carbonique sur du charbon en ignition.

La première réaction explique que l'oxyde de carbone se forme dans tous les petits réchauds à braise ou à charbon de bois qu'on maintient en marche modérée : tels ceux des plombiers et ceux qui servent à chauffer les fers des ménagères et des tailleurs. Il se produit en abondance dans les poêles dits « à combustion lente ». Il est sans odeur par lui-même, mais il est souvent mélangé à des produits de combustion sulfurés ou non, dont l'odeur peut heureusement attirer l'attention.

La seconde réaction, celle qui produit l'oxyde de carbone par réduction de l'acide carbonique, explique la présence de l'oxyde carbone dans beaucoup de fours industriels : lorsque de la houille ou du coke brûlent à la partie inférieure du four, le gaz carbonique produit rencontre, en s'élevant, d'autres couches de combustible portées au rouge; il perd une partie de son oxygène et se transforme en oxyde.

Les hauts fourneaux en particulier sont pour ainsi dire des fabriques d'oxyde de carbone; aussi ce gaz provoque de nombreux accidents pendant le nettoyage ou la réparation des appareils, de leurs canaux de fumée ou des conduits de ventilation. Il serait fastidieux d'énumérer ceux qui ont été cités par les auteurs. Il ne se passe pas d'année sans qu'on signale des morts d'ouvriers survenues à l'occasion de ces nettoyages (1).

Le 22 mai 1907, trois maçons étaient occupés à la réparation d'un four à ciment à Neufchâtel, près de Boulogne-sur-Mer ; comme ils ne reparaissaient pas, le contremaître descendit dans le four et ressortit rapidement pour tomber sans connaissance à la porte. Deux ouvriers se portèrent au secours de leurs camarades, mais ils ne reparurent pas. Dix autres ouvriers descendirent à leur tour; ils furent remontés à demi asphyxiés. Total cinq morts et onze malades.

En 1902, àAnzin, dix ouvriers maçons réparant des canaux de fumée

(1) Bull, de l'Inspection du travail, 1906, p. 195.

furent atteints, cinq moururent. En 1905, à Homecourt (Meurthe-et- Moselle) une équipe de quatorze ouvriers fut asphyxiée en nettoyant une conduite de fumée. On a supposé que les gaz délétères s'étaient condensés dans les poussières de charbon déposées dans la conduite et qu'ils se sont dégagés brusquement quand on a remué ces poussières.

Toxicité de l'oxyde de carbone. — L'oxyde de carbone est un des poisons les plus subtils et les plus puissants qui existent. Un millième de ce gaz dans l'air provoque rapidement des maux de tète et de la faiblesse dans les jambes ; mais, s'il est en faible proportion, il peut arriver qu'il ne produise pas ses effets immédiatement. C'est ainsi que des mineurs ayant pénétré dans les parties reculées d'une mine ont aspiré de petites quantités d'oxyde de carbone sans en éprouver des inconvénients immédiats ; mais, dès qu'ils se furent transportés dans les voies plus larges et plus aérées de la mine, ces ouvriers se sont trouvés incapables d'avancer par suite de l'action de l'oxyde de carbone sur leurs membres inférieurs (Oliver).

Quelques ouvriers exposés à respirer fréquemment de l'oxyde de carbone, comme les ouvriers chargeurs des hauts-fourneaux, semblent souffrir moins que d'autres. Tout en étant victimes d'intoxications aiguës et après avoir perdu connaissance, ils peuvent reprendre leurs occupations quelques jours après. Mais, en général, la victime de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone n'est pas complètement hors de péril après le rappel à la vie ; elle court le risque de mourir, même huit jours après l'accident.

Il n'est pas besoin d'un millième d'oxyde de carbone pour produire des effets dangereux. Un animal peut mourir dans une atmosphère contenant 1/2 000 d'oxyde de carbone et même 1/7000, si on prolonge l'expérience.

Loi de Twaite. — Le temps nécessaire pour provoquer les premiers symptômes d'empoisonnement est inversement proportionnel à la teneur d'oxyde de carbone dans l'air, comme l'a montré Twaite (dont nous reproduisons ci-contre le graphique), dans une communication àl'Institut anglais des Ingénieurs de la métallurgie (1). Pour une teneur de 1 millième, cette durée est de deux heures ou cent vingt minutes. Pour 4 millièmes, elle est de 1/4, soit de trente minutes. Pour 10 millièmes, elle est de 1/10, soit douze minutes.

Cette loi s'accorde avec ce qu'on sait du mécanisme de l'intoxication oxycarbonée. Grâce à l'extraordinaire affinité du gaz toxique pour l'hémoglobine du sang, l'air qui traverse le poumon lui laisse tout l'oxyde de carbone qu'il contient, et, s'il en faut une quantité déterminée dans l'organisme pour produire des troubles, ce

(1) Iron and steel Inslitute, mai 1905.

total est évidemment atteint d'autant plus vite que l'atmosphère en contient davantage.

LE GAZ D'ÉCLAIRAGE. — L'oxyde de carbone existe dans le gaz d'éclairage, qui en contient de 4 à 10 p. 100. On le trouve en bien plus grande quantité dans le gaz pauvre et dans le gaz à l'eau.

Le diagramme ci-dessous, dressé par Twaile, montre la proportion de gaz toxiques, dont l'oxyde de carbone est le principal, existant dans divers gaz combustibles.

La proportion de 7 à 10 p. 100 suffit à rendre les fuites de gaz

Nombre à heures et de minutes après lesquel/es apparaissent les premiers symptômes c/ empoisonnement aigu

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Proportion d'oxyde de carbone et autres gaz toxiques dans divers gaz combustibles

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Numéros d'ordre

Fig. 14. — Toxicité de l'oxyde de carbone (loi de Twaite).

Fig. 15. — Proportion d'oxyde de carbone et autres gaz toxiques dans divers gaz combustibles.

très dangereuses, et chaque année elles asphyxient quelques personnes pendant leur sommeil.

La combustion du gaz elle-même ne détruit pas tout l'oxyde de carbone qu'il contient, et elle peut en produire, de sorte que les produits de cette combustion en renferment une proportion variable suivant les systèmes de brûleurs, et assez élevée pour incommoder les personnes habituées à respirer de l'air pur. Celles-ci ressentent toujours une céphalée plus ou moins vive après quelques heures de séjour dans une pièce où des appareils de chauffage ou d'éclairage au gaz déversent leurs produits. Pour se garantir, il ne suffit pas d'adopter des appareils munis d'un soi-disant tuyau

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d'évacuation débouchant à l'extérieur. Presque tous les appareils qu'on trouve dans le commerce sont mal construits au point de vue de cette évacuation, et une partie des gaz brûlés se répand dans la pièce, en y produisant l'intoxication signalée. Les appareils les plus nouveaux et les plus vantés par la réclame sont dans ce cas.

Pendant la fabrication du gaz d'éclairage, de grandes quantités de ce produit s'échappent des appareils et peuvent causer des accidents.

De 1900 à 1903, une enquête faite en Angleterre a montré que 21 cas d'asphyxie, dont 11 suivis de mort, avaient eu lieu dans les usines où se fait la distillation du goudron de houille. 8 de ces accidents sont survenus pendant le nettoyage des cornues (1).

De même, entre les années 1899 et 1903, on a déclaré au Home Office 51 cas, dont 17 suivis de mort, causés par des fuites de gaz dans les usines, et par le nettoyage des gazomètres et des conduites avant une aération suflisante (2).

Au début de 1907, un industriel de Pagny-sur-Mureau chargea un de ses employés de nettoyer un gazomètre dont on ne se servait plus depuis quelque temps. Pour aérer l'appareil, l'ouvrier enleva le capot, puis descendit sans se rendre compte que les gaz toxiques n'avaient pas eu le temps d'être éliminés par cette mesure insuffisante. Le fils de l'industriel, inquiet de ne pas voir revenir l'ouvrier et de ne rien entendre dans le gazomètre, descendit à son tour et tomba aussitôt asphyxié, mais non sans avoir eu le temps d'appeler au secours. Un autre ouvrier accourut, donna l'alarme et tomba également quand il voulut pénétrer dans le gazomètre. Le fils du patron put être rappelé à la vie, mais les deux ouvriers étaient morts.

C'est aussi au gaz d'éclairage qu'il faut probablement attribuer la toxicité inattendue de certains milieux, comme les puits, les égouts, à proximité desquels se trouve un système de canalisation du gaz. On remarquera toutefois que très souvent l'air qu'on rencontre dans ces milieux, alors même qu'il est devenu délétère, ne possède pas, oupossède peu, l'odeur caractéristique du gaz d'éclairage : c'est qu'en traversant le sol ce dernier y abandonne une grande partie de ses hydrocarbures, de sorte que l'oxyde de carbone presque seul arrive à destination.

On sait qu'il faut toujours compter avec une perte assez importante de gaz pendant sa distribution ; cette perte atteint parfois 10 à 15 p. 100 dans les conduites principales. Autour de ces conduites, la terre est toujours colorée en noir par suite de la présence de composés sulfurés, et elle possède une odeur franche de gaz. Quant à

(1) Dangerous Trades and dangerous machinery. Report of ihe chief Inspecter of factories, 1903, p. 173.

(2; Oliver, The air we breathe inside and outside the Home, p. 35.

l'oxyde de carbone, il filtre aisément à travers le sable ou à travers un mur de briques. On a remarqué fréquemment que ce gaz a pu traverser des couches épaisses de plusieurs mètres et provoquer fortuitement l'altération de l'air d'égouts, de puits, d'excavations diverses, voire même de locaux en sous-sol.

L' ACIDE CARBONIQUE. — L'acide carbonique se forme quand on fait brûler du charbon en présence d'un excès d'air ; il se dégage aussi des fermentations, de la décomposition des matières végétales et de la respiration des animaux.

Le gaz carbonique a une densité une demi-fois supérieure à celle de l'air; c'est pourquoi il a tendance à restera la partie inférieure des milieux où il se dégage. Il n'est pas combustible, et les corps en ignition s'y éteignent.

Ce gaz n'est pas toxique à dose faible. Paul Bert a démontré que l'on peut augmenter la quantité d'acide carbonique contenu dans l'air respirable, pourvu qu'on en fasse autant de l'oxygène. 11 faut que ce dernier gaz ait toujours une tension suffisante pour permettre sa pénétration dans le sang. La limite de la proportion de l'acide carbonique est aussi marquée par la tension de ce dernier gaz dans le sang ; tant que cette tension est plus forte que la tension de l'acide carbonique atmosphérique, le gaz peut se dégager et l'hématose peut avoir lieu ; mais elle cesse lorsque les deux tensions sont égales ou presque égales. Enfin il y a empoisonnement quand la tension de l'acide carbonique à l'extérieur est la plus forte (1).

D'après Oliver, la présence de 3 p. 100 d'acide carbonique dans l'air atmosphérique rend la respiration difficile; 6 p. 100 provoquent des palpitations et des maux de tête, et 11 p. 100 amènent la perte de connaissance. A la dose de 25 p. 100, l'asphyxie se produit.

A maintes reprises, on a signalé les accidents provoqués par l'acide carbonique pendant le nettoyage des cuves de fermentation ou pendant la fermentation elle-même. Le 23 mai 1907, quatre personnes occupées à enlever le marc d'une cuve ont péri asphyxiées près de Toulon.

Les ouvriers puisatiers sont aussi fréquemment victimes d'asphyxies provoquées par de l'acide carbonique qui se dégage des terrains traversés. Ces terrains, souvent perméables, se laissent pénétrer par des gaz provenant de dépôts de matières organiques placés dans le voisinage, à la surface du sol. Le 11 mai 1907, en visitant un puits où étaient effectués des travaux, le chef jardinier du château de Juziers, près de Mantes, est tombé asphyxié, quatre ouvriers qui, successivement voulurent le secourir, éprouvèrent le même sort. Les scaphandriers ne remontèrent que des morts.

(1) D'après les physiologistes, la tension de l'acide carbonique, dans le sang veineux^ une valeur moyenne de 5,4 p. 100 d'atmosphère et, dans le sang artériel, une valeur moyenne de 2,6 p. 100.

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La commission du Conseil d'hygiène du Loiret, chargée de faire une enquête à la suite de la mort de deux ouvriers puisatiers, a reconnu que presque tous les puits de la commune où s'était produit l'accident renfermaient une proportion élevée d'acide carbonique. Dans ce pays, les cultivateurs ont l'habitude de laisser en tas les résidus de marcs de raisins. Les eaux pluviales dissolvent certaines matières de ces résidus ou les entraînent dans le sol. Elles s'y déposent et là produisent, par leur décomposition ultérieure, des quantités considérables d'acide carbonique.

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