‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 38 sur 160 · CHALEUR · texte numérisé non relu

CHALEUR

départ de l'air chaud soit assuré, quelle que soit la direction du vent à l'extérieur. Il est important de peindre la toiture en blanc, pour que les rayons solaires n'ajoutent pas leur chaleur à celle du local, et il faut que le dessous de la toiture ne forme pas de surface réfléchissante.

Ventilation mécanique. — Divers essais de ventilation mécanique ont été tentés. A Anor (France), on a essayé, par exemple, de faire mouvoir des ventilateurs à ailettes au-dessus des places occupées par les ouvriers verriers; ceux-ci s'en sont montrés satisfaits.

Le Dr Gallard (1) a vu fonctionner à Cleveland, à Brooklyn, à Détroit, etc., des appareils de ventilation qui amènent et distribuent de l'air frais à proximité des fours, des ouvreaux, devant les laminoirs. A la Cleveland Hardware C°, la distribution a lieu de la manière suivante : dans l'atelier des laminoirs, le long de la rangée des foyers, et à une hauteur suffisante, court un tuyau horizontal communiquant avec une ventilation de refoulement ; de ce conduit principal se détachent à droite et à gauche d'autres tuyaux, qui descendent verticalement jusqu'à 1 mètre ou lm,50 environ de hauteur d'homme. Par ces tubes, de l'air frais arrive avec une force suffisante pour descendre autour de l'ouvrier sans occasionner cependant de courants d'air. Dans les ateliers de puddlage de la Bismarkhutte, il existerait un système de rafraîchissement analogue (2).

Ailleurs, la canalisation qui apporte l'air frais est heureusement combinée avec un système d'aspiration des fumées et des poussières.

Dans certaines fonderies de fer allemandes, on serait arrivé à abaisser d'au moins 10° la température régnant dans les fosses. Un ventilateur aspire de l'air qui est obligé de traverser une tour de réfrigération, et l'envoie par une canalisation appropriée vers les points d'utilisation (3).

C'est également par des procédés qui provoquent un refroidissement rapide des produits retirés des fours à griller que s'améliorent les conditions hygiéniques des ateliers contenant des fours de grillage (4).

Ventilateur hydraulique. — Dans la petite industrie, dans les cuisines de restaurants, dans les fournils de boulangeries et chez les pâtissiers ou fabricants de biscuits, on dispose rarement d'une force mécanique pouvant actionner un ventilateur; mais on peut toujours recourir au ventilateur hydraulique (Voy. p. 154).

TRANSFORMATION DES PROCÉDÉS. — Heureusement pour les ouvriers de demain, beaucoup de procédés qui exigeaient leur

(1) Dr Gallard, L'hygiène de l'ouvrier aux États-Unis, 1905, p. 36.

(2) Zeitschrift fur Gewerbe Hygiène, 1906, p. 19.

(3) Zeitschrift fur Gewerbe Hygiène, 1905, p. 400.

(4) Vorrichtung zum Abkûlen und zur Staubfreien Gewinnung des Rostguts in Zinkblende-Rôstanstalten. Zeit. fur Gewerbe Hygiène, 1907, p. 279.

présence devant les feux se transforment. C'est ainsi que le séjour des ouvriers dans les ateliers d'encollage était pénible à cause de la chaleur rayonnée par lencolleuse. Or, depuis environ deuxannées, un industriel de Roubaix a inventé une encolleuse à grand rendement dont la chambre de séchage est disposée non plus horizontalement dans l'atelier, mais verticalement, au travers du plafond ; de sorte qu'elle fonctionne à la manière d'une cheminée d'appel à l'égard du reste de l'atelier et ne rayonne plus de chaleur comme les encolleuses du type primitif.

Le travail de l'ouvrier verrier est un des plus exposés à la chaleur, aussi bien dans les verreries à bouteilles que dans les verreries à vitres. Depuis longtemps, on a cherché à substituer au soufflage à la bouche le soufflage mécanique, et il semble bien que la réussite soit près de couronner les efforts des inventeurs. A ce sujet, on lira avec intérêt les études qui ont été publiées sur cette question par le Bulletin de V Inspection du travail (1).

En ce qui concerne le verre à vitre,, le soufflage des canons a été remplacé par le procédé Foucault-Golbe,qui consiste à puiser mécaniquement du verre dans le bassin de fusion, à l'étirer et à l'amènera l'extérieur presque froid, sans autre intervention de l'ouvrier que la surveillance de l'appareil et l'entretien du foyer. Un appareil de ce genre n'exige que cinq ouvriers sans connaissances spéciales, et huit appareils suffisent pour produire autant qu'une grande verrerie à vitre ordinaire (2).

Un certain degré de chaleur est nécessaire à l'homme qui travaille pour que le milieu dans lequel il vit ne lui fasse éprouver ni une sensation de froid pénible, ni une impression de chaleur excessive. Or, dans nos climats, cette sensation de froid se ferait sentir pendant une partie de l'année si on n'élevait pas artificiellement la température des locaux de travail (3) : c'est pourquoi il est indispensable de les chauffer, et ce chauffage est prescrit parle règlement (4).

LA TEMPÉRATURE NÉCESSAIRE. - Voici ce que dit à ce sujet le médecin inspecteur des fabriques en Angleterre : « Qu'entend- on par température raisonnable au sens de la loi industrielle ? Il est impossible de fixer un état de la température qui convienne à chaque

(1) Bull, de rinspection du travail, 1902, p. 439, 1906, p. 101 et 110.

(2) Le procédé Foucault est exploité actuellement dans une verrerie de Jeumont (Nord).

(3) Il faut observer que le chauffage des ateliers en hiver intéresse au moins autant la production que l'hygiène. Cependant, sans les prescriptions du règlement, beaucoup d'ateliers ne seraient pas chauffés.

(4) Le règlement du 29 novembre 1904 (art. 5) dit : les locaux fermés affectés au travail seront... en hiver convenablement chauffés.

individu. Si la température des parois, etc., d'un local, celle de l'air de ce local, sont peu élevées, le corps perdra nécessairement delà chaleur par conduction, par convection et par rayonnement. Une température raisonnable dans les fabriques et dans les ateliers sera la température sous l'influence de laquelle cette perte de chaleur éprouvée par le corps, de la manière qui vient d'être dite et par évaporation, ne sera pas excessive et n'amènera pas la sensation de froid ou ne nuira pas à la puissance de production. Evidemment cette température ne saurait être la même pour les personnes corpulentes et pour les personnes maigres, pour celles qui sont bien vêtues et celles qui le sont légèrement, ni pour les ouvriers qui exécutent de violents efforts musculaires et pour ceux qui ont une profession sédentaire exigeant des manipulations délicates, comme les couturières. Tout ce qui peut être fait, c'est d'essayer de fixer la température qui produit au moindre degré la sensation de malaise pouvant être ressentie par le plus grand nombre (1). »

Or on peut admettre comme un fait d'observation que, dans les ateliers où les travailleurs sont occupés à des manipulations exigeant peu de mouvements, la sensation de froid est ressentie par le plus grand nombre dès que la température descend au-dessous de 15° G.

D'autre part, d'après Ch. Joly (2), la température doit être de 12 à 15° dans les ateliers, de 17 à 18° dans les appartements, de 19 à 20° dans les salles de spectacles, bals, etc.

Le général Morin indique les températures suivantes (3) :

Écoles 15°

Hôpitaux 19 à 18°

Salles de blessés 12°

Boutiques, casernes, prisons 15° (4)

Théâtres, lieux de réunions 19 à 20°

Albrecht dit qu'il n'est pas possible de fixer d'une façon absolue la température qui doit régner dans un atelier. En général, dit-il, une température comprise entre 10 et 15° est désirable ; mais, dans les occupations sédentaires, elle doit s'approcher de 20°.

Pour Haldane et Osborne (5), la température ne doit pas être inférieure à 15°, 5, particulièrement dans les ateliers où s'opèrent des travaux manuels délicats.

Enfin l'ordonnance anglaise du 26 février 1906 (art. 3) sur les filatures de lin et d'étoupe prescrit que, dans les ateliers de peignage à la main, de teillage, de peignage à la machine, la température ne

(1) Dr Legge, Annual Report of the chief inspector of factories for the year 1903, p. 283.

(2j Joly, Traité pratique du chauffage, de la ventilation et de la distribution des eaux dans les habitations particulières, p. 9.

(3) Général Morin, Manuel de chauffage, p. 186.

(4) Rouget et Dopter, Hygiène militaire, fasc. IX du Traité d'Hygiène de MM. Rrouardel, Chantemesse et Mosny, p. 100, indiquent le même chiffre.

(5) Report of the ventilation Committe.

doit pas tomber au-dessous de 10°, ni dans les ateliers de triage, de cardage et de préparation au-dessous de 13° C. (55° F.). De plus aucun travailleur ne doit être exposé à un courant d'air direct provenant de la ventilation ou de toute autre cause dont la température ne sera pas au moins égale à 10°.

En résumé, il nous paraît que, dans les établissements oùles ouvriers et employés n'ont à développer que peu d'efforts, la température doit être d'au moins 15°; tandis que, dans les locaux où le personnel se livre à des mouvements plus ou moins violents, le minimum de 10° semble suffisant. Dans les cas où le travail est très actif et le chauffage difficile, comme dans les halls des fonderies, des forges et des chaudronneries, les ouvriers pourront supporter sans incommodité des températures encore plus basses, à condition de se couvrir suffisamment : surtout s'ils trouvent dans l'atelier quelques poêles à fort rayonnement près desquels ils puissent aller de temps en temps se réchauffer et au besoin sécher leurs vêtements.

Ce rôle était autrefois rempli par des braseros ; on verra plus loin que nous les proscrivons absolument.

CALORIES NÉCESSAIRES POUR LE CHAUFFAGE D'UN ATELIER. — On peut évaluer approximativement le nombre des calories nécessaires pour le chauffage des locaux de travail, et nous allons donner un exemple d'un calcul de ce genre pour le cas d'un tissage de toile occupant deux cent cinquante ouvriers dans un shed (ou atelier couvert en dents de scie) de 10 OOOmètres cubes de capacité. Rappelons d'abord quelques données physiques indispensables.

La chaleur spécifique de Vair par rapport à celle de l'eau étant de 0,237 et le poids de 1 mètre cube d'air aux environs de 0° étant peu différent de lk,293, la quantité de chaleur nécessaire pour porter l'air extérieur de /° à t'° sera de 0,306 (t'° — t°).

La chaleur nette dégagée par un ouvrier d'un poids de 65 kilos, placé dans une atmosphère à une température égale à 15°, est d'environ 1700 calories par vingt-quatre heures au repos, soit près de 70 calories par heure, et, pendant un travail actif, d'environ 2 400 calories, soit 100 calories par heure (1).

La chaleur produite par le travail mécanique détruit sans aucune mise en réserve d'énergie potentielle est de 635 calories par chevalvapeur (2).

L'éclairage au gaz dégage à peu près 5000 calories par mètre cube, soit 500 calories par bec de 100 litres et par heure d'éclairage.

La perle par rayonnement et conductibilité des parois du local, murs, plafond, vitres, etc., est d'environ 0cat,66 par mètre cube de capacité d'un atelier couvert par un vitrage en dents de scie, par

(1) Nous adoptons ici les chiffres de Wolpert. Voy. p. 162, en note.

heure et par degré de l'excès de la température intérieure sur l'extérieure : ceci par un temps calme; lorsque l'air est agité, il faut compter sur une perte de 0cal,75à 0Cal,80par heure et par degré (1).

La ventilation emporte vers l'extérieur de l'air chaud, soit environ 20 p. 100 du cube de l'atelier par la ventilation naturelle et un chiffre variable par la ventilation mécanique (par heure).

La chaleur emportée par les marchandises ouvrées qu'on enlève de l'atelier peut être évaluée, dans le cas d'un tissage de toile, à la moitié environ de la chaleur fournie par la destruction du travail mécanique, soit à 315 calories par cheval-vapeur.

Si nous supposons que la force employée est de 120 chevauxvapeur et que la ventilation, tant naturelle qu'artificielle, renouvelle l'air une fois toutes les heures, la température moyenne de l'extérieur pendant les heures de travail étant de 4°, celle qu'on cherche à obtenir dans le local de 20°, le compte des calories nécessaires pour obtenir ce résultat par un temps calme pourra s'établir comme il

uil

Calories perdues : murs, vitres, etc. : 0cal,66 x 10 000m3 x 16°. 105 600

— ventilation : Ocai, 306 x 10 000m3X 16» 48 960

— marchandises emportées : 120 x 315 =... . 37 800

Calories gagnées : travail mécanique détruit 120X635. 76 200 — chaleur rayonnée par les

ouvriers 250x100. 25 000

Excédent des pertes : 91 160 calories par heure. Tel est le nombre des calories que le chauffage doit être en état de fournir.

Quant au gain provenant de l'éclairage, nous n'en avons pas tenu compte ; il peut cependant être assez important. Mais l'éclairage n'est pas toujours assuré par un procédé dégageant de la chaleur; de plus, on peut admettre que ce gain sert à compenser les pertes provenant de températures extérieures exceptionnellement basses et de l'action du vent certains jours.

En effet, lorsque l'air est agité, la perte par conductibilité et par rayonnement des parois de l'usine est plus élevée : 0,80x10 000x16 — 128 000 calories, au lieu de 105 600, ce qui porte l'excédent des pertes à environ 114000 calories par heure.

(1) Ces chilïres varient évidemment suivant l'épaisseur et la nature des murs, leur disposition, le nombre d'étages, etc. On trouvera à ce sujet tous les renseignements désirables dans la Physique industrielle de Ser.

Ainsi un mur en maçonnerie de 40 centimètres d'épaisseur perd 2cal,28 par heure et par mètre carré de surface pour une différence de température de 26°; pour un mur en briques, la perte serait de lcal,17. Les vitres perdent 2cul,45 par mètre carré par un temps calme et 4cal,86 lorsque la vitesse de l'air est de 4 mètres. Une vitre double réduit la perte de moitié.

Un plafond exposé aux froids de l'extérieur perd par mètre carré lcal,5;s*il est protégé par un matelas d'air, 1 calorie; par une couche de liège, 0cal,5; etc.

Traité d'hygiène. Vil. — 12

PROCÉDÉS DE CHAUFFAGE. — On peut partager les procédés de chauffage employés dans les locaux visés par la loi du 12 juin 1893 en deux catégories : les procédés que nous appelerons directs : cheminées, poêles, braseros, et les procédés indirects : chauffage par la vapeur ou par lair chaud.

Poêles à combustion vive. — Nous ne parlerons pas des cheminées qui constituent une méthode de chauffage avantageux au point de vue de l'hygiène, mais peu économique. Les cheminées ne sont guère employées que dans certains bureaux et dans quelques magasins. Il en est de même des radiateurs électriques, qu'on doit encoreconsidérer comme un chauffage de luxe.

Les poêles sont très nombreux; il en existe de toutes dimensions, de toutes formes, brûlant toutessortes de combustibles. Nous n'avons pas l'intention d'en faire la description, et nous nous contenterons simplement d'énumérer, avec Ch. Joly, les particularités que les chefs d'établissements doivent leur demander : 1° un nettoyage facile et sans poussière au moyen d'une grille mobile laissant tomber les déchets de la combustion dans un cendrier fermé ; 2° un foyer entouré de briques réfractairés avec enveloppe de fonte garnie de nervures nombreuses pour multiplier les surfaces de transmission ; 3° une prise d'air extérieure amenant l'airfrais autour du poêle dans une double enveloppe : c'est là que doit être posée la clef ou registre et non dans le tuyau de fumée, dont les gaz doivent toujours avoir une issue libre ; Lair admis dans la double enveloppe aura pour effet d'activer le tirage et d'empêcher, dans une certaine mesure, que le foyer ne soit porté au rouge; 4° un réservoir d'eau placé sur le poêle pour donner à l'air l'humidité nécessaire ; 5° une réserve de combustible suffisante et disposée pour que la combustion soit vive ou durable à volonté.

Lespoêles sont des appareils de chauffage économiques, qui utilisent jusqu'à 90 p. 100 de la chaleur dégagée par la combustion : par contre, ils offrent de multiples et graves inconvénients au point de vue de l'hygiène. Dans les grands halls, ils ne chauffent l'air que dans un rayon assez réduit, parfois d'une manière exagérée. La fonte rougit si elle n'est pas garnie intérieurement d'un enduit réfractaire, calcine les poussières qui se déposent, dessèche l'atmosphère, au point que les personnes indisposées cherchent à diminuer le tirage en fermant la clef; or cette clef se trouve généralement placée sur le conduit par où s'échappent les fumées et les gaz de la combustion. Résultat : refoulement d'une partie de ces gaz dans le local et diffusion d'une quantité plus ou moins forte d'oxyde de carbone.

L'empoisonnement chronique par l'oxyde de carbone, causé par des poêles mal construits et mal conduits, fait de véritables ravages dans les ateliers de la petite industrie. L'anémie, si fréquente chez les ouvriers de ces ateliers, n'a souvent pas d'autres causes. L'un

de nous a eu souvent connaissance de cas d'intoxication aiguë provoquée par le mauvais fonctionnement des poêles, et Ton doit supposer que l'intoxication lente qu'ils causent est en fait beaucoup plus fréquente qu'on ne le pense.

Poêles à combustion lente. — Ce qui vient d'être dit des poêles ordinaires s'applique encore mieux aux poêles à combustion lente, aux poêles à gaz et aux poêles à pétrole. Avec les poêles à combustion lente, il faut des précautions intelligentes et attentives de tous les instants pour éviter les refoulements d'oxyde de carbone.

Comme ces précautions ne sont pour ainsi dire jamais prises, on peut dire que presque tous ceux qui emploient ces appareils sont intoxiqués. Un observateur attentif et habitué à respirer de l'air pur ne séjourne presque jamais dans une pièce chauffée par un de ces appareils sans être incommodé.

Poêles à gaz et à pétrole. — Ces appareils ont l'avantage d'exiger peu d'entretien, d'être allumés instantanément et d'être utilisés dans les locaux dépourvus de cheminée. Hygiéniquement, ils' constituent un déplorable moyen de chauffage, même quand ils sont munis d'un soi-disant tuyau de dégagement. Sur la demande du Service de l'inspection des fabriques, qui avait constaté le nombre croissant de ces appareils dans les ateliers de la petite industrie de Londres et particulièrement dans les ateliers de couture, le Dr Thorpe, chimiste au Home Office, a fait quelques recherches qui sont exposées dans le rapport du médecin inspecteur (1). Les essais ont été faits sur trois fourneaux à gaz. En supposant que ces fourneaux aient été placés dans un local non ventilé mesurant 28 mètres cubes, la proportion moyenne d'oxyde de carbone qui aurait existé dans l'air au bout de cinq heures serait respectivement de 0,0012, 0,0240,0,0024 p. 100. En pratique, cet état de choses ne se réalise pas, caria ventilation n'est jamais nulle ; mais les produits de la combustion ne se disséminent pas régulièrement dans les ateliers, et certains ouvriers respirent des gaz toxiques plus que d'autres.

De même, le poêle à pétrole a donné les résultats ci-après, suivant la longueur de la flamme : oxyde de carbone produit en une heure 0\644 0\476et0l,896.

Braseros. — Dans les grands halls des fonderies et dans beaucoup d'ateliers de constructions mécaniques, on se servait autrefois, — et l'usage n'en a pas encore complètement disparu, — de braseros. sorte de paniers cylindriques en tôle portés sur trois ou quatre pieds et percés de trous, dans lesquels on faisait brûler du coke, sans souci des produits de la combustion qui se dispersaient comme ils pouvaient à l'intérieur des ateliers. Le Comité des Arts et Manufactures a justement réprouvé cette méthode, qui exagère pour ainsi dire les inconvé-

(1) Annual report of the chief inspector of factories and workshops for the year 1902, p. 269. Sur ces appareils, voy. aussi page 140 du présent volume.

nients des poêles. Le prétexte à son emploi consistait dans l'impossibilité de placer des tuyaux de fumée sur le trajet des ponts roulants ; mais rien n'empêche qu'un tuyau de poêle soit établi de manière à échapper aux heurts des ponts et autres engins mécaniques par des inflexions bien comprises, et le poêle cloche fortement chauffé rend exactement les mêmes services que le brasero. Il ne s'agit pas d'élever sérieusement la température du local, mais d'offrir aux ouvriers une source de chaleur rayonnante, où ils puissent de temps en temps se chauffer les mains et les pieds et au besoin sécher leurs vêtements.

Calorifères à vapeur. - Le chauffage par la vapeur est fort employé dans les usines à force motrice, parce que la vapeur est disponible à bon marché. On distingue les divers systèmes d'après la pression de la vapeur, celle-ci pouvant être de la vapeur vive à haute pression, ou de la vapeur d'échappement, ou enfin de la vapeur vive traversant un détendeur et amenée à une pression inférieure à 1 kilogramme par centimètre carré.

La vapeur est distribuée dans des tuyaux horizontaux d'un diamètre variable et suspendus ordinairement au-dessus du sol à une hauteur suffisante pour ne pas entraver la circulation. Ce sont ces tuyaux qu'on nomme radiateurs. Généralement ils sont pourvus de nervures ou d'ailettes, afin d'augmenter leur surface de contact avec l'air. L'alimentation des radiateurs se fait par une canalisation qui débouche à la partie supérieure de l'une des extrémités du radiateur, l'eau de condensation s'écoulant par un tube identique relié à la partie inférieure de l'autre extrémité. Ce tube aboutit à une chaudière ou à un appareild'alimentation. Il doit être disposé de façon que l'eau de condensation ne puisse séjourner ni s'accumuler en un point quelconque de la conduite.

Dans les bureaux, dans les magasins, on emploie de préférence la vapeur à basse pression et des radiateurs verticaux.

En établissant les radiateurs et leur tuyauterie, il faut tenir compte de la dilatation du métal, dilatation qui peut atteindre jusqu'à un millième de la longueur des tuyaux pour une différence de température de 100° (1).

Au moment où l'on envoie de la vapeur dans les tuyaux, il est bon d'en chasser l'air au moyen d'un robinet placé à la partie supérieure du système (2).

(1) ll = lo (1 -\-xt). Un tuyau en fer de 25 mètres à 0° mesurera 25m,03 à 100°, le coefficient de dilatation linéaire du fer étant de 0,000 0122.

(2j Dépense du chauffage par la vapeur. — Il peut être intéressant de calculer approximativement la surface de radiateurs et la dépense nécessaire pour obtenir unrésultatdéterminé : par exemple, pour distribuer dans un atelier les 91 768 calories ou les 115 000 calories qui nous manquaient dans le cas que nous avons cité quelques pages plus haut, comptons sur 100 000 calories en chiffres ronds.

Il faut se rappeler que la chaleur apportée par la vapeur abandonne la surface

L'emploi de la vapeur a des avantages sérieux, mais il offre cependant des inconvénients qu'il faut signaler; la pression delà vapeur et les dilatations répétées amènent une diminution de l'étanchéité des joints, qui provoque la chute de goutelettes souvent chargées d'oxyde de fer ; dans les usines, la vapeur ne peut être fournie généralement que pendant la durée du travail, de sorte que, pendant la nuit et durant les jours de repos, la température des salles de travail s'abaisseconsidérablement. A l'époque des grands froids, les tuyaux peuvent geler et se rompre.

Calorifères à air chaud. — Au lieu de disséminer des radiateurs dans l'atelier, ce qui est encombrant et déplorable au point de vue de l'esthétique, on peut disposer les tubes de vapeur en séries horizontales ou verticales dans une enveloppe en tôle ou en maçonnerie traversée par l'air de la ventilation. Dans ce cas, il faut se rappeler que le coefficient de transmission delà chaleur admis pour l'air immobile est trop bas et qu'il doit être augmenté d'environ un quart de la valeur de G par mètre de vitesse ; par suite, la chaleur livrée sera R-f C + CX0,25V.

L'air de ventilation peut aussi être chauffé directement par un foyer sans intervention d'eau.

C'est le principe des calorifères à air chaud, dont les types sont très nombreux. Nous nous bornerons à citer, comme le plus économique et le plus régulier, le système Michel Perret, dont le brevet est dans le domaine public.

radiante par rayonnement et par contact. Cette chaleur est donnée en quantité par la formule de Peclet R + C, dans laquelle R = 124,72 Ka' (a'-' l) et

a est un coefficient qui vaut 1,0077 ; K un coefficient égal à 3,3 environ pour la fonte ou la tôle ; K' varie avec le diamètre du tuyau, avec sa disposition ; si nous le faisons égal à 2,50 pour un radiateur en fonte à surface lisse de 18 centimètres de diamètre, nous aurons finalement pour une différence de température de 80» (100-20) : R = 406 calories, C = 311 calories.

Donc 1 mètre carré de surface de chauffe dégage 717 calories par heure; il faudra, par conséquent, des radiateurs comportant une surface de 139 mètres carrés.

Si Ton avait à sa disposition des tuyaux nervés ou à ailettes, dont la surface de

chauffe pour une même longueur est bien plus élevée, il ne faut pas oublier que

,. . . , , , ~ 100 000 la radiation est moindre pour la même surlace R = 0,6 R .

D'autre part, 1 kilogramme de vapeur abandonne en se condensant sa chaleur latente de vaporisation (540 calories), plus la chaleur nécessaire pour porter l'eau de la température où elle est à l'état condensé à celle où elle existe sous forme de vapeur, soit, à basse pression, 540 + (100 — 40) = 600 calories. Pour fournir 742 calories, il faut donc lks,250 de vapeur, soit, pour 139 mètres carrés de surface de chauffe, 174 kilogrammes de vapeur et, pour douze heures de chauffe 174 x 12

= 2 100 kilogrammes. Or 2100 kilogrammes de vapeur sont fournis par = 300 kilogrammes de charbon environ. Le chauffage devant avoir lieu pendant cent quatre-vingt jours par an, la dépense annuelle à 25 francs la tonne de charbon pourra être évaluée à 0l,300 x 180 x 25 =1350 francs.

C'est un calorifère à feu continu et à combustion lente qui brûle du poussier de houille maigre sur des dallesen terre réfractaire. L'air extérieur circule autour du foyer et achève de se chauffer contre une tôle ondulée qui forme le dôme de l'appareil.

Au point de vue de l'hygiène, sa caractéristique est que toutes ses ouvertures, portes de chargement et portes de cendrier, sont à fermeture hermétique et que Fair n'est admis dans le foyer que par un très petit orifice réglable à volonté. Sauf quand des coups de vent refoulent de l'air dans la cheminée, ce qui est en somme assez rare, il règne une dépression permanente dans l'appareil, de sorte que, s'il existe des fissures, ce qui est inévitable, elles laissent passer de l'air de l'extérieur vers le foyer, au lieu d'émettre de l'oxyde de carbone dans le sens inverse. Cette disposition d'orifices à fermeture hermétique se retrouve dans plusieurs systèmes de poêles à combustion lente, et elle est excellente. Si elle ne donne pas une sécurité absolue dans les appartements, surtout la nuit, c'est parce que des renversements de tirage peuvent se produire sous d'autres influences que celles des coups de vent, sous l'appel d'une autre cheminée notamment.

L'adoption de cendriers parfaitement hermétiques dans les fourneaux de cuisine et de repassage, avec réglage par l'admission d'air substitué à l'étranglement du tuyau de fumée, serait un progrès sérieux pour l'hygiène des cuisinières et des repasseuses. Actuellement, ces travailleurs très nombreux passent leur vie auprès de fourneaux à cendriers largement ouverts, dont le feu est réglé en étranglant la sortie des gaz. L'oxyde de carbone sort par l'orifice de chargement du combustible, qui est fermé par des ronds en fonte emboîtés les uns dans les autres sans aucune étanchéité, et l'intoxication oxycarbonée est la règle dans ces professions.

NÉCESSITÉ DE LA LUMIÈRE. — La lumière est non seulement nécessaire pour assurer la sécurité du travail, mais elle est aussi indispensable pour l'entretien de la santé. Les maladies transmissibles font moins de victimes là où la lumière est largement répandue.

En ce qui concerne la tuberculose notamment, on a pu dire avec raison qu'elle était avant tout la maladie de l'obscurité (1).

On doit à M. Juillerat une intéressante étude sur l'influence hygiénique de la lumière (2). Ce travail est basé sur la répartition des cas de tuberculose observés pendant onze années à Paris, d'après les rues

(1) II* Congrès de l'hygiène des travailleurs, 1906, p. 92.

(2) Juili.ehat, Le casier sanitaire des maisons de Paris.

et les maisons. Dans les rues particulièrement frappées, les maisons relevées comme foyers de tuberculose présentent toutes les mêmes caractéristiques : rues étroites, cours insuffisantes bordées de bâtiments élevés, ou dispositions ne permettant pas aux rayons solaires de pénétrer dans les locaux habités. En outre, dans un grand nombre de cas, les cours déjà réduites sont couvertes à des hauteurs variées. En somme, manque d'aération et de soleil dans les logements ; manque de soleil surtout.

On a relevé les même faits dans toutes les villes où les rues sont étroites, les maisons élevées. Le Dr Arthur Ransome a constaté qu'en Angleterre la plus grande coïncidence de phtisie se rencontre dans les cours, les ruelles sombres et les maisons adossées (1).

On sait, d'ailleurs, que le bacille de Koch est détruit par une exposition directe à la lumière. Cette destruction s'accomplit progressivementdans les couches successives du substratum de cultures chargées de bacille. La lumière solaire agit de la même façon sur d'autres microorganismes. Diffuse, elle est moins active.

Bien que ces faits soient connus des hygiénistes, la lumière n'a guère été envisagée dans les locaux de travail que comme un facteur de production dont on use avec parcimonie dès qu'on n'en dispose pas librement d'une façon naturelle. Les locaux sont éclairés afin qu'il n'y ait pas diminution de production, non parce que cela est utile au point de vue de l'hygiène. Et cependant combien trouve-t-on encore d'imprimeries, de cuisines, de laboratoires, d'ateliers de couture, etc., où la lumière est insuffisante pour la production!

Mme Thibaut, inspectrice du travail à Paris, a récemment appelé l'attention sur l'insuffisance de lumière naturelle dans les ateliers de couture de la capitale (2). Il en serait de même à Londres, d'après miss Anderson (3). D'une enquête faite par l'un de nous dans les imprimeries, il résulte que la tuberculose fait beaucoup plus de ravages chez les ouvriers typographes que le saturnisme, particulièrement dans les ateliers où la lumière naturelle fait défaut. On a signalé également les loges de concierges à Paris et à Lyon, c'est-à-dire dans les villes où l'élévation des maisons ne laisse parvenir qu'une lumière indigente dans les cours, comme favorisant le développement de la tuberculose. Il en est de même des fournils de boulangerie et de tous les ateliers en sous-sol.

Mais la lumière ne doit pas être considérée seulement au point de vue de l'étiologïe des maladies transmissibles. D'après le Dr Motais, l'insuffisance de l'éclairage et particulièrement de l'éclairage artificiel est un des facteurs les plus importants de la dégénérescence oculaire,

(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 4e série, 1905, p. 439.

(2) Idem, p. 463.

(3) Report of the chief inspector of factories, 1902. — Light and underground workrooms, p. 161, 1906, p. 200.

18'i LKCLERG DE PULLIGNY ET BOULIN.

HYG. INDUSTRIELLE

qui est si répandue (1). Il s'agit, en l'espèce, de déformations telles (jue la myopie, occasionnées par le travail assidu de la jeunesse, soit dans les collèges, soit dans les ateliers. Sur 250 typographes qu'il a examinés, le Dr Motais a trouvé 69 p. 100 d'yeux anormaux. Sur 97 compositeurs, 51 étaient myopes.

QUANTITÉ DE LUMIÈRE NÉCESSAIRE (2). — On trouve dans les traités d'architecture des règles empiriques sur la proportion à établir entre les dimensions des pièces et celles des ouvertures pour obtenir un bon éclairement. D'autres règles fixent une relation entre la surface de la façade et celle qui doit être occupée par les fenêtres. Ces règles ne peuvent avoir de valeur que dans le cas rare où le local est situé sur une place ou sur une rue assez large pour que la lumière y ait un accès libre et direct (3). Sinon elles ne tiennent pas compte d'éléments qui ont la plus haute importance, tels que la latitude, le

(1) D1 Motais, Éclairage artificiel, p. 3.

(2) Il est peut-être utile de rappeler que l'unité cTéclairenient, ou bouyie décimale

mètre ou lux, est fournie par l'unité pratique d'intensité ou bougie décimale placée

à 1 mètre de distance de la surface éclairée et lui envoyant des rayons normale-

ment. La bougie décimale est celle dont l'intensité est égale au — de l'unité G. G. S..

le violle, qui est lui-même la quantité de lumière émise en direction normale par 1 centimètre carré de platine fondu à la température de solidification. L'unité pratique d'intensité lumineuse était autrefois celle d'une lampe Carcel brûlant 42 grammes d'huile de colza à l'heure. Le violle vaut exactement 2,08 carcels, de

sorte que la bougie décimale vaut à peu près — de carcel, exactement 0cav,104, et

la carcel vaut 9,6 bougies décimales.

Les unités de lumière employées à l'Étranger sont les suivantes :

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