CHALEUR. V
pement des chaudières. — Les chaudières de l'industrie ont
souvent un grand volume et contiennent d'importantes quantités d'eau ; mais la température de celle-ci n'est pas très élevée : 100 à 200° pour une tension de vapeur comprise entre 1 et 15 atmosphères. Néanmoins ces chaudières rayonneraient d'énormes quantités de chaleur qui seraient gênantes et coûteuses, si on ne les garnissait de divers recouvrements appelés enduits calorifuges. Ces enduits s'appliquent aussi sur les cylindres et sur les tuyaux de vapeur de quelque importance. Sur les corps de chaudière, ils sont maintenus soit par des maçonneries, soit par une double enveloppe en bois ou en métal. Sur les tuyaux, on les fixe en y enroulant soit une tresse en paille, soit une corde, soit une bande de grosse toile. Le tout reçoit généralement plusieurs couches de peinture.
Valeur relative des calorifuges. — D'après Brull, voici la puissance des divers isolants, la conductibilité du métal nu étant prise pour unité :
Coefficient de conductibilité.
Métal nu 1,000
Liège aggloméré 0, 067
Feutre 0,075
Paille 0, 090
Laine de verre 0,113
Fours à double enveloppe. — Les calorifuges dont on vient de parler seraient rapidement détruits si on en garnissait les parois des fours industriels, ceux de la céramique et de la métallurgie notamment. Pour éviter la déperdition de calorique et protéger les ouvriers contre le rayonnement, on se contente le plus qu'on peut d'augmenter l'épaisseur des fours.
Quand ce palliatif est insuffisant, on renonce à l'économie de chaleur, et on recourt à la double enveloppe avec circulation soit d'air, soit d'eau dans l'intervalle. Les chemises d'eau, ou waler-jctckets, ont en outre pour effet d'abaisser considérablement la température à laquelle sont portés les matériaux formant le four et par là d'en augmenter la durée.
Dans les fours à température très élevée, dans les hauts fourneaux notamment, cet abaissement de température est indispensable aux parties métalliques qui garnissent certains orifices de chargement, de déchargement ou de coulée.
Les inspecteurs des fabriques des districts de Dantzig et de Potsdam reconnaissent dans leurs rapports pour l'année 1906 que le système des doubles enveloppes est le procédé qui réussit le mieux à éviter le rayonnement des fours de verreries à bassin. A Dantzig, la double enveloppe est en tôle et laisse un espace de 50 centimètres entre elle et le four, écart par où circule l'air chaud qui s'échappe
dans le haut et qui est remplacé en bas par de l'air frais. A Potsdam, la double enveloppe est constituée par un deuxième mur.
Protection par des écrans. — On a aussi tenté de placer devant les ouvreaux des fours de verreries des écrans pouvant aisément se lever : rideaux en toile d'amiante, lames en forme de persienne, etc.
C'est également à la catégorie des écrans qu'appartient le petit protecteur employé dans certaines verreries à vitres du Nord. Cet appareil est constitué par une planchette de 20 centimètres sur 18, qui porte à la partie supérieure un verre de couleur et, au milieu de la partie inférieure, un tenon ovale en bois. La planchette est pendue au cou de l'ouvrier par un cordon, le tenon tourné verl'extérieur. Lorsque l'ouvrier s'approche de l'ouvreau, il prend simples ment le tenon entre les dents et regarde le feu à travers le verre. Quand il quitte l'ouvreau, il abandonne le tenon, et la planchette retombe sur sa poitrine. Ce dispositif protège le visage contre la chaleur rayonnante; il protège également les yeux contre l'éclat des feux (1).
LA VENTILATION DEVANT LES FEUX. — Dans beaucoup de cas, on soulage sérieusement les ouvriers en établissant des hottes au-dessus des fours, ou en assurant par d'autres moyens une active circulation d'air frais autour des travailleurs exposés à un rayonnement ardent.
Ce n'est pas que cette circulation puisse abaisser beaucoup la température marquée par un thermomètre exposé à ce rayonnement, mais elle favorise l'évaporation cutanée et, par conséquent, la réfrigération.
Si l'air frais est introduitdans le local à quelque distance des fouis, le chauffeur va de temps en temps prendre une douche qui lui paraît glacée, et ce répit dans son supplice lui rend des forces. C'est ainsi que les chauffeurs de navire courent se placer sous la manche à air, quand ils ne peuvent plus tenir à leur poste- Hottes. — Le départ de l'air chaud et son remplacement par de l'air frais sont assurés au moyen de hottes suffisamment larges et convenablement disposées (2). C'est ainsi qu'on a heureusement opéré pour des fours à réchauffer, pour des fours à distiller le zinc, pour les chaufferettes de boulonneries, etc. De plus, les hottes assurent l'évacuation des gaz brûlants et plus ou moins toxiques, qui sont refoulés hors des fours au moment des chargements, déchargements et coulées. Dans certaines industries, ces gaz s'échappent constamment : c'est le cas pour les chaufferettes de boulonneries.
En tout cas, les locaux où se trouvent les fours doivent être autant que possible élevés et munis de lanterneaux orientés de façon que le
(1) Bull, de l'Inspection du travail, 1906, p. 104.
(2) Voy. plus loin pour les dimensions et la disposition à donner aux hottes.